‹ Bibliothèque sulpicienne ou Histoire littéraire de la compagnie de Saint-Sulpice (volume 2)Chapitre 253 sur 275 · M. LACATTE · texte numérisé non relu

M. LACATTE

Jean-Jules Lacatte, né à Reims le 11 janvier 1823, n'avait que neuf ans lorsque ses parents le placèrent au petit séminaire. « Sous l'influence de son grand-père, amateur distingué d'archéologie et de littérature, il contracta de bonne heure le goût des antiquités et des collections par lequel il se signala depuis ». Le 6 octobre 1841, il entra en philosophie au grand séminaire de Reims, et l'année suivante, il y commença son cours de théologie. Il l'acheva au séminaire de Saint-Sulpice, à Paris, où il s'était rendu dans le but d'être agrégé à la Compagnie. On l'admit effectivement à la Solitude en 1846 : il fut ordonné prêtre le 28 mai 1847; et au mois d'octobre de la même année, on le nomma économe au

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séminaire de Toulouse. Les qualités qu'il y déploya lui firent, deux ans après, confier la même charge au séminaire d'Issy. M. Lacatle eût été heureux d'y finir ses jours; mais, au dernier jour des vacances de l'année suivante, le Supérieur de Saint-Sulpice ayant été obligé de procurer d'urgence un économe au séminaire d'Autun. M. Lacatte, au dévouement duquel on ne fit jamais appel en vain, partit dès le lendemain pour la maison dans laquelle devait s'écouler le reste de sa vie.

« Aux fonctions d'économe, il joignit, à partir de 1854, celles de maître des cérémonies et de professeur de liturgie : quelques années plus tard, le cours d'histoire ecclésiastique et le soin de la bibliothèque furent ajoutés à ses autres charges. Son activité rare et ses heureuses aptitudes lui permirent non seulement de suffire à tous ces devoirs, mais d'y joindre encore d'autres occupations charitables ou studieuses. 11 continua toute sa vie d'accroître les collections d'histoire naturelle, de numismatique, etc., dont il avait apporté à Aulun les commencements déjà précieux. Il en a disposé sagement en laissant au grand séminaire celles de minéraux et d'antiquités, qui demandent peu d'entretiens, et donnant son herbier et ses insectes au petit séminaire de Semur. La Société Linnéenne de Lyon, la Société Eduenne et la Société d'Histoire naturelle d'Autun, en recevant M. Lacatte au nombre de leurs membres, ont voulu rendre hommage à la valeur de ses travaux.

» Ame simple et bonne, généreuse et dévouée, d'une exquise délicatesse, il consacrait toutes ses belles qualités au service de Dieu et du clergé... C'est surtout dans les graves événements de 1870 qu'il montra jusqu'à quel point il savait, au besoin, porter l'abnégation et le dévouement, l'énergie et le courage. L'une des épreuves de la ville d'Autun fut, à cette époque, d'être occupée, plutôt que défendue, par les bandes garibaldiennes. Le séminaire ne reçut qu'un trop fort contingent de ces chemises rouges, plus habiles et plus promptes au pillage qu'au combat. M. Lacatte, sommé d'ouvrir la cave et couché en joue, ne se laissa pas intimider;

mais il eut plus à faire, pendant quinze jours et quinze nuits, pour protéger le séminaire contre les périls du feu. Neuf fois, dit-on, par l'effet de l'incurie sinon de la malveillance, les feux de bivouac allumèrent un commencement d'incendie, et le séminaire ne fut sauvé que par l'activité sans trêve ni repos de son fidèle économe. Ce fut aussi M. Lacatte qui, le 30 novembre, au moment où Garibaldi, battu à Dijon, se repliait en désordre sur Autun, se montra le plus vigilant gardien de la cité. Il était allé à la découverte, et revint annoncer à la sous-préfecture que l'ennemi dressait déjà ses batteries aux portes de la ville. Garibaldi, qui avait là ses quartiers, se refusait encore à le croire quand le premier coup de canon retentit.

» Les rudes fatigues de ces jours critiques avaient affaibli la santé de M. Lacatte. Elle lui permit cependant longtemps encore de porter le poids de sa charge; c'est au printemps de 1894 qu'une première attaque d'apoplexie, suivie de paralysie, l'obligea à y renoncer ». Frappé d'une nouvelle attaque d'apoplexie aux vacances de 1898, il s'en releva assez bien pour pouvoir, au moins en février 1899, retrouver quelques forces et reprendre ses habitudes. « Le mardi 21 du même mois, il était aussi fort et aussi gai qu'aucun des jours précédents. Il venait de dîner avec la Communauté quand il fut appelé à la porte pour une personne pauvre. Voulant lui faire l'aumône, il monta à sa chambre, et s'y munit d'une paire de souliers et de quelques morceaux de vieux drap. Il redescendait, ainsi chargé et embarrassé, quand, sur les marches de l'escalier, il s'affaissa subitement. De l'avis des médecins, la mort avait été instantanée, et même avait dû précéder la chute... Les obsèques eurent lieu le jeudi 23, présidées par Son Éminence le Cardinal Perraud, en présence de tout le clergé de la ville et de beaucoup de laïques » {Circulaire nécrologique, par M. Captier).

1 . — Compendium du Cérémonial romain, à l'usage des églises paroissiales et des chapelles publiques du diocèse d' Autun, Chalon et Mâcon; Autun, Michel Dejussieu, Imprimeur de l'Évêché, 1860, in-12, pp. 207.

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Le 2 septembre 1899, dans une séance publique de la Société Éduenne tenue à Autun sous la présidence de Son Ém. le Cardinal Perraud, il a été donné lecture, de la part de M. Bulliot, d'une notice sur M. Lacatte, membre titulaire de cette Société. Comme cette notice est fort intéressante, et que d'ailleurs elle sort de X ordinaire des notices sulpiciennes, je la reproduis ici telle qu'elle a paru dans le journal Y Autunois du mercredi G septembre 1899 :

« Nous avons à payer un tribut arriéré à la mémoire d'un collègue, M. l'abbé Lacatte, décédé à Autun le 21 février dernier, à l'âge de 77 ans.

» L'abbé Lacatte, par ses goûts, ses préférences intellectuelles, on pourrait ajouter par ses allures extérieures, était une personnalité dans le clergé autunois. Né à Reims en 1823, attaché à notre diocèse en 1851 . il y a rempli avec scrupule, durant un demi- siècle, des emplois divers. Maitre des cérémonies, professeur d'histoire ecclésiastique, de liturgie, économe au grand Séminaire, il avait de plus la gestion de la bibliothèque, qui, dans un établissement considérable, n'est jamais une sinécure. Gardien des manuscrits, il portail la main sur ces précieux spécimens avec une tendresse de mère, ouvrait, le sourire sur les lèvres, ses vitrines aux amateurs, partageant leur admiration, leur bonheur, comme si ces reliques passaient pour la première fois sous ses yeux. Celte source de joies eut, hélas ! ses douleurs. Le loup était entré dans la bergerie en 1842, sous le nom de Libri, fort d'une investiture officielle abritant un larron. L'escroc italien, qui payait les faveurs de la France par le vol, n'avait pas rougi d'arracher des feuillets aux plus rares manuscrits pour alimenter son infâme trafic au profil des étrangers. Le bibliothécaire du grand Séminaire a vécu assez pour savoir que le Gouvernement français avait racheté en Angleterre le produit du larcin, mais sans le restituer au lieu d'origine.

» Homme de devoir avant tout, notre collègue s'acquittait rigoureusement de ses fonctions, mais sa tâche professionnelle une fois remplie, il s'était créé une vie tout intime avec lui-même : vie de piété envers Dieu, de douce bien-

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