M. BERTHELOT
Psaumes, s'en ouvrit a M. Duclaux, qui soumit son manuscrit au jugement de M. Mollevault. Celui-ci présenta ses observations au Supérieur de Saint-Sulpice, et écrivit ensuite à M. Berthelot la lettre suivante, où il y a peut-être autant de finesse que d'humilité : — « De la Solitude, à Issy, le 31 août 1821; Monsieur et très honoré Confrère; J'ai à vous remercier du plaisir que m'a cau^é la lecture de votre traduction des Psaumes. Lorsque j'ai eu l'honneur de présenter, par obéissance, mes observations à N. T. H. P., je n'ai pas prétendu m'ériger en critique, ni rien ôter au mérite de l'exécution, mais simplement faire part de ce que me sembloient demander l'état actuel de notre Compagnie, quelques circonstances assez délicates, et le caractère de nos occupations. 11 semble même à désirer que ceux qui nous sont confiés pour de si graves ministères ignorent que l'on peut, dans ses délassements, se livrer à un genre d'écrire qui est beaucoup trop séduisant pour y garder une certaine modération, et trop difficile pour ne pas exiger une application et un temps pris sur des devoirs essentiels. Quant à la poésie et au caractère de la traduction, je me garderai bien, Monsieur le Supérieur, de vous ennuyer de détails fastidieux, et dont vous n'avez pas besoin pour être convaincu de mon ignorance en ce genre, et dont je fais très volontiers l'aveu. Je suis flatté d'avoir une occasion de vous exprimer les sentiments de profond respect avec lesquels j'ai l'honneur d'être votre très humble et très obéissant serviteur. Mollevault, prêtre. »
Comme échantillon du travail de M. Berthelot, je citerai sa traduction du psaume 83, Qitàm dilecta tabernacula tua, d'après un autographe de l'auteur que je dois à l'obligeance de M. le chanoine Arbellot :
Qu'ils me sont chers les tabernacles
Où repose le Roi des cieux!
Quand j'y médite ses oracles,
Que mon sort est délicieux!
Heureux en ta seule présence,
Vers toi, Seigneur, mon cœur s'élance.
Loin du Dieu vivant je languis, Un chagrin mortel me dévore...
Plus de sommeil... et dès l'aurore Je vole à tes sacrés parvis.
Passereau, tendre tourterelle, Vos petits en voyant le jour Trouvent dans la saison nouvelle Des nids formés par votre amour.
Mais, ô mon Dieu, mon Roi, mon Père, Tes autels et ton sanctuaire Sont l'unique objet de mes vœux. C'est là que je cherche un asile, C'est là que mon âme docile S'enflamme de tes plus doux feux.
Quel bonheur pour l'âme fervente De vivre en ta sainte maison !
Sa voix, toujours reconnaissante, S'y consacre à bénir ton nom.
Dans l'ardeur dont elle est éprise, Vers le Dieu qui la favorise Elle s'élève chaque jour.
Le lieu de l'exil et des larmes, Loin de lui présenter des charmes, Ne peut rallentir son amour.
Seigneur, exauce ma prière,
Protège-moi de ton secours.
Mon triste exil me désespère,
Ah ! daigne en terminer le cours.
Des pécheurs je fuirai la tente,
Mon âme ne vivra contente
Qu'à l'ombre de tes saints autels.
Là, dans une seule journée,
N'est-elle pas plus fortunée,
Qu'en mille ans près des vains mortels?
M. SATTIN 117