M. ROQUE
Jacques-Guillaume Roque, né à Beaumont, dans le diocèse de Vabres, le 24 janvier 1761, entra au séminaire de Toulouse en 1777, et y fit toutes ses études de théologie, qu'il couronna par la réception du doctorat. Après avoir fait sa solitude et reçu la prêtrise le 24 septembre 1785, il fut aussitôt envoyé au séminaire d'Angers pour y enseigner la théologie. Le 17 mai 1787, il écrivait à M. Jean-Simon Richard une très bonne lettre, que celui-ci a insérée dans son Traité de la simonie et de l'Office divin, p. 164. En 1789, M. Roque fut nommé directeur du séminaire d'Angers. M. Luzeau de la Mulonnière, frère de celui qui fut massacré aux Carmes, disait de lui : « C'est un homme du plus grand mérite; il est respecté et aimé de tous ». Emprisonné et ensuite déporté pour la foi, il fut accueilli avec une tendre bienveillance par l'illustre et pieux évêque d'Orense, en Espagne. Ce saint prélat honora M. Roque de la confiance la plus entière, et ne vit qu'avec regret son départ pour le Canada, en 1796 ». (Il arriva à Montréal le 24 octobre)... « Chargé pendant dix ans de la direction des religieuses de l'Hôtel-Dieu, et de l'exercice du saint ministère à la paroisse, il se fit vénérer de tous pour sa piété, sa prudence, son zèle, la clarté de ses instructions, la solidité et l'étendue de ses connaissances.
« En 1806, il fut chargé de la direction du collège ou petit séminaire jusqu'en 1828 » (c'est alors qu'il tint, avec MM. Houdet et Rivière, ces conférences qui aboutirent à une Grammaire française et une Grammaire latine, rédigées par le premier). « Pendant ces vingt-deux années, sa vigilance, son activité, ses mortifications habituelles, son talent pour gagner l'affection de ses élèves et pour les former à la science et à la vertu, montrèrent en lui un prêtre rempli de l'esprit de son état. Pendant trente-quatre ans, il exerça les fonctions de grand vicaire de Québec » (il fut nommé en 1806) : aucune parole de plainte n'a été prononcée contre lui. De-
puis que son âge et de fréquentes attaques l'eurent forcé à quitter la direction du collège, il s'occupa durant plusieurs années de diriger les Sœurs de la Congrégation, et se livra au ministère de la paroisse avec sa piété et ses succès ordinaires ».Dans les dernières années de sa vie, il aidait M. Roux, supérieur du séminaire de Montréal, en qualité de premier directeur. II mourut le dimanche 3 mai 1840, pendant la grand'messe, âgé de 79 ans 3 mois et 8 jours, dans sa 50e année de prêtrise. « Le samedi, veille de sa mort, l'évêque de Montréal l'avait visité, et lui avait recommandé sa personne et son diocèse : il le visita de nouveau après son décès. Les élèves de M. Roque décidèrent unanimement qu'ils porteraient le deuil pendant un mois » (L'Ami de la Religion, 10 octobre 1840, t. CV1I, p. 74, 75).
Dmilri-Augustin Galitzin naquit à La Haye, le 22 décembre 1770. Son père, alors ambassadeur de Russie en Hollande, avait pendant plusieurs années rempli les mêmes fonctions à Paris, où il s'était lié d'amitié avec Diderot, Voltaire, d'Alembert, et surtout avec Helvétius, dont il publia à ses frais le fameux ouvrage De l'Esprit (La Haye, 1773, 2 in-8°). Sa mère, Amélie von Schmettau, fille du célèbre feld-maréchal de ce nom, était catholique; mais son instruction religieuse fut très négligée; elle étudia plus tard la religion et en pratiqua fidèlement les devoirs, depuis le jour (28 août 1786) où elle communia pour la première fois, jusqu'à sa mort, arrivée en 1806. Dmitri Galitzin reçut une éducation en rapport avec sa naissance, et fit de rapides progrès, notamment dans l'étude de la philosophie et des langues. Le programme de ses études était fort étendu; mais on y avait, à dessein, omis la science seule nécessaire. Les voyages étant le complément obligé de toute éducation de gentilhomme, le prince Galitzin partit pour l'Amérique : sa pieuse mère le confia à un jeune
prêtre fort instruit, qui se rendait aux États-Unis pour être missionnaire. Ils s'embarquèrent donc à Rotterdam le 18 août 1792.
Que se passa-t-il dans l'esprit et dans le cœur du jeune prince durant les deux mois de la traversée? On l'ignore : mais lorsqu'il arriva à Baltimore, le 28 octobre, le russe orthodoxe du départ était tout changé, et songeait à entrer dans le clergé catholique. Il s'en ouvrit, dès le début, à M§r Carroll, pour lequel sa mère lui avait donné des lettres de recommandation : il vit aussi M. Nagot, que l'évêque avait chargé d'examiner sa vocation au sacerdoce; et sur la décision du vénérable supérieur, M. Augustin Schmet, ou Smith — nom qu'il avait pris pour garder l'incognito pendant son voyage, et qu'il conserva longtemps — entra au séminaire de Baltimore le 5 novembre 1792, âgé de 22 ans. A peine ordonné diacre, il fut admis dans la Compagnie de Saint-Sulpice, et le jour de la Saint-Joseph, 19 mars 1795, il fut ordonné prêtre par M°r Carroll.
Quoique agrégé à la Compagnie, M. Galitzin ne prit cependant pas d'emploi au séminaire. Sa santé déjà précaire, les besoins du diocèse alors dépourvu de prêtres, son zèle ardent pour le salut des âmes et une certaine promesse faite à M^1- Carroll de se dévouer au ministère extérieur, furent, avec l'assentiment de ses supérieurs, autant de motifs qui attachèrent M. Galitzin à l'œuvre des Missions. L'évêque de Baltimore l'appliqua donc au saint ministère, d'abord à Port- Tobacco, pendant le temps de Pâques 1795; puis à Baltimore, où il y avait beaucoup d'Allemands, dont il possédait parfaitement la langue. En 1796, il fut appelé à la mission de Conewago. De là, il faisait des excursions tout à l'entour, dans la Pensylvanie, la Virginie et le Maryland. Enfin, le 1er mars 1799, cédant aux prières de quelques familles établies dans l'Alleghany, en Pensylvanie occidentale, Msr Carroll chargea le vaillant missionnaire d'y établir une paroisse nouvelle et de la desservir, ainsi que quelques autres environnantes. A la paroisse récemment créée, M. Galitzin donna le nom de Loretto. C'est là que, pendant les 40 ans qu'il
vécut encore, il travailla avec un zèle infatigable, et que ne purent jamais décourager les difficultés et les persécutions de tout genre qui lui furent suscitées par l'ennemi de tout bien. On dit que, grâce à ses soins, plus de 6,000 protestants rentrèrent dans le sein de l'Église catholique. « Plusieurs fois la dignité épiscopale lui fut offerte; mais il ne put se résoudre à l'accepter, soit par humilité, soit parce qu'il croyait se rendre plus utile à l'Église en prodiguant ses soins à sa petite colonie. M^1 Gonwell, second évêque de Philadelphie, l'établit vicaire général dans la Pensylvanie occidentale; souvent il eut recours à ses lumières et à son énergie dans les graves difficultés qu'il eut à vaincre. Son successeur, M=r François- Patrice Kenrick, lui conserva la même autorité » {Le prince Dmitri Augustin Galitzin, missionnaire en Amérique ; article du P. Desjacques, dans les Etudes religieuses, Ve série, t. III, p. 872, 873).
Voici le témoignage que ce prélat rendait au saint fondateur de cette mission dans une lettre datée de Philadelphie, 14 janvier 1834, et adressée au rédacteur des Annales de la Propagation de la Foi : « Loretto, dans le comté de Cambria, est la demeure du célèbre missionnaire, prince Galitzin, au milieu d'une population catholique fort nombreuse. Il y a plus de trente ans que cet homme vénérable a choisi le sommet des montagnes appelées Alleghany pour sa retraite, ou plutôt pour le centre de sa mission. De là, il allait de temps en temps donner les secours de la Religion aux catholiques épars sur un territoire immense, où cinq prêtres maintenant sont occupés. Le nombre des fidèles était peu considérable, dans tout ie comté même de Cambria, à son arrivée; mais sa persévérance, malgré toutes les difficultés qu'il a eues à combattre, a été couronnée des bénédictions célestes ; les montagnes sont devenues fertiles et les forêts florissantes. Beaucoup de protestants ont suivi son exemple en renonçant aux erreurs des sectes au sein desquelles ils avaient été élevés; et les catholiques sont venus de tous côtés pour se confier aux soins paternels d'un prêtre dont la vie humble et pure les excite à l'exercice des vertus évangéliques »
{Annales de la Propagation de la Foi, t. VIII, p. 217).
« Le vénérable missionnaire, épuisé par tant de travaux, succomba enfin, viclime de son zèle. Le rude hiver qui commença l'année 1840, en augmentant le nombre des malades, avait multiplié ses fatigues. Quoique à bout de forces, il fit tous les offices de la Semaine-sainte et passa presque tout son temps dans l'église à entendre les confessions, malgré la rigueur du froid. Le jour de Pâques, il ne put dire qu'une messe basse, et ce fut la dernière. Après une courte maladie, fortifié par les derniers sacrements qu'il avait lui-même demandés, il rendit paisiblement son âme à Dieu, le 6 mai 1840, à l'âge de soixante-dix ans » (P. Desjacques, Le prince Dmitri- Augustin Galitzin, p. 873).
En 1847, un monument fut élevé à sa mémoire. « Les dignitaires de l'église américaine prononcèrent alors des discours qui attestaient à la fois et les fruits de salut que le P. Démétrius Galitzin avait produits en Amérique, et la reconnaissance qui honorait le peuple et le clergé de ce pays » {L'Ami de la Religion, 7 mai 1853, t. CLX, p. 308; Chances de retour de la Russie à l'Unité catholique sous le rapport de l'état actuel de la Noblesse dans ce pays; articlesigné, P. M. Etienne). Nous pouvons citer, entre autres : « Discourse by the very Rev. Heyden on the life and virtues of the Rev. Demetrius- Augustine Galitzin, delivered on the occasion of the removal of liis remains to the new and splendid monument erected to his memory by a grateful flock; Pittsburg, 1847, in-8°. — On a le portrait de M. Galitzin dans le Mémorial volume of the centenary of St. Mary s Seminary of St. Sulpice, Baltimore, M D.; Baltimore, John Murphy et Co, 1891, in-8°,
« C'est le premier missionnaire de ce pays qui ait entrepris de répondre aux ministres hérétiques dans les journaux et par des brochures. La guerre avait éclaté, en 1812, entre l'Angleterre et les États-Unis. Loretto fournit à l'armée de la République son contingent commandé par Richard Mac Guire, fils du vieux capitaine qui s'était fixé le premier sur ces montagnes. Le Président ordonna un jour de prière et déjeune
auquel les catholiques s'associèrent, mais qui fut pour les ministres une occasion de déclamer contre le Pape, les prêtres et toute l'Église. Quelques-uns de ces discours furent imprimés; surtout celui d'un prédicant pensylvanien, nommé Johnson, passait pour une pièce d'éloquence, et les protestants triomphaient. Galitzin crut devoir ne la point laisser sans réponse. Toujours il avait eu le goût des livres; il avait reçu de sa mère et s'était lui-même procuré quantité d'excellents ouvrages qu'il lisait dans ses heures solitaires et qu'il prêtait à ses amis. Aussi trouva-t-il sans peine des raisons et des faits à opposer aux invectives du prédicant. Sa réfutation consista dans une suite de Lettres qui firent sensation, et qui, réunies en volume sous le titre de Defence ofcatholics principes, ont été réimprimées bien des fois. Ce livre, traduit en allemand et en français, n'a pas été répandu seulement en Amérique, mais encore en Angleterre, en Irlande, en France et en Allemagne » (P. Desjacques, article cité, p. 871-872). — Voici le titre de la traduction française : Un Missionnaire russe en Amérique; Défense des principes catholiques , adressée à un ministre protestant, par le prince Dmitri Galitzin; précédée d'une notice sur sa vie et ses vertus, traduit de l'anglais, par le Prince Augustin Galitzin; Paris, Douniol,
1856, in-12, pp. xxxn-245. Bibliographie catholique , octobre
1857, t. XVIll, p. 341, 342. L'auteur de l'article cité plus haut {Chances du retour de la Russie à l'unité catholique), à la suite de la phrase que nous avons reproduite, ajoute cette note : « Nous trouvant, aux vacances de Pâques (1853), dans un séminaire, nous engageâmes quelques jeunes lévites à se réunir pour traduire en français Y Apologie de' l'Église, du P. Galitzin. La besogne fut terminée en huit jours par douze séminaristes connaissant la lange anglaise, et un ancien professeur de rhétorique voulut bien se charger de la révision de l'ensemble pour donner de l'unité au style. M«r l'évêque de Chicago, en apprenant que cette traduction serait bientôt publiée, a complètement approuvé l'entreprise; car, a-t-il dit, la Défense du Catholicisme, de Galitzin, est tellement populaire en Amérique, que chaque famille catholique pos-
sède cet ouvrage et se rappelle les vertus de son auteur » {L'Ami de la Religion, 7 mai 1853, t. CLX, p. 308, 309). Faudrait-il voir là l'origine et l'annonce de la traduction française publiée en 1850?
« Johnson mit deux ans à préparer sa réplique. Ce fut un pamphlet intitulé : Vengeance de la Réforme. Galitzin, dédaignant de lui répondre, fit son Appel au pmblic protestant . Dès lors, plus de moyen de quitter la plume. De tous côtés lui arrivaient des lettres de protestants qui, sans le connaître, lui proposaient leurs difficultés. N'ayant pas le temps d'écrire à chacun d'eux, il prit le parti de publier, en 1819, sa Lettre à un ami protestant sur les saintes Ecritures ; suite de la Défense des principes catholiques. Cet écrit, plus développé et plus soigné que le premier, porta la lumière dans bien des âmes; il y eut des abjurations innombrables; la petite église de Loretto en vit jusqu'à dix-sept à la fois. Quinze ans plus tard, en 1834, un synode presbytérien, tenu à Columbia en Pensylvanie, lui donna l'occasion d'écrire d'abord dans les journaux, puis de faire paraître en brochure ses Six lettres d'avertissement à MM. les ministres presbytériens qui se sont réunis dernièrement à Columbia pour déclarer la guerre à l'Eglise catholique. Dans ces lettres courtes, vives, piquantes, il prenait une à une les six résolutions du Synode, et tournait contre les protestants leurs propres armes » (P. Desjacques, article cité, p. 872).
Gfr. L'Ami de la Religion, 25 juin 1840, t. CV, p. 586, 587. — The Pastor of the Alleghanies by Pise, from the Biographical annual for, 1841. Cette notice fut recueillie dans L'Ami d'e la Religion du 23 septembre 1843, t. CXVIII, p. 577-580. — Notice sur l'abbé Galitzin, extraite de YUnion catholique du 13 novembre 1842. — Notice sur le prince Dmitri Galitzin, missionnaire en Amérique, par le prince Augustin Galitzin; en tête du volume cité plus haut : Un missionnaire russe en Amérique... — Dictionnaire encyclopédique de la Théologie catholique, publié par les soins du Dr Welzeret duDrWelte, traduit de l'allemand pari. Goschler; Paris, 1860, t. IX, p. 248-253, art. Galitzin (Amélie), mère du
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prince Dmitri Galilzin. — Vie de M. Emery ; Paris, 1862, t. II, p. 98. — Life of D. A. Galitzin, prince and priest, by Sarah M. Brownson, With an Introduction by 0. A. Brownson L. L. D. ; New-York, Fr. Pustet et Go, 1873, in- 12, pp.xv-444. Cet ouvrage a fourni la matière de l'article du P. Desjacques : Le prince Dmitri Augustin Galitzin, missionnaire en Amérique ; dans les Etudes religieuses, philosophiques, historiques et littéraires, Ve série, t. III, 1873, p. 852-874. — On a encore une vie de M. Galilzin composée par le Révérend M. Heyden, qui avait été son vicaire; et une autre écrite en allemand par le Révérend M. Lemcke, qui remplaça quelque temps M. Galitzin dans sa cure. Cette dernière notice a paru sous ce titre : « Leben und Wirken des Prinzen Demetrius Augustin Galitzin; Muenster, 1861, in-8°.
1 . — A Defence of Catholic Principles in a Letter to a Protestant Clergyman, by Rev. Demetrius A. Gallitzin ; Baltimore , in-8°.
2. — A Letter to a Protestand Friend on the Holy Scriptures, Being a Continuation of the « Defence of catholic Principles », by Demetrius A. Gallitzin; Baltimore, Published by F. Lucas, 1819, in-18, pp. xxn-167.
3. — Six Letters ofAdvice to the Gentlemen Preshyterian Parsons, icho lately met at Columbia , Pa, for the purpose of Declaring War against the Catholic Church, By Demetrius Augustine Gallitzin, 1834, in-8°.