M. BABAD
Pierre Babad naquit, le 10 juin 1763, à Pont-de-Veyle (Ain), alors du diocèse de Lyon. « Doué d'un esprit vif et pénétrant, il avait, à quinze ans, achevé ses études de philosophie au séminaire Saint-lrénée de Lyon, et avait dû, en 1777-1778, faire son année de ville », c'est-à-dire sa première année de théologie chez les Oratoriens, selon un règlement édicté en 1771 par l'archevêque Montazet. « Là, il n'y eut sorte de caresses et de flatteries dont les Oratoriens ne le prévinssent » pour lui faire adopter leur jansénisme. « A Saint-lrénée, où il revint ensuite achever son cours de théologie, la sollicitude dont l'entourèrent ses maîtres pour le remettre au chemin de la vérité ne parvint qu'à ébranler ses convictions sans les détruire ». Elles se fortifièrent de nouveau, au petit collège de Notre-Dame, où M. Babad, trop jeune encore pour être ordonné prêtre, professa la sixième en 1783-1785, et la cinquième en 1785-1788. Il fut ordonné prêtre le 22 septembre 1787. Enfin, une conférence avec M. Montaigne, Directeur au séminaire de Lyon, providentiellement suggérée à M. Babad, dissipa ses incertitudes et le détermina, non seulement à rompre des liaisons qui avaient failli lui devenir très funestes, mais à demander d'être admis dans la Compagnie de Saint-Sulpice (Notes historiques sur le séminaire Saintlrénée ; Lyon, 1891, in-8°, p. 275, 276). Il partie donc pour Paris, et fut accueilli avec bonté par M. Émery, qui l'avait connu tout jeune à Pont-de-Veyle, où il allait quelquefois. C'était à la rentrée de 1788. On l'envoya professer la philosophie à Angers à la fin de 1789. Dix-huit mois après, sur le refus de prêter serment à la Constitution civile du Clergé, il fut renfermé avec beaucoup d'autres prêtres dans ce même séminaire transformé en prison ; puis transféré au château de Nantes, au milieu de beaucoup d'injures et de mauvais traitements, et de là déporté en Espagne. Arrivé dans ce pays, il fut invité par le vénérable évêque d'Orensè, Pierre d'Al-
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cantara de Quevedo, à venir dans sa ville épiscopale avec plusieurs de ses confrères pour y donner commencement à un séminaire diocésain. L'influence des Ministres de la République française ayant fait échouer ce projet du saint prélat. M. Babad, après cinq ans de séjour en Espagne, témoigna à M. Émery le désir d'aller travailler à Baltimore. Ayant reçu une réponse favorable, il trouva moyen de s'embarquer sur un navire qui faisait voile pour Cuba. L'accueil qu'il reçut dans cette île, et le bien qu'il crut pouvoir y faire au milieu d'une population pleine de foi, mais plongée dans une profonde ignorance, l'engagèrent à y demeurer du consentement de M. Émery. M. Babad travailla surtout à combattre le jansénisme, dont plusieurs membres du clergé de la Havane se trouvaient infectés presque à leur insu; l'ignorance étant telle dans ce pays, que l'on y regardait la doctrine du jansénisme comme universellement admise dans l'Église, et n'ayant d'autres adversaires que certains prêtres appelés sulpiciens, et dont on ne savait pas autre chose. Après un an de séjour à la Havane, il quitta ce pays, où on ne voulait point de prêtres français, et arriva à Baltimore le 8 août 1799. Il fut employé à enseigner au collège les humanités et la langue espagnole, et se livra en outre pendant plus de 20 ans à toutes les œuvres du ministère extérieur, desservant plusieurs des Congrégations religieuses établies dans la ville de Baltimore. Il s'y adonna avec tant d'ardeur, malgré les avis que lui donna M. Émery dans une longue suite de lettres pour modérer son activité excessive, et ses relations avec les personnes du dehors se multiplièrent tellement, que M.Tessier, successeur de M. Nagot, lui conseilla de retourner en France : ce qu'il fit le 27 août 1820. Après avoir passé quelque temps à Issy, il fut envoyé à Reims, dont le séminaire venait d'être mis de nouveau sous la direction de la Compagnie. Ses infirmités l'obligèrent bientôt à quitter ce poste, et il fut autorisé à se retirer à Lyon, où pendant plusieurs années, il remplit les fonctions d'aumônier d'un établissement de bienfaisance. Enfin, étant devenu aveugle, il quitta celte charge pour entrer dans une maison de prêtres invalides. C'est là
qu'il mourut, après avoir reçu les derniers sacrements avec une piété édifiante, le 13 janvier 1846. — « Son neveu, Pierre- Joseph Babad, membre de la Société des Missionnaires diocésains de Lyon (Maison des Chartreux), mort le 5 décembre 1863, à l'âge de 61 ans, voulut bien, à la prière du supérieur du séminaire Saint-ïrénée, rédiger sur le saint vieillard, avec lequel il avait eu d'intimes relations, une notice, demeurée manuscrite, qui est pleine d'intérêt » (Notes historiques.. , p. 276). Il y est dit que M. Babad « contribua beaucoup à la prospérité du séminaire et du collège de Baltimore, où il enseignait quatre ou cinq langues, le français, le latin, l'anglais, l'espagnol et le portugais. Il devint même si habile dans ces trois dernières, qu'il put en composer une grammaire fort estimée des connaisseurs. Mais son manuscrit lui fut soustrait par un maître de langues, qui le fit imprimer à son insu ».