M. LEGRIX
Fursy-Jean-Baptiste Legrix naquit à La Rochelle, le 10 septembre 1774. « Atteint par la première réquisition en 1793, il fut forcé de prendre le métier des armes, et servit dans la cavalerie. Après quelques années, ayant obtenu son congé, au mois de février 1802, il entra à la maison dite de la Vache- Noire, faubourg Saint-Jacques, à Paris, où M. Duclaux avoil, depuis deux ans, rassemblé quelques élèves pour former un noyau de séminaire. — M. Legrix, ayant été ordonné prêtre le 22 décembre 1804, s'attacha à ses maîtres, et devint, en qualité de maître des cérémonies, directeur au séminaire, qui fut établi régulièrement cette année-là. Il y resta jusqu'à la veille de Noël 1811, que le Ministre des cultes lui signifia l'ordre de se retirer. Ses confrères avoient été expulsés six semaines auparavant; mais comme il n'étoit pas prêtre avant la Révolution, il se flattoit de pouvoir demeurer au séminaire; ses raisons ne furent pas écoutées. Il avoit été nommé clerc de la chapelle impériale quelque temps auparavant; et en 1814, sa santé ne lui ayant pas permis de rentrer au séminaire, il conserva le même emploi à la chapelle du roi. Il essaya de rentrer au séminaire en 1819; mais il n'y put demeurer que quelques mois, à cause de son état de souffrance. — Lorsque M. le cardinal de Périgord prit possession de l'archevêché de Paris, au mois d'octobre 1819, M. de Quélen, qui avoit été avec M. Legrix à la Yache-Noire, le désigna à Son Éminence comme maître des cérémonies de l'église métropolitaine; et il reçut en conséquence des lettres de chanoine honoraire. Dès lors, il présida aux ordinations et à toutes les grandes cérémonies qui eurent lieu à Notre-
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Dame; et l'activité qu'il mettoit dans ses fonctions servoit à le conserver en santé. Mais après 1830, son état devint plus critique. Il quitta donc Paris pour se retirer dans' sa ville natale, où il passa les dernières années de sa vie dans les souffrances et les pratiques de piété, et mourut le 27 mars 1845 » (L'Ami de la Religion, 3 avril 1845, t. CXXV, p. 29). A. — Notice sur la maladie, la mort et V enterrement de M. Emery. Dans les Matériaux pour la vie de M. Emery, t. IV, p. 820-825; Bibliothèque du séminaire de Saint-Sulpice; Manuscrits.
Jean-Baptiste Thavenet, né à Châteauroux le 2 septembre 1763, entra au séminaire de Bourges le 2 novembre 1782. 11 fit sa Solitude en 1785. M. Émery ayant, un jour, parlé aux solitaires des besoins de notre établissement de Montréal, M. Thavenet s'offrit pour aller dans ce pays. La proposition ne fut pas alors acceptée, mais M. Émery s'en souvint plus tard. Après sa Solitude, M. Thavenet fut durant quelque temps vicaire de Chateauneuf-sur-Cher, puis chargé d'établir un petit séminaire à Aigurande, dans le diocèse de Bourges. 11 était là quand éclata la Dévolution. Il se retira d'abord à Turin, où il exerça quelques fonctions au Collège des Nobles. En mai 1794, il s'offrit à M. Gazaniol pour Montréal, ainsi que dix autres ecclésiastiques, associés, ou du moins élèves de Saint-Sulpice. Après dix jours de retraite à Brigg en Valais, où était M. Gazaniol, ils partirent pour le Canada, et ils arrivèrent heureusement à Montréal après avoir couru bien des dangers, le 14 septembre 1794. Après avoir exercé divers emplois dans cette ville, tant au collège qu'à la paroisse, M. Thavenet fut choisi, en octobre 1802, pour aller étudier, au lac des Deux-Montagnes, les langues indiennes, et particulièrement l'algonquin. 11 desservit la mission algonquine depuis octobre 1805 jusqu'en mars 1809.
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Revenu en France en 1815, il fui pendant deux ans supérieur du petit séminaire de Saint-Nicolas, à Paris, puis en 1817, il devintprofesseur d'Écriture-Sainte au séminaire de Bourges. Au bout d'un an, il retourna à Paris pour suivre auprès du Gouvernement les réclamations du séminaire, des hôpitaux, communautés religieuses, et autres établissements religieux du Canada, pour lesquels il obtint, par des démarches persévérantes et des travaux inimaginables, près de deux millions qui leur étaient dus, dép oyant la plus active intelligence et montrant un désintéressement parfait.
« En 1830, il se rendit à Rome pour y traiter diverses affaires qui intéressoient le séminaire de Montréal. Bientôt connu des cardinaux et des prélats avec lesquels il avoit à traiter, il obtint leur estime, par la candeur et la simplicité de ses manières. 11 habiloit au couvent des Saints-Apôtres, vivant pauvrement, et voulant même aller mourir à l'hôpital avec les pauvres. Atteint d'une oppression de poitrine, dans les premiers jours de décembre 1845, il descendit encore à l'église pour entendre la messe, le jour de l'Immaculée Conception; mais cet acte de piété irrita son mal, et il mourut le 16 du même mois, après avoir reçu avec une grande édification les secours de la religion. Ses obsèques eurent lieu dans l'église des Saints-Apôtres; et il fut inhumé dans le cimetière des religieux de Saint-François, chez lesquels il demeuroit, et qui lui témoignèrent jusqu'à ses derniers moments la plus affective charité » (L'Ami de la Religion, 7 janvier 1845, t. CXXIV, p. 47).
1. — Deux lettres adressées à Monseigneur Corboli-Bussi, Consulteur de la S. G. de la Propagande, datées des 20 septembre 1841 et 8 avril 1842 ; imprimées dans : « Sacra Congregazione di Propag. fide, Ponente l'Em0 è Rmo Sig. Cardinale Castruccio Caslracane; Ristretto con annessa scrittura e voto Risguardante l'amministrazione dei fondi, e rendile spettanti a Monsig. Arcivescovo di# Québec, e ad alcuni Luoghi Pii del Canada, ritenuta dal sig. Ab. Thavenet, sacerdote del seminario di S. Sulpizio di Parigi»; (Roma) Giugno, 1842, in-fol., p. 57-60.
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« Outre quelques petites instructions, M. Thavenet a laissé un Dictionnaire algonquin- français qui témoigne de sa grande aptitude pour ce genre de travail, et qui, dit M. Cuoq, m'a été d'une grande utilité pour la composition de mon Lexique de la langue algonquine . On a aussi de ce laborieux écrivain une traduction littérale en latin et en français du Catéchisme algonquin, et beaucoup de notes grammaticales sur les cahiers algonquins de M. Mathevet.
» L'illustre Mezzofanti honorait M. Thavenet de son estime et de son amitié, et c'est à ce savant cardinal que M. Thavenet laissa en mourant tous ses manuscrits, entre autres un Essai de grammaire, dont la préface a été insérée dans une brochure italienne qui a pour titre : Intorno agli studi del Thavenet sulla lingua algonchina. Voici un extrait de cette curieuse préface : « Cette grammaire, qui a été faite au milieu de la nation algonquine, paraît dans son costume sauvage, n'ayant emprunté des grammaires européennes que les mots techniques que n'a pu lui fournir un peuple qui n'a jamais cultivé les sciences. Lorsque j'eus fini mon travail, ceux des sauvages qui m'avaient aidé me dirent que j'avais fait un livre sur la parole, sur l'écriture et sur le discours... » {Anotc Kekon (Mélanges), par M. l'abbé J.-A. Cuoq ; dans les Mémoires de la Société royale du Canada, section I, 1893, p. 176). M. Cuoq reproduit (ibid., p. 164-160), avec traduction française en regard, le texte d'une Instruction pour la Saint-Jean composée en algonquin par M. Thavenet, et datée du 23 juin J808.
A. — Lettre de M. Thavenet, écrite de Rome le 20 juin 1842, sur la mission des onze pour Montréal en 1794; in-8°, pp. 7. Cette lettre est conservée aux archives du séminaire de Montréal. Les onze sont les premiers sulpiciens qui, après la conquête, eurent du Gouvernement anglais permission d'aller en Canada, où il ne restait plus que M. Brassier et M. Poncin, deux vieillards infirmes, âgés l'un de 72, l'autre de 78 ans.
B. — Récit du voyage que fil M. Thavenet, en septembre 1792, de Paris en Suisse; in-8° de 6 pages. Écrit en 1829. Conservé au séminaire de Montréal.