Bibliothèque sulpicienne ou Histoire littéraire de la compagnie de Saint-Sulpice
Histoire littéraire d'une Compagnie peu lettrée par un homme qui ne l'est pas du tout : voilà, dira sans doute plus d'un lecteur en ouvrant ce volume, voilà le titre que l'auteur aurait dû donner à son ouvrage. Quoique malicieux, et peutêtre méchant, le trait n'en renferme pas moins une bonne part de vérité. Laissons de côté l'auteur, qui n'est guère ici qu'un faiseur de catalogue, ou le biographe, dans un style forcément uniforme, de vies uniformément semblables : parlons seulement de la Compagnie de Saint-Sulpice. Oui, elle ne fut et ne sera jamais, espérons-le, une société de savants et de littérateurs. « Si le goût de l'esprit et de la science éclatante s'introduisoit insensiblement à Saint-Sulpice, écrivait Fénelon à M. Leschassier, l'ouvrage de M. Olier et de M. Tronson ne subsisteroit plus » (1). Car, ce qu'ils ont voulu avant tout, c'a été de fonder une société destinée à former les jeunes gens dans les Séminaires à la piété et aux mœurs ecclésiastiques. Quant à l'enseignement, qui fait aussi partie de sa vocation, il exige et tend à faire des hommes d'un savoir plus solide que brillant, plus profond que vaste et étendu. D'une part, en effet, la forme de cet enseignement, pour être utile, doit nécessairement être élémentaire, c'està-dire à la portée des intelligences communes qui, en province du moins, composent la majeure partie des élèves; d'autre part, l'objet de cet enseignement prête peu à la littérature proprement dite : l'Écriture-Sainte, la Liturgie, la Théologie sous ses diverses formes, le Droit canonique, l'Histoire ecclésiastique, tel est le champ, à peu près exclusif, dans
(1) Œuvres de Fénelon; Correspondance, édition de Versailles, t. V, p. 224.
IV l'HEFACE
lequel est appelée à se mouvoir l'activité intellectuelle de nos rares écrivains.
Cette rareté, d'ailleurs, tient à plus d'une cause. La Compagnie de Saint-Sulpice — est-ce de sa part prédilection pour Varna nesciri, ou peur exagérée de la science « éclatante » que Fénelon redoutait pour elle? — la Compagnie, disonsnous, semble avoir eu toujours pour principe de tolérer, mais de n'encourager jamais positivement la composition d'ouvrages destinés au public, même lorsque, grâce à une modestie longtemps traditionnelle, il ne devait lui en revenir aucune gloire; car, durant les 150 premières années, et souvent encore au xixe siècle, nos auteurs se sont presque tous cachés sous le voile de l'anonyme, ou sous la dénomination vague et générique de Prêtre du Clergé, de Directeur de Séminaire ; ce qui, pour le dire en passant, rend fort difficile la découverte de nos écrivains, surtout aux xvii* et xvin" siècles. — Si, à ce défaut de stimulant extérieur, on ajoute le petit nombre de sujets que la Compagnie a toujours comptés dans son sein — en 1790, le chiffre total, depuis sa fondation, s'élevait au plus à 720 (1) — on sera peut-être surpris, non plus
(1) Voici quelle était la « Situation de la Compagnie de Saint- Sulpice » en 1791 : elle était alors chargée «les établissements suivants :
« En France : — A Paris : le Grand séminaire de Saint-Sulpice avec ses trois annexes, le Petit séminaire, la Maison des Robertins et celle des Philosophes; et de plus, la Communauté de Laon, la Communauté des Prêtres de la Paroisse, et la Solitude à Issy. — A 7bu/ottse : le Séminaire «le Saint-Charles, te Séminaire diocésain et la Maison de Philosophie. — a Nantes : le Grand séminaire, la Philosophie et la Communauté de saint-clément. — a Lyon, Avignon, Orléans, Angers, Clermont, Bourges, Autan et Viviers, le Grand Séminaire et la philosophie. — Enfin, le Grand séminaire seulement au Puy, . moges, à Tulle et à Reims.
» En wi euque : — Au Canada : la Communauté 'les Prêtres <ie la paroisse de Montréal, le collège de la même \ ille, et la mission des Sauvages. tus États-Unis : u- Grand Séminaire de Baltimore. i e nombre des prêtres qui dirigeaient alors toutes ces ma s'élevait a environ cent cinquante (Vie de M i , i
Comme, dans le cours de notre ouvrage, U sera souvent (ait mention