II. LEGBAND
Honorato Tournely , Sacrce Facultatls Parisiensis doctore, socio Sorbonico, etc.; editio nova, auctior et emendatior ; Parisis, apud J.-B. Garnier, 1751, 2 vol. in-12 de xn-o02, xn-659 pages. Réimprimé dans le tome VII (col. 9-o98) du Theologiœ Cursus complétas édité par M. Migne.
Cet ouvrage, nous l'avons vu, a pour auteur M. Simon- Pierre de La Fosse de Champdorat. L'édition de son ouvrage, donnée par M. Legrand, renferme des additions importantes, et qui ne comprennent pas moins de 400 pages. L'éditeur lui-même les indique en détail dans un avis placé au dos du frontispice du premier tome. Les principales ont pour objet les preuves de l'existence de Dieu, l'examen de quelques systèmes d'athéisme, la science de Dieu, et les divers systèmes des théologiens pour la concilier avec la liberté humaine. Toutes ces additions supposent dans leur auteur une érudition théologique très étendue, et une grande netteté d'idées sur ces matières difficiles.
2. — Tractatus de Incamatione Verbi divini, quo eœ continuantur theologicœ prœlectiones , quas iisni Seminariorum et prœviis ad gradus tlieologicos examinibus accommoclare adorsus est Honoratus Tournely, Sacrce Facultatis Parisiensis Doctor ; Parisiis, apud J.-B. Garnier, 1750, 2 vol. in-12 de xiv-69G et xxiv-766 pages. — Gomme les traités théologiques composés par MM. de Montaigne et de La Fosse, celui-ci parut sous le nom de Tournely, et il était effectivement un abrégé du traité que ce docteur avait publié sur la même matière, quoique l'auteur y suivit un plan différent. Il y traitait plusieurs questions omises par Tournely, et discutait surtout avec soin les principales prophéties de l'Ancien Testament qui établissent, contre les Juifs, la vérité du mystère de l'Incarnation. Celte partie de l'ouvrage avait été fournie à M. Legrand par M. Jouberl, son confrère, qui joignait à une grande connaissance de la Théologie celle de la langue hébraïque.
Tractatus de Incamatione Verbi divini; autore uno è Parisicnsibus theologis; editio secunda, auctior; Parisiis. apud Jacobum-Gabrielem Clousier. typographum, via San-
Jacobseâ; 1774, 3 in-12 de vui-640, 550 el 545 pages. M. Migne
l'a reproduit dans le tome IX (col. 9-1148) du Theologlœ Cursus completus. Celte édition renferme de plus que la précédente l'exposé et la réfutation des erreurs des PP. Ilardouin et Berruyer sur le mystère de l'Incarnation. M. Legrand ayant rédigé, quelques années auparavant, au nom de la Faculté de Théologie, la censure de la seconde partie de Y Histoire du Peuple de Dieu, jugea important de résumer dans son traité cette censure, dont la longueur effrayait bien des lecteurs. Le résumé lui-même paraîtra peut-être également d'une longueur peu proportionnée au reste de l'ouvrage : il en forme la onzième et dernière dissertation. « Ce traité, purement lliéologique, est un des plus méthodiques et des plus complets sur le dogme capital de l'Incarnation », disaient les Affiches, annonces et avis divers du mercredi 13 avril 1774, p. 58. Voir également les Mémoires de Trévoux, numéro de mai 1774, p. 345 et suivantes. « Vir verè doctus el modeslus, dit le P. Hurter en parlant de M. Legrand, elaboralum exaravit opus De Incarnatione Verbi dirlui (Xomenclator literarius, t. 111, p. 48; et t. III, p. 51. 55. de la seconde édition).
3. — Jugement doctrinal de la Faculté de Théologie de Paris sur un livre qui a pour titre : Histoire du Peuple de Dieu depuis la naissance du Messie jusqu'à la lin de la Synagogue, tirée des seuls Livres Saints; ou le texte sacre'' îles Livres du Nouveau Testament réduit en un corps d'histoire; Seconde partie; à La Haye, chez Neaulme et G1" (Paris), 175:1; et sur un autre livre qui a pour litre : Histoire du Peuple de Dieu, troisième partie; ou Paraphrase littérale des Kpiires des Apôtres, d'après le Commentaire littéral du l*. Hardouin, de la Compagnie de Jésus, imprimé à Amsterdam, à la suite
• le son ( '.< tin uieulai re sur les Évangile8 el les Actes, che/
H. du Sauzet, 1741 ; par le P. Jean-Joseph Berruyer, de la
C pagnie de Jésus; à Amsterdam chez. Jean Neaulme
(Paris), 1759; enfin, sur plusieurs Défenses et a clairets- 8emens composés et rendus publies, tant par ce mrm,' auteur que par quelques-uns de ses partisans, aoil a Avignon
(1755), soit a Nancy (1759), etc. Première partie (de la Censure) qui regarde le tome VIII de la seconde partie (de l'Histoire du Peuple de Dieu), édition in-12, contenant des dissertations latines qui, selon l'auteur et ses défenseurs , établissent et développent avec exactitude des principes importans qui sont nécessaires à l'intelligence de tout l'ouvrage. A Paris, chez P. -Al. Le Prieur, Imprimeur du Roi, rue Saint- Jacques, à l'enseigne de l'Olivier, 1762, in-i° de 316 pages, et 3 in-12 de xxiv-336, 386 et 322 pages. — Il y eut aussi une édition latine, dont le titre, traduction de celui-ci, est reproduit par la Bibliothèque des écrivains de la Compagnie de Jésus, art. Berruyer.
Personne n'ignore l'éclat des discussions qu'occasionna, vers le milieu du dernier siècle, la publication de ['Histoire du Peuple de Dieu, composée par le P. Berruyer, jésuite, d'après les principes du P. Hardouin, son confrère (1). La première partie de cette histoire, publiée en 1728 et comprenant l'Histoire du Peuple de Dieu depuis son origine jusqu'à la naissance du Messie, fut mise à X Index en 1731, et de nouveau en 1757. La seconde partie, qui parut en 1733, excita des plaintes beaucoup plus vives, à raison des erreurs qu'elle renfermait sur le mystère de l'Incarnation; aussi futelle condamnée par le Souverain Pontife Benoit XIV, dans son bref du 17 février 1738, comme renfermant des propositions respectivement fausses, téméraires, scandaleuses, favorisant l'hérésie, approchantes de l'hérésie, et contraires au sentiment unanime des SS. Pères et de l'Église dans l'interprétation des Saintes Écritures (2). Enfin, la troisième partie, publiée en 1738 et renouvelant les erreurs déjà condamnées dans la seconde, fut proscrite par un bref de Clément Mit, du 2 décembre de la même année (3). Le Souverain Pontife
(1) Cfr. Picot, Mémoires pour servir à l'Histoire ecclésiastique pendant le XVI II- siècle, 3 décembre 1753 : Paris, 1854, t. III, p. 248- 251. Les Nouvelles ecclésiastiques du 13 juin 1763, p. 101-104, donnent un « Extrait » do la Censure.
(2) Bcncd. XIV Bullarium ; Romae, L762, t. IV, p. 283, 284.
(3) Bullarii Romani Continuatio; Romse, 1835, l. I, p. 61, 62.
y déclare que cette troisième partie a comblé la mesure du scandale, scandali mensuram împlevit, et il la condamne, en conséquence, avec les mêmes qualifications que Benoit XIVr avait données à la seconde. En outre, contre ceux qui, possédant d'une façon quelconque cet ouvrage, ne le remettraient pas aux Inquisiteurs ou aux Ordinaires, il prononce la peine d'excommunication majeure s'ils sont séculiers; et s'ils sont ecclésiastiques ou réguliers, la peine de suspense à encourir par le seul fait; excommunication dont le Souverain Pontife se réservait l'absolution et à ses successeurs, sauf à l'article de la mort. •
Ces différentes condamnations étaient sans doute suffisantes pour prémunir les fidèles contre le danger de V Histoire du Peuple de Dieu. Mais comme elles ne signalaient en particulier aucune des erreurs dont l'ouvrage était rempli, la Faculté de Théologie de Paris crut important d'en faire un sérieux examen, et de publier une censure motivée des principales erreurs qu'on lui reprochait. Elle nomma, en conséquence, une Commission pour l'examen de l'ouvrage, et chargea M. Legrand de rédiger un projet de censure. Après dix-huit mois de travaux assidus, les députés remirent à la Faculté le projet de la première partie de la censure qui renfermait la condamnation de 93 propositions, avec les différentes qualifications dont chacune d'elles était susceptible.
Ces propositions se rapportaient à cinq chefs principaux, qui formaient autant de titres ou sections de la Censure. La lr0 section renfermait les propositions relatives à J.-G. en tant qu'objet des Ecritures: la -} ". à J.-C. en tant que Fils de Dieu; la 3 . celles qui regardent l'autorité de l'Écriture pour établir les dogmes de la foi: la 'i . celles qui regardent J.-C. tils de l'homme; la • '» . enfin, celles qui regardent J.-C. comme auteur d'un nouveau culte. La Faculté ayant approuvé ce projel de censure au mois de juin 17iii). publia aussitôt cette première partie, donl elle adressa un exemplaire au Souverain Pontife Clément XIII, avec un exemplaire de la Censure d'Emile, qui parut au mois d'août suivant. Le Pape ayant pris connaissance «les deux Censures,
M. LEGUANT» 378
adressa aux docteurs de Paris, le 20 oclolne de Tannée suivante, un bref dans lequel il accorde de grands éloges à la Censure d'Emile, et rend justice au zèle des docteurs pour la défense de la saine doctrine (1). Toutefois, il ne dissimule pas dans ce bref que la censure qu'ils ont publiée de l'ouvrage de Berruyer lui semble peu opportune, eu égard aux circonstances dans lesquelles on la publie, et de plus inutile, cet ouvrage étant suriisamment condamné par les brefs de Benoit XIV et de Clément XIII, et d'ailleurs oublié et abandonné de tous (2). Ce bref ayant été communiqué par le Nonce du Saint-Siège au docteur .Cervaise, Syndic de la Faculté, le comte de Saint-Florentin, alors Carde des Sceaux (3), qui en fut instruit, prit des mesures pour empêcher que le bref ne fût notifié à la Faculté. Cependant, la Commission nommée pour la rédaction de la Censure continuait son travail, et la Faculté ne trouvant pas dans le bref du Pape une raison suftisante de laisser incomplète la Censure dont elle avait déjà publié la première partie, publia aussi la seconde au mois d'août 1763 (4).
il» BuUarii Romani Continuatio ; Roma?, 1S37, t. II, p. 419,420. Nous avons sous les yeux un exemplaire de ce bref imprimé dans le temps par les soins d'un appelant, qui blâme hautement l'intérêt que le Souverain Pontife y témoigne implicitement pour la société alors si violemment attaquée. Le rédacteur des Nouvelles ecel(:.<in..<r/<ji'j-s se montre également opposé au bref par le même motif (Nouvelles ecclésiastiques, 23 janvier 1764, p. 10).
< 1 i Cœterum censura vestra voluissemus in alia tempora, quam quae modo sunt, incidisset. Cum enim sapientia vestra ea sit omnium existimatio, nihil vos sine judicio et certo quodam consilio moliri, aegrè tulimus, suam quemque causam comminisci, quamobrem banc eensuram hoc potissimum tempore volueritis editam.
(3) Louis Phelypeaux, comte de Saint-Florentin, avait été pourvu, en 1723, de la charge de secrétaire d'État, en survivance et sur la démission de son père, Louis Phetypeaux, marquis de La Vrillière. Par suite de cette promotion, il fut autorisé par lettres patentes, en 1728, à signer toutes lettres patentes et expéditions dépendantes de sa charge. Il devint dans la suite Ministre d'État et Garde «les Sceaux (l)irt. de Moréri, art. Phelypeaux, n° 10; Biographie universelle, art. Saint-Florentin ».
(4) Determinatio... Pars secunda, spectans primos septem
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Celte seconde partie était divisée, comme la première, en cinq sections, dont la première avait pour objet les principaux mystères de la Religion chrétienne; la seconde, la différence de la vraie religion avant et après J.-C, et la nécessité de la foi en J.-C; la troisième, le péché originel; la quatrième, les erreurs du P. Hardouin renouvelées par le P. P>erruyer; la cinquième, enfin, divers passages de l'Écriture mal interprétés par ce dernier, et favorables à la morale relâchée. Sous ces différents titres, la seconde partie de la Censure renfermait la condamnation motivée de 230 propositions, ce qui portait le nombre total des propositions condamnées à 323. A la suite de chaque proposition, la Censure indique les notes théologiques qui lui sont applicables, et les motifs qui en justifient l'application. Quelques propositions sont qualifiées de la note d'hérésie, dont les Souverains Pontifes Benoît XIV et Clément X1I1 s'étaient abstenus dans leurs brefs. La sévérité de cette qualification fut hautement approuvée par les ennemis des Jésuites, mais elle parut excessive à un grand nombre de personnes éclairées, qui lu trouvaient peu convenable, surtout à cette époque où la Compagnie de Jésus était de tous côtés en butte aux attaques les plus passionnées, et où elle succombait, en France, sous les coups redoublés des Parlements. La Faculté ne se dissimulait pas les réclamations que pouvait exciter la sévérité dont elle usait, dans ces conjonctures, envers le P. Berruyer; elle crut même nécessaire de se justifier, sur ce point, dans la Préface de la Censure. Mais il paraît, par le bref déjà cité, du 2fi octobre 1763, que celle justification parut insuflfisante au Pape Clément XIII; et on ne peut douter que le sentiment de ce Pontife n'ai! été celui d'un grand nombre de personnes modérées. Nous savons en particulier que M. Fmer\ . malgré sa grande estime pour M. I, «'grand, regrellail qu'il n'eûl pas cédé aux observations qu'on lui fit, pendanl la rédaction de la Censure, pour l'engager à supprimer la note
pornos (éd. in» /•-' Secundœ Partis huj'ue historiée, quinquo tomos Tertiœ l'unis ejusdem Historiœ, omnesque istins Historiœ defensiones, etc. . Parisiis, apud n. Leprieur, 1763, in- 1 <!<• 228 pages.
d'hérésie dans les qualifications qu'il donnait à plusieurs propositions de l'ouvrage condamné. M. Legrand était sans doute bien éloigné de la haine aveugle et passionnée qui animait, à cette époque, les ennemis des Jésuites; mais l'intérêt de la Religion, qu'il voyait par-dessus tout, lui persuadait probablement, comme autrefois à Bossuet, que dans un temps où le dogme est en péril et où l'erreur cherche à se répandre sous des formes dangereuses et insinuantes, ce serait trahir la cause de la Religion que de relâcher la sainte rigueur du langage théologique (1).
Quoi qu'il en soit, la grande part que M. Legrand avait eue à la Censure dont il s'agit l'exposa, quelque temps après, à un petit embarras dont il fut heureusement délivré par la douceur et par la politesse du P. Berthier (2).
M. de Montillet, archevêque d'Auch, les ayant tous deux invités à diner, ils furent placés l'un à côté de l'autre. M. Legrand, un peu embarrassé de ce voisinage, n'osait adresser la parole au P. Berthier, et s'entretint, pendant la plus grande partie du repas, avec son autre voisin. Le P. Berthier, comprenant l'embarras de M. Legrand et désirant le mettre un peu plus à son aise, lui dit gaiement : « Monsieur, » je ne sais si je me trompe, mais il me semble que vous » vous défiez un peu de moi ». M. Legrand lui répond qu'il ne lui a pas encore adressé la parole parce qu'il n'a pas l'honneur de le connaître. « Et moi, reprend le P. Berthier, » je vous connais très bien de réputation; j'ai lu votre Cen- » sure du P. Berruyer, et je vous dis que je partage, à cet » égard, les sentiments de la Faculté dont vous avez été l'or- » gane. Je puis même vous dire que, dans le temps où je tra- » vaillais aux Mémoires de Trévoux, je rédigeai une critique
(1) Bossuet, Réponse à quatre lettres de Mw l'archevêque de Cambrai, n° XXIV; Œuvres de Bossuet; Versailles, Lebel, 1817 , t. XXIX, p. 75, 76. Clément XIII lui-même, dans fe bref cité, interprète de la même manière la conduite de la Sortonne en cette circonstance. « Xosquidem, dit-il, Religionis zelo, quo flagrantem animum geritis, vestram in hac ro tribuimus agendi ràtionem, eodemque referendam esse mag'nopere velimus omnes existiment. »
(,') souvenirs de M. de Sausin, évêque de Blois.
» détaillée des erreurs du P. Remuer, que je me proposais » d'insérer dans le journal, el j'aurais exécuté ce projet si je » n'en eusse été empêché par mes supérieurs » (1). II est aisé de comprendre que ce langage si flatteur pour M. Legrand dut mettre fin à l'embarras qu'avait pu lui causer d'abord le voisinage du P. Berthier.
■4. — Determinatio sacra- Facultatis Parisiensis super libvo cui tiiulus : Emile, ou de l'Éducation; — Censure de la Faculté de Théologie de Paris contre un livre qui a pour titre : Emile, ou de l'Éducation; Paris, P. -Al. Le Prieur, imprimeur du roi, rue Saint-Jacques, à l'Olivier, 17(k>. in-i" de 214 pages; in-12, pp. 352. Réimprimé en 1766 (in-4°) el en 177b' (in-8° de 244 pages), par Charles-Pierre Rerlon. à Paris ; reproduit par M. Migne dans le Théologie Cursus complétais (tom. II, col. llll-12't8».
Parmi les attaques multipliées que la Philosophie livrait alors à la Religion, une des plus éclatantes et des plus funestes fut la publication de Y Emile de J.-J. Rousseau, en 1702. Jamais, peut-être, la religion n'avait été si ouvertement attaquée dans toutes ses parties: jamais, surtout, 1 art
Mi Le P. Berthier confirme lui-même ce qui est dit ici dans un article «les Mémoires contenant une exposition claire et précise des systèmes des pp. Hardouin et Berruyer. « Nous pourrions, dit-il, pousser beaucoup plus loin l'examen de cette Histoire du Peuple de Dieu, et notre intention, en ell'et, étoit d'en donner une critique détaillée sur la lin de 1753. Nous en fîmes même la proposition, qui ne l'ut point ignorée de ceux qu'on croyoit devoir obvier, plus que personne, aux suites fâcheuses de ce Livre. Mais sur ces entrefaites, les
Supérieurs «les jésuites publièrent un désaveu 'le l'ouvrage Ces
démarches publiques arrêtèrent l'effet de nus intentions, parce qu'on jugea que ce qui étoit émané îles personnes en place absorboil ce qui ne devoit être que littéraire. < >u se trompa pourtant : el il falloit nous laisser l'exercice de ce ministère, très subalterne, à la vérité, mais toujours de quelque punis pour le maintien de la vérité el de la bonne réputation » {Mémoires de Trévoux, décembre I7<m . p. Cet article, intitulé Observations sur les systèmes des PP. Har douin <•< Berruyer, est attribué au P. Berthier parle P. Sommer
ogel, Table méthodique des Mémoires >,r Trévoux ; Paris, 1864, première partie, n. :
M. LEGUANT) ilTO
du sophisme n'avait été employé d'une manière aussi propre à séduire une infinité de lecteurs. Aussi, à peine l'ouvrage eut-il paru qu'il fut dénoncé à la Sorbonne, condamné par un arrêt du Parlement,, et proscrit par M. de Beaumont, archevêque de Paris, dans un mandement qui signalait aux fidèles les dangers de l'ouvrage et les graves erreurs dont il était rempli. Les députés ordinaires de la Faculté de Théologie s'étant assemblés, le 7 juin 1762, pour aviser aux moyens de secourir la religion si horriblement attaquée, furent d'avis de porter cette affaire à la prochaine Assemblée générale de la Faculté. Dans cette Assemblée, qui se tint le 1er juillet suivant, on résolut de travailler sans délai à une censure motivée de l'ouvrage, et M. Legrand fut chargé d'en rédiger le projet. II le fit avec tant de zèle et d'activité, que son travail fut en état d'être soumis, vers le milieu du mois d'août suivant, à l'examen de la Faculté, qui l'approuva par une délibération du 20 août 1762, et en ordonna aussitôt la publication.
Dans cette censure, les erreurs de YEmile sont rapportées à sept principaux chefs, dont le premier regarde Dieu et la religion naturelle: le second, la possibilité et la néeessité de la Révélation; le troisième, les caractères de la Révélation ; le quatrième, les moyens de la connaître: le cinquième, les miracles et les prophéties; le sixième, la doctrine révélée; le septième, enfin, l'intolérantisme que professe la vraie religion. Sous ces différents titres sont placés cinquante-sept passages ou propositions, que la censure examine et qualifie en détail. Cet examen est terminé par quelques observations sur le système d'éducation proposé dans YEtnile, et sur les principes de cet ouvrage relativement à la souveraineté du peuple (1).
(1) Le système d'éducation proposé dans Y Emile a été bien apprécié par M. Fiévée dans une suite d'articles du Journal des Débats, en 1805, 4, 13 et 19 mai. Ces articles ont élé reproduits dans le tome III du Spectateur français au XIX> siècle (p. 138-158). — Les principes 'le l'Emile sur la souveraineté du peuple ne sont, au fond, que ceux de Jurieu, si bien réfutés par Bossuet (Ve Avertissement aux protestants, n° 49, etc., t. XXI des Œuvres, édition de Lebel).
Cette censure, sans avoir le charme et les attraits de l'Emile sous le rapport du style, offre une discussion aussi solide que complète des faux principes et des sophismes les plus éblouissants de l'ouvrage condamné. Un peut la considérer comme un précieux arsenal, où sont rassemblées toutes les armes nécessaires pour repousser les violentes attaques et les traits les plus envenimés de l'incrédulité moderne. Quelque solides que soient généralement les écrits théologiques de M. Legrand, on peut dire qu'il s'est surpassé dans celui-ci, et qu'il y a rendu un des services les plus signalés à la Religion. Aussi n'hésitait-il pas. dans la suite, à indiquer la Censure de l'Emile aux élèves du Séminaire qui le consultaient sur quelque sujet analogue à ceux qui sont traités dans cette censure, et Meunier de Querlon la qualifiait de « censure aussi bien faite que travaillée, c'est-à-dire savante, exacte, pensée, profonde et d'une netteté singulière » (1).
5. — Observations sur quelques articles de la Censure de la Faculté de Théologie de Paris, contre le livre intitulé Kmele, ou de l'Éducation, ou Lettres de M. *** D. D. L. F. D. T. D. P. (Docteur de la Faculté de Théologie de Paris) a M. *** D. G., à l'occasion de la feuille du 16 mai dernier des N. N; E. E. (Xouvelles ecclésiastiques): Paris, 1763, in-V' de 16 pages pour les deux premières, de 32 pages pour la 3e et la 4e, de 44 pour la 58 et la 6°. Elles parurent aussi en 3 volumes in- 12 de 'i2, 93 et 12(i liages.
Les applaudissements donnés à la Censure d'Emile, soit au dedans, soit au dehors de la Faculté, n'empêchèrent pas le rédacteur des Nouvelles ecclésiastiques d'y trouver îles vices essentiels, qu'il entrepril de signaler dans sa feuille du 16 mai 1763. il s'élève surtoul contre la doctrine de la Faculté sur la volonté générale que Dieu a de sauver tous les hommes, sur le sorl des enfants morts sans baptême, sur les hérétiques et les schismatiques de bonne foi, sur le discernement des vrais et des faux miracles, et sur d'autres ques-
1 1 1 Affiches, " n n" n ce& et avis Ui vers, i" novembre 1762, p. i" "
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tions analogues à celles-ci. D'après l'avis de plusieurs personnes sages, M. Legrand crut devoir opposer quelques observations à la critique du gazetier, pour prévenir le scandale des faibles, et dissiper par de solides explications les nuages que pouvaient exciter dans un certain nombre d'esprits les sophismes de l'esprit de parti. Celte discussion fut le sujet de six lettres, publiées successivement par M. Legrand en 1763 (I), et recueillies d'abord sous le titre d'Observations, puis sous le titre de Lettres intéressantes aux amis de la vérité (2). L'auteur y discute avec beaucoup de netteté les divers points de controverse que nous venons d'indiquer; et il montre que la doctrine du gazetier, sur tous ces points, est pour le moins outrée, souvent condamnable, quelquefois même directement contraire à la foi, et toujours opposée à l'enseignement universel (3).
6. — Determinatio sacrœ Facultatis Parisiensis , in libellum cui titulus : Bélisaire — Censure de la Faculté de Théologie de Paris contre le livre qui a pour titre : Bélisaire; Paris, chez la veuve Simon, 1767, in-4° de 123 pages,
(1) La première est datée de Paris, 1er juin 1763 ; la seconde est du 3 juin; la troisième, du 5 juin; la quatrième, du 7 juin; la date de la cinquième est en blanc; la sixième est du 11 juin 1703. Elles sont suivies d'une Lettre de M. l'abbé ***, chanoine de l'église de ••*, licencié de Sor bonne. Elles occupent les pages 245-414 dans l'édition de la censure donnée en 1776, chez Charles-Pierre Berton, in-8°.
(2) Paris, 1763, m-l« et in-12. L'abbé Joannet en rendit compte dans le Journal chrétien de décembre 1763, p. 17-32.
(3) Le Journal des Savants (volume de juin 1764, p. 1138 de l'édition in-12) ayant dit que l'auteur des Lettres intéressantes « repousse avec avantage dans ces Lettres l'accusation de pélagianisme et de molinisme, dont le gazetier ecclésiastique, dans sa feuille du 16 mai 1763, avoit essayé de charger la Censure », le rédacteur des Nouvelles ecclésiastiques lui répliqua dans ses feuilles du 17 et du 24 décembre 1764. Un anonyme lui opposa des Remarques sur les observations succinctes que le Gazetier ecclésiastique fait dans ses feuilles du 17 et du 24 décembre dernier, en réponse aux Observations ou Lettres de M. •*• D. D. L. F. D. T. D. P. au sujet de la Feuille du 16 mai 1763, et sur les échantillons qu'il donne dans les mêmes feuilles your justifier sa fidélité; in-4° de 1S pages. Ces remarques sont datées de « Paris, le 24 janvier 1765 ».
et in-12 de 192. Le texte français est reproduit, à la suite du Bélisaire, dans l'édition des Œuvres comjdètes de Marmontel, donnée à Paris en 1810, in-8", t. VII, p. 163-285.
Depuis la publication de ['Emile, la guerre contre la religion et ses ministres se poursuivait avec ardeur, et les productions de l'incrédulité se multipliaient avec une effrayante rapidité. Parmi ces productions, le Délisaire de Marmontel, publié en 1766, fut une de celles qui eurent le plus de vogue. L'auteur, il est vrai, ne se montrait pas aussi ouvertement impie que plusieurs de ses contemporains; mais sous une apparente modération, il renouvelait au fond les principes de l'indifférence religieuse, alors si répandus et qui conduisent naturellement au mépris de la religion. Aussi, à peine l'ouvrage fut-il publié, que la Faculté de Théologie s'occupa de prendre les moyens d'en prévenir, ou du moins d'en diminuer, autant qu'il était possible, la funeste influence. Le 2 mars 1767, M. Riballier, syndic de la Faculté, lui dénonça le Bélisaire, et une Commission de docteurs fut chargée de l'examiner. Marmontel, effrayé de cette mesure, essaya d'en arrêter l'exécution par des explications propres à satisfaire la Faculté, et il eut, pour cet effet, quelques conférences avec les docteurs nommés pour l'examen de son livre. Mais ses explications ayant paru insuffisantes, la Faculté jugea nécessaire de procéder à une censure motivée, et la rédaction en fut confiée à M. Legrand. Lorsqu'il eut terminé ce travail, il le présenta a la Faculté, qui l'adopta par une délibération du 26 juin 17C>7. Quinze propositions extraites du Bélisaire étaient condamnées dans celle censure, sous quatre chefs principaux, dont le premier regardait le salut des païens: le second traitait du sentiment naturel comparé à la lumière de la foi; le troisième, de la tolérance universelle par rapporl ;i la religion et au salut; le quatrième, de la nature cl de la certitude de la religion établie par J.-C. La censure des quinze propositions ('lait suivie d'une déclaration doctrinale sur la tolérance civile, (le dernier point avait été vivenien! discuté dans la Faculté, à l'occasion des inquiétudes que le Gouvernemenl lui-même avail témoignées, en apprenant que
les docteurs songeaient à traiter une matière si délicate. Cediscussions retardèrent quelque temps la publication de la Censure, qui ne parut, pour celte raison, qu'à la fin du mois de novembre 1767. Le rédacteur des Nouvelles ecclésiastique» expose plus au long la suite de cette affaire dans ses feuilles des mois de février, mars et avril 1768; et malgré son penchant habituel à critiquer malignement les actes de la Faculté, il reconnait que la censure du Bélisaire est une des meilleures qu'elle ait publiées dans ces derniers temps; il ajoute que « la rédaction de l'appendice (sur la tolérance civile) est très exacte; et que le parti le plus sage, en cette matière, est de s'en tenir aux maximes générales, qu'on y expose avec autant de méthode que de précision » (1).
T. — Lettres d'un docteur de la Faculté de Théologie de Paris au censeur royal, auteur des notes ajoutées au Recueil de différentes thèses, soutenues dans plusieurs Universités et écoles catholiques ; in-8°, 1769 et 1770; sans nom de ville.
Le Recueil de thèses qui donna lieu à ces lettres avait été publié en 1768 sous ce titre : « Collectio thesium in diversis universitatibus ac scholis orbis catholici propugnatarum, à jpaucis abhinc annis, circà prœcipua theologiœ ac juris canonici dogmata ; Parisiis, 1768, in-8° de 473 pages. L'éditeur de ce recueil, qui était probablement un théologien appelant, y avait réuni avec affectation plusieurs thèses soutenues dans les pays étrangers, et à Rome même, en faveur du système des Augustiniens sur l'efficacité de la grâce, système que les disciples de Jansénius et de Quesnel invoquaient avec confiance à l'appui de leurs erreurs. M. Riballier, docteur de Sorbonne et censeur royal, frappé de celle
(1; Nouvelles ecclésiastiques, année 1768, p. 49 et 71. — Voir aussi Mémoires secrets pour servir à /'histoire de la république des lettres en France, depuis 1762 jusqu'à vos jours, par Bachaumont, 1"- décembre 1707, t. III, p. 270, 271. —Journal des Savants, année 1768, mars (p. 2o2 de l'édition in-4«) et août (p. 581-583). — Picot, Mémoires pour servir à l'Histoire ecclésiastique pendant le XVIII siècle, 20 juin 1707; t. IV, p. 251-258.
tendance du Recueil de thèses, ne consentit à l'approuver qu'en y joignant quelques notes pour prévenir les fausses conséquences que des personnes peu instruites ou peu précautionnées pourraient en tirer en faveur du parti de l'appel. (les notes, Notœ regii censoris, rédigées par M. Legrand, de concert avec M. Riballier (1), furent imprimées à la fin du volume, dont elles remplissent les quatre dernières pages (469-473).
Le rédacteur des Nouvelles ecclésiastiques annonça avec de grands éloges le Recueil de ihèses, dans sa feuille du 27 décembre 1708, et le donna comme un très précieux monument de l'enseignement théologique du xvme siècle, et comme très propre à justifier la doctrine des appelants sur la prédestination, la grâce efficace par elle-même, et quelques autres points d'une égale importance. M. Legrand, de concert avec M. Riballier, prit alors la plume pour la défense des Notes jointes au Recueil de thèses; et telle fut l'occasion de trois lettres qui parurent successivement en 1709 et 1770 (2). Ces lettres furent vivement attaquées par le rédacteur des Nouvelles ecclésiastiques, principalement dans ses feuilles des 31 octobre et 7 novembre 1709, et dans celle du 25 avril 1770 (3). 11 n'entre pas dans notre plan d'exposer en détail la
(1) La coopération de M. Legrand à la rédaction de ces notes est rapportée comme un fait certain, par m. Montaigne, dans sa notice sur m. Legrand, p. \n.
Ci) La Biographie universelle (art. Riballier) attribue ces lettres à mm. Riballier et Legrand. Le témoignage positif de M. Montaigne (ubi suprà, p. XII) ne permet pas de douter que M. Legrand n'ait été li- rédacteur des trois Lettres. La seconde (31 pages) est datée du
15 janvier 1770; la troisième (67 pages) porte la date du i~' septembre 1T7U. Une " cinquième édition », avec le nom de l'auteur, a été publiée à Avignon, «lie/. Seguin aine, en 1840, î vol. iu-s .
\ oir les feuilles des 27 décembre 1768, p. 206-208; — 31 octobre et 7 novembre 1769, p. 173-180; — 25 avril (p. 65-68) et 25 juillet itt- » (p. ; I s- 1 ;!<>); — 10 avril à ]• tuai 1771, p. 57-71, et ~' octobre 1771, p. I57« 159; — i« et 25 Juin 177~\ p. 97-104. D'après m. picot {Biographie universelle, art. Gourlin\ ce* articles furent fournis par Gourlin, célèbre appelant, qui était l'oracle du parti, et présidait à ta rédaction des Nouvelles ecclésiastiques.
M. LEGUANT) 38")
suite de celte controverse; nous dirons seulement que le Nouvelliste s'y applique principalement à confondre la doctrine des appelants Français avec le système des Augnstiniens soutenu en Italie par le cardinal Noris et par les PP. Berti et Belelli, religieux augustins. Pour ôter ce subterfuge aux appelants Français, M. Legrand montre clairement la différence qui existe entre la doctrine de ces derniers et celle des Augustiniens. Ceux-ci établissent, comme un principe nécessaire et fondamental, la soumission due aux Décrets apostoliques qui proscrivent les erreurs de Jansénius et de Quesnel, et subordonnent, en conséquence, leurs opinions particulières à ce principe; tandis que les appelants Français rejettent ouvertement les Décrets apostoliques et les subordonnent à leur doctrine particulière, malgré tous les anathèmes de l'Église. Ce point, si important dans les controverses du dernier siècle sur les matières de la grâce, est solidement trailé dans les trois lettres de M. Legrand, principalement dans la seconde et la troisième.
H. — Tractatus de Ecclesiâ Christi, in u&um alumnorum Sacrœ Facultatis Parisiensis, auctore uno è Parisiensibus Theologis; Parisiis, apud Carolum Petrum Berlon, 1779, tomus primus (et unicus), in-8° de 684 pages.
Sous ce titre, M. Legrand se proposait de donner, sur la matière de l'Église, un ouvrage complet dont il expose le plan dans le préambule du tome Ier. Comme il en avait arrêté dans son esprit le plan et les principaux développements, il y travaillait avec une grande facilité, et l'ouvrage s'imprimait à mesure que l'auteur en avançait la rédaction. Mais la mort vinfarrêter ce travail, dont il n'exisle que le premier tome et environ 80 pages du second. Ce n'en est pas moins un précieux répertoire pour les professeurs de théologie, sur les points que l'auteur y a traités, principalement sur l'autorité infaillible de l'Église dans le jugement des controverses dogmatiques. Au commencement du second volume, l'auteur traitait des notes de l'Eglise ; et à l'occasion de la note de sainteté, il donnait des notions étendues sur les miracles ol sur les moyens de discerner les
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vrais miracles d'avec les faux. Cette ])artie du second tome a été publiée séparément en 1820 (in-12 de 34 pages), et jointe à quelques éditions de la théologie de Bailly, sous le titre de Appendix de miracidis (1). M. Migne l'a aussi insérée dans le tome XXIU (col. 1099-1126) du Scripturœ sacrée cursus completus, ainsi que les articles De nature, auctore, antiqnitate Ecclesiœ, dans le tome IV du Cours complet de Théologie.
9. — De existentiel Del ; Opus posthumum D. Legrand, quondam doctoris sacrée Facultatis Parlsiensis ; Parisiis, 1812, in-8' de xvi-660 pages (2).
Cet ouvrage n'est que le commencement d'un grand traité de la religion, dont M. Legrand avait conçu le projet, et qui, dans son intention, devait servir de préambule à un cours complet de théologie., qu'il se proposait de rédiger plus tard. Le Traité même de la religion est demeuré imparfait, et l'auteur n'en a laissé que les premières dissertations, qui ont pour objet l'existence et les attributs de Dieu. Après une disseriatio7i préliminaire sur l'athéisme en général, il expose la preuve de l'existence de Dieu, tirée de la nécessité de son être; ce qui lui donne lieu d'établir tous les attributs de Dieu, par la nature même et la nécessité de l'être divin. Cette partie de l'ouvrage de M. Legrand, la seule que l'on ait trouvée en état d'être publiée, est également remarquable par la profondeur de la doctrine, et par la clarté d<-< raisonnements, dans une matière m relevée. Il <i>t aisé de voir que l'auteur ne la destinait point au commun des lecteurs, mais aux philosophes et aux théologiens, accoutumés aux discussions philosophiques h aux abstractions de la métaphysique. On ne peut nier qu'elle ne soit d'un grand mérite, aux yeux de cette classe de lecteurs; h l'éditeur ne craint pas d'assurer «pie peu d'ouvrages ont traité cette matière avec autant de Bolidité, de profondeur et de clarté.
Quel que fûl le mérite de ce travail, il resta inédit jus-
i\ i L'Ami <!<■ in Religion, t. XXV, p
• mise à la tôtede cetom rage par m Montaigne.
/ • \mi </'• /" Religion, t. IV, p
qu'en 1810. Mais à cette époque, un neveu de M. Legrand, plein de respect et de vénération pour la mémoire de son oncle, témoigna à M. Émery le désir de voir publier l'ouvrage, et se montra même disposé à faire en grande partie les frais de la publication. M. Émery saisit avec joie celte occasion de témoigner la haute estime dont il était lui même pénétré pour M. Legrand. Il pria donc M. Montaigne, alors directeur au Séminaire de Paris, de revoir avec soin le manuscrit pour le mettre en état d'être publié. Il l'engagea en même temps à rédiger une notice sur M. Legrand, pour servir de préface à l'ouvrage. M. Montaigne répondit d'autant plus volontiers à ce désir de M. Émery qu'il avait autrefois connu particulièrement M. Legrand, dont les sages conseils lui avaient été très utiles pendant le cours de ses études sorbonniques. La notice sur M. Legrand qu'il a mise à la tête de l'ouvrage est le résultat de ses propres souvenirs joints à ceux de quelques anciens membres de la Compagnie et aux traditions de famille qui lui furent communiquées par le neveu de M. Legrand. La mort de M. Émery, arrivée le 28 avril 1811, ne lui permit pas de voir le résultat de ses démarches pour la publication de l'ouvrage, qui ne put avoir lieu qu'en 1812.
iO. — Note rédigée en 1763, à la demande du comte d'Arco, sur l'ordre et l'objet des études ecclésiastiques au Séminaire de Saint-Sulpice. Publiée par l'abbé Méric, Histoire de M. Emery et de l'église de France 'pendant la Révolution ; cinquième édition, Paris, 1895, t. I, p. 15-18. L'original est dans les Matériaux pour la Vie de M. Emery, t. XII (Manuscrits du Séminaire de Saint-Sulpice).
A. — Examen de la Dénonciation de l'Abrégé de la théologie morale de M. Collet, adressée par cent onze chanoines, curés ou vicaires, à M9r l'Evêque de Troyes, et datée du 20 septembre 17Gi; manuscrit in-4° de 308 pages (1).
(1) Il en existe pareillement une copie à la Bibliothèque Mazarine, in-4° de 365 pages, d'après le Catalogue des Manuscrits de la Bibliothèque Mazarine, par Auguste Molinier; Paris, t.^so, t. Il, p. 86, il" UTj{olim 2313).
Voici quelle fut l'occasion de cet ouvrage :
M. Collet, prêtre de la Congrégation de Saint-Lazare, avait publié, pour l'usage des Séminaires, un abrégé de sa théologie morale, intitulé : Institutiones theologicœ , ad usum seminariorum, 4 volumes in-12. Cet ouvrage, bien accueilli du public, se répandit en particulier dans les Séminaires dirigés par les prêtres de la Compagnie de Saint-Sulpice; mais le parti des appelants ne le jugea pas à beaucoup près aussi favorablement, et prétendit que l'auteur renouvelait, sur plusieurs points, la morale relâchée, si souvent reprochée aux Jésuites. Cette accusation fut le sujet d 'une Dénonciation de la théologie de Collet, présentée à M. de Barrai, évêque de Troyes, le 20 septembre 1764, au nom d'une centaine d'ecclésiastiques de son diocèse. La Dénonciation fut même imprimée l'année suivante et annoncée avec de grands éloges par le rédacteur des Nouvelles ecclésiastiques, dans sa feuille du 22 mai 1766 (1). Le silence gardé pendant quelque temps sur cette dénonciation par M. Collet fit naître à M. Legrand l'idée de prendre la défense d'un ouvrage si injustement attaqué, et de réfuter des accusations qui ne tendaient pas seulement à discréditer l'ouvrage de Collet, mais encore à faire peser le soupçon de relâchement sur les prêtres de Saint-Sulpice, et même sur les évêques de France qui autorisaient dans leurs diocèses la nouvelle théologie. Tel est le sujet de l'ouvrage inédit de M. Legrand. Plusieurs habiles théologiens auxquels il le communiqua y trouvèrent une réfutation aussi solide que complète de la Drno)iciation.
Nous ignorons les raisons qui empêchèrent M. Legrand <l<' publier son travail. M. Montaigne suppose que la publication en fut arrêtée par la résolution que manifesta M. Collel de se
(1) Dénonciation de la théologie de M* Pierre Collet, prêtre de la Congrégation de la Miss/mi, faite à Monseigneur l'évesgue de Troyes par un grand nombre d'ecclésiastiques deson diocèse, et présentée à ceprélat le 21 septembre 1764; sans nom d'auteur, ni de lieu, ni d'imprimeur : 1765, in-12 de 120 pages. < ta sourit en **i 1 1 < 1 1 dant parler des « prodigieux relâchemens ■ de Collet sur !<■ vol, le serment, L'usure (!), l'homicide, etc. n d'j a que les jansénistes pour donner de p ireils divertissements,
défendre lui-même (1); nous ne voyons cependant pas qu'il ail exécuté ce projet; du moins, toutes nos recherches dans les bibliothèques publiques et particulières n'ont pu jusqu'ici nous faire connaître aucun ouvrage de M. Collet sur cette matière (2). Nous sommes portés à croire que la Dénonciation lui parut, aussi bien qu'à M. Legrand, trop visiblement exagérée pour qu'il fût nécessaire d'y opposer une réfutation.
B. — Commentarius de sacris diœceseos atque provinciœ Parisiensis et Galliœ Seminariis, ad Episcopum Agriensem, càm is taie quidpiam ab Arcltiepiscopo Parisiensi expeteret, anno 1758.
Désirant introduire dans son diocèse, et probablement aussi dans quelques autres, la discipline et les règlements en usage dajis les principaux Séminaires de France, l'évêque d'Agrie, ville épiscopale de Hongrie (3), s'adressa, en 1757, à M. de Beaumont, archevêque de Paris, pour le prier de lui faire connaître les règles suivies en France dans le gouvernement des Séminaires, la discipline qu'on y observait, les sciences qu'on y étudiait, et la méthode d'enseignement qu'on y suivait.
Pour procurer à ce prélat les renseignements qu'il désirait, M. de Beaumont s'adressa à M. Cousturier, en le priant de vouloir bien lui remettre, sur ce sujet, un mémoire qu'il pût
(1) Peut-être aussi parce que « de tous côtés surgirent des protestations en faveur du théologien catholique. On cite notamment : Lettres sur la Dénonciation de la Théologie de M. Collet; Bouillon, chez Martin Rougeane, 1765, 1 vol. in-18 de 155 pages. Ce lettres, qui sont au nombre de trois, sont annotées par un théologien très habile » (Notices bibliographiques sur les écrivains de la Congrégation de la Mission, par un prêtre de la même Congrégation; Angoulème, imprimerie de J.-B. Baillarger, 1878, in-8n, p. 47V
(2) L'auteur cité dans la note précédente n'en mentionne aucun, non plus que M. B. Hauréau, Histoire littéraire du Maine, nouvelle édition, Paris, 1871, t. III, p. 129-135.
($)Agria, que les Allemands nomment Eger, et les Hongrois Erlaw, est située dans le comté de Hêvesch, à quinze lieues nord-est de Bude L'Évêque de cette ville est suffragant de la métropole de strigonie Son évoque, en 1757, était François Barkotzi, qui la gouvernait depuis l'année 1745 (V. Dict. de Moréri, et le Dict. de la Géogr. sacrée par Morénas, art. Agria).
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présenter à l'Évoque d'Agrie. M. Cousturicr chargea de ce soin M. Legrand.
Rédigé d'abord en français, ce mémoire fut ensuite traduit en latin par un professeur de l'Université, et remis à M. de Beaumont, qui le fit passer à l'Évèque d'Agrie. Nous n'avons point le texte français, mais seulement une copie de la traduction latine qui fut déposée, dans le temps, au secrétariat de l'Archevêché de Paris, où elle se trouvait encore à l'époque de la Révolution (1). Sous le régime de la Terreur, une infirmerie ayant été établie à l'Archevêché de Paris, les papiers du secrétariat furent laissés à la disposition des malades, et l'un d'entre eux s'empara du mémoire latin dont nous parlons. 11 le donna ensuite à M. Émery, dans la prison de la Conciergerie, où ils étaient tous deux enfermés. M. Émery lui-même nous apprend ces détails dans une note qu'il a écrite de sa propre main à la tête de ce manuscrit.
Le préambule renferme quelques notions préliminaires sur le but de l'institution des séminaires, et sur les principaux moyens que les évêques de France ont coutume d'employer pour atteindre ce but. Ici, l'auteur du mémoire a soin de remarquer que la durée du séjour dans le séminaire n'est pas la même dans tous les diocèses de France, ni pour tous les élèves du séminaire, dans un même diocèse. 11 expose les principales raisons de cette différence, savoir : 1" la longueur des études nécessaires à ceux qui aspirent aux grades dans les Facultés de Théologie; 2° la pension qu'on est oblige'1 de demander aux élèves pour leur entretien au séminaire. Quelque modique que soit celle pension, la difficulté de l'obtenir empêche souvent les évéques de prolonger le temps du séminaire autant qu'il sérail à souhaiter; 3° enfin, les besoins urgents des paroisses de campagne obligent souvent les évéques d'abréger le temps des études pour un certain nombre d'élèves, qu'on peut appliquer utilement à l'exercice du saint ministère ^ans leur avoir t'ait parcourir la longue carrière des études nécessaires à ceux qui aspirent aux grades. L'au-
Ue est actuellement aux Archives de la solitude.
M. LEGKAXD 31)1
teur ajoute que la brièveté du temps consacré aux études par un certain nombre est compensée par les moyens que les évêques ont coutume d'employer pour entretenir dans leur clergé l'habitude d'étudier, comme sont principalement les Examens annuels des jeunes prêtres, et les Conférences ecclésiastiques en usage dans plusieurs diocèses.
Parmi les moyens de soutenir et de perpétuer les grands séminaires destinés à recevoir les étudiants en théologie, l'auteur n'oublie pas les petits séminaires, destinés à l'éducation des jeunes humanistes qui aspirent à l'état ecclésiastique, et surtout les séminaires de philosophes où l'on prépare immédiatement les élèves à l'étude de la théologie. Dans plusieurs de ces séminaires, par exemple à Paris, à Toulouse, à Bourges, les élèves suivent les cours publics de philosophie de quelque université ou de quelque grand collège : ailleurs, les cours de philosophie se font au séminaire. Partout, cependant, les jeunes gens sont exercés à l'intérieur du séminaire sur l'objet de leurs éludes, au moyen de conférences, c'est-à-dire de répétitions quotidiennes, où ils peuvent être interrogés souvent, n'étant jamais plus de quinze ni moins de dix élèves dans chaque conférence.
Après ces notions préliminaires, l'auteur examine en détail les questions proposées par l'évêque d'Agrie, et chacune de ces questions est l'objet d'un chapitre particulier. Dans le premier, l'auteur parle des lois générales auxquelles sont soumis les élèves des séminaires de France. Ils sont généralement soumis à toutes les lois ecclésiastiques et civiles du royaume, et aux statuts des diocèses qu'ils habitent. De plus, les séminaires sont soumis, en tout ce qui concerne leur* gouvernement spirituel, à la juridiction de l'évêque diocésain. Pour ce qui regarde l'administration temporelle, l'économe du séminaire rend compte tous les mois, au supérieur, de la recette et de la dépense, et le supérieur lui-même rend compte à l'évêque une fois chaque année.
Le second chapitre a pour objet les règlements observés dans les séminaires de France. Pour traiter celte matière avec ordre cl avec tout le détail convenable, l'auteur expose
dans plusieurs sections différentes les règlements qui concernent les Supérieurs et les Directeurs des séminaires, le règlement journalier des élèves et celui qui est propre à certains jours. Il parle ensuite des Règles générales plus importantes à Tordre du séminaire; enfin, du Règlement propre aux séminaires de philosophie.
Sur tous ces points, fauteur du mémoire expose avec soin tout ce qui tient à la constitution et au bon ordre des séminaires de France. Il fait connaître les fonctions du supérieur, des professeurs et des autres directeurs; l'union qui doit régner entre eux pour le bien du séminaire; la manière dont ils doivent se comporter dans les assemblées, soit pour le gouvernement général de la maison, soit pour l'appel des élèves aux Saints-Ordres; enfin, la conduite qu'ils doivent tenir à l'égard des séminaristes, dans les rapports journaliers, dans les repas même et les récréations, que tous ensemble prennent en commun.
L'auteur expose encore plus en détail le Règlement des séminaires, soit pour les jours ordinaires, soit pour les jours de dimanches et de fêtes, soit pour les jours de congé et pour le temps des vacances : soit pour le temps des retraites annuelles et de celles qui précèdent les ordinations. Cette partie du mémoire offre un tableau complet de tous les règlements et usages des séminaires de France, et de tout ce qui peut contribuer à entretenir la régularité et la ferveur dans ces établissements si précieux à l'Église,
Dans les chapitres suivants, l'auteur du mémoire fait connaître l'objet des études en usage dans les séminaires de France, la durée plus ou moins longue des cours de philosophie, de Théologie et d'Écriture-Sainte, selon le temps plus ou moins long que le, (''levés passenl au séminaire;
l'ordre des elass-'s el des conférences, soit dans les cours
élémentaires de philosophie et île théologie, soil dans les cours plus étendus que suivent les aspirants aux grades «les
Facultés de Théologie; les études particulières d'un certain
nombre d'élèves sur l'histoire ecclésiastique, le droit canonique el la langue hébraïque; enfin, les auteurs qu'on a cou-
tume d'expliquer aux élèves sur les divers objets de leurs études.
Sur ce dernier point, l'auteur a soin de remarquer que la pratique n'est pas la même dans tous les séminaires. Dans la plupart, on dicte des traités plus ou moins développés selon la durée des cours de théologie, et, pour suppléer à leur brièveté, on met entre les mains des élèves des ouvrages plus étendus. A Paris, où les études sont plus complètes, on suit dans les classes privées le Traité de Dieu et des attribues divins, publié à Paris en 17ol (1); le Traité de V Incarnation publié en 1750; le Traité de l'Eglise et les autres Traités dogmatiques de Tournely ; enfin, pour la morale et les sacrements, les ouvrages de Collet. 11 ne s'agit ici que des auteurs suivis dans les classes particulières qui avaient lieu dans les séminaires, indépendamment des cours publics de Sorbonne, auxquels assistaient la plupart des élèves. Dans ces cours publics, l'usage de dicter les Traités s'était maintenu, et subsista jusqu'à l'époque de la Révolution.
Quant à la méthode d'enseignement suivie au Séminaire Saint-Sulpice de Paris, voici textuellement ce qu'en dit M. Legrand : « Assignantur excusi lypis tractatus qui in disputationibus adhibeantur ; neque dispiutationis cujusque moderator ea priùs explicat , de quibus vel tiroyies ipsi postridiè interrogandi sunt. In suo quisque libro materiem disputandam recognoscit , et intelligere ipse, omni prœvià explanatione destitutus , conatur. Hâc ratione ingénia, et perspiicaciora fîunt, et intendi consuescuni » (P. 115, IV0).
Relativement à l'étude de la morale et du Droit canon, l'auteur du mémoire fait remarquer que les ouvrages communément suivis en France étant particulièrement adaptés à nos usages, ne seraient pas sans inconvénient enseignés dans les pays étrangers qui ont d'autres usages; d'où il conclut que dans les Séminaires de Hongrie, il serait plus convenable de mettre entre les mains des élèves quelques ouvrages adoptés^sur ces matières dans les Universités d'Allemagne.
I l » Inutile de redire que l'auteur de cet ouvrage, réédité en 1751 par M. Legrand, est M. de La Fosse île Champdorat.
On voit assez par ces détails que l'auteur du mémoire ne se borne pas à exposer les usages particuliers des Séminaires do Saint-Sulpice, mais qu'il s'attache à faire connaître les usages communs à tous les Séminaires de France.
Sous ce rapport, son travail offre encore aujourd'hui un grand intérêt aux personnes qui désirent connaître quels étaient, au milieu du dernier siècle, l'organisation des séminaires en France, l'état général des études ecclésiastiques dans ce royaume, et les moyens qu'on y employait pour entretenir dans le clergé l'esprit et la science de son état.
Nous ignorons quel fut le résultat de ce mémoire, soit dans le diocèse d'Agrie, soit dans les autres diocèses de Hongrie; mais il y a tout lieu de croire que ce résultat se réduisit à peu de chose, vu la difficulté de réaliser un plan d'éducation ecclésiastique aussi complet, sans une longue suite d'efforts ou de travaux. Au reste, en supposant même que l'évêque d'Agrie ait exécuté, en partie, le plan d'éducation dont il s'agit, le résultat de ses efforts ne tarda pas à être détruit par les innovations de Joseph II, qui, dans la Hongrie comme dans le reste de ses États, ôta aux évêques, vers Fan 1780, la direction de leurs séminaires, et substitua aux séminaires diocésains des séminaires généraux dont les professeurs étaient désignés parla seule autorité du Prince.