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lande (p. 29-iO) et l'abbé Cosselin (p. 19-21) en donnent un abrégé succinct. Vers le 20 juillet, M. Picquet rentra à la mission de la Présentation, « et il fut reçu, dit Lalande, avec cette affection, celte tendresse, que des enfants pourraient éprouver en recouvrant un père qu'ils auraient perdu ».
En juillet 1753, M. Picquet revint en France pour y rendre compte de ses travaux, et solliciter des secours pour le bien de la colonie. Tandis qu'il étoit à Paris, en 175i, M. Rouillé, alors ministre de la Marine, lui fit faire divers mémoires, spécialement un mémoire général sur le Canada, dans lequel il proposoit des moyens infaillibles de conserver à la France cette colonie. 11 fit aussi des observations sur les hostilités que certains esprits inquiets, imprudents et brouillons, occasionnoient dans Je Canada. Le Ministre l'approuva fort, et l'assura qu'il écrirait au général, pour prévenir dans la suite de pareils désordres, qui ne pouvoient être que pernicieux dans une colonie encore foible, et trop éloignée des secours qui lui étoient nécessaires.
M. Picquet repartit à la fin d'avril 1754, et retourna à la Présentation avec deux des neuf missionnaires qu'il avait emmenés de France avec lui, MM. Magon de Terlay et de La Garde : celte année-là même, les hostilités éclatèrent de nouveau, dans la vallée de l'Ohio, entre les Anglais et les Français. Tant qu'elles durèrent, c'est-à-dire jusqu'en 1760, M. Picquet ne fut occupé qu'à travailler en vue d'assurer le succès, tantôt assistant en personne, comme aumônier de ses sauvages, à plusieurs expéditions contre les Anglais; tantôt dirigeant les chefs eux-mêmes qui avaient recours à ses conseils. « Je voudrois, dit Lalande, pouvoir rapporter toutes les lettres des Ministres, des Gouverneurs généraux et particuliers, des Évêques, des Intendants et autres personnes en place, et l'on y verroit avec étonnement les projets, les négociations, les opérations dont ce missionnaire fut chargé, les félicitations qu'il recevoit sur des succès aussi prompts qu'inespérés, sur ses ressources, sur les expédients que lui suggéroient son zélé et son expérience dans les occasions critiques, et que son activité mettoit toujours en exécution.
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Je lui ai souvent demandé d'en faire l'histoire; elle seroit curieuse et honorable à la France; on trouve une partie de ces lettres dans ses papiers : j'ai vu, entre autres, celles de M. de Monlcalm, qui l'appelle mon cher et très respectable patriarche des Cinq-Nations » (p. 59).
Le courageux missionnaire de la Présentation tint bon jusqu'à la tin : le dernier acte signé par lui dans le registre de la mission est du 10 mai 1700. II ne se décida à partir que de l'avis et du consentement du Général, de l'Évêque et de l'Intendant, et lorsqu'il vit que tout éloit désespéré, afin de ne pas tomber entre les mains des Anglais. Pour ne pas rencontrer en route les ennemis de sa patrie, il revint en France par le haut Canada, le pays des Illinois et la Louisiane. Il resta 22 mois à la Nouvelle-Orléans, occupé à réunir les esprits, en calmant une espèce de guerre civile allumée entre le Gouverneur et les habitants.
De retour en France, M. Picquet passa quelques années à Paris. 11 se mit à la disposition de l'archevêque, qui l'employa au saint ministère dans plusieurs endroits de son diocèse. Il demeura assez longtemps au Mont-Valérien, où il fit reconstruire un clocher. L'Assemblée générale du Clergé de France, tenue en 1705, lui offrit une gratification de 1.200 livres : celle de 1770 en fit autant.
« En 1772. dit Lalande, il voulut se retirer en Bresse, où une famille nombreuse le désiroit, et le recul avec un extrême empressement. II alla d'abord à Verjon. où il lit bâtir une maison dans l'intention d'y faire un établissement d'éducation pour de jeunes filles. Il préchoit, il catéchisoit, il confessoit, et son zèle n'avoit jamais assez de quoi s'exercer. Le Chapitre de Bourg lui décerna le titre de chanoine honoraire, l.es Dames de la Visitation le demandèrent pour directeur : on l'attira ainsi dans la capitale de la province.
» lui 1777, il fit un voyage a Rome, où sa réputation l'avoil devancé, el où le Saint-Père le recul comme un missionnaire qui devoil être «lier à l'Église, et lui donna une gratification de 5,000 livres pour son voyage. On lit des efforts inutiles pour l'y fixer : il iwini en Bresse, el il \ apporta des reliques
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qu'il exposa à la vénération des fidèles dans l'église collégiale de Bourg.
» La réputation de l'abbaye de Cluny et l'amitié que M. Picquet avoit pour un de ses neveux établi à Cluny le portèrent vers cette habitation célèbre. Il acquit même dans les environs, en 1779, une maison et un terrain qu'il vouloit faire valoir; mais en 1781, étant revenu chez sa sœur, à Verjon, pour ses affaires, il fut attaqué successivement d'un rhume opiniâtre, d'une hémorragie qui l'affoiblit beaucoup, et d'une espèce d'hydropisie. Son mal ayant empiré, il mourut le 15 juillet 1781.
» M. Picquet étoil d'une taille avantageuse et imposante; il avoil une physionomie ouverte et engageante; il étoit d'une humeur gaie et amusante. Malgré l'austérité de ses mœurs, il ne respiroit que la gaieté; il faisoit des conversions au son des instruments; il étoit théologien, orateur, poète; il chantoit et composoit des cantiques, soit en français, soit en iroquois, avec lesquels il récréoit et intéressoit les sauvages. Il étoit enfant avec les uns, héros avec les autres. Son industrie, même en mécanique, le faisoit quelquefois admirer des sauvages. Enfin, il savoit employer tous les moyens propres à attirer des prosélytes, et à se les attacher; aussi, eut-il tout le succès qu'on pouvoit attendre de son industrie, de ses talents et de son zèle » (pag. 61-03).
« Une physionomie ouverte et engageante, voilà bien, en effet, ajoute l'abbé Gosselin, ce que l'on remarque dans le portrait de M. Picquet, suspendu dans une des salles de la maison des Messieurs de Saint-Sulpice, au lac des Deux- Montagnes. Mais ce qui frappe le plus, cependant, dans ces yeux vifs et pétillants, dans ces lèvres un peu dédaigneuses, dans tous ces traits, en général, c'est la détermination : M. Picquet étoit vraiment un homme décidé. II tend la main vers un objet, sa mission de Souékatsi sans doute, et semble nous dire : « Voilà ce que j'ai réussi à faire, malgré les contradictions presque générales des habitants de cette colonie » (p. 27).