M. LANGUET de GERGY
Jean-Bapliste-Joseph Languet de Gergy naquit à Dijon, au diocèse de Langres, le 0 juin 1675' (1). Sa famille, établie à Semur en Bourgogne vers le milieu du xiv" siècle, y avait obtenu de grands privilèges, et plusieurs de ses parents avaient depuis occupé des emplois importants dans la magistrature. Son père, Denys Languet, mort le 20 août 1680, fut successivement Conseiller au Parlement de Rouen, et procureur général au Parlement de Dijon. Jean-Baptiste-Joseph tit ses premières études chez les jésuites de Dijon. II entra, le 26 novembre 1691, au petit séminaire de Saint-Sulpice, avec Jean-Joseph, son frère puîné, qui devint évêque de Soissons en 171o, et archevêque de Sens en 1731 (2). Ils entrèrent aussi
(I)Gosselin, Mémoires (manuscrits) sur M. Languet. Cette notice ne renferme pas moins de 73 pages in-4° : nous ne faisons guère que l'abréger, en y intercalant, toutefois, plusieurs détails bibliographiques, ou même biographiques, demeurés inconnus à M. Gosselin. — Simon de Doncourt, Remarques historiques sur l'église et la paroisse de Sl-Sulpice, t. I, p. 192 et suiv. — Règlements de la Communauté de la paroisse, p. 513. -- Dictionnaire historique de Ladvocat, art. Languet. Cet article a été reproduit clans le Dictionnaire de Moréri, et par l'abbé Simon de Doncourt, Pièces justificatives, p. 192 et suiv. —-Biographie universelle de Michaud, art. Languet. — L'Ami de la Religion, t. XXXIV, p. 290. — Faillon, Vie de M. Olier, 4'édit., t. II, p. 398-400. — Essai du portrait de messire Jean-Baptiste- Joseph Languet de Gergy, Curé de Saint-Sulpice, avec celui de Mor levèque de Soissons (son frère). Bouquet (en vers). (Signé : M« H. Baron "'>: 24 juin 1730. A la Bibliothèque Nationale ; V. Catalogue de l'histoire de France, t. IX, p. 718, n. 11364.
(2) Parmi les nombreux ouvrages du célèbre archevêque de Sens, nous citerons seulement le suivant : Lettre de M. l'Archevêque de Sens à M. le Curé de Saint-Sulpice, son frère, au sujet du Mandement île M. l'Évêque de Troyes daté du 14 juin 1737; sans lieu ni date, in-4' (2.") juillet 1737). — ce Mandement avait pour titre : « Mandement de Ma* l'Illustrissime et Reverendissime évoque de Troyes (Jacques-Bénigne Bossuet) pour défendre le Mandement de M. l'Archevêque de SeDS en date du 20 avril 1737, et pour enjoindre de
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ensemble au grand séminaire de Saint-Sulpice, l'année suivante 1692, le 31 juillet. Tous deux s'y distinguèrent par leurs talents : sur la liste des licenciés publiée au mois de février 17i)2, l'ainé eut la 9 place, et le futur archevêque obtint la V\ Pendant le cours de ses études a Paris, le premier fut chargé de faire le catéchisme dans un des quartiers de la paroisse Saint-Sulpice, ainsi que de préparer les enfants à la première communion, et toujours il s'acquitta de ces emplois avec le zèle dont il fut toute sa vie embrasé pour le salut des âmes.
Après sa licence et n'étant encore (pue diacre, il se sentit extrêmement incommodé d'une infirmité qui lui était survenue par suite d'une opération de chirurgie mal faite. 11 alla visiter, a Lyon, les reliques de S. François de Sales, et demeura persuadé toute sa vie qu'il avait été guéri miraculeusement par l'intercession de ce saint. De Lyon, il alla à Vienne en Dauphiné pour y recevoir la prêtrise, et revint ensuite à Paris, où il prit le bonnet de docteur le 15 janvier 1703 : il avait été reçu de la maison de Sorbonne le 31 décembre 1698.
Étant entré à la Communauté des prêtres de la paroisse Saint-Sulpice, il y travailla avec tant de fruit que M. de La Chetardye ne tarda pas à le choisir pour son vicaire. M. Languet exerça cet emploi pendant dix ans. c'est-à-dire jusqu'au jour où il devint lui-même curé, à la place de M. de La Chetardye. le 21 juin 1714.
11 témoigna aussi, â cette époque, le désir d'être admis dans la Compagnie. M. Leschassier acquiesça volontiers a -a demande, et quoique M. Langue! n'eut pas subi L'épreuve ordinaire de la Solitude, on ne lit pas difficulté de l'en dispenser, vu le temps considérable qu'il avait passé dan- li minaire. Kn 17:2a. l'Assemblée générale de- assistants l'élu! pour remplir la place laissée vacante par la mort de M. Guyton, Directeur au séminaire de Saint-Sulpice. Tous les prédi
seiirs «le M. Langue! dans la cure, depuis M. (Hier, axaient
lu l'usage du nouveau Missel de Troyes » (14 juin 1737). Bibliothèque Nationale, Ld*, n. 2139 • ,'C<I<'/'II t. V.
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été honorés de cette distinction : L'humble curé jugea pourtant qu'il ne la méritait pas, et il écrivit à M. Le Peletier, supérieur de la Compagnie, la lettre suivante :
« Vos grandes occupations en ce temps, Monsieur, me privent d'avoir l'honneur de vous dire moi-même ce que je vous supplie par ce billet d'avoir la charité de dire à nos Messieurs. On ne peut être plus sensible que je l'ai élé à l'honneur qu'ils m'ont fait avec vous: et cette sensibilité m'a jeté dans une grande confusion, voyant bien évidemment combien je suis indigne d'une si sainte vocation. Je l'ai cependant bien examinée devant Dieu, et il me semble que c'est sa volonté que je ne me laisse point élever, mais que je reste dans l'état où je suis depuis dix ans. Ainsi, je vous supplie très humblement de ne point trouver mauvais que je n'aille point demain au saint rendez-vous dont je suis absolument indigne. J'ai à donner tout le jour à mes brebis, et non à mes pasteurs. Vous en nommerez donc un autre, s'il vous plaît, à la place de feu M. Guyton, qui ait le bonheur de lui ressembler dans son esprit d'oraison et dans tous les caractères de la sainteté dont je suis trop éloigné. Ce serait faire tort à votre société que d'y élever un aussi pauvre sujet. J'espère, en toute autre chose, vous donner des preuves de mon obéissance, de ma reconnaissance et de mon zèle pour M. le Supérieur général, pour tous nos Messieurs, et pour la maison ».
M. Cousturier, à qui M. Le Peletier communiqua aussitôt cette lettre, l'engagea à se rendre sans retard chez M. Languet pour essayer de vaincre sa modestie, en lui représentant surtout que sa nomination aurait l'avantage d'entretenir et de manifester de plus en plus l'étroite union du séminaire et de la paroisse. Toutes les instances de M. Le Peletier furent inutiles. M. Langue! persista dans son refus, protestant qu'il conserverait toute sa vie les sentiments d'estime dont il avait toujours été pénétré pour une maison à laquelle il s'honorait d'appartenir; mais que c'était assez pour lui d'être membre de la Compagnie, et qu'il ne méritait pas d'être admis au nombre tics Assistants.
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Aussitôt qu'il eut pris possession de la cure, M. Languet conçut le dessein d'achever l'église de Saint-Sulpice commencée par M. Olier. Son deuxième successeur dans cette cure, M. Raguier de Poussé, avait fait achever la chapelle de la Sainte-Vierge, et de plus construire le chœur de l'église, avec ses has-côtés et les chapelles adjacentes. 11 lit même commencer les travaux de la croisée et le portail septentrional : mais les dettes considérahles dont la Fabrique se trouva obérée obligèrent., en 1678, à laisser l'œuvre inachevée. M. Languet entreprit de la mener à terme en 1718.
Nous avons sous les yeux un in-ï° de 29 pages, sans frontispice et sans nom de libraire, intitulé : A Messieiirs et Mesdames de la parroisse de Saint-Sulpice. 11 est aussi sans date, mais on voit par son contenu que cet écrit fut composé « après la paix générale conclue aussi heureusement que glorieusement pour la France » ; c'est-à-dire, après la paix conclue à Utrecht en 1713, entre la France, l'Espagne, l'Angleterre et la Hollande, et qui mit fin à la guerre de succession d'Espagne. L'opuscule est rédigé sous forme de discours, et débute par ce texte de S. Paul : Consilium in hoc do : hoc enim vobis utile est, qui non solùm facere, sed et velle cœpistis ab anno priore : nunc verô et facto perfidie (Il Cor. VIII, 10, llï. Dans un premier point, l'auteur expose les motifs qui doivent exciter les paroissiens de S'-Sulpice à procurer par leurs libéralités les moyens d'achever « ce qu'on avoit déjà commencé à bâtir »; dans un second point, il réfute les raisons et les excuses qu'on pourroit alléguer; enfin, dans la conclusion, il indique les moyens et les pratiques B employer pour contribuer à l'achèvemenl de l'œuvre (1). Si M. Languet n'esl pas l'auteur de ce Discours, il ne semble pas douteux qu'il en fut au moins l'inspirateur et le propagateur.
Quoi qu'il en soit, dès qu'il se vil en possession de cent écus qui lui avaient été légués à cel effel par une pieuse pa«
(l) La Bibliothèque municipale de la ville de Bordeaux possède un exemplaire do ce volume : Catalogue He Jurisprudence, n. 11067, eil.