M. LAN GUET DK GERGY
roissienne de S'-Sulpice, le zélé pasteur acheta des pierres qu'il eut soin de faire étaler dans toutes les rues voisines pour mieux annoncer son dessein au public. Bientôt, les secours lui vinrent de toutes parts, et le 25 avril 1719, assisté de son clergé, il posa en grande cérémonie la première pierre des fondations du portail méridional et de la chapelle S. Jean-Baptiste, qui lui est adjacente. Le i décembre suivant, S. A. le duc d'Orléans, Régent du royaume, vint poser la première pierre au-dessus des fondements du portail; et en 1721, M. Langue! obtint du prince la permission d'établir une loterie dont les bénéfices seraient employés à l'achèvement de l'église. D'abord autorisée pour trois ans seulement, cette loterie continua de l'être pendant 25 ans, au profit de la seule église de S'-Sulpice. Mais en 1746, les travaux paraissant toucher à leur fin, un arrêt du Conseil appliqua la moitié du profit à la construction de l'église de S^Germain-en-Laye et à l'hôpital royal des Quinze-Vingts ; ce qui fit dire plaisamment à M. Languet : « Les Quinze-Vingts m'ont rendu borgne; mais parmi les aveugles, les borgnes sont les rois » (1).
La loterie n'était pas la seule ressource de M. Languet. 11 profitait adroitement de toutes les circonstances favorables pour exciter la générosité des personnes riches en faveur de son entreprise.
A mesure que les travaux avançaient, il réveillait le zèle de ses paroissiens par quelque nouvelle cérémonie; par exemple, à l'occasion de la première pierre de chaque pilier, ou du maître-autel, ou du grand portail. Ainsi, la première pierre du troisième pilier de la nef à main droite fut posée, au nom de S. A. S. M. le Duc de Bourbon, par S. A. S. M. le Comte de Clermont, son frère. « M. le curé le reçut en chape, dit le Mercure d'avril 172i (p. 702-708), et après lui avoir présenté l'eau bénite et la croix à baiser, il le complimenta en ces termes : — « Monseigneur; La présence de V. A. S. comble nos désirs et nos espérances. C'est un gage précieux que
(1) Mélanges instructifs et amusans, par M. Bourachot, p. 294. Bibliothèque Mazarine, Manuscrits, p, 1525, in-fol. Voir plus loin, art. Bourachot.
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l'Auguste Prince qui gouverne la France nous donne en ce jour de sa protection, et un présage heureux qui nous annonce ia perfection de ce saint édifice, (le grand Prince, en se proposant la gloire de Dieu et celle du roi pour l'objet de son ministère, prend le moyen le plus sur pour rendre son nom immortel, et V. A. S., en donnant une marque si sensible de sa piété, grave dans les cœurs du peuple immense qui la contemple le souvenir éternel d'un jour qui l'ait notre félicité ». Voilà un compliment qui a l'avantage de ne guère ressembler à ceux que l'on fait aujourd'hui : il est court. Tel est aussi celui que M. Languet adressa au cardinal de Noailles, archevêque de Paris, le 29 novembre 1728, lorsque ce prélat bénit la première pierre posée dans les fondements de la troisième chapelle de la Nef. Ce petit discours est rapporté dans le Mercure de novembre 1728 (p. 2712-27H).
Au mois d'août 1732, la piété de M. Languet envers le Saint- Siège lui suggéra l'idée d'inviter le Nonce du pape Clément XII en France à poser la première pierre du maitreaulel de l'église. Les Xouuelles ecclésiastiques ne purent voir sans indignation une application aussi audacieuse de « la doctrine ultramontaine de MM. de S. Sulpice ». Quoi! « Faire poser la première pierre du maitre-autel par le Nonce du Pape! Comme si dans la capitale du royaume, dans une des plus brillantes paroisses de Paris, et à la porte pour ainsi dire de la Cour, où les sulpiciens, et en particulier MM. Languet, ont de si grandes entrées, il n'y avoit point de seigneurs à qui un pareil honneur put être, ou assez utilement, ou assez décemment déféré I Quoi qu'il en soit, le ministre Romain aura pu voir avec satisfaction la Thiare. les Clefs, et les autres attributs de la puissance pontificale arborés avec autant de magnificence que de distinction au dehors et au dedans de celle église Françoise " 'I'. Or, « que cette marque de seigneurie temporelle se vit sur le portail <ln séminaire sulpicien, en signe du oœu secrel qu'on y l'ait, comme chez les jésuites, d'obéissance entière un
lésiastiques du 14 septembre 1732, p. 179, U