‹ Bibliothèque sulpicienne ou Histoire littéraire de la compagnie de Saint-Sulpice (volume 3)Chapitre 96 sur 207 · M. LANGUET DE GERGY · texte numérisé non relu

M. LANGUET DE GERGY

M. Languet s'y prit pour préserver sa paroisse de la folie des convulsions. C'est à cet article également, et à celui de la Biographie universelle, que nous renverrons le lecteur curieux de connaître l'immense charité qui lui faisait distribuer aux pauvres un million au moins par an, et cette admirable institution de Y Enfant-Jésus, qui suffirait, à elle seule, pour immortaliser sa mémoire, et prouver que, comme l'a dit un critique de nos jours, M. Languet « a été un des plus illustres pasteurs du xvnia siècle, de même que son frère, l'archevêque de Sens, en a été un des plus grands évoques » (1). Nous devons d'autant plus nous borner, que M. Languet, en dehors des quelques pages citées dans le cours de cette notice, n'a composé aucun ouvrage; en sorte que nous aurons achevé sa bibliographie quand nous aurons encore signalé trois ou quatre petits morceaux émanés de sa plume.

Le premier est une lettre imprimée, avec quatre autres pièces, sur une feuille in-4° de i pages non chiffrées, n'ayant

(1) Bibliographie catholique, t. XXXVIII, p. 102; article de l'abbé U. Maynard. — Cette maison de « L'Enfant- Jésus » faisait l'admiration de Mercier, qui en parle ainsi dans son Tableau de Paris : « Établissement utile, modèle d'humanité et de saine politique, dû au célèbre Languet, curé de Sl-Sulpice. Plus de huit cents pauvres femmes et filles y trouvent une retraite et la nourriture en filant du coton et du lin. Elles gagnent leur vie par le travail, on leur donne l'instruction et on les établit ensuite. On nourrit dans une basse-cour des bestiaux qui donnent du lait à plus de deux mille enfants de la paroisse de s'-sulpice. On y entretient une boulangerie qui fournit par mois plus de cent mille livres de pain aux pauvres de la paroisse. On tire parti des volailles, de plusieurs bauges de sangliers dont on vend les marcassins; d'une apothicairerie où l'on fait des distillations d'un grand produit. L'ordre qui règne dans cette maison est bien fait pour servir de modèle aux communautés religieuses qui possèdent de vastes terrains (Tableau de Paris /nouvelle édition, corrigée et augmentée; Amsterdam (Paris), 1782, in-8°, t. IV, p. 14', 143).— Aussi, du vivant même de m. Languet, la poésie eélébra-t-elle sa charité. V. Èpître ">> très digne pasteur messire Languet il,- Gergy, Curé de Saint-Sulpice, sur sa charité (Signé : Hugault l'aîné); 19 juin 17 il. Bibliothèque Nationale, Catalogue Je l'Histoire de France, t. IX, p. 718, n. 11364.

20Ï BIBLIOTHÈQUE SULPICIBKKE

que ce seul litre de départ : Recueil de pièces touchant la Constitution : l'exemplaire que j'ai sous les yeux l'ait partie d'un recueil factice appartenant à la bibliothèque du grand séminaire de Bordeaux. Comme cette lettre doit être fort rare, et que d'ailleurs elle contient un témoignage précieux pour la mémoire d'un évoque calomnié, je la reproduirai ici, après avoir dit à quelle occasion elle fui écrite.

Jacques de Goyon de Matignon, nommé évêque de Gondom en 1672 et démissionnaire en 1693, étant allé à Rome en 172ri dans le dessein d'y accomplir un vœu qu'il avait fait vingtcinq ans auparavant, fut « extraordinairement surpris », à son arrivée, d'apprendre qu'on y répandait « contre lui des lettres » tendant « à rendre sa religion suspecte » au Pape. Persuadé qu'il ne pouvait « se dispenser de repousser une telle calomnie et d'en demander justice au vicaire de Jésus- Christ », il fit présenter au Pape Benoit XIII, la veille de l'Ascension 1724, par le cardinal de Polignac, un mémoire explicatif de sa conduite. Mais « avant de se justifier sur les chefs dont on se sert pour prouver qu'il est janséniste et ennemi de la Constitution Vnicjenitus », il déclare à Sa Sainteté : « 1° qu'il souscrit de tout son cœur au Formulaire d'Alexandre Vil de sainte mémoire, et qu'il condamne [es cinq propositions de Jansénius sans aucune distinction du droit et du fait; 2° que non seulement il n'a jamais appelé au futur concile de ladite Constitution Unigenitus, mais qu'il l'aecepte sans restriction, et dans la meilleure forme que le peut désirer le Saint-Siège » (1).

Cependant, les soupçons de jansénisme continuèrent, parait-il, à planer sur l'ancien évêque de Condom, au moins en France, d'où étaient probablement parties les accusations portées contre lui, et lorsqu'il mourut, le 15 mars 1727. l'évoque de Vabres, Charles-Alexandre Le Filleul de La Cha-

(1) Extrait d'un Mémorial présenté à N. S. i>. le Pu/"- Benoit XIII in veille île l'Ascension 1724 /<"/■ M. le Cardinal <i<' Polignac, au nom et à la prière 'i'' \i. Jacques <i«' Matignon, ancien évêque de Condom. < e fragment est imprimé a la suite de la lettre de m. Languet.

M. LAKGUET DE GERGX 29o

pelle, partageait encore cette opinion défavorable (1). II en fil part apparemment à M. Languet, qui avait administré à l'évêque moribond les derniers sacrements, et le curé de Saint-Sulpice lui répondit par la lettre suivante :

« Monseigneur,

» Je ne puis concevoir comment on a osé vous en imposer sur ce qui s'est passé lorsque Monseigneur l'ancien Évêque de Condom reçut par mes mains le Saint Viatique. Voici la vérité du fait.

» Dès que ce Prélat vit le Très-Saint Sacrement sur la table de sa chambre, et que je me fus approché de son lit, pour lui parler avant la Communion, sur cette sainte action, suivant notre usage, il m'interrompit pour me dire, sans que je lui en donnasse l'occasion : « Je suis bien aise, Monsieur, de faire ma Confession de Foi, que je vous prie d'entendre. Je veux vivre et mourir dans la foi de l'Église Catholique. J'ai reçu au Concile Romain (2) où j'étois, la Constitution Unige-

(1) C'est encore, de nos jours, l'opinion du P. Jean, lequel, ignorant sans doute les documents que nous produisons ici, dit sans plus de précision, du prélat calomnié, qu' « il favorisa les jansénistes pt leur doctrine » (Les Évoques et les Archevêques de France depuis 1682 jusqu'à 1801 , par le P. Armand Jean, de la Compagnie de Jésus: Paris, 1891, in-8°, p. 130). Tant il est vrai que l'historien ne saurait être trop réservé et tr jp lent à formuler sur les personnes des jugements définitifs; car, si la sagesse demande que, même en matière de jansénisme, on ait une certitude au moins morale de la culpabilité avant de dire, J'accuse, lajustics exige que l'on ait une certitude absolue avant de prononcer et d'écrire cptte sentence absolue : Je condamne.

ri) Convoqué et présidé par le Pape Benoît XIII en 1725, ce concile fut célébré dans l'église S'-Jean de Latran. L'ouverture s'en lit le 15 avril et la clôture le 29 mai. Un (\<^ principaux décrets eut pour but d'obliger tous les êvêques et pasteurs dis aines à veiller avec la plus grande exactitude à ce que la Constitution Unigenitus l'ut observée et exécutée par tous, avec l'obéissance entière qui lui est due. cfr. Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique pendant le dix-huitième siècle, par M. Picot : troisième édition; Paris, 1853, t. II, p. 147-150.

296 BIBLI0THBQ1 E SI LPICI i ■:> N E

nitds, et je la reçois encore aujourd'hui avec une parfaite soumission, ]>cr omnimodam obedientiam ; je veux vivre cl mourir dans cette parfaite soumission ».

» Après m'avoir dit ces paroles, il m'entendit sur les dispositions d'un Évêque malade mourant, el prêl à sanctifier son sacrifice par la sainte Communion; il y répondit en faisant tous les Actes les plus tendres d'humilité et de dévotion; après lesquels il repela, pour marquer sa soumission, les mêmes termes de sa Profession de Foi, que j'ai mis cidessus, sans y ajouter ni diminuer un mot; il fit cette Profession à haute et intelligible voix, ensorte que tout ce qui étoit dans sa chambre l'a parfaitement bien entendu, car on ne pouvoit pas s'y méprendre.

» Je retournai dans la même matinée voir le malade. J'y trouvai le Père Conrad (1), Prieur de l'Abbaye Saint Germain des Prez, à qui je comptai le zèle de Monseigneur l'ancien Évêque de Condom, son ami, pour la soumission à la Constitution Unigenitus, avec ces mots Latins, per omnimodam obedientiam, qu'il avoit employez.

» Le Père Prieur me répondit qu'il sçavoit bien ses senti-

(1) Dom Charles Conrade avait été institué prieur de S'-Germain des Prés le 28 juin 1726; il revenait de Rome, où, durant près de 10 ans (1716-1720), il avait occupé le poste de procureur de la < ongrégation de S'-Maur. La chaire de prieur dans la première maison de la Congrégation était comme un témoignage de reconnaissance pour les importants services qu'il lui avait rendus. Son triennat achevé, Dom Conrade exprima cependant le désir de retourner dans une abbaye qui lui était chère, S'-Sulpice de Bourges, il y tut envoyé par le Chapitre de 1729, et maintenu par celui de 1733, mais il y mourut le 20 février 173 1. il était de Nevers et profes de ^l- Augustin de Limoges, où il lit les vœux le 15 septembre 1680, étant alors âgé de p.» ans. Avant son séjour en Italie, il avait été en 1696 prieur de SuJouin de Marnes el renouvelé en 1699; prieur.de S'-Maixenl en 1702; ce. I705el I708j abbé de S'-Sulpice de Bourges; prieur de La Chaise-Dieu en î t 1 1 . « • î en i t 1 1 de nouveau abbé de S'-Sulpice. Cfr. Vanel, Les Bénédù de S^Gerrnain des Prés (1630-1792); Nécrologe des religieux de la Congrégation de S'-Maur décodés a l'abbaye de SKïermain des Prés ; Paris, 1896, in-i ; Appendice ni. I P ('abbaye

main, p

M. LANGUET DE GERUY 297

mens, cl qu'il en avoil été témoin à Rome dans une occasion intéressante qu'il me compta.

» Voilà, Monseigneur, la vérité du fait qui ne peut être altérée sans mauvaise intention.

» Je suis, avec un très-profond respect, voire très-humble et très-obéissant serviteur. — Languet de Gergy, Curé de S. Sulpice. — A Paris, ce 20 mars 1727. »

Le second fragment imprimé que je veux citer de M. Languet remplit à peine deux pages du Mercure de décembre 1728 (p. 2742-2744) : on sait combien était petit le format de ce journal. C'est un Discours adressé par M. Languet, membre honoraire de la Société Académique des Beaux- Arts, à S. A. S. M. le Comte de Clermont, lorsque celte Société, ayant obtenu la permission de s'assembler sous sa protection, alla, le 7 décembre 1728, lui en faire ses très humbles remercîments.

Le troisième écrit a été publié par Simon de Doncourt {Remarques historiques sur l'église et la paroisse de Saint- Sulpice ; l. II, part. 2. Pièces justificatives, p. 290-296) sous ce titre : Mémoire présenté en 1746 à Monseigneur l'archevêque de Paris, pour l'établissement de la maison de ï Enfant-Jésus ; Copié sur l'original manuscrit de AI. Languet, Curé. — Le même auteur a aussi publié (Ibid., p. 284-290) : Mémoire présenté à MM. du Conseil de commerce , par M. Languet, curé; copié sur l'original manuscrit.

Il est probable, enfin, que M. Languet n'est pas resté étranger à la composition d'un « Mémoire pour servir de défense à M° Languet de Gergy, Curé de Saint-Sulpicc. au sujet des demandes qui lui sont faites de droils de lotz et ventes el d'indemnité ». Ce mémoire fait partie du n° 1094 (fol. 74 el suiv.) de la Collection Moreau à la Bibliothèque Nationale Cfr. Inventaire des manuscrits de la Collection Moreau, par II. Omoni ; Paris, 1891. in-8", p. 109. n. 1094.

La rareté et l'exiguïté des écrits de M. Languel n'ont pas empêché l'abbé Papillon de lui consacrer un article dans sa Bibliothèque des Auteurs de Bourgogne (.Dijon, 1742. in-l'ol.. t. 1, p. 374). « S'il n'a pas fait de livres, dit-il. les soins qu'il

s'est donnés pour l'église magnifique de Saint-Sulpice, qu'il a bâtie et décorée avec la dépense de plusieurs millions, méritent d'être transmis k la postérité. »

Deux ans avant sa mort. M. Languet résigna la cure de Sl-Sulpice k M. Dulau d'Allemans, son vicaire, et l'en mil lui-même en possession le 19 novembre 17'tS. Toutefois, il continua de rendre k la paroisse tous les services qui élaienl en son pouvoir; taisant habituellement le prône chaque dimanche, selon sa coutume, et ne négligeant aucun moyen d'affermir et de consolider la maison de Y Enfant- Jésus, k laquelle il continuait k porter le plus vifintérêt. L'abbaye de Bernay, au diocèse de Lisicux. que le roi lui avait donnée en 1745, ressentait aussi les effets de son zèle. Comme il y ('Mail pour quelques établissements de charité, il y mourut subitement le 11 octobre 1750, entre les bras d'un prêtre de la Communauté qui l'y avait accompagné. Les religieux de son abbaye consentirent, quoique à regret, k laisser transporter le corps k Paris. 11 y arriva le 13 octobre, et deux jours après, les obsèques furent célébrées dans l'église de S'-Sulpice. avec un appareil qui s'écartait un peu de la simplicité observée k l'égard de ses prédécesseurs, mais (pie semblaient réclamer les grands services qu'il avait rendus à la paroisse. Le corps du défunt fut inhumé dans la chapelle de S. Jean-Baptiste, son patron, où M. Dulau et tes marguilliers lui tirent, peu de temps après, élever le monumenl qu'on y voit encore aujourd'hui. Enlevé pendant la Révolution et conservé dans le musée des Petils-Augustins, ce mausolée a été rendu à l'église de S'-Sulpice au commencement de ce siècle (i). L'épitaphe qu'on lit aujourd'hui sur

la base est la traduction française de l'inscription latine qu'on

y lisait autrefois, et qui fut composée par Lebeau, membre

(îi l'.n octobre 1821. V. L'Ami </>■ i<< Religion, 13 octobre 1821, t. XXIX, p. 283, 284; 8 janvier 1824, t. XXXVIII, p. 248. On en peul voir la description détaillée dans Hurtaut, Dictionnaire historique tir lu ville il'- Parts (t. l\, p. 557-539), et dans / \nnée littéraireÔQ Kréron (année it:.:. t i\ i. < e dernier article débute par un bel • -le m. i anguet, un des plu- grands hommes que la France .*

Page 1