‹ Bibliothèque sulpicienne ou Histoire littéraire de la compagnie de Saint-Sulpice (volume 3)Chapitre 95 sur 207 · M. LA3GUET DE GERGT · texte numérisé non relu

M. LA3GUET DE GERGT

Saint-Siège, on n'en seroit pas surpris. Mais ce qui étonne, c'est de voir cette décoration placée sur une église paroissiale, la plus peuplée de Paris; surtout depuis que la Légende de Grégoire VII avertit le Roi et apprend à ses fidèles sujets combien il faut être en garde contre de pareilles entreprises » (1). Hélas! déjà, à cette époque, la royauté en France avait à redouter des entreprises bien autrement dangereuses pour elle que les soi-disant entreprises des Papes.

Mous ne parlerons pas des pieux stratagèmes employés par M. Languet pour augmenter ses ressources ou l'embellissement de son église, et dont ses manières ouvertes, franches et aimables, assuraient presque toujours le succès : les serrures de l'église que le prince de Condé s'engage à payer par billet signé de sa main, transformées en ferrures par une simple barre passée sur la première lettre du mot; la croix pectorale de l'archevêque de Sens, ornée de diamants d'un très grand prix, placée comme couronne de l'ostensoir, et remplacée par une semblable en diamants faux; la couronne de Louise-Elisabeth d'Orléans, veuve du roi Louis 1er, empruntée à semblable fin pour une octave de la Fête-Dieu, et non rendue à cette reine, qui, ne devant plus la porter, finit par reconnaître qu'elle ne pouvait lui donner une destination plus honorable; les couverts d'argent emportée, dot/unis non invitis, et devenant ensuite une statue de la Sainte- Vierge, appelée pour cela Notre-Dame deYieille-VaisseUe... Tous ces faits, et d'autres semblables, paraissent établis par une tradition assez accréditée, et sont racontés dans plusieurs ouvrages sérieux parus au commencement de ce siècle (2).

Après vingt-cinq ans d'efforts et de travaux, M. Languet se vit enfin en état de faire célébrer la consécration solennelle de son église. La cérémonie eut lieu le 30 juin 1745, et fut laite par M. de Uastignac, archevêque de Tours, assisté de

(1) Nouvelles ecclésiastiques du 0 septembre 1731, p. 176.

(2) Paris, Versailles et les provinces au XVIII* siècle, par un ancien oflicier aux Gardes -Françaises (Dugas-de Bois Saint-Just); Paris, 18U, t. II, p. 184 et suiv. Biographie universelle île Michaud, art. Languet.

21 évêques et de plusieurs autres membres de l'Assemblée générale du Clergé qui se tenait alors. Les détails de cette belle fête sont racontés dans une brochure que M. Languet fit imprimer, et dont le contenu n"est autre, parait-il. qu'un extrait des registres de la Fabrique de S'-Sulpiee. reproduit aussi par l'abbé Simon de Doncourt dans les Pièces justificatives (p. 22ô' et suiv.) de ses Remarques historiques. Cet opuscule est intitulé : Cérémonies de la Dédicace et Consécration de l'église de Saint-Sulpice; Paris, chez Le Mercier, rue. Saint-Jacques, 1745, in-4°, pp. 29. En l'annonçant au public, le Mercure de février 174(> (p. 122-125) donna l'explication détaillée du frontispice. « C'est une relation exacte, suivie et bien écrite de la fête que tout Paris admira il y a huit mois », disaient les Mémoires de Trévoux dans leur numéro de mars 17415 (p. 562) : M. Languet y est appelé un « digne pasteur, et l'Esdras de notre siècle ». Un exemplaire de cet ouvrage ayant été offert, vraisemblablement de la part de M. Languet lui-même, à Frédéric, roi de Prusse, ce prince, qui témoignait quelquefois de l'estime pour la religion catholique, remercia le curé de S'-Sulpice par une lettre datée de Postdam le 4 octobre 1748, et qui fut publiée pour la première fois par l'abbé Ladvocat, peu de temps après la mort de M. Languet.

Dans cette lettre, le roi de Prusse loue avec raison « la piété, la charité et le zèle » que M. Languet faisait « éclater dans la conduite » de sa paroisse. Le prince eût pu louer également sa fermeté inébranlable à maintenir les règles de l'Église; comme, par exemple, lorsque, en 171U. il ne voulut pas administrer les derniers sacrements à La duchesse de Berry, parce qu'elle ne conseillait pas à renvoyer deux personnes dont la présence auprès d'elle était un scandale public (1); ou encore quand, en 1730, il refusa la sépulture chrétienne ;i Adrienne LecOUVreur, célèbre actrice du Théâtre-Français. Il faul lire dans le Dictionnaire historique de Ladvocal la manière aussi ingénieuse qu'efficace don!

(1) Mémo Saint-Simon ; édition Chéruel, Pai

t. XVIT, p. 178-181.

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