M. PINAULT
Alexis-Marin Pinault, né à Paris le 13 septembre 1793, tonsuré en 1823, entré au séminaire de Saint-Sulpice le 11 octobre 1824, ordonné prêtre en 1827, reçu à la Solitude en 1829, mourut le 12 mars 1870, au séminaire d'Issy, où s'était écoulée toute sa vie sulpicicnnc. Ce qu'il y fit, ce qu'il y fut,
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ce qu'il avait été auparavant, tout cela nous le laisserons raconter au R. P. Baudrillart, prêtre de l'Oratoire, lequel, dans une page de son opuscule intitulé. Les Normaliens dans V Église (V. La Quinzaine du !•' février 189S), a bien résumé un article du Journal des Villes et des Campagnes (numéro du 6 mai 1870), paru également dans L'Aquitaine du 16 avril 1870 (pag. 593-S98) sous la signature E. Bernard (lisez E. Vemhet, aujourd'hui curé de la paroisse d'Ambert, et qui avait été confrère de M. Pinault à Issy).
« L'École normale n*a donné que deux prêtres à Saint- Sulpice et tous deux appartiennent à la promotion de 1813 : avec Alexandre Johanet, son camarade Alexis Pinault, un savant, un original et un saint. « Je n'ai que deux élèves, disait quelquefois Ampère, Pinault et Savart. » Professeur de mathématiques spéciales, maître de conférences à TÉcole normale, Pinault devait collaborer aux belles recherches de Savart sur l'Acoustique. Mais bientôt l'administration l'attira : il fut successivement censeur du collège royal de Limoges, et, quand il eut reçu le sacerdoce, proviseur du collège de Reims. Il parait que la gent écolière, à la vue de ce nouveau venu, petit, contrefait, d'une figure plus qu'austère, ne demandait qu'à s'égayer; mais la main était rude, la parole énergique, la menace toujours suivie d'effet; maîtres et élèves apprenaient vite à leurs dépens que, si M. Pinault était dur envers lui-même, il ne se croyait pas tenu à de grands ménagements envers les transgresseurs du devoir. Le plus bel avenir universitaire attendait M. Pinault lorsqu'en 1824 il avait pris la résolution d'entrer au séminaire; proviseur d'un grand collège,' il [ne craignit pas d'interrompre une seconde fois sa carrière pour se consacrer, humble vicaire, au soulagement des malheureux d'une des plus pauvres paroisses de Paris, Saint-Étienne du Mont. Ce ne fut pourtant qu'en 1829 qu'il trouva sa voie définitive en se faisant sulpicien. Quarante années durant, il allait être, par ses vertus et par son esprit, l'âme du séminaire d'Issy. Travailleur infatigable, il dota la science d'un Traité élémentaire de physique, simple cahier de professeur; disail-il dans sa mo-
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destie, œuvre supérieure en réalité, où les questions de hautes mathématiques et les théories les plus élevées étaient abordées avec une rare compétence. Sans une certaine dédicace à la Sainte-Vierge que Fauteur ne voulut jamais supprimer, ce livre était pris pour manuel à TÉcole polytechnique. « Mais faites donc un grand traité de physique et de mathématiques! disait un jour à M. Pinault Tun de ses confrères. Le bon Dieu vous aurait-il fait acquérir les connaissances que vous avez pour les laisser enfouies ? Par ce travail, vous montreriez que rÉglise n*est pas ennemie des sciences et que le clergé ne les néglige pas. — Âh I réponditil, si on me Tordonnait, j'obéirais. Mais rappelez- vous qu*un acte d*amour de Dieu vaut mieux et fait plus pour TÉglise que toutes les sciences de la terre. » Cette parole explique la vie de M. Pinault. Du jour où il était venu à Saint-Sulpice, il n'avait plus voulu vivre que pour Dieu. « J'en reviens toujours à mon rabâchage, répétait-il souvent, à mon rien de toutes choses. Si on a une passion, quelle qu'elle soit, fût-elle légitime comme celle de l'étude, si ce n'est la passion de Dieu, on n'arrive jamais à la sainteté. » L'obéissance seule avait pu le déterminer à reprendre au profit des séminaristes l'enseignement qu'il avait donné jadis aux élèves de l'Université. « Je croyais, disait-il encore, n'y plus revenir jamais, et j'y ai été enfoncé à mon corps défendant. Qu'y a-t-il, en effet, qui me puisse attacher quand j'apprends que les trois angles d'un triangle valent deux droits? Qu'est-ce que cela dit à l'inlclligence? A quoi cela m'avance-t-il?... Mais quand on me dit qu'il est venu un homme sur la terre et que cet homme est Dieu; ah bon ! c'est autre chose. Cet homme est Dieu? Voyons-le; et après voyons ce qui s'ensuit. Voilà qui en vaut la peine. » Par un tour habilement donné à la conversation, il ramenait toujours les esprits aux choses qui l'occupaient lui-même uniquement : « Quelquefois, on m'aborde et on me dit : Bonjour, Père Pinault! il fait bien chaud aujourd'hui î A cela je n'ai rien à répondre ; qu'est-ce que cela me fait?... Alors, j'en viens à un sujet sensé, et je réponds à mon leur en disant : Quels beaux enseignements dans la pa-