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présent et n*en laissant aucun sans un secours particulier. » Avec son ferme et humble bon sens (car Thumilité est une des conditions du vrai bon sens), M. Méritan avait compris qu*une tâche, plus modeste peut-être, mais plus utile en réalité, lui revenait, celle de compléter, quand il en serait besoin, mais de consolider surtout les œuvres brillantes de son prédécesseur.
» Celle qu il compléta avant toutes les autres, ce fut celle «le renseignement chrétien. M. Hamon, avec l'intuition des dangers de Tavenir, avait déjà assuré Tindépendance de rËcole des Frères en rétablissant dans un beau local de la rue d*Assas. Quand M. Méritan entra en possession de la cure, les nuages qu'avait entrevus de loin son prédécesseur s'amoncelaient plus sombres et plus menaçants. Sans laisser à Forage le temps d'éclater, il se mit en mesure de ménager dans un autre vaste local de la même rue un asile pareil à TÉcole des Filles.
» Ce fut son œuvre de prédilection, cl dont, avec l'esprit si logique qu'il apportait en tout, il s'appliqua à tirer toutes les conséquences pratiques, par la création d'œuvres assurant les fruits de l'école : patronages, école professionnelle, infirmerie pour les jeunes filles malades, réunion de piété pour les jeunes personnes de seize ans jusqu'au mariage, autres réunions pour les mères chrétiennes : c'était comme un corps vivant qui entrait successivement en possession de tous ses organes.
» Il procéda de même pour les œuvres de charité, si merveilleusement combinées par M. Olier lui-même, et continuant, sous les titres de Dames de charité. Dames des pauvres malades, etc., de se gouverner par ses sages règlements. Rien n'était à y changer. Mais son cœur trouva le moyen d'y ajouter un nouvel organe par une petite œuvre bien touchante, dont il avait apporté l'idée de Lyon, l'œuvre des veilleuses, se recrutant exclusivement parmi les ouvrières, qui, étant impuissantes à faire l'aumône de leur nrgent, faisaient l'aumône de leur personne, en passant une nuit par mois au chevet des pauvres malades.
5f)8 UIBLIOTUÊQUE SULPICIENNE
» Toutes ces œuvres avaient leurs réunions périodiques, dont le bon curé assurait le fruit par sa présence régulière et par sa parole. Chaque dimanche, dans les intervalles des longs offices de la paroisse, il passait de Tune à Tautre, sans se lasser jamais. Le corps se lassait : mais il allait quand même. Le premier dimanche du mois d'août dernier, alors qu*il s'était évanoui deux heures auparavant en descendant de chaire, il allait présider encore la réunion des veilleuses, et comme on le suppliait, au nom de sa santé, d'omettre cette réunion ou de l'ajourner : « Non, non », répondit-il de cette voix qui ne souffrait pas la réplique, « j'irai jusqu'au bout, jusqu'à la mort ».
» 11 eut, pour se reposer, les séances du grand Conseil des assistants de Saint-Sulpice, dont il était le doyen, y ayant été élu dès son arrivée à la paroisse. II s'y traîna et prit pari jusqu'à la fin aux délibérations. Mais il était vraiment à bout; et, pour la première fois, le repos qu'il alla chercher, selon sa coutume, dans son cher pays natal, ne répara point ses forces épuisées. H revint plus accablé qu'il n'était parti. Il était à peine rentré, que l'annonce inopinée de la mort d'un de ses neveux, jeune prêtre plein d'espérances et qu'il affectionnait tendrement, lui porta au cœur un coup terrible; car cet homme, dont l'aspect si grave imposait le respect, avait une tendresse d'âme que l'on n'eût point imaginée et que l'approche de sa fin semblait rendre plus grande encore. Il pleura, il pria, remerciant Dieu, au milieu de sa douleur, des détails consolants qui lui arrivaient sur cette mort prématurée. « Ce cher enfant », écrivait-il à un ami, « a fait la mort d'un prédestiné : Dieu veuille nous en donner une pareille ! »
» Il allait être bientôt exaucé. La pensée de la mort, dans sa retraite forcée, lui devenait de plus en plus familière. Elle ne lui causait aucun effroi. « Voilà vingt-cinq ans », disail-il à quoiqu'un, « que je récite presque chaque jour cette antienne sur le cercueil de mes paroissiens : Onine, qiiod dat mihi Pater, ad me veniet ; et eum, qui venii ad me, non ejiciam foras. J'espère qu'il en sera ainsi de moi,
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et, quand le moment sera venu, je le rappellerai à Notre- Seigneur et lui dirai : 11 y a longtemps que votre Père m'a donné à vous, vous n*allez pas, ô mon bon Maître, me jeter dehors ! »
» Le moment, en effet, était venu. Le jour de la Toussaint, un mal subit se déclara, qui déconcerta les médecins. Une grave opération fut jugée nécessaire. « Faites ce qu'il faut », dil-il avec sa gravité ordinaire. Il voulut, toutefois, recevoir auparavant les derniers sacrements de TËglise, qui lui furent administrés par M. Gaptier, son ancien et cher économe de Lyon, aujourd'hui son cher et vénéré supérieur. Puis, il se livra aux chirurgiens; et comme une voix amie lui suggérait ces paroles, qu'il avait si souvent répétées le soir, avant de s'endormir : In manua tuas, Domine, commendo spiritum meum, « Oui, oui, dit-il simplement, c'est bien le cas... »
» L'opération ne put, hélas ! que révéler Tirrémédiabililé du mal : le cher malade avait avoué que, depuis Autun, c*est-à-dire depuis quarante ans, il en avait senti la première atteinte, qu'il avait eu le tort de tenir secrète. Quelques heures après, il s'endormait en paix, le soir du jour des Morts.
» Nous ne décrirons pas l'émotion causée dans la paroisse par cette triste nouvelle. Un journaliste, trompé par cette gravité d'aspect dont nous parlions plus haut et qui rendait Tabord de sa personne un peu sévère, écrivait, le jour de la mort, que le curé de Saint-Sulpice serait regretté, mais non pleuré. Si ce journaliste a été témoin des funérailles émues que la paroisse entière a faites à son pasteur, s'il s'est môIé surtout à la foule pieuse, qui, dans le parloir du presbytère, n'a cessé pendant trois jours de se presser autour de ses restes vénérés, il a dû réformer son jugement.
* La paroisse attend aujourd'hui (23 décembre), dans la prière, le nouveau pasteur que la Providence lui destine. Quel que puisse être son mérite, la succession de M. Hamon, doublée de celle de M. Méritan, s'^ra pour lui un héritage redoutable. »
Gfr. Elzéar Louis Méritan, Prêtre de la Compagnie de Saint-Sulpice, Curé de Saint-Sulpice, Chanoine honoraire de Paris; Avignon, Aubanel, in-8' de 8 pages. Cette notice est signée, F, R, (F. Redon, Vicaire général dWvignoi et Prélat de la maison du Pape). — Semaine religieuse du diccèse de Lyon, 10 novembre 1899, p. 1449, 1450. — Semaine religieuse d'Autun, Chalon et Mâcon, 11 novembre 1899, p. 858, 859. — Le neveu de M. Méritan, actuellement vicaire de la paroisse Saint-Symphorien d^Avignon, prépare de son oncle une biographie plus étendue. — 11 sera aussi parlé de M. Méritan dans un volume qui s*imprime en ce moment et paraîtra bientôt chez le libraire Lecoffre, à Paris, sous ce titre : Histoire de la paroisse Saint-Sulpice , in-8". L*auteur est M. Charles Hamel, trésorier du Conseil de Fabrique de la paroisse, membre du Conseil de la Propagation de la Foi, et qui précédemment a publié une Histoire du collège de Juilly.
4. — Manuel de la vie et de la piété chrétiennes, par Monsieur le Curé de Saint-Sulpice; Paris, Victor Lecoffre. 1899, in-16, pp. iii-248. A la fin de la préface, Fauteur dit avoir fait plusieurs emprunts k l'ouvrage de Tabbé Symon de Doncourt intitulé : « Prières pour remplir dignement les devoirs de la religion chrétienne, à Tusage de la paroisse de Saint-Sulpice », 1774, in-i2. L'ouvrage se termine par la Liste des Curés de Saint-Sulpice dont le nofn est parvenu jusqu'à nous, p. 242, 243.
A. — On projette de publier les Retraites pour les Dames, et les Instructions aux Mères chrétiennes.
Le Polybiblion de décembre 1899 (p. 547) donne M. Méritan, Curé de Saint-Sulpice, comme « auteur » d'un Cours complet de morale à l'usage des élèves des cours moyens, supérieurs et complémentaires des écoles primaires élémentaires et des élèves des écoles 2)rimaires supérieures (.Cavaillon, 1898, in-16). Cet ouvrage n'est pas du curé de Saint- Sulpice, mais l'œuvre d'un de ses cousins, appelé ?L\issiEUéar Méritan, et instituteur dans le département de Vaucluse.
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