III
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Berziau, prêtre de l'Oratoire et trésorier de l'église cathédrale de Beauvais, en vue, parait-il, de procurer un adversaire éloquent du jansénisme à ce diocèse, gouverné alors par Nicolas Choart de Buzenval, ami de Port-Royal, offrit libéralement à M. Joly, d'accord avec M. (Hier, la Trésorerie dont il jouissait (1). M. Joly en prit effectivement possession le 6 décembre 1651. Mais en 1653, M. Jean Obry, curé de Saint- Nicolas -des -Champs, à Paris, fit proposer à M. Joly, par M. Féret, curé de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, de permuter avec lui, c'est-à-dire d'accepter la cure de Saint-Nicolas-des- Champs en échange de la Trésorerie de Beauvais. Après avoir d'abord refusé, M. Joly accepta enfin, vaincu par les sollicitations de M. Obry et de quelques personnes considérables de la paroisse. M. Obry le mit donc en possession de ladite cure le dimanche 7 décembre 1653, et le lendemain alla à Beauvais prendre possession de la Trésorerie. Mais après neuf mois de possession paisible, M. Joly fut attaqué en revendication par son prédécesseur, celui-ci prétendant que la ferme jointe à la Trésorerie ne rapportait pas 5,000 livres, comme le disait l'estimation qui en avait été faite. Quoique, par acte du 30 mai 1654, les deux fermiers eussent certifié que l'estimation était conforme à la vérité; quoique, de son côté, M. Joly lui eût fait des propositions d'accommodement, M. Obry refusa de se désister, et il fallut que le Parlement maintint M. Joly dans ses droits (2).
Pendant qu'il était curé de Saint-Nicolas- des-Champs,
(1) Lettres de M. Olier... nouvelle édition... Paris, 1885, t. II, p. 6-8.
(2) <'<'* détails peu connus sont tirés d'un factum pour M. Joly, conservé à la Bibliothèque Mazarine et coté, An0 il, 111. On y fait remarquer m1"' le factum qui parut au nom de M. Obry n'est ni de son esprit ni de sa plume. Il s'était laissé influencer par de ("aux anus <|ui, vraisemblablement, avaient intérêt à ce que la cure de Saint-Nicolasiics-( bamps ne fût pas occupée par un disciple de m. Olier, dont on connaissait l'opposition aux nouveautés. Déjà avant la conclusion de la permutation, m. Obry avait retiré sa parole, <it ne l'avait rendue (pu- d'après le <<>nscii de sis arbitres : s. Vincent de Paul, le P. Bagot, le i' Bertbod, m. < omet, grand maître <i«- Navarre, m. < oqueret, principal des Crassins, et le P. Saint-Jure, Jésuite
M. Joly fut appelé par le cardinal Mazarin pour l'assister au moment de la mort (9 mars 1661). « On parla diversement de cette mort », dit le P. Rapin. Ajoutons qu'on en raconta aussi diversement certaines circonstances, comme on peut s'en convaincre en rapprochant la narration de ce Père (1) du récit de M. Hamon, médecin de Port-Royal, recueilli par Hermant dans ses Mémoires manuscrits et rapporté par l'auteur de Port-Royal (2).
M. Joly fut nommé évêque de Sainl-Pol-de-Léon le 30 juin 1661, mais cette nomination n'eut pas d'effet, on ne dit pas pourquoi. Le 25 avril (3) 1664, il fut désigné par le roi pour l'évêché d'Àgen. Sacré le 15 mars 1665 dans l'église Saint- Martin-des-Champs par l'archevêque de Paris, assisté des évêques d'Angoulême et de Saintes, il prêcha le même jour dans l'église de Saint-Nicolas, et prit congé de ses paroissiens de la manière la plus touchante. Il prêta serment au roi, un mois — et non pas huit jours — après son sacre, savoir le 14 avril 1665. En passant à Rordeaux pour se rendre dans son diocèse, il fut reçu conseiller au Parlement de Guienne. Il partit de Rordeaux le 15 mai, arriva le lendemain à Marmande, coucha le 17 à Port-Sainle-Marie, et le 18, fit son entrée dans sa ville épiscopale (4).
Après une grande visite pastorale, l'évêque d'Agen jugea nécessaire, pour rétablir la discipline dans son diocèse, de prendre une connaissance particulière de la capacité et conduite des prédicateurs et des confesseurs. En conséquence, il publia, le 6 mai 1666, une ordonnance par laquelle il révoquait, à partir du 15 août 1667, toutes les permissions de confesser accordées aux prêtres séculiers et réguliers du diocèse d'Agen par les évêques ses prédécesseurs, ou par leurs grands vicaires, ou par les Vicaires-généraux capitulaires, ou par lui-même, de vive voix ou par écrit. De plus,
(1) Mémoires du P. René Rapin, t. III, p. 107, 108.
(2) Sainte-Beuve, Port-Royal ; 4° édition, Paris, 1878, t. IV, p. 585.
(3) C'est la date de la Gallia christiana; M. Barrère (/oc. cit., p. 39;s) dit « le premier mai ».
(4) Barrère, toc. cit., p. 398, 399.
les pouvoirs accordés devaient expirer au bout d'un an (1).
Le clergé séculier se soumit sans résistance : il n'en fut pas de même du clergé régulier, au moins pour la plupart des couvents de la ville d'Agen. Ils écrivirent au Pape, le 10 novembre 1666, pour implorer son secours contre l'évêque qui, disaientils, par son ordonnance, servait les intérêts des jansénistes, car ceux-ci voudraient voir les religieux chassés du diocèse (2).
Cependant, le 19 mars 1G67, après arrêt du Parlement de Guienne recevant l'appel comme d'abus interjeté par les religieux d'Agen, Louis XIV pria Henry de Béthune, archevêque de Bordeaux, et Pellot, intendant de Guienne, de se concerter pour accommoder cette affaire, au moins provisoirement. Ils rendirent leur sentence le 28 du même mois de mars : elle était conçue en ces termes : — « Nous avons jugé à propos que les religieux acceptassent les dernières approbations proposées par Monseigneur d'Agen, avec les explications par lui données, en attendant que nous puissions traiter le différend des parties à l'amiable; ou qu'à faute d'accommodement, elles se soient pourvues par les voyes de justice, suivant les lettres de cachet à nous envoyées par Sa
(1) Voici quel était le texte de la nouvelle formule d'approbation : — « Claudius Dei... gratià episcopus Aginnensis. Dilecto nostro fratri N., religioso Ordinis N., salutem in Domino. Ut in nostrâ diœcési Christi fldelium confessiones audire, exceptis monialibus, Balutaresque pœnitentias injungere, verbumque Dei disseminare, et hase de parochorum consensu, exceptis tamen Octavis, Adventibusque et Quadragesimis, absque nova licentiâ, possiset valeas, facultatem tibi impertimur per pressentes litteraa non valituras postannum. Datum, etc. i Archives départementales de la Gironde, série H., a. 735, Affaire* des Carmes, t. I, I". 279.
- gnérent cette lettre, le prieur (les Freres-Précheurs, le Gardien de l'Observance de S. François, le prieur des Carmes du Grand Courent, le prieur des Carmes Déchaussés, le prieur des Uigustins, et Joannea Surin, Rector Collegii Aginn. Societ. Je$u. Les Capucins B'étaient soumis : qui, 'lit la lettre, mognosui Ordinis opprobrio, etiam contrù (Idem defecerunt '' Archives départementales de la Gir >nde, Bôrie n. n. 785, affaires des * I
M. JOLY o
Majesté. Fait à Bordeaux, ce 28 mars 1667. Signé : Henry, archevêque de Bordeaux, et Pellot » (1).
Les explications données par I'évêque d'Agen avaient pour principal objet la clause, prœsenies litteras non valituras post annum : c'était celle qui faisait le plus de peine aux réguliers. Sur ce point, Claude Joly promit de ne point rappeler à l'examen les religieux ni révoquer ses approbations, sinon pour doctrine mauvaise ou mauvaises mœurs, et même en ce cas d'en parler auparavant à leurs Supérieurs. Il renouvela cette promesse, le 31 mars 1667, dans une visite que lui firent les supérieurs des Communautés, ajoutant « qu'il falloit oublier le passé, et vivre désormais en bons amis » (2). Les religieux acceptèrent.
Un an et quatre mois s'étaient écoulés depuis cette dernière date (31 mars 1667), et les réguliers ne s'étaient pas encore présentés pour faire renouveler leurs pouvoirs. Le 2 août 1668, I'évêque d'Agen fit imprimer et signifier aux récalcitrants un placard portant « défense à tous réguliers de prêcher et confesser dans le diocèse d'Agen sans en avoir obtenu permission par écrit; et à ceux qui l'ont reçue limitée pour un an, d'y exercer les fonctions de la prédication et de l'administration du sacrement de Pénitence, quinze jours après que le temps porté dans la formule de nos approbations sera expiré, à peine de procéder contre eux par censures ecclésiastiques; révoquant, ce délai de quinzaine passé, nosdites approbations » (3).
Les religieux appelèrent de cette ordonnance au Saint- Siège. De son côté, I'évêque d'Agen envoya une requête longuement et fortement motivée au Conseil du Roi, lequel, dans un arrêt célèbre rendu le 'i mars 1669, ordonna que les Mandements de I'évêque, datés des 6 mai 1666 et 2 août 1668, seraient exécutés selon leur forme et teneur (4). Clément X
(1) Affaires des Carmes, t. I, f. 279.
(2) Affaires des Carmes, t. I, f. 286, 314.
(3) Affaires des Carmes, t. I, f. 300.
(i) Arrest du Conseil d'Estat du Roy intervenu sur les contestations formées par quelques réguliers du diocèse d'Agen, tant au sujet
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ne jugea pas tout à fait de même dans sa bulle Superna, donnée le 21 juin 1070. Il y rappelle aux réguliers — et, d'après les documents, ce n'était pas superflu — que, selon le Concile de Trente, les réguliers, pour entendre les confessions des fidèles, doivent être approuvés par l'évêque du lieu où ils les entendent. 11 statue, entre autres choses, que révèque peut donner une approbation limitée, mais que les religieux trouvés généralement aptes à confesser doivent être aussi approuvés généralement, c'est-à-dire sans restriction de lieu, de temps et de personnes. Ce dernier point ne plaisait pas à nos évêques. Aussi, quand la bulle Superna
de la prédication de la parole de Dieu que de l'administration du sacrement de Pénitence; Paris, Antoine Vitré, 1669, in-4n, pp. 76. Il est également cité in extenso dans la Collection des Procès-verbaux des Assemblées générales du Clergé de France ; Paris, 1772, t. Y, Pièces justificatives, p. 21-46; et dans les Mémoires du Clergé, t. III, p. 1002-1074. Cet arrêt contient l'énoncé et l'analyse des nombreuses pièces du procès. Dès qu'il connut cette décision, au mois de mars 1669, Faydit, alors encore de l'Oratoire, écrivit à l'évoque d'Agen, pour le féliciter de ce succès, une longue lettre conservée à la Bibliothèque municipale de Bordeaux. Comme, d'une part, l'enveloppe portant la suscription du destinataire de la lettre est perdue; comme, d'autre part, celle-ci est datée de « Condom », où Faydit se trouvait à cette époque, le rédacteur du Catalogue des manuscrits de la Bibliothèque de Bordeaux, ignorant de quel arrêt il était question, aussi bien que le nom de l'évêque auquel Faydit s'adressait, a supposé et imprimé qu'il écrivait « à son évèque, c'est-à-dire à Bossuet » (Catalogue cité, n. 411 B;. Une question ayant été posée à cette occasion <lans la Revue de Gascogne en février 1898 (p. 128), j'y ai répondu dans le numéro suivant (mars 1898, p. 168-171). — Plusieurs cents fuient également composés, et quelques-uns publiés à l'occasion de ce litige, on eu a réuni un certain nombre dans le n 11,635 'les manuscrits (Fonds Français) de la Bibliothèque Nationale, v. Document» inédita relatifs <'> l'histoire de l'Agenais, par Pli. Tamisey de Larroque, p. 885 et suiv... Le document n ( n est une . Lettre de Claude Joly, évèque d'Agen, au chancelier Séguier, ou u lui rend compte de tout ci' qui s'est passé entre tes religieui de son dta • bu, après son retour dans Ba \ ille êpiscopale (d1 tgen, i<- M juin 1671 ■. Voir encore, aux archives départementales de Lot-et-Garonne, le Registre B ii. 62, el aux archives départementales de la Gironde, le Etétre cité plus haut, Affaires << . t. i, n :
parvint en France, le Clergé, alors assemblé à Paris, cherchat-il à empêcher l'impression et la diffusion de la bulle : il écrivit même aux Prélats du royaume pour leur donner avis que l'Assemblée avait renouvelé et approuvé les règlements touchant les réguliers faits en 1035 (1). D'autre part, cependant, s'il faut en croire des auteurs sérieux, l'opinion qui tient que les évêques ont droit de donner une approbation limitée a pour elle l'autorité de Benoît XIV et la pratique actuelle de Rome (2).
« Pour ce qui est du clergé séculier et des institutions diocésaines, il fallut songer à une réforme générale. Le prélat dressa des statuts où respirait l'esprit de la primitive Église. Mais comme ils attaquaient certains usages reçus dans le royaume, on refusa d'abord de s'y conformer. Il y eut une sorte de croisade tentée contre l'évêque, et ce fut en plein synode qu'on osa lever l'étendard de la révolte (13 juin 1008). Le chef de cette croisade, nous avons le regret de le dire, fut un grand vicaire de M. D'Elbène, Jean Soldadié » (3).
(1) Collection des Procès-verbaux des Assemblées générales du Clergé, t. V, p. 63, 64, 66. Un différend à peu près semblable avait eu lieu en 1644 entre les réguliers de Bordeaux et l'archevêque Henri de Sourdis, touchant les confessions faites aux religieux pendant la quinzaine de Pâques. Nous en avons fait l'histoire détaillée dans nos Mélanges de biographie et d'histoire ; Bordeaux, 1885, in-8°, pag. 436-457.
(2)«Multi dixerunt Episcopum teneri ad approbandum illhnitate regularem quem in examine idoneum invenit. Bouix in suis operibus De Episcopo ac De jure Regularium banc thesim adhuc propugnat. Et huic thesi favent rêvera Bulla Superna pluresque S. Congr. declarationes. Sed alii communius contrarium docent, et aiunt Episcopum, etiam regularem quem idoneum invenit, posse limitate approbare. Ità Benedictus XIV, et sic Bomae fieri dicitur. Quoad supradictas declarationes, his usu et praxi derogatum fuisse dicendum est ». De Ministro Sacramenti Pœnitentiœ Dissertatio theologica, è probatis auctoribus, prœsertim Capuccinis, excerpta, auctore P. Timotheo à Podio Euperio; Parisiis, 1885, in-8°, p. 35.
(3) Barrère, Histoire... du diocèse d'Agcn, t. II, p. 399, 400, et p. 400-402 pour les détails de cette affaire. Avant de déclarer la guerre à son évèque, Jean Soldadié l'avait faite au Cbapitre d'Agen, dont il était le Grand Chantre. Ses prétentions à certaines préséances furent
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Claude Joly fut député et assista à l'Assemblée générale du Clergé de France, tenue en 1675. Il y prononça le discours d'ouverture, et fit, disent les Procès-verbaux, « une docte et pieuse prédication » (1). Madame de Sévigné, au contraire, dit dans un langage moins officiel : « M. Joly prêcha à l'ouverture; mais comme il ne se servit que d'une vieille évangile, et qu'il ne dit que de vieilles vérités, son sermon parut vieux. 11 y auroit de belles choses à dire sur cet article » (2).
L'Assemblée tint sa dernière séance le 13 septembre 1675. Cependant, au mois de juin 1677, Joly était encore à Paris. Y était-il resté pour quelque affaire? C'est probable; mais ce qui est certain, c'est que ses raisons parurent insuffisantes au terrible procureur général de Harlay. Il écrivit au prélat non résidant une lettre menaçante que M. Tamizey de Larroque a publiée en 1895 dans la Revue de l'Agenais (3° et 4e livraisons), et dont voici le texte : — « Monsieur; Le séjour que vous faites depuis si longtemps en cette ville, sans qu'il paroisse aucune cause canonique et légitime de votre absence hors de votre diocèse, m'oblige de vous supplier par ces lignes de vous souvenir de vos obligations et des miennes sur ce sujet, et de prévenir, par un prompt retour à l'église dont Dieu vous a donné la conduite, la nécessité fâcheuse à laquelle mon devoir m'engage de vous y obliger par les voies que les Ordonnances m'ont prescrites. Et comme il seroit impossible que l'éclat dont elles seroient suivies ne diminuât l'autorité et la considération qui vous sont nécessaires pour travailler avec fruit dans votre diocèse, j'ai cru que je ne devois m'en servir que lorsque j'aurois employé
L'objet d'une contestation, au sujet de laquelle le Chapitre métropolitain «le Bordeaux fut consulté par le Chapitre cathedra] d'Agen. V. mes Mélangea de biographie et d'Histoire ; Bordeaux, 1885, p. 197-199
(1) Collection des Procès-verbaux... t. y, p. 175.
cm Lettres de Madame de Sévigné, de sa famille et de ses amis; Collection des Grands écrivains de la France; Paris, Hachette, 1862, t. III, p. 481, 482 : lettre du U juin L675.
inutilement celle-ci, et que les avis que je prie en même temps Monsieur l'Archevêque de Bordeaux, votre métropolitain, de joindre aux bons exemples qu'il vous donne par sa demeure continuelle dans son diocèse, n'auroient pu produire le bon effet que je veux attendre de vos seules réflexions sur la grandeur et le poids de vos obligations. Je ne doute point, Monsieur, qu'elles ne suffisent pour vous porter à satisfaire de vous-même à ce devoir si indispensable à tous les évêques, et particulièrement à vous plus engagé qu'un autre à pratiquer la règle de la piété sévère que l'on vous a entendu prêcher dans la Cour, de laquelle le roi a bien voulu vous élever à l'épiscopat dans la confiance que vous continueriez au moins, si vous n'augmentiez pas le zèle que vous y aviez fait paraître dans l'exercice de vos fonctions. Je suis, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur. Harlay ».
Ces menaces produisirent leur effet. Nous en avons la preuve dans cette lettre dictée et signée par Henry de Béthune, archevêque de Bordeaux, lettre dont M. Tamizey de Larroque a connu l'existence mais non le texte, avant sa mort, trop tôt arrivée : — « Monsieur; J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire en date du 28 du mois passé touchant le long séjour de Monsieur l'Évêque d'Agen à Paris, et comme quoi vous désiriez que je joignisse mes avis aux vôtres, afin qu'il retournât dans son diocèse pour éviter l'éclat qui pourroit s'en ensuivre. Sur quoi, je vous dirai, Monsieur, que comme j'étois sur le point de lui écrire sur ce sujet, j'ai appris que vous m'aviez prévenu, et qu'en suite Monsieur l'Évêque d'Agen partoit pour se retirer dans son diocèse. Il ne me reste donc, Monsieur, qu'à vous remercier très humblement de tant de bonté que vous me témoignez dans la vôtre à l'égard de ma personne; ce que j'attribue à l'amitié de père en fils qui a été toujours entre votre famille et la nôtre, et non à mon mérite particulier; dont j'en suis très reconnaissant, et ce qui m'oblige d'autant plus à être avec respect, Monsieur » — ce qui suit est de la main d'Henrv de Béthune — « vostre très humble et très
obéissant serviteur, Henry, Arch. de Bourdeaux. A Bourd*, le 9 juin 1677 » {Bibliothèque Nationale ; Manuscrits, Fonds français, n. 15,708, fol. 330).
Joîy mourut à Agen le 21 octobre 1678. Vir morum iniegritate conspicuus , disent les auteurs de la Gallia christiana, Dei charitate fervens , in jyauperes amore et liberalitate insignis, concionibus clarissimus. 11 eut, en effet, de son temps, assez de réputation comme prédicateur pour être cité par Boileau dans un vers de sa IV0 satire. « Les succès que ses prédications eurent à Montpellier, tant parmi les protestans que parmi les catholiques, y laissèrent une telle impression, que les députés de cette ville auprès du roi, en 1652, furent chargés, par un article de leurs instructions, de demander qu'il remplaçât M. Fenolliet, leur évêque, qui venait de mourir. Ce remplacement n'eut pas lieu » (1). S. Vincent de Paul « ne souffroit qu'avec peine que ses prêtres entendissent d'autre prédicateur que M. Joly, qu'il regardoit comme un modèle plus propre à être imité par des gens qui ne cherchent qu'à toucher les peuples et aller au cœur » (2). Quarante ans après sa mort, le P. De La Rue, jésuite, se souvenoit encore des prônes du curé de Saint-Nicolas-des- Champs à ses paroissiens, et « frémissoit » en s'en « rappelant l'idée. Tout ce qu'il y avoit de plus éclatant dans Paris, dit-il, et de plus élevé dans la Cour, s'y rendoit en foule; jusqu'aux Princes et Princesses du sang. La jeunesse la moins sérieuse et la moins capable de réflexions se faisoit une manière de plaisir d'y venir trembler et pâlir aux images qu'il traçoit des vérités éternelles. Outre la force des matières qu'il Iraitoit, il animoit tout par des tours d'imagination si surprenans,
(l) Mïchaud, Biographie universelle, art. Joly. Selon les auteurs de la Vie <le M. Nicolas Pavillon, evèque d'Alet (Saint-Miel, 1788, in-12, t. I, p. 54), à la suite de ses prédications à Montpellier pendant la tenue des États, m. Jolj 'serait devenu grand vicaire de M. de Montchai, archevêque de Toulouse.
c2j Préface de Richard, en tète des Prônes de Messire Jolyt évêque d'Agen... sur diffèrent sujets de morale,
M. JOLY ii
par des inflexions de voix si peu attendues, qu'on se sentoit malgré soi attendri et pénétré » (1).
Ces témoignages d'hommes sérieux et compétents dans la matière prouvent bien que l'auteur de La Muze historique ne prétendait autre chose qu'accoler une rime à un vers terminé par le mot Joly, lorsque, parlant des « grands orateurs » qui prêchaient, à Paris, l'Avent de 1652, il écrit à sa Princesse :
« Et plus que tous monsieur Joly (Qui passe vrayment le joly) Faizoit des sermons admirables; Mais il preschoit aux Incurables » (2).
Outre que jiasser le joli, c'est — à ce qu'il nous semble — s'en éloigner pour approcher du beau, Loret fit plus tard un éloge nullement équivoque des prédications de Joly :
« Monsieur Joly, ce saint oracle, Qui fait des sermons à miracle, Et l'un d'entre tous nos prêcheurs Qui touche le mieux les pécheurs...
A, pour avoir si bien presché, Prézentement un Evesché, Sçavoir Agen sur la Garonne » (3).
Cependant, l'abbé Hurel (4), après avoir rapporté les premiers vers de Loret cités plus haut, demande si le « P. Rapin
(1) Sermons du Père De La Rue, de la Compagnie de Jésus, pour l'A vent; Préface.
(2) La Muze historique, ou Recueil des Lettres en vers contenant les nouvelles du temps, écrites à Son Altesse Mademoiselle de Longueville, depuis duchesse de Nemours (1650-1665), par J. Loret; nouvelle édition, revue... par Ch.-L. Livet; Paris, 1857, t. I, p. 328; lettre du 4 janvier 1653.
(3) La Muse historique, édition citée, t. IV, p. 200; lettre du 24 mai 1664. Ce sont les mêmes éloges, mais plus développés encore, le 21 mars 1665 (tome cité, p. 324, 325), après le sacre du curé de Saint-Nicolasdes-Champs.
(4) Les Orateurs sacrés à la Cour de Louis XIV, par l'abbé A. Hurel; deuxième édition; Paris, 1874, 1. 1, p. xxix.
n'aurait point eu en vue l'abbé Joly lorsqu'il écrivait : « Étant allé au Louvre un jour de carême, le prédicateur prêchoit ce jour-là des souffrances, d'un air brillant. Les dames levoient les yeux au ciel de temps en temps pendant son discours en disant : Que cela est Jolly ! qu'il presche agréablement ! J'en fus indigné » (1). Mais le P. Rapin, dans aucune édition, n'imprime Joly avec une majuscule, encore moins avec deux //, Jolly ; mais simplement joly, avec un y, selon l'orthographe du temps. Et puis, comment, immédiatement après le passage cité', le P. Rapin parle-l-il de ce prédicateur? « On le trouvoit agréable, dit-il, dans un sujet où il devoit être terrible ; et il ne donna que du plaisir dans un discours où il ne devoit donner que de la douleur et de la componction ». Voilà qui ne cadre guère, ce nous semble, avec ce que le P. De La Rue, et même Loret, disent de Joly comme prédicateur.
Le P. De La Rue conclut son appréciation sur Joly par ces paroles : « Les quatre tomes qui nous restent de ses Prônes, et qui n'ont été compilés que longtemps après sa mort, font bien voir que l'art et la mémoire n'avoient eu nulle part à ses succès ». Ces sermons, en effet, « ont été imprimés, non tels qu'il les avait prononcés, car il se contentait de jeter sur le papier son exorde, son dessein et ses preuves, mais tels que M. Richard, avocat de Paris, a pu les mettre en ordre, d'après les copies défectueuses qu'on en avait tirées pendant que Joly les prêchait, et d'après les notes laissées par lui. Tels qu'ils sont, on y remarque de la solidité, de l'imagination et un bon fonds d'instruction » (2).