‹ Bibliothèque sulpicienne ou Histoire littéraire de la compagnie de Saint-SulpiceChapitre 13 sur 134 · M. CHENART · texte numérisé non relu

M. CHENART

Laurent Chénart, né en 1625 à Paris, probablement sur la paroisse Saint-Eustache, entra au séminaire de Saint-Sulpice le 29 juillet 1645. Il n'était que tonsuré, et par conséquent, il eut l'avantage de se préparer à la réception des Ordres sous la direction de M. Olier, qui avait pour lui une vive affection. Après avoir reçu la prêtrise, M. Chénart fut, selon l'usage, envoyé à la Communauté des Prêtres de la paroisse, et durant un an ou deux, employé au ministère pastoral. Ce ministère convenait assez bien à ses goûts : il lui préférait néanmoins encore celui des missions, auquel il fut effectivement appelé plus tard. En attendant, M. Olier, à qui M. Chénart s'était offert pour être membre de sa Société, voulut qu'il parcourût la carrière de la licence et du doctorat. M. Chénart obéit, et de 1652 à 1654, il s'appliqua exclusivement à l'étude et aux exercices que la Sorbonne exigeait de ses gradués. Il obtint la 27e place parmi les licenciés de 1654, et reçut le bonnet de docteur le 4 novembre de la même année.

Il fut vraisemblablement aussitôt envoyé dans le Vivarais pour aider les missionnaires que M. Olier y employa pen-

dant près de cinq ans. Nous lisons, en effet, dans la Vie de M. Olier (4e édit ., t. III, p. 386) que, dès ie 27 octobre 1652, le fondateur du séminaire de Sainl-Sulpice, étant alors à Viviers, écrivait à M. de Bretonvilliers : « Dites à notre frère Chénart qu'il s'avance vitement, et qu'il nous faudra le dépayser et le mettre dans le service pour le salut des âmes ». Mais au bout d'un an ou deux, M. Chénart dut concentrer son zèle dans l'étroite enceinte d'un séminaire.

Peut-être fut-il un des trois ecclésiastiques qui accompagnèrent M. de Queylus à Clermont, lorsqu'il y arriva, le 23 mai 1650, pour préparer l'Ordination et jeter les fondements du séminaire. Ce qui est tout à fait certain, c'est que M. Chénart succéda, comme supérieur de cette maison, à M. Pierre Couderc, quand celui-ci devint vicaire de M. de Poussé, à la paroisse de Saint-Sulpice, dans les premiers mois de 1658 (1). Pendant les six années qu'il resta à Clermont, M. Chénart déploya de grandes qualités, et compléta heureusement, sous tous les rapports, l'œuvre commencée par ses prédécesseurs.

Lorsque M. de Bretonvilliers et ses trois consulteurs procédèrent, en 1659, à la nomination des neuf assistants qui, conjointement avec eux, devaient former l'Assemblée générale, leur choix tomba d'abord sur M. d'Hurlevent, ensuite sur M. Chénart. Celui-ci prit donc part aux délibérations de cette première Assemblée générale, qui dura douze jours (du 3 au 15 juillet 1659); puis il retourna au séminaire de Clermont, où il demeura encore cinq ans, malgré son peu de goût pour la vir sédentaire à laquelle son emploi le condamnait. Ses fonctions de supérieur el les quelques sermons qu'il préchail de temps en temps à la cathédrale ne suffisaient pas à occuper s.-i grande activité : il aurait voulu qu'on lui permil de consacrer une partie de son temps à faire des missions

aux peuples (le |,t c;i lu | ci- ne .

Ne pouvant condescendre a Bes désirs, M. de Bretonvilliers rappela M. Chénart ;i Paris, au plus tard pendant les vacances

(1) Pierre Couderc était frère aîné de Jean-Pierre < ouderc, le contrôle, dont nous avons parlé au tome i. p. B3. n mourut le B5 mai 1674. • Dp. I ie de m. 0 , ■ dition, t. m, p

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de 1664. M. Chénart fut alors probablement employé de nouveau au ministère de la paroisse; car, vers 1666, il était du nombre des prêtres qui entendaient les confessions dans la Communauté de Mme de Saujeon. M. Pierre Gouderc ayant été fait supérieur des prêtres du Mont-Valérien en 1668, M. Chénart lui succéda de nouveau comme vicaire à Saint- Sulpice. Mais il ne remplit ces fonctions que peu de temps. Il sortit même de la Compagnie au mois de juin 1671, lors de la troisième Assemblée générale, à laquelle, pour des motifs que l'on ignore, il refusa obstinément de prendre part.

Il est difficile de dire à quel ministère M. Chénart consacra les dernières années de sa vie. Nous savons seulement que, pendant assez longtemps, il fut supérieur et confesseur des religieuses de la Visitation de la rue Saint-Jacques. Il mourut le 18 février 1704, sur la paroisse de Saint-Jacques du Haut- Pas, âgé de 79 ans. Par les soins de son neveu Edme-Jacques Grillard, chanoine du Saint-Sépulcre et prieur de Vignoles, son corps fut porté à Saint-Eustache pour y être inhumé.

1 . — Considérations sur les principales obligations de la vie religieuse, pour servir de sujets de Méditation pendant le cours de l'Année. Avec une Méthode qui donne beaucoup de facilité pour le saint exercice de l'Oraison. Par Mre Laurent Chénart, Prêtre et Docteur de Sorbonne; A Paris, chez la veuve de Laize-de-Bresche, rue Saint-Jacques, au-dessus de la Fontaine S. Benoist, à l'Image S. Joseph; 1687, in-12, pp. 325, sans les liminaires (30 feuillets), la Table et les Approbations (5 feuillets). « Achevé d'imprimer pour la première fois le 2 janvier 1687 ». — Seconde édition, revue et corrigée; Paris, chez Urbain Coustelier, 1692, pp. 324 sans les liminaires et la table.

L'approbation de M. Pirot, Docteur et Professeur de Sorbonne, est datée du 24 décembre 1686. « Tout l'Ordre de la Visitation, y est-il dit, et même tout l'état religieux se doit sentir obligé à la maison de la rué Saint-Jacques, de ce qu'elle a porté M. Chénart, Docteur en Théologie de la Faculté de Paris, à donner au public les réflexions qu'il a faites sur les devoirs essentiels du Cloître. 11 y marque assez qu'il

en a étudié l'esprit avec application, et dans le même temps qu'il fait connoître quel il est, il donne le secret de le prendre. Il s'est acquis en cela tant d'expérience depuis qu'il est eh place, pour donner d'office à de saintes filles des conseils conformes à leur vocation, ayant déjà auparavant si efficacement travaillé à la conduite des ecclésiastiques, que les personnes qui le commissent ne seront pas surprises de trouver en cet ouvrage tant de lumières pour découvrir les obligations de la vie religieuse, et de si grands secours pour les remplir ».

Le privilège, daté du 29 août 1686, accorde pour huit ans la permission d'imprimer un livre intitulé, « Considérations sur les principales obligations de la Vie chrétienne, religieuse et ecclésiastique ». — A la fin, on lit : Fin de la table du premier volume.

2. — Considérations siir les principales obligations de la vie chrétienne, pour servir de sujets de Méditation pendant le cours de l'Année. Avec une Méthode qui donne beaucoup de facilité pour le saint exercice de l'Oraison; par M'e Laurent Ghenart, Prêtre et Docteur de Sorbonne; Paris, veuve de Laize-de-Bresche, 1687, in-12, pp. 3oo, sans l'Avertissement, la Méthode, la Table et les Approbations. — La Méthode de l'oraison mentale est un simple tirage de celle qui est imprimée dans le volume précédent, et il en faut dire autant pour celle du volume suivant. L'extrait du privilège formant le dernier feuillet de la feuille, on pourrait penser que ces deux derniers volumes ont été aussi achevés d'imprimer le 2 janvier 1687; mais cela n'est pas, puisque l'approbation des Docteurs, donnée pour les Considérations sur l;i Vie chrétienne et sur la Vie ecclésiastique, est du 1er et du 5 avril 1687.

Dans ['Avertissement, reproduit en tète du volume suivant, l'auteur, B'adressant exclusivement aux prêtres, leur dit entre autres choses : — « Je divise cel ouvrage en deux parties. La première vous fait voir les principales obligations de la vie chrétienne . la seconde, celles de l'étal ecclésiastique ; l'une étant le fondement <le l'autre, et la seconde Bup-

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posant nécessairement la première... Si Dieu par sa bonté veut bien répandre ses grâces et ses bénédictions sur ce petit ouvrage que je lui offre derechef par son aimable Fils, j'augmenterai volontiers le nombre de ces considérations; je donnerai aussi au public un Cours de mission sur les plus importantes vérités de la Morale chrétienne, et des Entretiens sur toutes sortes de matières ecclésiastiques; je le ferai d'autant plus volontiers que des personnes vertueuses et savantes me l'ont souvent conseillé; une entre autres, m'en pressant davantage, me dit que je ne pouvais faire autre chose en l'état où je suis ». — Après la Table, on lit ces mots : « Fin de la table du second volume ».

3. — Considérations sur les principales obligations de la vie ecclésiastique, pour servir de sujets de Méditation pendant le cours de l'Année. Avec une Méthode qui donne beaucoup de facilité pour le saint exercice de l'Oraison. Par M0 Laurent Ghénart, Prêtre et Docteur de Sorbonne. A Paris, chez la veuve de Laize-de-Bresches, 1687, in-12, pp. 417 sans les liminaires et la Table. — Paris, chez Pierre Morisset, rue Saint-Jacques, au Cœur-Bon, 1726, in-12, pp. 369, sans les liminaires (23 feuillets), la Table et l'Approbation. — Paris, Charles Leclerc, quai des Auguslins, à la Toison-d'Or, 1734, in-12, pp. 369, sans les liminaires, la Table et les Approbations.

Méditations sur les principales obligations de la vie chrétienne et de la vie ecclésiastique , avec une Méthode qui donne beaucoup de facilité pour le saint exercice de l'Oraison ; par M. l'abbé Chénart, Docteur de Sorbonne, Directeur au Séminaire de Saint-Sulpice; Paris, Adrien Leclère, 1826, 2 in-18, pp. xn-347, 326. — M. Gosselin est l'auteur de celte édition, sur laquelle ont été données les éditions suivantes. Ainsi qu'il le dit dans Y Avertissement , il a disposé les Méditations dans un meilleur ordre; corrigé les tournures incorrectes ou surannées, au point d'en faire, « à dire vrai, un ouvrage entièrement neuf sous le rapport du style; revu et complété l'ouvrage d'après une copie authentique » (le n° 61 des Manuscrits du séminaire de Sainl-Sulpice, in-fol. de

305 pages); ajouté, pour certaines fêles, « quelques Méditations inédites » composées par M. Tronson pour le temps des vacances du séminaire de Saint-Sulpice », et qui sont ici distinguées par un astérisque. — Malheureusement, les détails biographiques sur M. Chénart, qu'on lit dans cet Avertissement, manquent en plusieurs points d'exactitude, et ces erreurs, comme on le pense bien, ont eu plus d'un écho (V. L'Ami de la Religion, t. XL11, p. 177, 178). Il est dit, par exemple, que ces Méditations « ont été rédigées à l'usage du séminaire de Saint-Sulpice », et que « l'auteur, un des premiers coopérateurs du pieux Olier dans l'établissement de ce séminaire, continua sous MM. de Bretonvilliers et Tronson à soutenir de tout son pouvoir cette œuvre si importante ». Or, la suite des faits exposés dans notre notice a montré que M. Chénart, quelle que fût, d'ailleurs, son estime pour l'œuvre spéciale de la Compagnie fondée par M. Olier, n'y a guère été appliqué que durant les années qu'il passa à Clermont. C'est là surtout qu'il composa les Considérations. 11 est cependant vrai de dire, avec l'auteur de Y Avertissement , qu'on « peut regarder les Méditations de M. Chénart comme une fidèle expression de l'esprit et des sentiments qui animaient alors le séminaire de Saint-Sulpice ». Pour s'en convaincre, il suffit de jeter un coup d'œil sur la Méthode de l'oraisoji mentale, que M. Chénart a mise en tète de son livre. Cette méthode, qui, dit-il, « paroitra nouvelle à quelques-uns, quoiqu'elle soit la plus ancienne », n'est autre, en effet, pour l'ensemble comme pour les détails, que la méthode d'oraison récitée et expliquée encore aujourd'hui dans les séminaires dirigés par Saint-Sulpice : on retrouve même dans celle-ci plusieurs membres de phrase empruntés textuel* lemenl a celle-là. <>n voit par là «pie, pendant bod séjour au séminaire, M. Chénarl s'étail profondément pénétré «le la

doctrine et <|e l'esprit de M. olier. et qu'il en lit toujours la

règle de ses écrits h de ses pratiques de piété, C'esl dan-, ce même esprit que. en 1690, quoique vivant loin de la Corn* pagnieel de >es œuvres, il lui offrit de fonder une messe qui

serait dite c|ia.|iie JOUI en \ ne de remercier iMeu des gràCOS

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qu'il a faites à la T. S. -Vierge; et M. Tronson, d'accord avec ses consulteurs, ne fit pas difficulté d'accepter cette fondation, parce que l'on y vit l'effet d'une dévotion inspirée par M. Olier. — L'auteur de Y Avertissement, trompé sans doute par la similitude — ou plutôt par l'identité — du nom, a encore confondu M. Laurent Ghénart, Docteur de Sorbonne et mort en 1704, avec M. Pierre Ghénart, simple bachelier en théologie, et mort le 2 juin 1694. C'est ce dernier, et non M. Laurent Chénart, que M. Tronson offrit à la duchesse de Guise pour faire des missions dans ses terres, et administrer la cure d'Alençon; c'est lui aussi qui y forma « une Communauté de prêtres, à l'imitation de celle que M. Olier avoit établie dans la paroisse de Saint-Sulpice », et dont M. Pierre Chénart avait fait partie (V. Vie de M. Olier, 4° édit., t. II, p. 551, note).

Méditations... Paris, Adrien Leclère, 1835, 2 in-18, pp. 316, 325. Dans cette nouvelle édition, M. Gosselin a complété son premier travail en y ajoutant des méditations nouvelles sur la fêle de Noël, l'Epiphanie, la Présentation de N.-S. au Temple, l'Ascension, le Sacré-Cœur de Jésus, la Fête-Dieu, la Toussaint, la Commémoraison des Morts, et la Conception de la Très Sainte- Vierge {L'Ami de la Religion du 25 avril 1835, t. LXXXIV, p. 763). — Paris, 1841, 2 in-18. — Paris, Adrien Leclère, 1844, 2 in-18, pp. 316, 348. — Paris... 1854, 2 in-18. — Paris... 1860, 2 in-18 de 668 pages. — Méditations... revues avec soin par M. Gosselin et par un autre membre de la Compagnie de Saint-Sulpice; nouvelle édition; Paris, Poussielgue, 1888, 2 in-18, pp. 395, 392. Un Avis pour cette « nouvelle édition » nous apprend que « M. Gosselin, auteur de l'Avertissement qui précède, avait préparé quelques nouvelles méditations, depuis l'édition qu'il avait donnée du livre de M. Chénart, en 1835, et qu'il en avait corrigé d'autres ». Le nouvel éditeur a « profité de son travail en insérant ces méditations dans la présente édition », et il en a aussi « ajouté qui » lui « ont paru utiles au clergé ». Que n'a-t-il encore, dans ce même Avertissement, corrigé les inexactitudes par nous signalées tout à l'heure! — La

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