‹ Bibliothèque sulpicienne ou Histoire littéraire de la compagnie de Saint-SulpiceChapitre 4 sur 134 · ÉVÊQUE DE PAMIERS · texte numérisé non relu

ÉVÊQUE DE PAMIERS

François-Etienne de Caulet fut communément appelé M. de Foix avant son épiscopat (1), parce que, en 1627, il avait été pourvu de l'abbaye Saint-Voluzien de Foix, au diocèse de Pamiers, dont il devait plus tard devenir évêque. Il était né

(1) C'est le nom sous lequel il est ordinairement désigné dans la Vie de M. Olier par M. Paillon : Voir la Table des matières, au mot Caulet.

à Toulouse, d'un président au Parlement de Languedoc, le 19 mai 1610. Après avoir terminé ses éludes chez les jésuites du collège de La Flèche, il se rendit à Paris et se mit sous la conduite du P. de Condren, Général de l'Oratoire, qui l'associa à M. Olier pour faire des missions en Auvergne et ailleurs. Avec lui aussi il commença l'établissement de la Compagnie de Saint- Sulpice à Vaugirard, et quand cette Communauté naissante eut été transportée sur la paroisse Saint-Sulpice, dont M. Olier devint curé en 1642, M. de Foix fut chargé plus spécialement de la conduite du séminaire. Mais environ deux ans après, le 14 juin 1644, Louis XIV le nomma évoque de Pamiers. Quelque temps auparavant, M. de Foix, voyant qu'il ne pouvait introduire la réforme dans son abbaye, en avait fait la démission entre les mains du roi.

« Petit homme, dit le P. Rapin, parvenu à I'épiscopat je ne scay par où ni comment » (1). Hé ! par une voie assez honnête et assez honorable : par S. Vincent de Paul, qui le proposa à la reine Anne d'Autriche pour succéder a M. Sponde sur le siège de Pamiers (2). Ce fut également par le conseil et sur les instances réitérées du même saint que l'abbé de Foix, après trois mois de résistance, consentit enfin à se laisser sacrer (3). Il reçut ses bulles de Rome le 16 janvier 1645, et le 5 mars suivant, qui était le premier dimanche de Carême,

d) Mémoires du P. René Rapin, de la Compagnie de Jésus, sur l'Église et la société, la Cour, la Ville et le Jansénisme; Paris, 1865, t. III, p. 441.

(2) Vies des quatre évéqucs engagés dans la cause de Port-Royal, M. d'Aleth, M. d'Angers, M. de Beauvais, M. de Pamiers, pour servir do supplément à YHistoire de Port-Royal en six volumes (par l'abbé Besoigne); Cologne, 1756, t. II, p. 123, 124.

(3) La résistance deCaulet est un fait certain : ce qui n'empêche pas le P. Rapin d'écrire : «Quand on lui faisoit ce compliment qu'il seroit bientôt évêque, il répondoit qu'on verroit plutôt sa tête sur un êcbafaudquesur un autel, couverte d'une mitre, tant il avoit d'éloigné* ment de ces dignités. Mais, tout remply qu'il lut de ces grandes et vigoureuses résolutions, peu de temps après, il donna son abbaye de Foix roi ii avoir un évêché »! {Mémoires du P. Rapin, t. il, p. 473).

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il fut sacré dans l'église Saint Sulpice par Nicolas Sanguin, évêque de Senlis, assisté de P. Bertier, coadjuteur de Montauban sous le titre d'évèque d'Utique, et de Danes, évêque de Toulon. D'autres prélats, entre autres le Nonce apostolique, furent aussi présents à la cérémonie. Le nouvel évêque prêta serment de fidélité au roi le 12 mars, et fit son entrée dans sa ville épiscopale le dimanche des Rameaux de la même année 164o.

A Pamiers, Caulet « trouva un diocèse désolé par les guerres civiles, de grands dérèglements dans le clergé (1), et peu de piété parmi les peuples (2). 11 eut toutes les peines du monde à réduire dans quelque ordre douze chanoines réguliers, que M. Sponde, son prédécesseur, appeloit douze léopards. 11 obtint des Bulles du Pape Alexandre VII et des lettres patentes du roi pour réformer son Chapitre., à mesure que les anciens chanoines mourroient, en quoi il eut le bonheur de réussir (3). Il établit trois séminaires : dans les deux premiers, on élevoit des enfants dès leur tendre jeunesse, et le troisième étoit destiné à former des régentes pour instruire les filles dans tous les lieux de son diocèse. Il en visitoit toutes les années jusques aux moindres villages,

(1) Cfr. François de Caulet, évêque de Pamiers, et la vie ecclésiastique dans un diocèse ariégeois sous Louis XIV, par M. Georges Doublet, ancien membre de l'École d'Athènes, Professeur de rhétorique au lycée de Nice; Foix, 1896, in-8°, pp. 53.

(2) Cfr. Un diocèse pyrénéen sous Louis XIV ; La vie populaire dans la vallée de l'Ariège sous l'épiscopat de François-Etienne de Caulet, par Georges Doublet, ancien membre de l'École d'Athènes, professeur de rhétorique au lycée de Nice; Toulouse, 1896, in-8°, pp. 48. — Les Protestants à Pc vmi ers sous l'épiscopat de Caulet, par M. Georges Doublet, ancien membre de l'École d'Athènes, professeur de rhétorique au lycée de Foix : Toulouse, 1895, in-8>, pp. 48. — Le Couvent des Dames Salenques, de l'Ordre de Citeaux, à Foix, au dix-septième siècle; par M. Georges Doublet... Toulouse, 18%, in-8°, pp. 20.

(3) Cfr. Un prélat janséniste ; François de Caulet réformateur des Chapitres de Foix et de Pamiers, par Georges Doublet, ancien membre de l'École d'Athènes, professeur de rhétorique au lycée de Foix; d'après des documents inédits; Paris, 1895, in-8°, pp. 222.

et prôchoit partout. 11 mourut le 7 août 1680, âgé de 70 ans et près de trois mois » (1).

Deux affaires surtout ont rendu l'épiscopat de François Caulct diversement célèbre : celle de la signature du Formulaire d'Alexandre VII touchant le fait de Jansénius, et celle de la Régale.

Selon le jésuite Lacroix, un janséniste est : — 1° celui qui soutient quelqu'une des cinq propositions condamnées dans Jansénius; — 2° celui qui soutient qu'elles ne sont pas contenues dans YAugustinus; — 3° celui qui ne souscrit pas sincèrement, intérieurement, et sans distinguer entre le fait et le droit, le Formulaire prescrit par Alexandre VII et par Clé- Ci) Moréri, Le Grand Dictionnaire historique, édit. de 1759, art. Caulet. — Sur François Caulet, voir encore : Annales de Pamiers, par M. J. Lahondès; Toulouse, 1884, in-8n, t. II, p. 135-177, 209-226. —De vitâ et gestis religiosissimi ac Reverendissimi Domini Stephani Francisez Cauleti, Episcopi Appamiensis , manuscrit in-8° de 58 feuillets; Bibliothèque municipale de Toulouse, n° 730. A la fin du chapitre II (fol. 7 et 8), parlant du témoignage rendu contre l'orthodoxie de Jean Du Verger de Hauranne par M. de Foix, l'auteur donne comme vraisemblable qu'il agit alors sous l'impulsion de M. Olier et des siens : « Quod quidem verisimile est eum fecisse, non tàm proprià sponte çpiàm OHieri aliorumque sinistris rumoribus occupatorum impulsu. Cœterùm, ajoute-t-il, ea Ollieri et sociorum prœjudicata adversùs Vcrgerium e jusque amicos opinio adeà in San-Sulpitiano Seminario, invaluit, ut etiamnùm — l'auteur termina son ouvrage le 18 juillet 1713 — ibi vigeat, etplerosque alumnos amaro contra viros innocentes et dcEcclesiâ benè meritos zelo in transversum agat. — Lettre (manuscrite) d'un bon curé et officiel de Pa miers touchant la vie et la conduit'1 épiscopale de feu M. François-Etienne Caulet, evesque de la même ville, mort en odeur de sainteté le Ie aoust 1680. Nous connaissons trois copies de cette lettre. La première est aux archives Nationales (Catalogue des manuscrits conservés aux Archives Nationales; Paris, 189B, in-8°, p m- 1 193); la sec >nde ësi à la Bibliothèque de l'Arsenal {Catalogue des manuscrits de la Bibliothèque de l'Arsenal, t. V, p. 215, n. 5362, pag. i el buîv. nu trouve encore dans ce recueil \ Relation de ce qui s'est "passé durant *" dernière maladie et à sa mort, p. 74, et Extraits sur le même sujet, p. 98). Enfin, la troisième copie est a la Bibliothèque d'Orléans (Catalogue général des manuscrits des bibliothèques publiques de France, t. XII, p. 863, û. 650).

ment XI; qui, par conséquent, ne condamne pas les cinq propositions dans le sens du livre de Jansénius; — 4° celui qui, dans l'administration du sacrement de Pénitence et dans la direction des âmes, suit des règles fondées sur quelqu'une des cinq propositions condamnées dans Jansénius; celle-ci, par exemple : l'homme pèche dans ce qu'il fait nécessairement (1). De ces quatre manières d'être janséniste, la troisième surtout est celle que l'on reproche à François Caulet.

D'après le P. Rapin, il y fut amené dès ses premières relations avec Nicolas Pavillon, évêque d'Alet, un des plus célèbres coryphées du jansénisme au xvne siècle. « Dès que l'évêque de Pamiers eut haleine l'évêque d'Alet, dit-il, il prit ses sentimens d'une manière si servile qu'il en devint l'esclave. Il vécut, en effet, dans une si grande dépendance de ce prélat, qu'il ne luy écrivoit qu'à genoux, et ne l'approchoit qu'avec des respects et des adorations qui tenoient de la servitude, n'ayant presque point d'autre attention qu'à observer de quel côté venoit le vent qui souffloit d'AIeth et des Pyrénées. C'étoit, enfin, une dépendance à tous les sentimens de ce prélat qui alloit jusqu'à la prostitution » (2). Quand on intente à un évêque des accusations aussi graves, quelques preuves ne seraient peut-être pas déplacées.

Que l'évêque de Pamiers ait fait vœu de servitude à l'évêque d'Alet dès qu'il l'eut haleine, c'est ce que nient tous les auteurs, les partisans aussi bien que les adversaires de l'un et de l'autre. Tous nous disent que, lorsqu'il était encore bon catholique et publiait dans son diocèse la bulle d'Innocent X condamnant les cinq propositions de Jansénius, l'évêque d'Alet, qui, naturellement enclin à la sévérité, faisait

(1) Lacroix, Soc. Jesu, Theologia Moralis, Lit). VI, Part. II, n. 1704; editio novissima, Colonise, 1748, t. II, p. 384.

(2) Mémoires du P. Rapin, t. III, p. 444. Le P. Jean semble vouloir enchérir encore sur son confrère. « Caulet, dit-il, qui était pieux, régulier, austère, fut entraîné dans le jansénisme par son voisin d'Alet, Pavillon, qu'il dépassa sous plus d'un rapport » {Les évoques et les archevêques de France depuis 1682 jusqu'à 1801, p. 388). Sous plus d'un rapport ! on eût su gré à l'auteur d'en indiquer au moins un.

lire à sa table la Fréquente communion d'Arnauld et les Lettres de Saint-Cyran (1), interrompait cette lecture tout le temps que l'évoque de Pamiers était a Alet, sachant que ce prélat ne pouvait en souffrir la lecture (2). Plus tard, quand Pavillon se fut déclaré contre le Formulaire, « l'évêque de Pamiers, plein de préventions sulpiciennes, fit tout ce qu'il put pour le faire changer » (3). S'il ne réalisa pas alors la pensée qu'il avait eue déjà de se séparer de son collègue, à cause d'une certaine inclination pour les nouveautés qu'il avait remarquées en lui (4), ce fut uniquement parce qu'il se flattait de le ramener par la voie de la persuasion et de la douceur; et conséquemment, il ne cessa pendant longtemps de l'en presser (5).

Quoi qu'il en soit, en 1665, le Pape Alexandre VII ayant prescrit la signature d'un formulaire par lequel on déclarait condamner les cinq propositions de Jansénius au sens de leur auteur, l'évêque de Pamiers donna un mandement que nous reproduisons intégralement d'après l'édition originale :

« François, par la grâce de Dieu et du S. Siège Apostolique, evesque de Pamiès. A tous les ecclésiastiques et Réguliers de nostre diocèse, salut et bénédiction. Saint Paul nous apprend que le S. Esprit a estably les Evesques comme légitimes successeurs des Apôtres pour le régime de l'Eglise de Dieu, qu'il a acquise par son sang. Il ne leur sutlit donc pas, pour remplir un si saint ministère, de compatir aux maux de celte Epouse de .lesus-Chrisl, s'ils ne travaillent à moine temps de toute leur force, pour y apporter les remèdes les plus convenables. Et comme les contestations qui se sont

< i (Dans ses articles cités pins loin, leP.Gazeau avance, sans en donner aucune preuve, que les Lettres de Saint-Cyran ont été condamnées a Rome : !'• Dictionnaire des livres jansénistes lui-même ne le dit pas, et il est certain qu'elles ne figurent pas dans lecataloguede l'Index.

(2) Vies des quatre évoques, t. il, p. 156. Vie de v. Pavillon, t. i, p. 205. — Journaux '!>■ m. Deslyons, année 1659, p. 19

Vie de M. Pavillon, t. il, p. 60. — Vies des quatre évêques, t. I. p. 158; t. II. p. i

i i)Journaux de M. Deslyons, p. 125.

i aillon, Vie de m. Olier, t. m, p,

élevées dans ce royaume à l'occasion du livre de Cornélius Jansenius, Evesque d'Ypre, intitulé, Augustinus, et qui ont depuis tant d'années si violemment agité les esprits dans plusieurs diocèses, sont des plus pernicieux maux qui puissent arriver à l'Eglise, puisqu'ils la divisent et ruinent l'union et la paix que Jesus-Christ a laissée et recommandée à ses enfans, comme un des plus précieux gages de son amour envers nous, et la preuve la plus certaine de notre affection envers luy, le désir ardent de cette paix nous fait employer le moyen qui nous est présenté par la nouvelle Bulle de N. S. P. le Pape Alexandre VII, datée du io février de la présente année, qui est de vous proposer la signature du Formulaire, inséré dans ladite Bulle, et dont voicy la teneur : Ego N..., etc. Mais d'autant que plusieurs personnes, donnant à ce Formulaire des interprétations contraires au sentiment de l'Eglise, jettent le trouble dans les consciences; l'obligation indispensable que nous avons par notre caractère, d'instruire les fidèles dont Dieu a daigné nous confier la conduite, et de satisfaire à leurs doutes, nous impose la nécessité de vous avertir : 1° que l'Eglise a toujours fait une si grande différence entre les dogmes révélez et les faits non révélez, qu'exigeant une soumission de foy pour les premiers, elle se contente d'une déférence respectueuse pour les seconds, qui dépendent de l'information et du témoignage des hommes; 2° que la doctrine de S. Augustin et de S. Thomas sur le sujet de la grâce efficace par elle mesme, que l'Eglise a toujours eue en grande vénération, n'a receu aucune atteinte par les Constitutions, ny par le Formulaire. Après ces éclaircissemens, nous nous promettons que vous souscrirez volontiers au bas du présent mandement : et de nostre coslé, il ne nous reste plus qu'à vous recommander de prier puissamment Dieu qu'il luy plaise de donner à tous ses enfans une charité si parfaite, qu'elle les fasse convenir, comme dit S. Thomas, dans l'unité de la vérité; ce qui a esté le souhait que l'Apostre faisoit autrefois : ut idipsum dicamus omnes, et non suit in nobis schismata, et simus perfecti in eodem sensu et in eadem sentent ia.

Donné à Pamiès, le dernier juillet mille six cens soixantecinq. Signé, François E. de Pamiès. Et plus bas, par Monseigneur, Palarin, secrétaire ».

On a dit (I), on répète encore de nos jours (2), que, suivant en cela l'exemple des évêques d'Angers et de Beauvais, celui de Pamiers « adopta et copia » le mandement de l'évêque d'Alet sur la signature du Formulaire. Pour mettre le lecteur à même de juger si cette assertion est vraie, nous reproduisons le passage du mandement de Pavillon relatif au même point. Selon l'évêque d'Alet, d'après l'édition également originale de son mandement, « quand l'Église juge si des propositions ou des sens hérétiques sont contenus dans un livre, et si un auteur a eu un tel ou un tel sens, elle n'agit que par une lumière humaine et sur une chose humaine; en quoy tous les théologiens conviennent qu'elle peut être surprise, et que partant, sa seule autorité ne peut point captiver notre entendement, ny nous obliger à une créance intérieure; en sorte que par aucune raison ny par aucune apparence contraire nous ne puissions révoquer en doute ses jugemens sur ces sortes de faits, quoiqu'il soit vray qu'il n'est pas permis de s'élever témérairement contre ses jugemens, vers lesquels on doit témoigner son respect et sa déférence, en demeurant dans le silence pour co7iserver l'ordre et la discipline, qui règle les choses extérieures. Nous attendons de votre religion et piété, que vous rendrez cette soumission de Foy vers le droict, et de respect et de discipline vers les faits qui sont contenus dans les Constitutions ou Bulles des Papes » (3). L'opinion qui tient pour l'i-

(1) D'Avrigny, Mémoires chronologiques et dogmatiques, année 1665; s. 1. 1739, t. II, p. 178. Dictionnaire des livres jansénistes ou qui favorisent le jansénisme; Anvers, 1752, t. III, p. 5. Ces deux ouvrages on» été mis à l'Index le l Beptembre L727 et le il mars 1754.

(2) Gazeau, s. j., L'Infaillibilité de l'Église et l'influence de Dossuff dans la paix dite de Clément IX , dans Études religieuses, philosophiques, historiques et littéraires, par des !

de la Compagnie de Jésus : cinquième série, année 1*77, t. xi, p, Mi

(3) Mandement de Monseigneur l'evesque et comte d'Alet, sur lu signature du Formulaire, daté du 1 juin 1665, ln-4 , p. 3.

dentité de fonds des deux mandements ayant prévalu, François Caulet, évêque de Pamiers, a été considéré comme partisan de la distinction entre le fait et le droit, comme Henri Arnauld, évêque d'Angers; comme Choart de Buzenval, évêque de Beauvais; comme Nicolas Pavillon, évêque d'Alet.

Cette interprétation et ces textes n'étaient certainement pas ignorés de M. Bouix. Et pourtant, dans un ouvrage renfermant, contre la Compagnie de Saint-Sulpice et ce qui est sorti de son sein, des passages d'une violence qu'on a peutêtre égalée, mais qu'on n'a certainement pas dépassée, le célèbre canoniste écrit touchant l'évêque de Pamiers, touchant l'ancien « M. de Foix », ces lignes que nous avons lues avec une sorte de stupeur la première fois qu'elles sont tombées sous nos yeux : — « Item Apamiensis Episcopus, quùd Jesuitarum de re morali doctrinam acerbiùs inséctaretur, faventis jansenianse sectœ animi suspicionem moverat. Immérité tamen , ut ex mihi notis documentis colligendum existimo. Quidquid autem sit de sinistris hujusmodi, quoad Jansenismi quaestionem, suspicionibus, queis ambo dicti praesules impetiti sunt, id omninô certum est, eos in causa regaliae, pro veritate ac justitiâ stetisse; dumque cœteri omnes lugendâ prasvaricatione jura Ecclesia1 proderent, eos ad mortem usque Sedi Apostolicas adhaesisse, ac cum eâ fortiter decertàsse. Sileo de Alectensi. At non possum, perspectis documentis, quin Apamiensem Episcopum , ut sanctum, orthodoxumque ac fortissimum pastorem summâ veneratione prosequar, dignumque plané existimem cui ignoscatur ac rectœ intentioni tribuatur, si quid forte nœvi è contemporaneis disputationibus traxerit » (1).

L'évêque de Pamiers, un pasteur digne de la plus grande vénération, non seulement pour sa sainteté et sa force d'àme, mais encore pour son orthodoxie; ayant tout au plus, peutêtre, contracté dans les disputes de son temps quelques taches,

(1) Tractatus de Papa, ubi et de Concilio œcumenico , auctore D. Bouix; Parisiis, 1869, t. II, p. 95, 96.

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quelques ombres, qu'il faut lui pardonner en considération de ses intentions, qui ont toujours été droites! Certes, voilà un Caulet qui ressemble bien peu au prostitué du P. Rapin et consorts! Et celui qui ose aflirmer cela, c'est un ultramontain que d'autres ont peut-être appelé fougueux, et qui dit avoir vu les preuves de tout ce qu'il avance : notis documentas, perspectis documentis ! Que ne les fait-il donc connaître? Car enfin, le mandement de Caulet est là. Que signifie cette déférence aux jugements du Saint-Siège, qu'il dit suffire pour la question du fait? N'est-elle pas la même chose que le silence respectueux de l'évêque d'Alet?

— Non, répondra M. Bouix : le silence respectueux est une négation intérieure qui ne se traduit pas au dehors, ou plutôt c'est un véritable mensonge : la déférence, au contraire, c'est une soumission, une adhésion de l'esprit, une véritable « créance intérieure ». Ainsi l'ont entendu nos meilleurs écrivains et ceux qui ont étudié de plus près le sens précis des termes de notre langue. « Déférence, dit l'auteur du Dictionnaire des synonymes de la langue française, a son idée propre, parfaitement déterminée : il ne se dit qu'en matière d'avis ou d'opinions; c'est une sorte de complaisance ou de soumission par laquelle nous cédons aux lumières des autres, à leurs desseins, à leurs volontés » (i). L'auteur cite ensuite des exemples tirés de La Rochefoucauld, de Bossuet, de Malebranche, et enfin de Rollin — le janséniste Rollin, — qui écrit : « Pour assurer que quelque chose étoit vrai, les disciples de Pythagore avoient coutume de s'exprimer ainsi : Le Maître t'a dit. C'étoit porter trop loin la déférence et la docilité, que de renoncer ainsi à tout examen et de faire le sacrifice absolu de sa raison et de ses lumières ».

Mais lorsque Caulet écrivait son mandement, en juillet 1665, le mot déférence avait-il bien ce scib propre et déterminé'.' — <>ui, répond M. Bouix, et je le prouve, bans son

(1) Dictionnaire des synonymes de la langue française, par M. Lafaye; deuxième édition ; fans, L865, m

mandement sur la signature du Formulaire, daté du 28 mai 1665, antérieur de trois jours à celui de l'évêque d'Alet, l'évêque de Noyon, — après avoir dit que, pour prévenir en son diocèse toutes les difficultés excitées en d'autres à l'occasion de VAugustinus, il n'a pas trouvé de moyen plus propre que celui de faire signer le Formulaire, — continue en ces termes : « Nous l'embrassons avec* d'autant plus de joye qu'il semble estre offert par la Providence à l'Église, afin qu'après que les évêques, qui gardent la science sur leurs lèvres sacrées, auront donné tous les éclaircissemens qu'ils jugeront nécessaires aux matières différentes que ledit Formulaire contient; et qu'ensuite, les fidèles, comme disciples de la vérité et de la paix, auront rendu par leur signature les soumissions proportionnées que cette prudente et sage mère demande de ses enfans dans les conjonctures présentes, c'està-dire une soumission de foy aux dogmes, et une déférence respectueuse aux faits non révélez, la vérité soit paisible et la paix véritable ».

Foi aux dogmes, déférence respectueuse aux faits non révélés, « ces termes, dit l'auteur de X Histoire des cinq propositions de Jansènius, avoient » d'abord « paru favoriser la distinction entre le droit et le fait. Mais l'évêque de Noyon déclara par une lettre écrite en cour, qu'en bornant la soumission au regard des faits à une déférence respectueuse , il avoit prétendu seulement exclure la soumission de foy divine, et non pas toute soumission intérieure du jugement à la décision de ces faits » (1). Or, l'évêque de Pamiers emploie le même terme et dans le même sens, son contexte étant le même que celui de l'évêque de Noyon.

(1) Histoire des cinq x>ropositions de Jansènius (par Hilaire Dumas); Liège, 1699, t. II, p. 39, 40. L'auteur ajoute que « le Roy par un Arrest rendu en son Conseil d'État le 20 de juillet suivant, cassa les mandements des quatre évêques, comme contraires à sa Déclaration et aux intentions de Sa sainteté ». Il y a là une inexactitude en ce qui concerné le mandement de l'évêque de Pamiers : il est daté du « dernier de juillet 1665 » : comment aurait-il pu être cassé le 20, dix jours avant son existence ?

— Soit, répondrons-nous à notre tour : mais voyons la suite. « L'évêque d'Aleth, dit le P. Rapin, ayant fait un mandement tout à fait séditieux, étant contraire aux sentimens du Pape et aux intentions du roy, en ce qu'il n'ordonnoit qu'un simple respect extérieur aux faits que le Pape ne séparoit point du droit, il fut suivy en ce mandement par les évêques d'Angers*, de Pamiers (?), de Beauvais et quelques autres, parmy lesquels se trouva l'évêque de Noyon (1), mal à propos et sans raison; car il n'étoil pas du party, ny homme à épouser les impressions de l'évêque d'Aleth. Le roy donna, du 20 juillet, un arrêt dans son Conseil contre ce mandement, dont il fit envoyer une copie à Rome pour y être examiné; ce qui se fit dans les formes ordinaires par les cardinaux commissaires des suites de l'affaire de l'évêque d'Ypres, au palais Ginetti. Le cardina1, étant doyen du sacré collège, tenoit ces congrégations chez lui. Et voicy ce qu'on trouva à redire dans ces mandements et les fautes les plus grossières :

« 1° Que les évêques sont infaillibles dans leurs jugemens en matière de foy ; 2° que l'Église ne parle pas seulement par la bouche du Pape avec infaillibilité, mais aussy par celle des évêques; 3° que l'opinion commune des théologiens est que l'Église peut errer en toutes sortes de faits, en proposant même aux fidèles le sens hérétique des auteurs qu'elle condamne ; 4° que l'autorité d'un évêque ne peut être soumise à aucune autre autorité, et qu'elle est tellement unie au caractère épiscopal et en est si inséparable, qu'un évêque ne peut être privé par quelque puissance que ce soit de son autorité; que toutes ces erreurs se trouvent expressément dans le mandement de l'évoque d'Aleth, et en substance dans les autres; sur quoy ils furent condamnés, et le Pape fit un bref expies qui en contenoit la censure.

« On voulut, ajoute le i'. Rapin, parler du mandement de

(l) il est à croire que le P. Rapin (ait usage d'un calendrier tout particulier : comment, en effet, le mandement de l'êvêînie de Noyon, date du t& mai 1665, a-t-il pu bu vr le mandement de l'évêque d'Alet, daté du i' juin ii

l'archevêque de Paris et de celuy de l'évêque de Noyon : de celuy de Paris, à cause de la distinction de la foy divine et humaine pour les deux questions de droit et de fait; mais on jugea qu'ayant toujours si bien servy, il devoit être ménagé. On fut plus choqué de celuy de l'évêque de Xoyon, qui prétendoil que les évêques étoient obligés en conscience d'expliquer le Formulaire selon leur sens et selon leurs lumières, ce qui donnoit une grande ouverture à mépriser l'intention qu'auroit pu avoir le Saint-Siège. Enfin, tout le résultat du sentiment de cette congrégation fut que ces mandemens alloient à favoriser les propositions condamnées, à rétablir le jansénisme, à avilir l'autorité du Saint-Siège, en rendant les Constitutions vaines et illusoires, et à renverser tout ce qui s'éloit fait à Rome et à Paris depuis tant d'années sur cette matière » (1).

— Et pourtant, conclura M. Bouix, ni le Mandement de l'archevêque de Paris, qui disait la même chose que celui de l'évêque de Pamiers, ni le Mandement de l'évêque de Noyon, qui en disait davantage, ne furent condamnés

— M. Bouix sera probablement beaucoup moins embarrassé devant l'acte des chanoines de Pamiers. Le 22 septembre 1668, par-devant le grand Archidiacre du Chapitre cathédral, ils déclarèrent que, le 18 du même mois, ayant été « appelés au synode convoqué en l'église cathédrale par ordre de l'évêque pour la nouvelle signature du Formulaire, et s'y étant rendus... ils ouïrent et remarquèrent fort bien... qu'il dit, que pour ce qui est de la question du droit, il falloit croyre d'une foy intérieure la décision qu'avoit fait le Pape des cinq propositions; mais que, pour la question du fait, suffisoit une soumission extérieure et un silence respectueux » (2).

Si M. Bouix vivait encore et qu'il eût connaissance des travaux publiés dans ces dernières années sur Caulet réformaleur du Chapitre de Pamiers, voici sans doute ce qu'il

(1) Mémoires du P. Rapin, t. III, p. 277-279.

(2) Histoire des cinq propositions de Jansénius, éilit. citée, t. II, p. 171-176.

répondrait : — « D'abord, dirait-il, je ne vois aucune mention de cet acte dans YEpistola pro pacando super regaliœ negotio summo Pontifice Innocentio XI, dont il sera parlé plus loin, et qui est le plus virulent pamphlet qui ait été écrit contre Caulet, évêque de Pamiers. En outre, parmi les signataires de l'acte en questionne cherche des témoins non suspects, et je ne trouve que... des léopards; c'est-à-dire des ennemis obstinés de leur évêque, depuis longtemps réfraetaires à la réforme qu'il cherche à leur imposer, et dont cependant ils ont grand besoin (1). Entre ces signatures, je cherche vainement celles d'Amilia, de Carrère, de Cerle, de Caria, de Glary, de Dutheil, tous réformés, tous « prétendus réformés », comme les appellent dédaigneusement leurs confrères. En revanche, j'y vois Jean-François de Mascaron, grand archidiacre du Chapitre cathédral, qui paraît mécontent que l'évêque ait tenu le synode pendant son « absence de la ville » ; Mascaron, par-devant lequel les autres viennent protester, vraisemblablement parce qu'ils n'ont trouvé aucun notaire qui consentit à recevoir leurs dépositions et à leur en donner acte; Mascaron, dont tout récemment Caulet avait refusé de confirmer l'élection comme prieur claustral du Chapitre. J'y vois Rudelle, prieur claustral; Douvrier, prieur d'Arvigna; Raymond Martin, prieur de Rieucros : tous, en novembre IGoO, signaient aussi une supplique au Pape Alexandre VII pour implorer son secours contre le très pressant, urgentissimus, évêque et seigneur de Pamiers; lequel, disaient-ils, les accable de procès quotidiens, et veut les dépouiller de leurs revenus pour les amener à subir ses ordres dans une matière où il n'a pas droit de commander. Uora aussi ces mêmes chanoines priaient le Pape d'arrêter l'impétuosité de cet évoque furieux — Sistat (Sanctitas Vestra) furent i* Episcopi impetum — abusant, pour leur ruine, de l'autorité dont il jouit auprès dc> juges séculiers, <■! cherchant leurs personnes pour les incarcérer. Ce ^mi eux qui

(1) Cfr. Caulet réformateur de* Chapitre» de Foix et d* rs, par «-. Doublet, p. 32, 81.

supplient Alexandre VII d'empêcher que leurs mains consacrées par l'onction sainte soient condamnées à répandre le sang, et de faire que l'évêque chasse de son conseil ces jeunes clercs imbus de la cruelle morale des jansénistes — crudeli jansenianorum morali imbuti — lesquels aspirent à s'emparer de leurs bénéfices — beneficiis nostris inhiantes — et abusent de l'esprit du prélat à ce point, qu'il sera bien difficile aux chanoines de ne pas en venir aux mains avec eux, et qu'une très grave sédition est à chaque instant sur le point d'éclater : ut vix abstineri possit à manibus, et periculum prœsentissimum sit gravissimœ seditionis (1). — Or, quel cas Alexandre Vil fit-il de cette supplique ? Loin d'arrêter, loin même de ralentir le zèle impétueux du furieux évêque, par un bref à lui adressé le 25 avril 1659, il loua son entreprise, blâma ces chanoines qui n'avaient de régulier que le nom, et donna au prélat réformateur tous les pouvoirs nécessaires pour mener à bonne fin la bonne œuvre commencée (2).

« D'autre part, quelles étaient, en 1668, les dispositions des chanoines signataires de l'acte du 22 septembre? Toujours réfractaires à la réforme et au bref donné neuf ans auparavant, ainsi qu'aux multiples interventions de Louis XIV et aux arrêts de son Conseil, le 6 de ce même mois de septembre, douze jours avant le synode où fut signé le Formulaire, seize jours avant leur protestation, les signataires susdits avaient assigné leur évêque à Rome dans un délai de trois mois; et l'acte en avait été porté et signifié au prélat par Douvrier, l'un d'eux, tant en son nom qu'en celui de ses confrères, de Mascaron, par conséquent, qui avait reçu et authentiqué leurs dépositions (3). Et voilà, conclurait M. Bouix, voilà l'officier public, voilà les témoins ornni exil) Voir le texte entier de cette curieuse pièce^dans Caulet réformateur des Chapitres de Foix et de Pamiers, par M. Doublet, p. 192-195.

(2) M. Doublet cite in extenso ce bref d'Alexandre VII ; Caulet réformateur... p. 195-199.

(3) Doublet, Caulet réformateur, p. 8$, 89.

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