‹ Bibliothèque sulpicienne ou Histoire littéraire de la compagnie de Saint-SulpiceChapitre 40 sur 134 · M. LE GUITRY · texte numérisé non relu

M. LE GUITRY

Saint-Brieuc au mois de juin 1775, l'ayant ensuite appelé auprès de lui pour en faire son vicaire général, M. Le Goffry quitta le séminaire d'Angers et la Compagnie en novembre ou décembre 1775. « C'était un homme aussi remarquable par l'éminence de ses vertus que par la profondeur de sa science » — il était docteur en théologie — : « aussi jouit-il d'une grande considération auprès du clergé de Bretagne » (Histoire de la persécution révolutionnaire en Bretagne à la fin du XVIIIe siècle, par M. l'abbé Tresvaux; Paris, Adrien Le Clère, 1845, t. I, p. 471).

Il en fut de même à Jersey, où il se retira pendant la Révolution. « Le commandant en chef de l'île, instruit d'un projet de descente, crut devoir apporter toutes les précautions nécessaires pour la mettre à l'abri d'une attaque. Entre les moyens qu'il voulait employer, il imagina de faire prendre les armes aux nombreux prêtres français qui se trouvaient alors à Jersey. Il leur fit une adresse très polie, dans laquelle il leur représentait les dangers qui menaçaient la place à lui confiée, les maux qu'ils auraient à craindre s'ils tombaient entre les mains des républicains, et linissait par les engager à s'armer pour la défense de leur religion, de leur vie et de leur honneur. Cette demande dut mettre les prêtres français dans l'embarras : il était difficile de refuser un commandant qui leur parlait dans leur propre intérêt. On chargea le savant abbé Gofvry de répondre à cette adresse. Voici le début de la réponse, qui mérite d'être cité : — « Le clergé français actuellement résidant dans l'île de Jersey est on ne peut plus sensible à l'attention de M. le Commandant en chef : c'est une suite et une preuve de cette bienveillance dont il l'honore ainsi que son prédécesseur, et dont il seul tout le prix : niais il en attend une nouvelle marque dans la position où il se trouve : c'est de vouloir bien poser dans sa justice »'t sa sagesse les raisons qui l'empêchenl de se prêter à ce qu'on parait exiger de lui; raisons d'autorité; raisons de convenance, le clergé n'en fera point valoir d'autres auprès de M. le Commandant, et il se flatte qu'elles feront d'autant plus d'impression sur son esprit, que personne ne connaît mieux que

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lui le respect qu'on doit à l'autorité des lois, et les égards que mérite la convenance ». — « M. Le Gofvry développe les deux motifs qu'il a présentés, et finit par dire que l'on peut, en cas d'invasion, compter sur le clergé français pour tous les services qui seront compatibles avec sa profession. Les évéques de Baveux et de Tréguier approuvèrent cette réponse; les ministres protestants de l'île applaudirent aux citations de l'auteur; et le corps délibérant, réuni en Assemblée publique, y donna son assentiment. On ne parla plus d'obliger les prêtres à travailler aux fortifications ni à porter les armes. — Cet écrit fut le dernier du vénérable grand vicaire de Saint-Brieuc. II mourut à Jersey, âgé de 70 ans, le 15 janvier 1796 » (Tresvaux, Histoire citée, t. II, p. 198 et suhO.

1. — Instruction familière sur le Martyre, en faveur des fidèles qui, dans les circonstances actuelles, peuvent s'y trouver exposés; par M. Govry, ancien professeur de morale au séminaire d'Angers; Angers, 1831, in-2'i, pp. 70. Voici un extrait de la préface mise en- tête de cette réimpression : « M. Govry, ancien professeur de morale au séminaire d'Angers et ensuite vicaire général au diocèse de Saint-Brieuc, composa ce petit ouvrage pendant son séjour a Jersey en ÎT'.IM. sur la demande de plusieurs compagnons d'exil qui, touchés des maux de la France, le pressaient de faire entendre quelques paroles de consolation aux fidèles si cruellement persécutés... <»n retrouvera dans l'ouvrage de M. Govry et la pureté de principes et la clarté de doctrine unies toujours aux plus douces inspirations d'une vive et fervente piété. Plusieurs ecclésiastiques du diocèse d'Angers mit connu le savant el respectable auteur; ils savenl comme nous que nous ne pouvions donner à la vérité un pi us digne interprète ».

îi. — Doctrine du saint Concile de Trente : ouvrage postlinine de M. l'abbé Gofvry, revu h mis en ordre par un an* rien vicaire général de plusieurs diocèses; Londres, 1800, in-N . — i Depuis longtemps, «lit l'auteur de ['Avertissement, l'ouvrage que nous annonçons étail désiré du public : depuis longtemps, MM. les ecclésiastiques qui avaient assisté aux

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