III
M. Dubois ayant demandé aux sulpiciens de Baltimore à être reçu dans la Compagnie, il fut admis, du consentement de M. Éraery, le 0 novembre 1808. Quelque temps auparavant, il avait ouvert une école dans le village d'Emmitsburg, à peu de distance de Frédéricktown. En recevant M. Dubois parmi eux, les sulpiciens de Baltimore adoptèrent cet établissement, et l'on décida que le petit séminaire établi quelques années auparavant à Pigeon-Hill en Pensylvanie, serait transféré à Emmitsburg, et réuni à celui de M. Dubois, qui en demeurerait chargé. Sous sa conduite, ce petit séminaire devint bientôt très nombreux. Sa situation sur le penchant d'une colline boisée, dans un air pur, et loin du bruit des villes, y attirait beaucoup de jeunes gens qui ne se destinaient pas à l'état ecclésiastique, et que l'on y recevait néanmoins, parce que le prix ele leur pension aidait à soutenir l'établissement. Celuici cessa bientôt d'être un petit séminaire et devint un simple collège. Celle considération, jointe à celle des dettes considérables dans lesquelles M. Dubois s'était engagé, détermina les sulpiciens de Baltimore à abandonner cette maison. Elle n'en continua pas moins, cependant, à prospérer sous la conduite de MM. Dubois et Brute, el l'ut un des collèges les plus fréquentés des Étals-Unis.
Depuis cette séparation 1 1824 ), M. Dubois ciss:i d'être considéré comme membre de la Compagnie. En même temps que son collège, il dirigeai! aussi le nouvel établissement des Sœurs de la Charité fondé par M" Seton, auquel il rendit d'importants services. ( \". lîlizabeth Seton, par M,n" de Barbereyj Paris, 1881, t. II. passim). J.n 1826, il fut nommé évoque de New-York, et sacré le dimanche avant la Toussaint de cette année (29 octobre), par M-1 Maréchal, dans l'église métropolitaine de Baltimore. Il prit possession de son siège
le jour de la Toussaint.
■ i.e diocèse de New-York, dit M. Viger, comprenait alors
les deux États de New-York et «le New-Jersey, dont on a fait
depuis sj\ diocèses. La population catholique se composai!
de 150,000 laïques, svec huit églises desservies par sis pré-
Malheureusement, les laïques s'étaient ingérés dans
m. dubois ^r;9
l'administration des églises et même dans la nomination aux bénéfices. Une fois, les administrateurs n'étant pas satisfaits du pasteur que l'évêque leur avait donné, ils en choisirent un autre, auquel ils donnèrent les honoraires de la charge, la refusant au premier. Bien plus, ils déclarèrent à M^r Dubois qu'ils ne pourraient en conscience lui payer à lui-même son propre traitement, si* les prêtres nommés par lui n'étaient pas de leur goût. « Messieurs, leur répondit l'évêque désintéressé, vous pouvez voter mes appointements ou ne pas les voter, comme il vous plaira. Je puis me contenter de peu; je puis vivre dans un soubassement ou dans une mansarde; mais, dans l'un et l'autre cas, je n'en demeurerai pas moins votre évêque ». Le courage, l'énergie, le zèle qu'il déploya durant tout son épiscopat, justifient bien le surnom de « Petit Bonaparte », qu'on lui avait donné à son collège de la Montagne. Dans sa lettre au Conseil de la Propagation de la Foi, il dit qu'il est obligé de remplir les fonctions d'Évêque, de Curé et de Catéchiste. Privé, par l'entêtement des administrateurs, des ressources dont il avait besoin pour bâtir églises, écoles, asiles et hôpitaux, il vint en France, et ne fit pas en vain appel à la générosité des Catholiques. Durant tout son épiscopat, il eut à soutenir les attaques du fanatisme le plus éhonté et le plus audacieux : on alla jusqu'à le menacer d'incendier son église cathédrale. Épuisé par ces luttes et par ses travaux, il se choisit un coadjuteur parmi ses anciens élèves de la Montagne, et M^r Hughes fut sacré le 9 janvier 1838. Quatre ans après, M^r Dubois rendait son âme à Dieu, dans les plus vifs sentiments de piété et d'abandon à la volonté divine ». Il mourut le 20 décembre 1842. Gams (Séries Episcoporum, Supplem., p. 113) commet à son sujet deux inexactitudes; l'une en le faisant mourir le 20 février, l'autre en disant que M. Dubois avait appartenu à la Congrégation des Messieurs de Saint-Lazare.
Cfr. Discours sur le Révérendissime Jean Dubois, Évêque de New-York, prononcé (en anglais) par le Révérend Mac- Caffrey, D. D. dans la chapelle du Mont Sainte-Marie, le 2't janvier 18't3, in-8°. — Lives of the deceased Bishops of
the catholic Church in the United States, Witk an Appendix and an analytical index, by Richard H. Clarke, LL. D., Author's Revised, cnlarged, correcled édition; New-York, t. I, p. 414-428. — Les Prêtres français émigrés aux Etats- Unis, par M. G. Moreau; Paris, 185(5, in- 12, chap. XI, p. 432-473.
i. — Lettre de M&r Dubois, évêque de New- York, datée de Home, le 10 mars 1830, à M. P. *** (rédacteur des Annales de la Propagation de la Foi); dans ces Annales, t. IV, p. 449-465.
îî. — Lettres (deux) au rédacteur des (mêmes) Annales, datées de New-York, 15 mai 1833 et 20 mars 1834; dans le même recueil, t. VIII, p. 202-210. La seconde lettre mentionne le « dernier mandement » du prélat, qui n'y a « pas oublié » ce qu'il doit - à la digne œuvre » de la Propagation de la Foi.