‹ Bibliothèque universelle de GenéveChapitre 11 sur 93 · SA · texte numérisé non relu

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désirons donc que, dans celte umison^ tous lrou?iez un encouragemeni à la foi > à Tamoiir^ k une vie droite et sincère devant l*Bternel. Tous avez sûrement tous déjà lu cette inscription oiise au-dessus de la porte : Supportez'vous l'un l'autre en cha^ rite, étant soigneux de gm^der t unité de V esprit par le lien de la paix. Mais qu'importe que vous la lisiez chaque jour si elle ne se grave pas dans vos cœurs ? Avez-vous à endurer quelque diose dé voire frère , n'oubliez pas qu'il a aussi beaucoup Ji supporter de vous. Voyez, quand on a commencé à parler de eeite maison que nous devions bliir, chacun me disait : « Mais oda n'ira pas, jamais ces gens ne pourront s'entendre. » Et moi je répondais : c Pourtant j'espère que cela ira ; ce sont de braves gens, ceui auxquels nous accordons ce privil^e^ et ils saurooi bien se garder des dissensions et des querelles, a C'est ftvous maintenant, mes amis, de me donner raison. Sachez-le bien d'avance : oeui qui penseront nous plaire en venant nous faire des rapports sur celui-ci, sur celui-li, ils se trompent singulièrement. Venez nous dire le bien que vous savez de vos voisins, et voiis serez toujours bien reçus.

c Vous, mes entants, nous voulons vous recommander aussi de vivre enHbon accord. N'étes-vous pas contents de vous voir rapprochés de tous ces petits camarades ? mais si vous vous querelles, U n'y aura plus de joie pour personne. Vous, mères, tenez-vous en garde : vos enfants aurdnt bient6t fait la paix entre eux ; mais si vous prenez parti, la moindre altercation peut devenir quelque chose de grave. Votre interposition est-elle «absolument nécessaire, eh bien, encore une fois, prenez garde! M'ayez pas une balance pour les torts de votre enfant , et une pour ses camarades. C'est peu âcfaeux qu'il souffre de l'un d'eux quelque injustice, car il doit, tôt ou tard, faire cet apprentissage ; mais si vous lui donnez raison quand il a tort, vous lui faites un grand mal. — Elevez vos enfants dans la crainte du Seigneur, voilà le plus grand service que vous puissiez leur rendre. Nous avons voulu vous aider en cela, et c'est pourquoi la

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naismi est mite autant que pottible sur un pM <y habitude! cbrétienoes. Vous tous rappelés ee tieui cantique qu'on obanle encore quelquefois :

ÂTec Dieu finis la jonrnëc»

Arec Dieu recommencera , Et tous tes jours U Wnira

« Mais TOUS ne saTcz peut-être pas que 4e traie sagesse «st renfennée dans ces simples paroles. Nous aimerions h tous sa- Toir réunis ici soir et matin, pour inTOquer ensemUo oe tendre Père de nous tous. Monsieur N., Totre Toisin^ Tiendra diaqne jour faire ce culte ; il le fera court, parce qu'il sait que Toms êtes tous bien occupés ; mais, n'est4t pas Trai ? aTec un peu de bonne Tolonté, on peut bien trouTer un quart d'heure le matin, et un quart d'heure le soir h donner ii son âme. Du reste, il est clair que personne n'est forcé là^dedans, car le Seigneur ne fait cas que de ce qui hii Tient d'un cœur libre et joyeux. Vous pouTez, sans doute, lire et prier chacun pour tous ; mêk n^oubliei pas qu'une bénédiction particulière est attachée au culte en commun* Pensez comme il est heureux pour tos enfants qu'ils s^abituent de bonne heure à une fraternité chrétienne ; et quant h tous, soyez sûrs qu'il n'y a pas de meilleur moyen de demeurer dans l'amour et dans la paix, que de TOUS approcher chaque jour ensemble du tr6ne des miséri*cordes.

« Ce cuhe domestique, tous le sentez bien , no doit point remplacer le culte public , et nous serons toujours heureuses d'apprendre que tous le fréquentiez. Les jeunes mères en sont ordinairement empêchées par les soins de leurs enfants. En les laissant è tour è quelques-unes d'entre tous, nous espéaons que TOUS pourrez tous rendre plus souTent au temple. Mais cela signifie peu , si TOtre piété ne parait pas dans TOtre Tie. Pirier et traTailler, Toilè notre dcTise; que ce soit aussi la Têtre.

« Vous, mes amies, TOtre amour pour l'BTangile peut aussi

SOaETE DES AflirES DBS PAUVBES

se montrer dansies soins êe TOire ménage, dans Tordre et la propreté qu'on y verra. Dites-vous bien que dans ce bon petit logement^ bien clair, bien arrangé, tout neuf» vous n'avez plus les mêmes excuses que dans vos demeures humides et sombres delà ville... »

Après quelques réflexions aux hommes , sur Tivrognerie et sur la défense d'entrer dans la maison aucune liqueur sous peine d'un renvoi immédiat, M^' Sieweking terminait ainsi :

« Nous avons du plaisir à vous donner, mes amis, mais nous aimerions bien aussi recevoir de vous. Et d'abord^ vous pouvez nous donner beaucoup de joie^ cette joie dont saint Jean, dans ses vieux jours, écrivait à un ami: Je n'en ai point de plus grande qne celle-ci , d entendre que met enfants marchent dans la vérité. Vous pouvez encore prier pour nous, et quand vous le Taites, ob ! je vous en conjure, ne demandez pas seulement à Dieu qu'il nous accorde la santé et une longue vie , mais aussi et avant tout , que son Esprit agisse toujours pitis puissammeldt en nous, en sorte que nous croissions dans l'amour et dans la foi, et devenions entre ses mains des instruments actifs et dociles. *

« Oui, nous attachons un grand prix à vos prières. Peut-être les bénédictions qu'elles nous attirent nous demeureront-eHes cachées ici-bas. Mais ce qui est voilé sur terre sera manifesté làhaut; et si, devant le trAne de Dieu, vous voulez nous témoigner encore votre reconnaissance, nous aurons à vous exprimer aussi la nAtre; Pune et l'autre se fondront alors dans la commune gratitude envers le Seigneur, comme envers Celui qui met dans le cœur des hommes le vouloir et le pouvoir. »

Nous pensons intéresser nos lecteurs en ajoutant que celte maison a jusqu'ici rempli son but sous le rapport sanhaire comme sous le rapport moral, et que le culte domestique est suivi plus régulièrement dejour en-jour. On apprendra aussi volontiers que non-seulement le terrible incendie de 1842 Ta, par la grAce de Dieu , respectée, mais encore que deux nouvelles

OB HiUlBOUBO. lOS

Buibont Tiennent d'être bâties par tuile d'un arrançement^ntre M*^* Sieweking et la commission chargée de la reconstruction de la ville. La Société des amies des pauvres a, du reste» moins ressenti les suites du fléau qu'on n'aurait pu le craindre. En effet, si d'un côté les loyers se sont accrut, si les professions de luxe sont demeurées sans commande, de Tautre, tous ceux qui peuvent de près ou de loin travailler aux bâtiments ont. encore de l'ouvrage tant qu'ils veulent ; et la Société est si généralement aimée à Hambourg, qu^il n'y a pas eu, chose très«remarquable, de diminution sensible dans ses souscriptions annuelles. < Dans toutes les classes on cherche à lui témoigner de l'intérêt; c'est ainsi que plusieurs boulangers^ bouchers, épiciers, etc.^ permettent de donner sur eux des bons jusqu'à concurrence de tant de livres par semaine, pour du pain, de la viande, du ris, du siicre> etc.

Avant de terminer, nous croyans utile de rapporter encore quelques conseils adressés par M"® Sieweking à ses compagnes, et qui n'ont pu trouver place dans le courant de cet exposé, lis nous ont paru particulièrement empreints de sagesse et de mesure.

« Simple sans ostentation » telle doit être l'amie du pauvre dans tout son extérieur, aussi bien que dans son caractère ; elle aimera à enrichir sa petite caisse de charités, de toutes les dépenses qu'elle épargne sur sa toilette. Lui conseillons-nous par là de mettre sous les pieds tous les usages de convention, toutes les petites exigences attachées à sa place dans la société ? Loin de nous cette pensée ! La parole de Socrate à Antisthènes : « Je vois percer ton orgueil à travers les trous de ton man^ teau, > s'appliquerait à plus forte raison à des chrétiennes, qui ne doivent faire parade de rien, et surtout pas d'humilité..

« L'amie des pauvres doit encore se soumettre à un ordre minutieux dans été rapports, soit avec eux, soit avec Tassocia^ tion; tout doit être noté, inscrit. Si l'individu seul a besoin, dans ses affaires, d'ordre et d'exactitude, que sera-ce donc dans

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une oButre commune où les moindres rouages doivent oheminer avec ensemble? Elle sera régulière aux séances du comité, afin de conserver un vif intérêt non-seulement à ce dont elle est chargée, mais encore à ToBuvre en général. Sa présence, d'ailleurs, et les explications de bouche qu'elle peut donner, éviteront bien des longueurs.

« A-t-elle quelque proposition à Taire, elle doit Texposer sans crainte, mais ensuite écouter de même sans prévention les remarques qui' lui seront adressées. Trop souvent notre amour* propre entre en jeu dans ces choses ; nous aimons mieux éluder une objection par quelque réponse évasive, que de la considérer sérieusement. On ne présente guère une proposition sans y avoir pensé longtemps k favance, en sorte qu^cHe vous est devenue chère, et il faut un certain renoncement pour donner aux arguments opposés leur juste valeur. Mais ce reiMNicement est absolument nécessaire pour le vrai bien de la Société; aucune délibération sans cela n'est possible, et, sur b mer des discussions vives et piquantes, la charité fait aisément nauTrage. Ayons du calme ^ du silence; abstenons-nous des petites conversations particulières; que chacune attende soa tour pour parler, et n'introduise pas un nouveau sujet avant ^e celui dont on s'occupe soit épuisé. Est-U besoin d'ajouter qu'une fois la décision prise, la minorité devra se soumettre de bon cœur? »

Cette vocation est belle ; elle est pleine de bénédictions; elle

est selon le Seigneur mab die a aussi ses écueils, et avant

de l'embrasser, il les Tant considérer mûrement. Quei est ^eltd qui, voulant bâtir une tour, n# s'assêiê premièrement, et ne ealcule la dépense pour voir s* il a de quoi. V achever? Hélas ! ce n'est pas à des scènes de bonheur ou d'une douce mélan«> colie que Tamie du pauvre assistera le plus souvent^ mais à des spectacles tels qu'il faut déjà du renoncement pour n'en pas

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détourner set r^rds. Bile y Terra la misère buiDaine^ la misère spirituelle ei physique portée à un point qu'elle est peut-être loin de soupçonner. Encore si elle la pouvait toujours secourir efficacement ! mais les cas sont rares où il est possible de faire autre chose que soulager, adoucir quelque peu. Ensuite, et nous Toujons le rappeler de nouveau, parce que c'est ici, pour le pauvre cœur, la pierre la plus dure d'achoppement, il faut s'attendre à l'ironie, aux jugements moqueurs ou sévères. Si l'on ne saurait confesser l'Evangile sans oifenser lé monde , à plus forte raison vous en voudra-t-il quand vous sortirez ac/ivement de l'ornière qu'il prétend que vous devez suivre. Cette ironie, ces médisances, les pourrez-vous souffrir en toute charité, en toute humilité ? Interrogez-vous sérieusement là-dessus, devant Dieu.

Pour celle, maintenant^ qui se sent forte dans la foi et dans Tamour de son Sauveur, rien de tout cela ne pourra l'arrêter. Elle sera heureuse et reconnaissante du peu qu'il lui sera donné d'accomplir pour Lui, chez ces petits d*entre ses frères ; et elle se sentira en paix, lorsque, à cause de Lui, les hommes awpotU dit famtssement contre elle toute sorte de mal. Si, malgré ses efforts et ses prières, elle ne voit aucun changement dans les âmes, elle ne se laissera point abattre, sachant que, dans le royaume de Dieu, rien n'est perdu, et qu'au jour de la moisson des Anges, il se trouvera peut-être que mainte graine semée par elle, et qu'elle a pu croire étouffée, a germé plus tard, et a produit des fruits abondants à la gloire de Dieu.

NARRATION D'uN VOYAGE DANS LES MERS POLAIRES , PENDANT LES ANNÉES 1820, 1821, 1822 ET 1823, PAR l'amiral de WRANGELL J>E LA MARINE RUSSE ; y^ édition, publiée par le lieutenant - colonel Sabine. {Athenœum, n* 865.)

Les cbangemenU faits à cette seconde édition se composent d'abord du redressement de quelques erreurs qui s'étaient glissées dans la première, corrections qui ont été indiquées à Tamirai de Wrangel lui-même ; puis du récit succinct d'une expédition entreprise pour reconnaître les lies situées dans la mer polaire, Yis-à-ris de Temboucbure de la lana, et dont le commandement fut confié au lieutenant d'Anjou. Dans une lettre adressée au colonel Sabine, et que ce dernier a insérée dans sa publication, l'amiral de Wrangel donne son adhésion complète à la théorie qui établit l'existence d'une mer libre au delà des champs de glace qui bloquent les extrémités septentrionales des deux continents. Voici comment s'exprime Tamiral à ce sujet:

« L'opinion énoncée par tous dans la préface de mon livre, sur Texistence d'une mer ouverte et navigable dans les régions boréales, correspond parfaitement aux impressions que produisirent sur moi les obstacles toujours renaissants, qui s'opposaient à ce que nous pussions avancer sur les glaces dans la direction du nord. Je pense, et cela d'après toutes les observations que j'ai pu faire à cet égard, qu'il doit être possible d'atteindre et de suivre cette mer libre en partant du Spitzberg : il faudrait pour cela s'embarquer dans la Sibérie, sur

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un viosscau porfoUemenl approprie à ce but^ et il est plus que probable que cette expëditioii aurait des résultats fort intéressants. Une telle -découTerte ouvrirait à l'esprit entreprenant des plus habiles navigateurs un vaste champ de recherches, avant même que la question d'un passage entre les deux OcéanSj^ dans les hautes latitudes septentrionales, pAt être définitivement résolue. »

Les expéditions de I amiral de Wrangel, de même qtie presque toutes celles qu*ont entreprises les navigateurs russes, ont eu pour base la supposition que le pont naturel de glaces qui lie les lies au continent, s'étend assez loin vers le nord pour qu'il soit possible, par son moyen, de faire pendant la durée de l'hiver et du printemps quelques découvertes intéressantes. Cependant une série de tentatives, embrassant le cours de troif années, et dont la direction a été tantôt l'est, tantôt l'ouest, a présenté invariablement le même résultat, c'est-à-dire que les navigateurs qui les dirigeaient ont constamment atteint une plage où la glace était trop n^ince pour porter leurs traîneaux, et au delà de laquelle ils apercevaient les vagues libres d'un océan sans bornes. Nous extrairons un passage de la relation du lieutenant d'Anjou, dans lequel cet olBcier raconte un de ces désappointements.

«c Le 27 février de Tannée 1822, Mr. d'Anjou, accompagné d'une division de son expédition, partit d'Ustiansk et ar^ riva le premier mars au village de Murasch sur le bord de la mer. Ce fut de ce lieu qu'il partit de nouveau, le 3 mars, avec huit traîneaux chargés des provisions nécessaires pour le conduire jusqu'à SvUloI-Noss» où il devait trouver le premier dépôt de provisions et y renouveler celles qu'il aurait épuisées. De ce lieu , Mr. d*Anjou dépêcha le 8 du même mois Mr. Beresbnich, muni de deux traîneaux, vers la pointe la plus occidentale de l'Ile de Liakhow, avec la mission de reconnaître soit cette lie, soit l'Ile plus petite au N.-O. appellée Malol, pendant que lui-même se hltail^ avec les six traîneaux restants^ de

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gagner la seconde place de dëpAt à la pointe teptentrumale de rtle de Liakbow. Il y arrira le 12 mart^ et après avoir renouvelé ses provisions, il se mit en marche pour se rendre au Grand-Carop qu'il atteignit le 1 8 du même moit. Une brise légère soufflait de Touest, et des vapeurs qui provenaient d'une mer libre s'élevaient au loin, dans la direction du nord. Le 21 9 les voyageurs quittèrent cet endroit, et suivirent la côte de rtle dont le cap Krestowol avait jusqu'alors été considéré comme l'esiçtrémité septentrionale; mais un eiamenplua minutieux et plus approfondi de cette côte, par Mr. d* Anjou, lui prouva que la partie la plus septentrionale se trouvait §!« tuée à dix milles de distance vers le nord-ouest. A environ cinq milles de la pointe où ils se trouvaient, et qui forme rextré* mité nord-ouesl de l'Ile, on aperçut dans le lointain une teinte bleue qui ressemblait assez à celle d'une terre éloignée, vue i rhorizon ; la trace des pas de rennes sur la glace, dans la même direction, vint confirmer Tespérance qu'on avait conçue. Mais le jour suivant, après avoir suivi ces indications pendant un trajet de quatorze milles, et avoir rencontré un grand nombre de blocs de glace difficiles à passer, la trace bleue disparut ; en avançant encore de deux milles, les voyageurs se virent arrêtés par une glace trop mince pour pouvoir les porter, et dès lors les traces de rennes dîsparitrent entièrement. Les chasseurs habitués à ces régions savent, pour l'avoir fréquemment observé, que ces animaux s'aventurent souvent sur la glace à de grandes distances du rivage, dans le but de manger le sel que l'évaporation de la mer laisse parmi les glaçons, nourriture dont ils sont extrêmement friands.

c A Tendroit où s^orrétèrent les voyageurs, la sonde indiquait onze brasses sur un fond de vase et de beau sable gris. Mr. d'Anjou suivit ensuite les bords de cette glace mince, sur un espace de sept milles, après lesquels il découvrit au sud-sudouest une colline qui semblait faire partie d'une grande terre,, située en apparence dans la direction de l'ouest. Toutefois, lors*

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qu'on atteignit ce qui paraissait être une colline^ on reconnut que c'était une Ile basse, d'environ cinq milles de circonférence» à laquelle on donna le nom de Figurin. Sa cAte orientale formait un promontoire de soiiante et dix pieds de hauteur^ mais son rÎTage occidental présentait une plage trôs-peu élevée et tout à (ail plate. Vers le sud de cette Ile, on aperçut le lit d'un torrent^ à l'embouchure duquel se irouraient entassées des brancbes flottées de Parbre appelé Larix ; dans diverses parties de Ttle il fut aisé de reconnaître des traces d'ours» de coqs de bruyère, ainsi qu'une foule de vieux nids d'oies sauvages.

« Le 26 mars , toute la troupe partit de l'Ile Figurin , et fit quinxe milles à travers des blocs de glace, dans la direction du nord-ouest , après quoi elle se vit arrêtée de nouveau par une glace trop mince pour s'y hasarder; en cet endroit la sondé donna dix brasses sur un fond de vase et de sable. Alors les voyageurs, s6 dirigeant vers le sud-ouest, suivirent les bords de cette glace mince, et après une marche de huit milles, rendue très-pénible par l'abondance du sel à travers lequel il Tallait avancer, la mer libre promenant çik et là d'énormes glaçons flottants se présenta i leurs regards, et les obligea de chercher deux milles plus bas, au sud-sud-ouest, une halte moins dangereuse. De toutes parts, autour d'eux, de larges fissures s'ouvraient dans la glace avec grand bruit, et l'eau refoulée par le vent i travers ces ouvertures se répandait à la surrace. Le lendemain, l'expédition se dirigea vers Touest; des vapeurs qui s'élevaient de la mer se montraient vers le nord aux voyageurs* et après avoir parcouru une distance de douze milles dans la direction de l'ouest, lorsqu'ils tentèrent de s'avancer à pied vers le nord, la mer libre se*montra de nouveau à eux au bout d'un trajet de cinquante brasses et leur barra le passage. Bien que le vent soufflât de l'ouest, les quartiers de glace flottante se dirigeaient de l'est à l'ouest. Les conducteurs de Uralneaux, qui tous étaient des chasseurs habitués à fréquenter ces légions, assuraient que

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ce mouTement de$ glaçons ëlait dû à la marëe^ dont ils avaient constamment observé le retour de six en six heures^ le long des cAtes septentrionales de ces tles^ pendant la saison de Véié* La sonde donnait en cet endroit douze brasses sur un fond dé vase et de beau sable gris. Les limites de la glace trop mince pour porter les voyageurs les ramenaient sans cesse de plus en plus près de la pointe nord-ouest de l'tle de Kotelnol^ et après avoir traversé une rangée de grands blocs de glace^ ils atteignirent la côte. >

Une tentative faite dans la direction de l'est eut le même résultat. « Quand la reconnaissance de la côte fut achevée, dit l'auteur de cette narration, Mr. d'Anjou voyant qu'il lui restait une quantité assez considérable de provisions, se décida à tenter une nouvelle excursion sur les glaces à l'orient de la Nouvelle-Sibérie. Mr. Von Hedenstrora avait fait la même tentative en 1820, et sans succès; mais la continuité des vents de l'ouest pendant toute la durée de l'hiver précédent, justi- 6ait cette fois-ci l'espérance qu'avaient les voyageurs de trouver dans ces parages une étendue considérable de glace solide.

«En conséquence, le 9 avril 1822 Mr. d'Anjou partit du cap Kamennoy , et dans celte occasion il dut emporter des provisions de bois flotté qui jusque-là n'avaient pas été nécessaires, ensuivit la direction du nord-est.le plus constamment possible^ et autant que le permettaient les monticules et les inégalités de la glace. Le 1 1 , on commença il apercevoir des vapeurs vers le nord, et le 14, comme l'expédition se trouvait à soixante milles de son point de départ le cap Kamennoy, elle fut arrêtée par une glace mince qui s'étendait au sud-est. Dans cet endroit les voyageurs tuèrent un ours blanc, et la sonde leur indiqua quinze brasses, sur un fond de vase. De là ils se remirent en marche et suivirent les limites de la glace mince en s'approchant du sud-est, tandis que des colonnes de vapeur qui s'élevaient plus à l'orient leur indiquaient que la mer était entièrement libre de glaces dans cette direction. Sur la roule

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qu*ilt suÎTirent^ les voyageurs firent le tour de trois places assez considérables où la glace était ouverte, la mer libre, et où la sonde indiquait treiie brasses sur un fond de yase; à quelque distance plus au sud, on ne trouva que douze brasses et demie. Des monticules infranchissables, et la perspective de manquer bientôt de nourriture pour les chiens qui formaient Tatlelage des tralneauz , obligèrent Mr. d'Anjou à reprendre la direc* tion du continent, qu'il atteignit près de la rivière Krestowaia après avoir été dix-huit jours entiers sur les glaces. De là Mr. d'Anjou partit pour rejoindre famiral de Wrangell, à Nijnei Kolymsk, où il arriva le 5 niai suivant. »

Les observations que nous venons d'extraire, s'accordent parfaitement avec celles qui ont été faites par nos marins anglais dans les mers du Nord', et cette circonstance tend à établir avec la plus forte probabilité, que l'Océan arctique, au .moins pendant les saisons de Tété et de l'automne, offre une mer libre séparée de la côte, sur une étendue considérable, par une immense barrière de glaces.

« Voyez BihL Univ., avril 1840 (toI. XXVI), p. 313.

COURS DE inGROS€OPIB GOMPLÉMENTAIEB DBS ÉTUDES Mi* DIGALES. ANATOMIE SOCROSCOPIQUE ET PHYSIOLOGIE DES FLUIDES DE L'ÉCONOMIE^ par le IKAl. Domné. — ^ 1 Tol. iti-S''; Paris, 1844;

Depui* une TÎngtaine d'anmSes le perrecUonnement du mi* croscope, en facilitant les recherches auxquelles on l'applique, a engagé les anatomistes et les physiologistes dans une Toie toute nouTclle. Abandonnant les anciennes distinctions de Tanatomie générale et laissant loin derrière eux Bichat et son école, ils ont cherché à pénétrer les mystères de la création des êtres organisés, la nature intime et la Tormationdes différents tissus de Téconomie ; ils ont prétendu, en suivant l'évolution de chacun des organes et le développement des tissus qui les composent! remonter d'analyse en analyse jusqu'à Tatoroe oi^anique.

La matière organisée étant dans le règne végétal à son plus grand état de simplicité, c'est à la botanique que les anatomistes micrographes ont emprunté quelques-unes de leurs théories : de même que les différentes parties des plantes sont , suivant quelques botanistes, formées de cellules, c'est de même à des cellules que les histologues ont voulu ramener les éléments primitifs de tous les tissus organiques. C'est surtout en Allemagne que cette nouvelle anatomie de texture, qui a ses procédés, ses lois et son langage, a été cultivée avec ardeur. A ses progrès sont attachés les noms célèbres de Muller, de Va« lentin, de Hehie» de Yogel, etc.

Un rapport intime unit l'anatomie , a la médecine , qui lui doit ses plus précieuses découvertes ; aussi les nouvelles idées

COUBS DB niCBOSCOPlB coopléujeiiitaire, stc. 113

que le microscope tendait à introduire dans Tétude de Tanato* mie normale devaient nécessairement passer dans le domaine de Tanatomie pathologique. Jusque dans ces dernières années les médecins s'étaient» en effet, contentés de décrire les lésions morbides, ainsi qu'elles apparaissent a simple vue^ ens'aitacbant à signaler les changements survenus dans les propriétés physiques des organes, telles que la consistance, la couleur, la dimension et le poids. Les anatomo-phathologistes cependant ne négligeaient pas de remontrer à l'origine de ces altérations, en étudiant avec soin la manière dont se comporte chacun des éléments de Torgane malade ; ils suivaient aussi pas à pas les transformations que subissent les tissus lorsqu'ik reviennent h leur état normal.

En s'avançant dans la voie nouvelle ouverte par les.histologues, les médecins micrographes ont eu d'autres prétentions ; et comme ceux-là avaient cherché h pénétrer la nature inikne des éléments constitutifs des différents tissus de l'économie^ ils se sont efforcés a leur tour d'arriver à la connaissance de la nature intime de leurs lésions. Cette phase de la science devait nécessairement être postérieure i l'autre, la connaissance de Tanatomie normale microscopique étant aussi nécessaire au médecin micrographe que la science anatomique ordinaire est indispensable à cekii qui étudie Tanatomie pathologique simple.

L'Allemagne, qui avait été le berceau de Thistologie, nous a aussi fourni les premiers travaux d'anatomte pathologique microscopique ; mais ces recherches , purement scientifiques et sans rapport direct avec la médecine proprement dite, étaient inconnues des praticiens. L'école française, qui préfère toujours les faits utiles aux théories brillantes, et les réalités applicables aux abstractions nuageuses , a profité des travaux microscopiques en alliant dans une sage' mesure la science à la pratique, et en. faisant passer l'application du microscope du donaaine de Tanaiomie transcendante dans celui de la médecine. C'est dans cet esprit qu'ont été conçus quelques travaux récem* LUI 8

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ment entrepris en France^ et en particulier loutrage que nous aTons sous les yeux.

Non contint d'avoir enrichi la science de faits importants, l'auteur de cet ouvrage a consacré son temps et ses labeurs h répandre parmi la génération médicale actuelle le goût de ces recherches délicates qui, pour être suivies de succès^ ont besoin d'être faites par des yeux habiles que dirige un esprit ju* dicieui. Sous ce rapport, Mr. Donné était un excellent maître. Maniant admirablement le microscope, aussi ingénieux i concevoir qu^industrieux k réaliser, unissant l'habileté' de main de l'expërimenlateur à la diction élégante et à la clarté du professeur, il était, plus que personne, capable de donner à la micrographie une vogue inconnue jusqu'à lui parmi les médecins français.

Il ne fallait rien moins que le xèle actif et désintéressé de Mr.Donné, et la parfaite lucidité de son enseignement, pour rendre populaire l'application du microscope. Bon nombre d'espnis, en effet, sont déBants sur les résultats Tournis par ce mode d'exploration; et cela n*a rien qui étonne, quand on voit combien peu les micrographes sont d'accord sur les faits qui sembleraient devoir prêter le moins à la controverse. Pendant bien des années, le prix du microscope et la difficulté de s'en servir l'avaient mis aux mains de quelques privilégiés que l'on a souvent accusés d'en imposer à un public peu instruit. De là, dans' ce siècle de libre examen, une sorte de répugnance à admettre des résultats dont le contrôle était diiBcile ou impossible à la plupart des médecins. Mr. Donné a cherché à dé* truire cette prévention , en répandant le goût des recherchée microscopiques par des démonstrations accessibles à toiU le monde, puisque le professeur fournissait gratuitement sa science^ son microscope et ses échantillons à chacun de' ses auditeurs. C'était un bon moyen de convaincre les incrédules. Une fois que le microscope sera entre les mains cle tous les médecins, et que les yeux des prolétaires scientifiques pourront confirmer ou

GOMPLEnSEfTAïaS DES BTUDES nSDICALES. 115

inBrmer les rësultau avancée par les hauts barons de la scienccj Tobjection dant lious parlions tout a l'heure tombera d'ellemême.

Cependant, il ne faut pas se le dissimuler, il est peu probable que les souhaits de Mr. Donné soient jamais réalisés dans leur entier, et que l'application du microscope derienne populaire dans la Faculté. Son prix, bien que fort réduit, sera -* toujours un obstacle pour bon nombre de praticiens ; car si Ton veut contrôler les résultats avancés par les micro(jraphes, il faut nécessairement avoir sous sa main l'instrument le plus parfait ; sinon, l'on objectera aux contradicteurs que s'ils ont mai vu , c'est la faute de la lunette. Le microscope exige en outre des études longues, suivies, attentives ; de l'adresse, un bon esprit et de bons yeux. Toutes ces conditions sont difficiles i réunir. La nature humaine est imparfaite, et tel est doué de fort bons yeux, qui n'a pas, en revanche, une très-bonne judiciaire ; tel autre possède tout ce qui constitue un observateur distingué, mais la faiblesse de sa vue ne lui permet pas de se livrer à l'analyse microscopique. Le temps empêchera aussi le microscope de devenir un instrument usuel entre les mains des médecins. Ce genre de recherches absorbe chaque jour des heures qu'un bien petit nombre de praticiens peuvent lui con* sacrer.

Pour que l'analyse microscopique médicale soit fructueuse, il faut faire marcher de front l'examen des malades pendant la tie* l'étude des altérations de tous leurs organes après la mort, et l'application du microscope. Or rien n'est plus difficile pour un même médecin que de se consacrer i cette triple tiche. Quand on songe au temps qu'absorbent certaines préparations microscopiques (et c'est de la perfection de la préparation que dépend l'exactitude des résultats) on comprendra aisément que cette objection a quelque valeiif . Nous reconnaii sons cependant que pour les faits pratiques proprement dits, pour les vérifications, et non pour les découvertes , le microscope est loin de

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réclamer un temps considérable. Mais nout aToni quelque crainte que les conséquences séduisantes auxquelles on peut arriver au moyen de cet instrument, ne détournent bon nom* bre de médecins, de ces fortes études cliniques qui, en définitive, sont la base de la science, pour les jeter sur un terrain où ils trouveraient plus d'épines qu'ils n'auraient de lauriers & cueillir^

Pour nous restreindre dans le champ de l'application pratique, voyons ce que la médecine doit eiiger du microscope et ce que cet instrument lui a donné.

Il est fort important pour le pathologiste de distinguer des corps qui, sous les rapports de leurs propriétés physiques, paraissent identiques^ mais qui sont en réalité différents quand on examine leur composition moléculaire. À cet égard le microscope a déjà rendu de grands services ; ainsi il a permis de distinguer certains sédiments urinaires des dépôts purulents qui leur ressemblent à s'y méprendre, le pus du lait, le lait de certaines matières grasses. On peut espérer aussi^ depuis les intéressantes recherches du docteur Lebert, qu'il servira à établir des caractères distinctifs entre des produits qu'il est trèsimportant pour le médecin de différencier : comme le tubercule cru et le pus concret, le tubercule ramolli et le pus liquide.

Le microscope a l'incontestable avantage de faire reconnaître certains corps qui, par leur ténuité, échappent à toute autre recherche ; ainsi les médecins doivent à cet instrument de pou- ^ voir distinguer le pus, le lait, le sang, lors même qu'ils sont en quantité minime et mêlés à d'autres produits de sécrétion.

Il pourra peut-être un jour assigner une cause à ces morts subites dont aucune lésion organique ne peut rendre compte , et il est probable que, pour un bon nombre de maladies, cette expression: aucune lésion appréciable à nos sens, sera remplacée par la description d'une lésion restée jusqu'alors inconnue ; mais ces découvertes , si elles sont possibles , sont encore à faire.

C0IIPl£iIIE1ITAIBE DBS ÉTUDES HÉDICALKS. 117

Il ne faut pat méconnattre que plusieurs obstacles inbérenis à rinstrument même limitent les progrès qu'il peut faire faire i la science. Ainsi il ne peut servir qu'à faire reconnattro la forme des corps opaques ; les liquides transparents lui échappent como* plëtement; il ne peut donc éclairer qu'un horizon peu étendu de la pathologie humorale. 1! se borne à constater une analogie de forme entre certains corps^ mais il arrive difficilement à scruter leur nature intime. En eflet> pour que le microscope fournit à la pathologie tous les résultats qu'elle doit lui demander, il faudrait que les mystères de l'organisation normale fusseat parfaitement connus ; or malheureusement il n'en est point ainsi; il règne encore trop d'incertitude sur l'anatomie normale microscopique, pour qu'on puisse (bire avec succès de Tanatomi^ pathologique microscopique Iranscendante. En outre, pour que les résultats de cette nouvelle science soient exacts, il faut nécessairement que les éléments moléculaires de toutes les productions morbides soient parfaitement distincts; et cette distinciion ne pourra être établie que lorsque Ton aura comparé lés éléments du corps qù*on examine à ceux de toutes les autres lésions organiques à leurs différentes périodes. Ce travail n'a pas encore, que nous sachions , été fait dans son ensemble, et cette lacune laisse nécessairement pkiner du doute aur bien des conséquences que plusieurs micrographes ont tirées prématurément des faits qu'ils avaient observés. Une faut pas oublier d'ailleurs que si le microscope est un adjuvant puissant pour l'étude de la pathologie^ les résultats auxquels il permet d'atteindre ne peuvent endi^finitive avoir de valeur qu'au* tant qu'ils sont contrôlés par d'autres procédés d'investigation. Hfaut en médecine» comme dans les classifications des sciences naturelles, suivre le principe de la subordination des caractères.

Les critiques que nous venons de faire , ou plutôt le doute que nous venons d'élever sur la valeur et sur la difficulté des recberches inicroscopiques, ne nous empêchent pas de reconnaître les services réels que le microscope a rendua à la mé(|e^

118 couas DB HicaoftcopiK

cine. L'analyse de l'ouTrage que nous aronf sou8 le$ yeux est le meilleur moyen de les faire connaître^ eomme il a été luimême le meilleur propagateur de la science nouvelle. Ce livre est la reproduction des leçons que Mr. Donné fait depuis sept ans sur la microscopie : il se compose en grande partie des principaux mémoires qu'il a publiés sur le pus^ le lait^ le sang, le mucus ^ etc.

Mr. Donné a entrepris cet enseignement h ses risques et périls ; pour populariser celte branche de la science parmi les médecins , il leur a inculqué bon gré mal gré le goût de la micrographie en allant à eux , et en les forçant , en quelque sorte^ à mettre Tcsil au microscope. Cet enseignement pra* tique était ^ comme nous Tavons dit « le meilleur moyen de conTaincre les incrédules; aussi Mr. Donné n'a>t-il pas hésité à faire des sacrifices considérables pour atteindre son but. Il s'est servie pour les démonstrations en grande du microscope solaire et du microscope i gaz ; et pour les démonstrations ordinaires il a fait construire une vingtaine de microscopes particuliers, au moyen desquels les élèves pouvaient vérifier toutes les eipériences.

Les principes de Mr. Donné sur Temploi et la portée scientifique du microscope sont fort sages. «Loin de chercher, ditil, à étendre Tusage du microscope au delà des limites qufil comporte et d en eiagérer l'importance, je n'ai cessé de m'opposer aux applications indiscrètes qui ont été faites dans certains cas où cet instrument ne peut fournir que des renseignements erronés » (page 13). Il reconnaît aussi avec raison l'impor^ tance de joindre à l'examen microscopique les autres moyens d'investigation, et en particulier l'analyse chimique, en portant, comme dit Raspail, le laboratoire du chimiste sur la platine du miorosco(>e.

Mr. Donné ne s'occupe que des liquides dans son Cours de microscopie ; son ouvrage est divisé en seise leçons. Il étudie successivement , le $ci99g , le mucu$, le pus, les fiuîdes sécrétés

COBFLBMBVfAlU BB8 BTQDlt aiDICALSS. 119

proprement dits , Uk que la «1101er ^ la $alivê , la ^tYe» Vurine; puis le sperme, le /«i/» le ehjrte^ la Ijrmpke, la tp^o^iê, le t^ncrài^ r«aii </e Canmioif les malières fécaieip.Vœil. — Il nous serait difficile de le suivre dans l'exposition d'un grand nombre de fiuts qui prêtent peu à l'analyse : nous nous bomeroos en conséquenee à signaler ceux qui nous paraîtront les plus intéretsanu.

Le sang , celte chair coulante t coaaaie le dit Bordeu» a de tout icnps^ mais surtout depuis les belles recherehes de MM. Prérost et Dumas^ Tiveinent sollicité Tattention des ana« tomtstes et des médecins. Les uns se sont efforcés d'y trouTcr tous les produits des sécrétions et tous les éléments du corps ; las antres, la cause et les caractères anatomiques de toutes les maladies. Le microscope est venu donner aux preouers le moyen de scruter avec succès la nature intime de ce liquide; aux seconds l'eipoir d'arriver i la eonnaissanee de ses altérations.

Le sang contient im grand nombre d'éléments qui échappent au microscope; mats il en est d'autres qui ne peuTentétre reconnus que par lui : tels sont ces petits corps auxquels on a donné le nom de globules. Mr. Donné admet trois espèces de globules : les globules rouges^ les globules blancs et les globulins« Voici les caractères auxquels on peut reconnaître les globules rouges dans rhomme : ils sont circulaires , aplatis , renflés vers leur contour, tm peu déprimés au centre ; leur dimension varie de */itQ ^ Vit5 de millimètre. Us ont la propriété de se réunir face à face , en formant des piles plus ou moins longues. Diaprés Mr. Donné ils ne contiennent pas de noyau central, mais ils sont formés par une vésicule aplatie renfer*" mant un liquide dans son centre. Cette structure explique ta bcilité avec laquelle ces globules s'aplatissent ou s'allongent pour traverser des vaisseaux capillaires d'un diamètre inférieur à leurs dimensions.

Quelle est l'origine des globules sanguins? quel rôle jouentils (Isns l'organisme? quelle est leur vie, si nous pouvons nous

1 20 COURd DB niGBOSOOPIB

exprimer ainsi ? Mr. Donné aborde toutes ees questions^ qui sont d'un haut inférée pour le physiologiste. Voici ses opinions i oe sujet. Le produit nutritif de la digestion, techyle^ doit être con* sidéré comme un sang imparraiiement élaboré» comme un sang blanc, ainsi qge le disaient les anciens. Or ce liquide renfierme ces mêmes globulins que Ton retrouve dans le sang ; de là une théorie d'après laquelle les globules blancs seraient formés par le» globulins du chyle entourés d'une couche albumineuse; les globules blancs formeraient i leur lour les globules rouges. Mr. Donné a cherché les preuves de sa théorie dans l'examen, du sang y et il assure avoir pu, jusqu'à un certain point, suivre au microscope la 6liation que nous venons d*indiquer ; ou du moins avoir saisi des formes intermédiaires aux globules blanes et aux globules rouges, qui sembleraient indiquer la fusion des uns dans les autres.

Il était fort intéressant de déterminer sî Ton pouvait reproduire artificiellement cette série de transformations. Pour atteindre ee but, Mr. Donné a injecté du lait dans les veines. (Ou sait que le lait contient des globules beaucoup plus petits que les globules sanguins.) Cette expérience lui a permia de suivre la transformation des globules de lait en globules sanguins. Ainsi les globules laiteux soît isolés , soit réunis , s'entourent comme les globulins du chyle, d'une coudhe. albumineuse et ressemblent tout à fait alors aux globules blancs du ^ng; puis le globule s'aplatit , prend une légère teinte jaune, et au bout de vingt-quatre hçures la transformation est complète.

Mr. Donné a, comme nous l'avons dit, étudié la vie entière des globules sanguins : après avoir assfsté à leur naissance, il a voulu aussi assister à leur mort. 11 n'a jamais vu les globules sanguins sortir des canaux qui les contiennent, pour former les produits des sécrétions, aussi il croit que les globules arrivés à leur plus haut période d^élaboration se dissolvent dans le sang.

IJious venons de sigmiler brièvement des faits d'un hautinté-

coupiimirrAiBB dbs btudbs mbdicaiiBS. 121

rét, mais qui «ppuriieiineRt plul6t à ranatomie et à la pliysiologie qu'à la pathologie elle-même. Voyons mainlenant^ si dans c«tie dernière branche de la scienoe, le microscope a été de quelque utilité à la médecine pratique.

L'étude des altérations du sang dan» les maladies est h la mode depuis quelques années. On sait que dans ces derniers temps MM. Andral et Gavaret ont cherché, par des analyse» dé* licates, à démontrer que la quantité de fibrine augmentait dans les inflammations, diminuait dans les fièvres; tandis que dans d'autres maladies c'était la proportion des globules qui était changée ; ainsi leur nombre était augmenté dans la pléthore, diminué dans l'anémie, la chlorose et la tuberculisatioQ. Mais il a été impossible, soit à ces observateurs, soit à d'autres^ de diOérencier .entre elles, par l'analyse du sang, les di* verses maladies qui composent la classe des inflammations , ou celle des fièvres, par exemple : en sorte que l'analyse du sang fournirait plutôt des caractères de genres que d'espèces.

Les imcrographes ont-ils été plus heureux ? nous ne le pensons pas. Il est vrai que bien des difficultés s'opposent i ee que l'examen microscopique du sang dans les maladies puisse élre pratiqué d'un manière satisfaisante. Ainsi il faut de toute nécessité soumettre ce liquide à ce genre d'investigation au moment où on l'extrait de ses vaisseaux, toutes les expériences faites sur le sang des cadavres n'ayant amené aucun résultat ou même ayant conduit à des résultats trom-> peurs. C'est ainsi que Mr. Andral , dans son Essai d'hématologie pathologique, a indiqué une disposition particulière des globules, qu'on avait signalée comme morbide ( aspect framboise) et qui n'est, en définitive, que le résultat do l'agrégation des globules blancs au bord des globules rouges. D'après Mr. Donné, les résultats auxquels on serait arrivé en étudiant l'état des globules dans les maladies^ seraient peu satisfaisants: on aurait seulement constaté que dans la chlorose (pâles couleurs ) les globules sanguins sont pAies et diminués de nom-

122 CdURg DB HKAOSeOF»

bre. D'après Mr. MandI, dans les maladies caraotërisëes par une irrégularité de la circulation on trouverait des globules de toutes les grandeurs^ jusqu'à U^Ol roillimètre de diamètre; Dans les affections des voies digestives, on pourrait constater des globules particuliers ronds ^ jaunes , privés de noyau : les globules sanguins des personnes irritables s'aggloméreraient plus faeileN ment en pile que ceux d'autres individus, etc. Nous ne savons pas si ces Taits ont é(é vérifiés par plusieurs observateurs.

Dans l'examen du sang les médecins avaient deux demandes à adresser au microscope : l'une de découvrir des altérations qui échappent aux autres moyens d'investigation^ Tautre de reconnaître le mélange du sang avec des liquides de nature diifé-* rente. ?ious avons vu do quelle manière il répondait à I» pre* mière question : il a pu^ i quelques égards, résoudre la seconde avec plus d'avantages. Ainsi il est aisé, au moyen du microscope, de constater la présence du sang dans différents produits de nos sécrétions : mais cet instrument n'a pas pu jusqu'ici donner la solution du grand problème de la résorption purulente; et Mr. Donné pense que, dans les cas où Ton a cru retrouver le put mêlé au sang, et circulant avec lui, on a été abusé par Tabon-* dance des globules blancs qui ont une grande ressemblance avec les globules du pus. Cette augmentation du nombre des glo-^* bules blancs constituerait une nouvelle maladie, et se rencontrerait chex des sujets très-aflfaiblis par des lésions d'ancienne date; elle serait le résultat de la non transformation de ces globules en globules rouges. Si cette observation était suffisamment répétée, elle Terait comprendre de quelle importance les globules rouges sont pour l'entretien de la vie.

Après s'être occupé du fluide nourricier par excellence, Mr. Donné étudié les produits des différentes sécrétions en commençant par le mucus. Il établit de savantes distinctions sur les membranes muqueuses, dont les unes se rapprochent de la peau et sécrètent un mucus acide contenant des débris d'épithelium, dont les autres sécrètent un mucus alcalin con-

COBPLiHBVVAIlS DBS flUDM HéoiGALtS. 123

tenant des globule* muqueux reconoaituabiei à oertain» caraotèret. D'aalrei membranes miiqueiises^ participant à la fois de$ deux premières etpècct^^ peuTcnt former un troitième groupe.

Le mucus est composé d'un liquide plus ou moins visqueux et de particules solides régulièrement constituées^ auxquelles oo a donné le nom de globules muqueux.

Les micrographes sont loin d'être d*accord sur la description du globule muqueux ; les uns trouvent qu'il est très-diSéreot du globule purulent, tandis que d'autres voient une telle analogie de forme entre ces deux globules qu'ils admettent leur identité. Cette opinion, émise d'abord par le D'' MsndI, est partagée par plusieurs habiles roicrographes, et, entre autres^ par le D'Lebert, qui regarde le prétendu globule muqueux comme le produit de l'inflammation de la membrane. Mais si Ton retrouve constamment ce globule dans les produits sécrétés par certaines muqueuses, il fiiudrait que ces membranes fussent constamment i l'état d'inflammation, ce qu'il est bien difficile d'admettre. Si la question n'était pas résolue dans ce dernier sens, on serait alors forcé de tirer cette conséquence grave : que les élémenu microscopiques ne sont pas tellement spéciaux, qu'ils ne puissent se rencontrer dans des produits physiologiques ou pathologiques de nature très-diflérente ; fait d'une haute importance , puisqu'il nirait i rien moins qu'à ruiner une partie de l'édifice de la microscopie. Il ne faut pas oublier, en effet, ,que, dans les liquides, lé microscope ne nous permet de reconnaître que les parties concrètes, tandis qu'il ne nous fournit aucun renseignement sur le liquide lui-même. Or, si ces Parties concrètes étaient identiques dans des liquides de nature évidemment différente, le microscope fournirait des renseignements non«settlemenl inutiles mais trompeurs, puisqu'il tendrait à identifier des produits dénature diverse.

La pathologie a donc peu gagrté dans l'étude du mucus, car la distinction qu'elle réclam^iit du microscope, celle du pus d'evec ce produit de sécrétion , eUe n'a pu l'obtenir puisqull

1 24 C0UB8 DE niGBOSGOPlS

établil leur identité. Or la distinction eût «uHout été prëcieu- •e pour let quantités minimes ; car il n'y a pas un médecin qui ne distingue le pus dumucus^ quand il lui est présenté en masse un peu considérable.

Le pus étant le produit d'une sécrétion spéciale» son étude derait suivre celle du mucus. Mr. Donné est^ sans contredit, un des raicrograpbes qui ont le plus contribué i faire bien connaître la nature et les caractères microscopiques du pus. Une gouttelette de ce liquide examinée au microscope avec un grossissement de 300 fois» laisse apercevoir des globules grisâtres à bords nets, d'un centième de tnillimètre de diamètre ; ces globules sont formés d'une enveloppe renfermant trois noyaux solubles dans l'ammoniaque. Mr. Donné ne partage pas l'opinion des micrographes qui admettent que le globule du pus est un globule sanguin altéré > ou le résultat de la précipitation d'une partie de la fibrine du sang; il ne croit pas non plus qu'il ait rien de commun avec les globules blancs du sang, mais il regarde le pus comme un produit de sécrétion spécial et direct dé la partie qui suppure. L'influence qu'exerce le pus sur le sang est remarquable : ainsi Mr. Donné a vu qu'en mêlant une certaine quantité de ces deux liquides, la fibrine était dissoute. Mr. Darcet explique de la manière survante les phénomènes de la résorption purulente. Les globules du pus absorbent l'oxigène, se gonflent et, arrivés dans les capillaires, déterminent la formation des abcès métastatiques , tandis que le liquide du pus empoisonne l'économie tout entière.

Dans tout ce qui a rapport au pus, Mr. Donné ne parle que du pus liquide, tel qu'on l'extrait des abcès pendant la vie. Nous eussions désiré qu'il fût entré dans quelques détails sur les différentes collections purulentes que l'on rencontre dans les organes internes ; et , bien qu'il ne s'occupe que des liquides, nous aurions voulu qu'il eût suivi les diflérenles phases que subit le pus, comme il l'a fait pour les globules sanguins. Il ne dit rien, par exemple, du pus concret. Or l'anatomo-paibolo-

COniPLÉllIKBITAlRB DES BTUDES MEDICALES. 135

gUte etl souvent embarrassé pour caractériser la nature de certains produits pathologiques désignés tantôt comme du pus concret^ tantôt comme des Tausses membranes, tantôt comme de la matière tuberculeuse. Il eût été important de rechercher si^ dans les cas de cette nature^ on trouve daqs ces produits des globules purulents distincts. Cette question n'est pas de pure curiosité scientiBque , elle nous a souvent préoccupé dans nos études pathologiques ; et à une époque où Ton s'occupait peu de micrographie médicale, nous avons regretté de n'avoir pas sous la main un moyen d'investigation qui nous permit de la résoudre.

Malgré des recherches multipliées^ il ne parait pas possible de démontrer par le microscope les différences qui existent entre les diverses espèces de pus. Mr. Berard a multiplié les expériences et n*est arrivé h aucune conclusion , parce que les principales différences que présente le pus^ résultent du liquide <|ui sert de véhicule aux globules, et non du globule lui-même; en sorte que si ces corpuscules sont les éléments microscopiques du pus, il n'en sont pas du moins les éléments les plus essentiels.

Depuis les travaux des médecins anglais^ l'étude des maladies des reins a Tait de grands progrès , et les belles recherches de Mr. Rayer ont fait connaître, en France, tout le parti qu'on pouvait tirer pour le diagnostic, de l'examen des produits de la sécrétion rénale. Mr. Donné, qui avait déjà fait paraître en 1838^ un tableau contenant la représentation des sédiments des urines^ a publié sur ce sujet de nouvelles recherches dans son Cours de microscopie. Il a accordé d'autant plus d'importance à cet objet qu'il est, comme il le dit lui-même, le triomphe du microscope, et la bouteille à f encre des médecins.

Mr. Donné émet, en commençant, une nouvelle théorie sur les maladies des voies urinaires, d'après laquelle , dans bien des cas^ ces maladies seraient le résultat d'une modification du liquide sécrété. Si cette doctrine est vraie, elle portera d'au-

126 GOOBS DB BICBOSCOPIB

tant plut de fruits que Thygiène pourra eiercer une grande in* fluence pour prévenir et faire disparaître ces maladies. L'on sait • en effets a?eo quelle facilité une certaine alimentation agit sur les urines ; ainsi on augmente la quantité de l'acide urique en prenant du café, du vin de Champagne , et on la diminue au moyen d'un régime rafraîchissant.

Passons rapidement en revue les faits intéressants pour la pratique, que Texamen des urines au microscope a permis de constater: nous nous attacherons surtout aux sédiments. Au moyen de cet instrument on peut distinguer un dépôt purulent» d'un sédiment d'urate ou de phosphate ammoniaco-magnésien^ L'urate d'ammoniaque, qui est amorphe et pulvérulent, simule en effet, quand il est blanc, un dépôt de pus; et quand il est coloré^ un dépôt de sang. L'on comprend quelle méprise on pourrait commettre si le microscope ne venait pas décider la question. L'oxalate de chaux est trës^difBciie i reconnaître i cause de la petitesse de tes cristaux, tandis que l'acide urique se reconnaît aisément à sei prismes rhomboldaux.

Les dépôts organiques se rencontrent tantôt dans les urines acides, tantôt dans les urinés alcalines. Dans les premières, se trouvent certains jUamenis blancs composés de mucus, de xoospermes, de lamelles épidermiques; le mucus, qui est plus (aci* lement reconnaissable à l'inspection simple que par l'inspection microscopique ; le pus et le sang, que leurs globules ne permettent pas de confondre avec d'autres produits ; les zoo* spermes, que leur forme caractérise suffisamment. Quand l'urine est alcaline, les globules purulents et sanguins se désagr^nt et sont dissous. Le microscope a permis de déterminer que les urines dites chyleuses et laiteuses étaient le résultat de la présence d'une certaine quantité de matière grasse, mais qu'elles ne contenaient ni les matériaux du chyle ni ceux du lait.

A Texamen des produits de sécrétion des organes génito-urinaires se rattache Tétude d'une maladie qui fait le désespoir de ceux qui en sont atteints, et les conduit souvent i une vieillesse ou

COHFLSUITAIRB DBS BTDDBS SEDICALKS. l27

à une mortprëinaturëe. D'autant plus grave qu'elle est quelque* fois méconnue, elle a rourni i Mr. Lallemand le sujet de recherches du plus haut intérêt. Que les doctrines du célèbre professeur de Montpellier soient admises ou rejetées , il n'en restera pas moins acquis à la science que les accidents qu'il a dépeints sont souvent le point de départ de maladies très-graves. Aussi, tous les moyens qui peuvent mettre le médecin sur la voie du diagnostic de cette affection sont précieux pour l'art. À cet égard le microscope est d'une grande utilité, et noiM sommes surpris que Mr. Lallemand l'ait contestée dans un cas où elle est hors de doute. Nous renvoyons ceux de uo$ lecteurs qui désireraient approfondir ce sujet ^ l'ouvrage de Mr. Donné. Ce médecin a distingué avec sagacité dans quelle mesure et à quel moment le microscope devait être appliqué pour conduire à des résultats exacts. L'on trouvera aussi dans le chapitre où ce sujet est traité quelques faits intéressants, qui peu* vent rendre compte de certaines causes de la stérilité.

Le dernier grand mémoire qui termine le Cours de micro- •copie, est celui que Mr. Donné a publié sur le lait il y a quelques années; il Ta reproduit dans son ouvrage* en y faisant quelques changements et plusieurs additions importantes < Nous serons bref sur ce sujet, que nous avons déjà traité dans ce journal à propos d'un autre ouvrage du même auteur \

D'après Mr. Donné le lait de femme serait toujours alcalin ; il aurait aussi une réaction alcaline chex la plupart des animaux. Lorsqu'on examine ce liquide au microscope, on le trouve composé «d'une multitude de particules spbériques, de petites perles nettement terminées dans leurs contours brillants, et différentes de grosseur depuis un 500** de millimètre, jusqu'à un 120* environ.:» Ces globules sont formés par de la matière grasse ; on reconnaît aisément leur nature en filtrant le lait et en traitant par Téther le produit qui reste sur le filtre. Mr. Donné est porté à croire que le globule laiteux est organisé en ce sens

• Bibl. Univ., mars 1844 (vol. L\ p. 114.

128 COCmS DB HICBOSGOPIB

qu'ira une conslilution régulière et qu'il est formé par la réunion de plusieurs éléments distincts. Il n'a jamais pu constater la membrane diaphane qui l'enveloppe^ d'après Mr. Raspail , et il est plutôt porté à admettre Texistence d'une trame ceU luleuse que d'une membrane albumineuse. Dans ton premier mémoire sur le laît> Mr. Donné avait annoncé que tout le caaeum était dissous ; depuis il a reconnu avec Mr. Quévenne qu^une partie de cette substance se trouve h l'état de globulins très-petits. L'étude microscopique des globules du lait a une grande importance, car c'est d'après leur nombre et leur forme que l'on peut juger de la richesse de ce liquide. Cette proposition sera facilement admise^ quand on saura que les ana* lyses chimiques ont démontré que l'abondance des autres éléments nutritifs du lait est en raison directe de l'abondance de la crème , qui est elle-même représentée par celle dés globules.

Le lait^ comme plusieurs autres fluides de l'économiei subit différentes transformations avant d'arriver à Tétat parfait. Le liquide que fournissent les mamelles après la parturition n'est pas tel qu'on peut l'observer à une époque plus éloignée; il est imparfaitement élaboré et porte le nom de colostrum. Il a une couleur jaunâtre et se sépare en deux parties , Tune séreuse. Vautre visqueuse. Quand on l'examine au microscope, on trouve qu'il est composé d'un certain nombre de globules laiteux petits , mal formés , 'irréguliers et de corps particuliers et que Mr. Donné appelle des corps granuleux. Cette constitution du liquide ne se modifie qu'à la fin de la fièvre de lait; alors le nombre des corps granuleux diminue, les globules laiteux prennent une forme plus régulière, et au bout d*un temps plus ou moins long le lait est complètement élaboré. Nous avons dit ailleurs quels étaient, pour les enfants, les inconvénients qui résul* tent de la persistance du lait à l'état de colostrum ; nous avons aussi entretenu nos lecteurs des opinions de Mr. Donné sur les qualités que Ton doit exiger des nourrices, sur les altérations

GOSFUBHUrTAIiMI DBS nU]»8 ISBDICAUBS. 129

que le lail peul éprouver quand il est mélangé avec d'aiiCre« produits de# séçréUons : nous n'y reviendrons pas ici. Noua nous conlenierons, en terminant, de rappeler que Mr. Donné a aussi étudié le lait sous le rapport de Téconoroie domestique. Après avoir pendant longtemps ioberché le moyen d'empécber ce liquide de s'altérer, il est arrivé à constater qu'il pouvait être conservé dans un état de pureté parfaite au moyen de la glace^ mais en avant soin d'agiter souvent le vase qui le contient. Il a pu, dans un appareil do cette espèce, garder eet alimeni pur pendant plus de vingt jours.

Nous voudi'ions que Tesquisse rapide que nous venons de mettre sous les yeux de nos lecteurs, pût leur donner le désir de chercher dans l'ouvra^ mène le complément'des faiis que Id défaut d'espace ne nous a pas permis d'exposer. Dans un st^ol nécessairement aride et dilfieileà saisir, Mr. Donné asurépan* dre un intérêt qui (ait que le lecteur le suit avec plaisir jua*qu'à la dernière page; et, chose rare pour un ouvrage de science, va jusqu'à regretter que le livre soit si vile fini. Là source de cet intérêt vient de ce que Mr. Donné a placé, à côté de la partie purement descriptive, des aperçus théorique» ingépieux et des vues pratiques très-sages : aussi, loin de le bUmer d'avoir intercalé dans son livre bon nombre de faits qui' ont peu de rapport avec la microscopie, nous l'en félicitons, > car nous sommes convaincu que c'est Jk cette alliance que son. livre 4evra une partie de son succès.

Nous n'avons que des éloges à donner à l'auteur sur VéU* gance et la clarté de son style et sur l'arrangement des matériaux de son ouvrage ; mais nous aurions désiré qu'en commençant, il e6t présenté un aperçu historique sur la micrographie mé« dicale. Ce travail n'eût pas été très-long, car cette branche de la science est d'une date assez récente pour qu'il eût été facile de mentionner rapidement les principaux travaux entrepris dans cette direction. Cette lacune est peut-être due à la modestie de l'auteur qui, dans un travail de ce genre, eût été LUI 9

1 30 C00R8 DE niCROSCOPIE COHIPIiBHKlITAlRE, ETC.

dbli^ de te citer lui-même à chaque page. Nous regrettons toutefois qu'il ne Tait pas entrepris, car dans le Cours de microscopie l'absence delà critique se Tait un peu trop remarquer.

Nous savons bien qu'un cours fait h des éièves doit être dogmatique : c*est le seul moyen de foire pénétrer dans leur es* prit les vérités de la science ^ le doute philosophique étant, en matière d'enseignement , une chose souvent Bcheuse. Mais^ quand le professeur a quitté la chaire pour la presse, il se trouve placé en face d'un public souvent peu disposé à le croire sur parole, ou dont les convictions sont facilement ébranlées ; c'est alorsj qu*il doit soutenir ses doctrines par une critique habile. Dans rintérét même de son enseignement, un auteur doit loiqours discuter les opinions contraires aux siennes^ et ne pis se contenter d'une simple affirmation.

Il est probable que le Cours de mierotcopie n'est que le prélude d^ ouvrage phis considérable, d^un Traité complet dans lequel l'auteur remplira les lacunes que nous venons de signaler. Nous faisons des voeux pour que, après avoir étudié les liquides de l'économie, Mr. Donné porte ses investigations sur les altérations anatomiques des solides ; c'est là un beau siqet d'étude^ et ce médecin est, pkis que personne, capable de le traiter avec supériorité. Les fonctions de chef de clinique, qu'il a remplies avec distinction pendant quelques années, font fomiliarisé avec l'étude de l'anatomie pathologique ordinaire, et Tout mis ik même de satisfaire à la première des conditions imposées aux médecins micrographes, savoir de connaître i^ fondb nature, l'origine et la forme des lésions organiques telles que la vue simple les révèle, avant de signaler les particularités que le microscope peut y faire découvrir.

D** Fréd. Rilliet.

6(ienrrs |U)^stqurs et Haturdlr».

MÉMOIRE SUR LE MOUVEMENT PROPRE DU SYSTÈME SOLAIRE DANS l'espace, par Mr. A. Bravais. — Paris, 1843; brochure în-4*^ de 54 pages.

La quetlion du roauTement de iraoalation du soleil dam Vcêp^ee a été d'abord trailée par sir William Hersehcl , de* psit l'année 1783. Elle Ta éié ensuite, en 1837, par Mr. Argelander, qui est arrive, d'après ses propres obserralions eoiQ* parées à celles de Bradlef , à des conelusians analogues à celles d'Herscbd, saToir, qne ce mouvement est incontestable, et qu'il esc dirigé vers un point déterminé du ciel situé dans la coasiellation d'Hercule. Ces deux astronomes ont pris pour bafct de leurs recherches des considérations géaaiétriques. Us 4Mit admis que toutes les directions du mouvement étant égaleoaent possibles, celle da mouvement solaire devait être déterminée de manière à compenser l'in^lUé de tendance des étoiles vers telle ou telle région de l'espace, telle qu'elle résulte de l'observation des mouvements propres apparents.* Herschel a fixé le point de la sphère céleste vers lequel se meut le soleil, d'après la condition que la somme des produits du mouvement propre de chaque étoile, par le sinus de l'angle compris entre la direction observée et la direction ;Mira//ac//ftftf, soit un mi^ nimum, Mr. Argelander a pris pour condition, que la somme des carrés des angles compris entre les directions observées et les directions parallactiques , multipliés respectivement par le sinus de la distance angulaire de chaque étoile au point vers lequel tend le soleil, fût la plus petite possible.

132 HOUViniJIT PROPBB DU SYST^HB SOLAIRE

On paît ie demander s'il est nécessaire que les mewremenls des étoiles se fassent en tous sens avec une égale facilité^ et si, une tendance suhrant une ceruine direction étant reconnue, le mourement du soleil en sens înTcrse en est la conséquence irrécusable. Ce principe même, une fois admis, laisse de l'arbitraire dans son interprétation, c'est-i-dire dans la mise en éqtiation des conditions du problème, et celle-ci dépend en grande partie du point de Tue particulier où se place le calculateur.

Mr. Bravais a cherché à rendre la question du mouTcment solaire indépendante du postulatitm et des conditions dont je ▼iens de parler, en Tondant sa résolution sur des considérations mécaniques plutôt que géométriques, et en y faisant intenrenir chaque étoile proportionnellement 3i sa masse. H a présenté le mémoire que je me propose d^analyser ici, à l'Académie des Sciences de Paris, le 27 férrier 1 843 ; un extrait rédigé par Tauteur en a paru dans le Compte rendu de cette séance. Le mémoire lui-même a été publié dans le t. 8 du Journal de Mathématiques pitres et appliquées de Mr. LiouTÎHe.

c La nécessité de l'introduction des masses dans cette théorie, dit Mr. Bravais, est rendue sensible par cette circonstance singulière, qu'il existe dans le ciel des groupes binaires, dont les deux étoiles, fort écartées Tune ée l'autre, ont cependant le même moutement propre; telles sont J du Serpentaire et la 30^ du Scorpion, quoique séparées par un bitervalle angulaire de 13 minutes. Devons-nous faire entrer ce groupe dans nos calculs, comme une étoile unique ou comme deux étoiles di^ stinctes ? Une multitude d'autres cas pareils peuvent se présenter; qui sait même s'il n'existe pas une gradation insensible qui mène des systèmes binaires 3i étoiles très-rapprochées, jusqu'aux systèmes d'étoiles décidément indépendantes entre elles? El com* ment alors devons-nous envisager les étoiles doubles et les étoiles multiples? Cette difficulté disparaît si Ton tient compte de la masse des étoiles. Des considérations fort simples mènent alors aux équations du mouvement solaire. Ce mouvement ne

DAss l'bspacb. 133

pouTam ^re détermiiié d'une manière absolue, puisque nous ne pouvons répondre de la fixité des repères auxquels nous comparerions le soleil, la question se troure réduite à la déteramation d*un mourement relatif, soit qu'il s'agisse d'obtenir ce dernier par rapport au centre de gravité d'un groupe défini d'étoiles , ou relaUvement au centre de gravité de toutes les étoile existantes. Il est également permis, dans ces deux cas, de supposer en repos le centre de gravité du système, et cette condition fournit immédiatement les trois composantes rectangulaires de la vitesse solaire relative.

c Dans le cas spécial du mouvement solaire, poursuit Mr. Bravais, l'ignorance dans laquelle nous sommes au sujet des masses et des distances des étoiles, et surtout au sujet des déplacemenu qui ont lieu suivant les rayons vecteurs géométriques, rend difficile l'application des foromles. Je suis parvenu à éliminer les variaitoBs des distances, en admettant que le centre de graviêé du système formé par les étoiles projetées sur leurs rayons vecteurs initiaux, reste invariable avec le temps, et ooïnoade constamment avec le véritable centre de gravité du systèmo. On arrive alors h un tbéorème général q«i détermine les trois composantes de la vièesse solaire * .

cDans l'appKeation, j'ai supposé toutes les masses égales entre elles ; et quant aux distances , j'ai «dopté luie bypotbèse fautive, il est vrai, aaaîs fautive en sens inverse de celui dans lequel péchait l'hypothèse de Mr. Argelander, de sprte que la vérité devra être eomprise enure les deux résultats. Suivant

* Ce théorème peut s'ënoDcer comme suit : Si, d'une part, on rapporte les étoiles sur une surface sphërique de rayon 1, en leur conservant leur» masses et leurs positions relatives angulaires ; si, d'autre part, on projette sur un axe passant par le soleil leurs quantités de mouyemeni normales aux rayons vecteurs héliocentriques : la somme de ces quantités de mouyement, divisées par le moment d'inertie que possède autour <hi «dme axe la aurface sphérîque ètoilëe du rayon 1, donnera, son signe étant changé, la composante de la vitesse solaire suivant cet axe, si celui-ci est d*ai11eurs, ou Tun des trois axes principaux de la splière de rayon 1, ou la droite suivant laquelle se meut le soleil.

134 MOUVRaiENT PaePRB DU SYSTàjOB SOLAIBB

rbypotbèsc de Mr. Argeiander^ les dUUDcea seraient , en général , en raison inTcrse des roouvefnenls propres ; aitivant l'autre hypothèse^ elles seraient indépendantes de la grandeur de ces mouvements. Il est à croire que, par le (ail, les distances suivènl à peu près la raison invei*se des racines cubiques des roouvenients. propres moyens qui leur correspondent. .

« Le point du ciel vers lequel marche le soleil (point que Ton peut nommer pôle des momremeiHt paraiiactiipies , pôle paraUaetigue), éiwiii déterminé par Thypothèse que j ai admise pour les distances, et par tes 71 étoiles dont k; mouvement propre annuel surpasse une demi^seconde, est distant de dix d^rés de celui qu'a obtenu Mr. Argelander pour les mêmes étoiles; et si l'on adopte la moyenne des deux évaluations^ on peut espérer d'être aussi près de la vérité que nos connaissances actueUes nous le permettent.

c Quant a la vitesse absolue de la translation du soleil , sa détermination n'est pas actuelleoient possible : mab comme elle est en rapport avec la vitesse moyenne de translation des étoiles, quantité que nous ne pouvons mesurer non plus, on peut du moins obtenir assez exactement le rapport de ces deux vi-> tesses. En les comparant, j'ai trouvé que le soleil était une étoile il fiMble mouvement propre , et que sa vitesse atteignait environ les six dixièmes de la moyenne vitesse cfes étoiles. Ce résultat différant beaucoup de celui swiquei est arriré Mr. Argelander, par des oonsidérations qui sont, il est vrai, d'une antre nature, j'ai iniliqué quelle me paraissait être la cause de cette différence. >

Le mouvement propre moyen des étoiles, lorsqu'on l'observe du soleil mobile, est augmenté par l'effet du mouvement de transport de l'observateur. Dans la recbercbe de la vitesse moyenne des étoiles, il était indispensable de remplacer les mouvements propres, vus du soleil mobile et tels que les donne l'observation, par les mouvements corrigés , c'est-ii-dtre tels qu'ils seraient vus du soleil immobile. Mr. Bravais est arrivé

DAV8 l'BSPACB. 185

dans celle recbercbe i un théorème, d'où il a conclu, en le réduisant en nombres, que le moyen mouvement propre des étoiles est agrandi, par le firit de la translation du soleil, dans le rapport de 14 à 13 ^

« Il est remarquable, dit-il, que parmi le nombre infini de systèmes différents de vitesse et de direction du mouvement solaire, le système fourni par nos formules sera précisément oelui qui rendra un minimum cette partie de la somme des forces vives des étoiles qui seule est appréciable et visible pour nous, c esl*à*dire les forces vives normales aux rayons visuels des étoiles ; de sorte que le vrai système de la nature est pré* ciséaieot celui dans lequel la moindre action, ou la phis^grande économie de force vive, se trouve réalisée.

« On retomberait aussi sur nos trois équations fondamental les, en admettant que les quantités de mouvement estimées pa« rallèlement a la surface de la spbère fixe, et dragées ainsi de toute cause d'erreur parallactique, doivent, étant projetées sur cbacnn des axes coordonnés, s'y entre-détruire par compensation de signes : hypotbèse qui revient i dire, en d'autres termes, qu'il existe ime égale propension au mouvement vers toihlet les régions de l'espace pour chaque unité de masse des corps de notre imivers. ainsi , en définitive , ces trob principes si différents en apparence, de la permanence des centres de grof oitè, de Vigale facilité pour le mouvement dans tous Us sens, enfin de la plus petite somme de mouvement à dépenser dam f explication des mouvements stellaù^es^ viennent se réunir et, pour ainsi dire, se fondre eip un seul et même résultat.

* Voici rénoocé de ce théorème : L'excès des forces vives stellaire^^ estimées parallèlement à la surface de lu sphère héliocentrique à centre mohiley sur les forces vives stellaires» estimées parallèlement à la siuv face de la spbére toe, est une quantité qui reste constante, quelles que soient la direction et la grandeur des mourements absolus des étoiles. Cette quantité a pour mesure le moment d'inertie des étoiles préalablement transportées à la surface de la sphère dont le rayon égale la vK leste sol^re> la route de cet astre étant prise pour axe de ce moment.

136 HOOVEnENT PROPRE DU SYSTEMS SOLAIRE

ce J'fli recher<jhë, en ouCre, l^'nfliience que pourrail aroir sur les rësulldis précédents raddiiion des éloiles inconnues dont le tnoutement propre est inférieur à une demi seconde, et qui, réunies aux 71 étoiles rondamenlales , complfitent le groupe des étoiles les ptus rapprochées du soleil. La prise en considération de ces nouveaux astres ne change rien i la direction probable du mouTcment solaire, mais tend à diminuer la vitesse linéaire de cet astre ; et comme d'ailleurs la vitesse moyenne stellaire diminue sensiblement dans le même rapport, le rapport des deux vitesses est fort peu modifié. Quant aux étoiles voisines du pôle austral et aux grands corps obscurs qui peuvent aussi Paire partie du système, letir introduction n'ai* tère ni la direction probable du mouvement, ni la valeur pro* babte de la vitesse.

c J'examine, en terminant, si le mode de distributioii des 71 étoiles au milieu des espaces eâestes peut être considéré comme unifbrme. L'ignorance où nous sommes encore aujotnrd'hui sur les mouvements propres de la moitié infSrieure du ciel austral, est une circonstance génaiite pour la complète solution de la question. On peut, cependant, regarder comme probable que ce mode de distribution n'est pas uniforme. L'bypothèie ijui se présente d*abord pour expliquer le fait , consiste à admettre une tendance primordiale des étoiles à grand mouve** ment propre à se trouver placées non loin d'im certain plan fixe qui passerait par le centre du soleil. On exprime analyttquement cette tendance, en distribuant par la pensée une partie des étoiles unifortnément sur la surface de la sphère entière , et l'autre partie le long de la circonférence d'un grand cercle. En plaçant le pdie boréal de ce grand cercle par 51 degrés de déclinaison et 1 06 degrés d'ascension droite ; en admettant, de plus, que le nombre des étoiles distribuées sphériquement et celui des étoiles distribuées annulaircment soient représentés par les fractions 0,7 et 0,3: on obtient un système idéal qui reproduit, à peu de chose près, celui de la nature y du moitis

DAHs l'sspacs. 137

quMif è h posiikm des axes princiÎMnx et à la valeur des monenlt d'inertie correspondants. Il est remarquable que le grand oerele ainsi obtenu^ et près duquel les étoiles à Torts mouTe* mcnts propres se renoomrent plus pressées qu'ailleurs , n'est incliné €fae de 20 degrés sur cet autre grand cerde que Mr. Mndler a nonmé Equateur stellaire {^Complet Rendus, t. Yf^ p. 920), et qui, d'après cet astronome , représenterait la position moyenne, ou dominante, des plans des orbites des étoiles doubles. »

Mr. BraTais a présenté à l'Académie des Sciences de Paris, dans la séance du 23 octobre 1843, une addition importante a son Mémoire, dans laquelle il a cherché h déterminer le mouvement de translation du soleil, non plus d'après la considération de la grandeur du mouTcroent propre des étoiles , mais d'après cdie de. leur éclat apparent ou de leur grandeur optique , les étoiles de première grandeur éunt censées les plus proches de nous, celles de seconde grandeur venant après dans Tordre des distances, et ainsi de suite.

«En comparant le soleil, dit-il, au groupe artificiel ainsi Tormé, on en déduit pareillement les circonstances de son mouvement propre, et il importe beaucoup de savoir si les résultats. ainsi obtenus coln^dent, an moins approiûmativement , avec, ceux que fournit la méthode précédente. Si cette coïncidence existe, la chance de vérité de la solution en est singulièrement augmentée.

«On pourrait concevoir, en effet, que l'apparence du mouvement du soleil vers la constellation d'Hercule, qui ressort de Texamen des étoiles à grand mouvement propre, est due principalement à quelques étoiles de faible éclat , peut-être peu importantes dans le système du monde. On saît que la 61* du Cygne, fi de Cassiopée, d de l*Eridan, dont le mouvement est si rapide, sont seulement de 4'' à 5"* grandeur; et l'on pourrait s attendre d'avance à ce que leur introduction daiis le groupe ciroumsolaire, ou leur élimination de ce groupe, altérât puis-

138 MOUTBHEHT PBOPRB 00 SYSTiHB SOLAIBE

saflument le résuhat du caloul. Or, V expérience tùU prouve le conlmire» et la oontidération du système des étoiles brillinfes mène aux iDémes eonséquences que oelle des étoiles a roouTOments rapides, quoique les deui (groupes arlifioiela ainsi foniaés soient composés d'étoiles fort différentes , à tel poioc qiie si l'on compare la liste des 71 étoiles dont on a fait usage dans le mémoire ». arec celle des 62 étoiles employées dans le supplément (savoir les étoiles de T* et de 2''^ grandeur situées au nord du 26* parallèk de déclinaison australe), on trouve que sept seulement âgurent à la fois sur Tune et sur Tautre de ces deux listes. »

Le point de la sphère céleste rers lequel se dirige le soleil (pour Tan 1800), d*après la prero.ière solution de Mr. Bravais, est situé par

S^O^^l 8 ' d'ascension droite et Sl^'l 1 ' de déclinaison boréale^ tandis que la position de ce même point résultant de sa seconde solution est de 249^29' d'ascension droite et 38^16' de déclinaison boréale.

Cette dernière position est très-voisine de celle de y} d'Hercule.

Mr. Argelander a obtenu respectivement , pour la position de ce point i la même époque, par 71 étoiles i mouvement propre plus grand qu'une demi*seconde :

257038' et38M9'; et par 390 étoiles à mouvement propre plus petit qu'un dixième de seconde :

257^54' et 28M9'.

Enfin Mr. Othon Struve a trouvé pour ce même point , en 1800, par 400 étoiles principales :

26r27'.et37"35".

Quoique ces positions ne soient pas identiques, elles peuvent être considérées, vu la diversité des hypothèses et des métho*

* Voyez BibL Univ,, lome XLVII, p. 170.

DAHS L^SSPACB. 139

dat aflipk»yéet pour les obtenir^ oomne très-Mi(6taaiiiient concordantes pour rendre indubitable le roouTement propre du soleil et sa direoCion. Quant à la quantité de ce mouTement, comiiarée au mourement propre moyen des étoiles^ Mr. Bravais a trouvé par son second procédé de recherche une valeur de ce rapport presque identique avec celle qu'il a^ait obtenue par le premier procédé, savoir que le mouTcment du soleil ne serait que 0;65 de celui des étoiles*. Mr. Othon Struvea trouvé pour ee rapport une valeur plus petite encore» savoir 0,417 : tandis que Mr. Argelander a obtenu une valeur plus grande que l'unité. De telles divergences montrent que la quantité dont il s'agit est encore Tort incertaine, et cela n'est nullement surprenant. Les recherches récentes de Mr. Bes»el , sur la varia* biKté qui parait eiister avec le temps dans le mouvement propre des étoiles*, vontiniroduire encore ime nouvelle com* plieation dans toutes ces déterminations ; et il en résultera pro« bablement des modifications dans les valeurs et les positions obtenues jusqu'il présent.- Quoi qu'il en soit, Mr. Bravais me parait avoir en le mérite d'avoir fait le premier une heureuse application des formules de la mécanique analytique an t>ro* blême du mouvement de translation du soleil dans l'espace , et d'avoir obtenu ainsi ime importante confirmation de la réalité de ce ONKivement ^ •

* La vilease de ce mouvement produîrail» à la distance des étoiles de première grandeur, une pa'rallaxe annuelle de 0",i$,

» Voyet Mir,I!>iaehr,,n'^bU'ii6.

^ Mr. Auguste Bravais» auteur de ce savant mémoire , et professeur d'astronomie dons la Faculté des sciences de Lyon, est connu aussi par diverses recherches de physique et d'histoire naturelle, et par les voyages scientifiques qu'il a exécutés dans le nord de l'Europe avec MM.Gatmard et Marlins. Nous avons eu l'avantage de le voir dernièrement à Gen.ève, a l'occasion des ascensions et du petit séjour qu'il a faits cet été sur le Mont-Blanc, avec MM. Martins et L»epi1eur.

SUB LA THEORIE DES GLACIERS. Lettre adressiée au professeur Suider par Mr. le professeur FoBBsa. (Cpmmumqué par l'auietir.)

Je TOUS annonçai dans ma dernière leltre que j'étais parténu à recueillir des preuves directes, et sur une grande écheUe, de la plasticité de la masse des glaciers. Ces faits sont en opposition arec les vues de quelques personnes^ qui pensent que les variations de vitesse que présentenl les glaeiers^ des bords vers le centre^ ne peuvent s'expliqua qu'en admettant que la masse de glace se rompt en un grand nombre de fragments qui glissent les uns h cdté des autres sur leurs surfaces en contact. Cette opinion est, du reste, tdiement contraire aux apparences que noua observons, qu'il serait à peine nécessaire d'entreprendre de la réfuter, si la théorie des glaciers fondée sur la plasticité ou la viscosité de la glace n'avait paru à plusieurs incompatible avec, ler propriétés physiques de ce corps,| et si eUe ne méritait, en conséquence, un examen spécial.

Une observation que je fis réceanseat sur le glacier d'Aletsch (Valais) m'a confirmé dans l'idée que l'iwfleiwMi de la glace pendant un temps de peu de durée est une quantité susceptible d'être directement mesurée, même sur de petites portions dii glacier. En effet, j'avais observé que pour les parties les plus centrales de ce glacier, là où il est à peu près de niveau et n'a qu'une pente peu considérable d'environ 4^, a une dislance de treize cents pieds du bord, la vitesse de la glace était de quatorze pouces anglais dans les vingt-quatre heures. Or, à la distance de trois cents pieds du bord, cette vitesse était déjà réduite -à trois pouces seulement dans le même espace de temps. Cette différence considérable de vitesse, qui est à peu près dans le rapport de 5 à 1 , ne paraissait d'ailleurs accompagnée d'au-

LRTmB DE H. LE PBOF. FOBBBS, ETC. 141

dislocation notable du glacier, et Ton ne pouvait apercevoir aucune disposition de crevasses longitudinales qui put expliquer une si énorofte variation dans le mouvement de la glace^ par legKssemenl des fragments les ilns à cdté des autres.

Il n*y a aucune portion de la Mer de Glace dans la vallée de Cbamotroy, où une observation du même genre pu^se être aussi Tacile à faire. Partout^ en effets la glace s'y présente plus on moins détaebëe des rochers qui encaissent le glacier, et fendillée par d'innombrables crevasses. L'endroit le plus favorable que j'aie pu trouver a été entre Trélaporte et l'Angle. Là , la glace est parfaitement plane a la distance d'environ deux cents pieds de la moraine latérale, et ne présente aucune fissure apparente au dehors sur un espace de plusieurs centaines de piecb dans toutes les dîreotîons. Je conjecturai aussi que la varia* tion de vitesse en allant vers le centre y serait considérable, parce que la structure veinée que je regarde comme la conséquence de cette différence de vitesse était remarquablement développée dans cet endroit.

Je fiicatune station sur la glace, au moyen d'un trou vertical dans lequel était établi le pied du théodolite à chaque observa* lion successive. D'autres marques furent établies sur une ligne transversale à la longueur du glacier, à des distances de 30, 60, 90, 120 et 180 pieds anglais, en allant dans la direction du milieu du glacier. Trouvant que ces marques se mouvaient d'une manière régulière et parcouraient relativement au théodolite, qui était lui-^éme entraîné avec la masse du glacier, des espaces suffisamment appréciables pour être mesurés jour par joiu*, je pensai pouvoir porter l'échelle de mesure à un plus grand degré de précision. Dans ce but, je divisai les 90 pieds les plus voisins du théodolite en 45 stations séparées Tune de l'autre par un espace de deux pieds seulement, et j'observai le mouvement progressif de chacune d'elles. Il est évident cfoe si le mouvement du glacier était dû au glissement Tun contre l'autre de fragments de glace juxtaposés, les marquas

142 LBTTBB DE H. LE PBOF. PDI

devaienlVse ranger sur une ligne en ligzag , dont les séparations répondraient li des fissures marquées sur la glace. Il se passa quelque temps avant que je panrinsse i^ surmonter les difficultés inévitables dans un pareil système d'observation, et il n'a pas, en conséquence, été continué aussi longtemps que je l'aurais désiré. Il Ta été assez,, toutefois, -pour montrer que le mouvement différentiel des 90 pieds de glace soumis àTeicpérience n'était point accompagné de soubresauts considérables, et que chaque portion de la masse cédait à la pression qui la poussait en avant. On pouvait cependant observer quelques irrégularités, qui pouvaient être phis ou moins bien expli<|uéea par des causes locales, comme j'essaierai de le montrer lorsque je publierai les détails numériques des observations, et les projections que j'ai dressées d'après les résultais. Ces détails sont trop volumineux pour accompagner cette lettre, et vous y verrez que les erreurs qui ont pu être commises, en fixant la position de chaque marque et établissant son mouvement relatif subséquent, ont été déterminées à des dixièmes de pouce près. Les résultats généraux peuvent toutefois être nettement appréciés d'après l'exposé suivant.

Lorsque la ligne de pieux ou marques au nombre de quarante-cinq, qui avait été dans Torigine parlaitement droite et transversale à la longueur du glacier , eut été en mouvement pendant six jours, la vitesse réeUe relative .du pieu le (rfus éloigné du théodolite, c'esl-i-dire le quarante-cinquième, qui en était i la dislance de 90 pieds. Tut trouvée être de 9,9 pouces anglais. Cela correspond ik un mouvement angulaire dedes«> cenle de 31 minutes 27 secondes sur toute la ligne des marques tracées sur le glacier, et représente la quantité dont la vitesse a été accélérée par Tinflexion de la glace. Mais bien plus, tous les pieux intermédiaires, depuis le premier au quarante-qua<> trième, étaient rangés en une courbe légèrement convexe vers le bas du glacier, de sorte que le déplacement angulaire était un peu plus grand pour ceux qui étaient moins distants. De la

8011 LA ffféORlS DftS QLAClSRft. 143

sorte, lorsque le <U vertical du théodolite était fixé sur le 4&* pieu etqu'on le faisait tourner sur un plan vertical, la Kgne <le peux paraiasaii immédiatenient former une courbe , non pas abtolutnent continue» mais présentant une convexité générale dans la direction déjà mentionnée, et dont le sinus verse se montait à un pouce.

La convexité de la ligne de déformation des pieux indique suffisamment que le déplacement est dû à un mouvement inn perceptible der parties intégrales de la glace. Mais, dans hi sup-* position que cetie convexité n'eAt pas été visible, je fi» Texpérience suivante pour montrer que le mouvement apparent n'est pas dû à la révolution d'une partie solide -de la glace, com« prenant la station du théodolite, autour d'un centre fixe ou mobile. Je fixai une marque dans b glace, sur la même Kgne de la structure veinée sur laquelle se trouvait le théodolite, c'està-dire parallèle à la longueur du glacier et exactement perpendiculaire à la ligne de marques mentionnée plus haut. Je me*^ surai ensuite de temps en temps l'angle formé par les lignes de marques, transversale et longitudinale, et je Tis qu'il devenait de plus en plus obtus. Pendant dix-sept jours d'observation , Tangie (îit inodifié d'un degré et demi. J'accompagnai ces observations d'un examen attentif de la portion du glacier soumise à l'expérience.

La conclusion générale à laquelle j'arrive est que, partout où une crevasse ne vient pas apporter une modification occasionnelle à la tension des molécules, le mouvement différentiel de h glace est généralement dû aux innombrables lignes longitudinales de séparation qui constituent la structure rubanée ou de veines bleues , lignes auxquelles j'ai dès longtemps atti*ibné cet office et qui, sur cette échelle d'observation , se mon* trent être les seules traces de discontinuité assez petites et assez nombreuses pour pouvoir produire un pareil eflet. Je puis ajouter que, dans une occasion, je devins en quelque sorte témoin oculaire du fait. Je me trouvais, le 23 août.

144 UBTTBB DB H. U PHOP. POBBB

atec un aide auprès du théodolite, quand nous entendis mes, dans la glace à quelques pas de nous, un bruit sourd, ao* compagne d'une espèce de sifflement et delmiiasenient. Je regardai à l'instant de tous oAtés, s'il se formait unecrerasse; mab je n'en pus découTrir aucune, les seules qui existassent et qiii étaient considérables étaient à une distance de 20 ou 30 pieds. Une dépression avait eu lieu dans le glacier presque immédiatement sous nos pieds : elle avait rendu plus rapide la course des petits ruisseaux superâcielsqui existaient sur la glace, et cela expliquait le bruissement. En examinant la surface de la glace, je trouTai que sa portion veinée émettait un nombre considérable de bulles d*air, en même temps que Teau super6cielle était absorbée. C'était évidemment un niouvement soudain de la glace; mais il servait h démontrer que le glacier cède i la pression simultanément sur plusieurs points et dans les lignes de structure veinée, sans qu'il se forme poiu* cela aucune fissure visible.

Je puis ajouter que j'ai examiné de nouveau, et dans des circonstances favorables, la structure des bandes boueuses de J» Mer de Glace. Je reste entièrement convaincu de leur identité avec la structure de veines bleues si souvent mentionnée. Elles sont seulement mises en saillie par certaines répétitions des veines, plus nombreuses et plus rapprochées que dans les portions de la glace par lesquelles elles sont séparées . La coloration qu'elles présentent à l'oeil, et qui est due à de la terre et h des détritus de roches, est entièrement superficielle, et doit être attribuée à ce que celle boue se loge dans les inégalités de surface que produisent les veines pendant leur fusion graduelle.

Dans le courant du mois de juillet, j'ai eu une occasion favorable pour mesurer la quantité de mouvement progressif d'un petit glacier du second ordre, situé dans le voisinage de THospice du Simplon. Il n'avait que quelques centaines de pied» de longueur, et en raison de l'élévation à laquelle il se ti-ouve, qui est d'environ 8000 pieds, il était très-sec et imparfaite-;

SUR LA TBÉOBIB DES GLAaKRS. 145

ment cristallisé. Sa vitesse était très-petite^ d'environ un pouce par jour. Ce résultat aurait pu être préw «d'après la faible. hauteur verticale du glacier et la lempératAire peu élevée de Tair dans le lieu où il se trouve^ température qui produit peu d'humidité dans son intérieur. Ce résultat pourrait d'ailleurs s'expliquer avec la même facilité en partant de presque toutes les théories proposées.

Je suiSj etc.

Nous avons reproduit aussi littéralement qu'il nous a été possible les eiplications mêmes de notre savant correspondant. Le lecteur aura vu dans sa lettre une preuve de plus de la patiente sagacité avec bquelle il a l'habitude de conduire ses expériences. Les résultats auxquels il est arrivé sont curieux et intéressants; mais sont-ils aussi concluants que semble le penser l'auteur^ pour la confirmation de sa théorie? C'est peut-être ce que ne penseront pas ceux qui, comme nous^ ne peuvent faire assez violence à leurs sens pour admettre la plasticité, la viicoiilé de la glace. En effet, les expériences de l'auteur ont prouvé, ce qui était déjà assez bien établi, que la vitesse d'un glacier était plus grande au centre que sur les parties latérales, et elles ont, pour la première fois, montré que cette différence de vitesse allait graduellement en augmentant. Hais quelle que soit la cause du mouvement progressif du glacier, la résistance des parois et l'élasticité de la glace doivent amener un résultat semblable, et nous ne saurions y voir une preuve convaincante d'un écoulement proprement dit. Ce qui pourrait le. plus dissiper nos doutes , ce serait la certitude que les mouvements des glaciers sont toujours absolument imperceptibles, lents et sans soubresauts, non accompagnés de bruits et de changements de surface, tels en un mot qu'ils devraient être si la glace était un fluide visqueux. Or, l'auteur avec une franchise digne de lui, raconte en détail un fait survenu au milieu même des observations dont les résultats ont été la progression du glacier LUI 10

1 46 RICHBBCHES

sur une courbe reoflëe au cenlre^ et qui semble établir que cette progression avait lieu par des mouTements subits, accompagnés de bruits divers. La circonstance qu'il ne se produisit pas de crevasses dans le voisinage immédiat n'a pas une grande importance, puisque Tauteur admet qu'il en existait de considérables i 20 ou 30 pieds de distance, crevasses qui ont pu s'élargir ou se fermer lors^u mouvement, et que d'ailleurs les déchirements qui pourraient se produire dans Tintérieur du glacier peuvent bien ne pas se manifester toujours ii la surface. Le fait en lui-même est, de plus, en parfait accord avec ce qui a pu être observé par tous ceux qui ont parcouru les glaciers» où presque ft chaque moment se font entendre des ci*aquements, des bruits de diverse nature, qui semblent un indice de la manière brusque dont le mouvement de ces masses s'opère.

RfiCHEBGHBS SUR LA GÉOLOGIE PHYSIQUE, par Mr. W. Hopkins. (Edinb. new PhiL Jottrn., juillet 1844.)

Dans le cahier de juillet du Journal Philosophique d'Edimbourg, Mr. Maclaren a inséré un extrait des trois premières séries des recherches de Mr. Hopkins sur la constitution du globe dans son intérieur. Ces recherches^ indépendantes des observations que nous pouvons faire sur les roches qui composent la faible portion de la croûte terrestre que nous connaissoiu, sont uniquement fondées sur des données astronomiques. C'est h la lune et au soleil que l'auteur va demander les moyens de connaître la constitution probable des portions centrales et inaccessibles de notre globe, et les réponses qu'il en obtient ne laissent pas de jeter quelque jour sur ce sujet, qui semble inabordable.

Toutes les conclusions de l'auteur sont basées sur les effets

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de rattraclion du soleil et de la lune, pour produire les phëno** mènes astronomiques conniis sous le nom de nuiatjon et de précesrion des équinoxes.

On sait que Bradiey , ayant découvert dans la latitude des étoiles un cb^ngement qui s'élevait h dix-huit secondes^ alhit en 8*aceroissant pendant neuf ans, puis en décroissant pendant la même période d*années, en attribua la cause i Patti*action exercée par la lune sur le globe terrestre. Le temps obsei^é dans cette période correspondait, en effet, à celui de la révolution des noeuds de la lune, il expliqua ce phénomène astronomique, qui a été nommé nutation, par la différence d'attraction que la lune, dont le plan de l'orbite est oblique i Téquateur, exerce sur la partie équatoride ou renflée de la terre qui est plus voisine du satellite^ comparée avec l'attraction exercée sur l'autre portion plus éloignée de lui de tout le diamètre terrestre. Cette différence d'attraction tend à déplacer un peu Taxe de la terre el îi Taire décrire ^u pôle un cercle de 47^ de diamètre autour du pôle de l'écliptique, révolution qui s'opère en 25 800 années, et que Ton appelle précession des équinoxes, parce que les points équinoxiaux s'avancent chaque année de 50 minutes à l'ouest.

La nutation est très-petite, le renflement équatorial n'étant que de 13 milles sur un rayon de 4000. L'auteur en donne une idée en supposant qu'une verge en fer, de cent pieds de longueur, fixe à Tune de ses extrémités et mobile h l'autre, représente le rayon de la terre : si l'on détourne l'extrémité mobile de la verge d'un vingtième de pouce, la déviation sera proportionnellement aussi grande que celle que produit la nutation sur l'axe terrestre.

Quelque petit que soit ce changement, lorsqu'on connaît la grandeur et la densité de la terre, la grandeur et la densité du renflement équatorial, la masse et la distance de la lune, on peut soumettre au calcul les effets de l'attraction de ce satellite sous diverses hypothèses faites sur la constitution intérieure du

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globe, et en comparer les résultats obtenus avec ceux que fournil Tobêerfation directe. C'est ce qu'a Tait Ur. Hopkins.

Il a d'abord examiné les phénomènes de la outation et de la précession des équinoxes dans Thypothèse que la terre soit d'une densité uniforme dans toute sa structure ; mais Ton sait qu'il n'en peut être ainsi.

Les expériences de CaTcndisb avec des boules de plomb, récemment répétées en Angleterre aux frais de Tétat^ ont prouvé que la densité moyenne de la terre est de cinq fois et demie supérieure à celle de l'eau distillée^ ou plus exactement, comme 566 : 100. Or, comme les roches qui nous sont connues et qui forment la croûte du globe n'ont qu'une densité moyenne de deux fois et demie celle de l'eau environ | il en résulte qu'il faut que la densité des portions centrales soit d'autant supérieure il la densité moyenne 5. '/i # V^ ^^M^ ^^ '^ surface est inférieure i cette quantité. La terre doit donc être considérée comme un sphéroïde dont la, densité ^'accroît en s'enfonçant au-dessous de sa surface.

Les éléments du problème sont donc d'abord la densité moyenne probable du renflement équatorial comparée à celle des portions centrales ; mais il faut y faire intervenir aussi la constitution de ces portions intérieures. Nous savons que la terre est solide à la surface ; mais les phénomènes volcani-. ques, l'accroissement rapide de la température à mesure que Ton s'enfonce .dans l'intérieur du globe, ont (ait conjecturer qu'il pourrait bien être formé de matières fondues et obéissant aux lois qui régissent les masses fluides. Or» les eflets perturbateurs de l'attraction de la lune ne seront pas les mêmes si le globe est entièrement solide ou partiellement fluide, si même la croûte solide est plus ou moins épaisse, ne forme par exemple qu'un dixième de la masse, ou en constitue la moitié.

En soumettant au calcul le problème sous toutes ces diverses hypothèses • Mr. Hopkins est arrivé i la conclusion suivante : « Tout considéré, nous pouvons nous hasarder i affirmer que

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là moindre épaisseur de la croûte solide du globe compatible aTec le mouTcment observé dans la précession des équinox6s ne peut pas être moindre d'un quart ou d'un cinquième du demi-diamètre de la terre^ c'est-i-dire de 800 à 1000 mâles.»

Cesi le minimum ; mais cette épaisseur pourrait être beau«> coup plus grande, le globe même pourrait être entièrement solide jusqu'au centre, que cette constitution s'accorderût ateo les faits connus de précession. En effet, une croûte solide de 1000 milles constitue les ^/, de la masse totale du globe, et lors même que Ton supposerait aux parties qui restent une den« site beaucoup supérieure, leur position centrale diminuerait considérablement leur action attractive perturbatrice.

Ce résultat est entièrement contraire aux idées actuelles de la plupart des géologues. D'après des calculs fondés sur la rapide progression avec laquelle la température s'élève lorsqu'on pénètre dans l'intérieur du globe, Cordier a supposé que la croûte solide ne pouvait avoir plus de 20 lieues (de 5000 mètres chacune) d'épaisseur, soit /^^ du demi'diamètre terrestre seulement. Il est vrai qu'il n'a pas fait entrer en ligne de compte les effets de la pression pour modifier l'influence du calorique, tandis que Leslie qui, de son côté, ne s'occupait que de la pression, avait calculé qu'à la profondeur d'un dixième du rayon terrestre, elle aurait porté la densité du marbre au double et celle de l'eau au quadruple de celle que ces corps ont h la surface.

Les conclusions de Mr. Hopkins, si elles sont justes , renversent l'explication des phénomènes volcaniques fondée sur rexistence d*une matière à l'état de fusion occupant Imtérieùr du globe. Il serait, en effet, impossible d'admettre que les volcans servissent de moyens d'écoulement h des laves situées à plusieurs centaines de milles de la surface du sol, et il faut supposer que les moyens de communication ne s'étendent pas beaucoup au delà du point où, sous la pression atmosphérique, • les roches de la surface seraient à Tétat de fusion. Si la croûte

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solide du globe est aussi épaisse que le prétend l'aureur, il Faut nécessairement recourir i un autre moyen d'expliquer les éruptions des Tolcans L'bypotbèse de Mr. Hopkins est que la ma-» tière fondue des laves se trouve contenue dans des réserroirt isolés, souterrains, qui ne communiquent point entre eux et qui sont à une faible distance de la surface. AiAsi, un lac ou bassin intérieur de rocbes fondues ayant 150 milles de longueur peut se trouver sous le midi de l'Italie^ mettant en communication le Vésuve^ les Iles Lipari et TEtna ; un autre, de 200 milles de longueur, doit se trouver en Islande, et une bande longue de 4000 milles, mais fort étroite, suffit pour expliquer les phénomènes que présentent les volcans des Andes. Pour ce qui est des Andes, en effet, la communication qui existe entre les cratères les plus éloignés de cette longue cbalne volcanique a été prouvée par réruplion du 20 janvier 1835 ; elle eut lieu le même jour, dans trois volcans des Cordillères, TOsomo situé par 40^lat. S., le Coucagua par 32^lat. S. et le Coseguina par 1 3^ lat. N.

Pour expliquer Texistence de ces lacs de matières fondues dans Tintérieur de la croûte solide du globe, Tauieur fiiit intervenir l'action de deux causes : une plus grande fusibilité des substances qui les composent, une diminution locale de la pression qui teitd à détruire la fluidité. Le premier point» celui d'une différence dans la fusibilité des composés minéralogiques, est conforme i ce que nous connaissons des propriétés des couches superficielles, et l'analogie peut bien faire admettre qu^il en est de même dans l'intérieur du globe. Quant i la diminution locale de pression, la théorie de Tauteur pour l'expliquer est ingénieuse. Il suppose un soulèvement d'une portion de la croûte terrestre causé par Tintumescence d'une partie de la matière fondue. Les couches supérieures seront fissurées, et les fissures, n'étant presque jamais parallèles, se rencontreraient si on les prolohgejiit. Dès que la matière fluide soulevante reprendra son volume primitif, les portions soulevées tendront à redescendre, et les parties brisées formant des espèces de coins descendront

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jiMqu'ii ce que les fiMures soient fermées, et établiront ainsi une sorte de voûte solide se supportant par elle-même au-dessus de la matière fondue. Celte Toùte la protégera ainsi contre la pression supérieure, et en consenrera, par conséquent, plus ou moins longtemps la fluidité.

Cette hypothèse explique assez bien un phénomène bien connu des mineurs. Lorsqu'il eiiste dans les mines une faille, ou déplacement de couches, la portion séparée doit être cherchée plus haut ou plus bas selon que la ligne de faille tracée en bas, au travers de la couche» s'incline en dehors ou en dedans de son plan. L'auteur rend compte de ce fait en ce que, dans la dislocation en TOÛte descoucho qu'il a supposée, les portions séparées» dont les petits cAtés sont en bas s'abaisseront plus dans la cavité inférieure que celles qui lui présentent au contraire leurs plus grandes surfaces.

La présence constante de la vapeur d'eau dans les éruptions volcaniques se comprend mieux, selon fauteur, dans Thypothèse de cavités isolées à une certaine profondeur, que lorsqu'on admet une masse fondue centrale. Le professeur Bischoff a démontré que la vapeur d'eau, à son maximum d'élasticité, pourrait soutenir une colonne de lave liquide de 1 7 milles de hauteur. Certains volcansi comme ceux de Stromboli, présentent dans leurs éruptions des éjections alternatives de laves, de roches brûlantes et de vapeur d'eau, qui indiquent l'action de ee liquide comme une des causes des phéiiomènes volcaniques. On avait aussi cru que les volcans ne pouvaient exister que dans le voisinage de la mer; Tauteur parait partager cette opinion, et il en conclut la nécessité de la présence et de l'ab^ sorption de l'eau marine dans les éruptions; mais la déeonverte récente que l'en a faite de grands volcans en activité si-^ tués dans les parties centrales de l'Asie, à 3 ou 400 lieues des mers les plus voisines et it 225 lieues d'aucun bc considérable, ne permet plus de regarder la proximité d'un grand réservoir d'eau comme indispensable aux opérations volcaniques. Quoi

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