FAITBS AU SAINT-BERNARD PENDANT LB MOIS DE SEPTEMBRE
OBSnTATIOIlS
SEPTEMBRE 1844. — Observations iiÉTÉOBOLOGil^irBS faites i veau de la mer, et 2084 mètres au-dessus de l'Observatoire de
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l*Uospice da Grand Saint-Bernard, à 2491 mètres au-dessus du nw Senèye; latit. 45« 50' 16", longit. à l'E. de Paris 4' 44' 30".
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DISCOURS d'ouverture d'UIV COURS DE CLINIQUE , PRO- NONCÉ A jl'âcole Médicale de l'hospice de saint- GEORGE LE 2 OCTOBRE l843# par le professeur sir - Benjamin-C. Beodis S chirurgien de la reine, etc.
Messieurs ,
La plus g;rande partie de ceux auxquels je m'adresse aujourd'hui sont rassemblés ici pour la première (ois, dans le but de poursui?re leurs études à Técole médicale de cet hospice ; leurs premières impressions ne me jont pas tout i fait inconnues , car je les ai éprouvées moi-même lorsque , il y a longtemps déjà , je me trouvais à la même place qu'ils occupent en ce moment. Transplantés peut-être de quelque petite ville dans cette immense capitale, la plus grande, la plus peuplée, la plus
* Nos lecteurs seront frappés comme nous, sans doute > de la réritë et de la justesse des obserrations que le savant professeur anglais présente à ses auditeurs, sur les ëcueils contre lesquels le médecin dok •e mettre en garde au début de sa carrière» et sur les régies de conduite qu'il doit se prescrire s*il vent faire bonneur à sa profession. Les directions et les conseils de sIrB.BrodIe révèlent une connaissance si grênàe des hommes et des choses, ils portent un caractère si pratique et em même temps si réritablement chrélien» que ce n*est plus seulemens k des élèves en médecine que l'auleur parait adresser fa parole» mais k tout homme qui a une carrière ouverte derant lui et des devoirs sociaux à remplir. Ce discours nous a donc palru offrir un intérêt général, et mériter» à ce titre» de trouver place dans notre Revue. {R^daeL)
un 14
206 DI9G01IRS d'ootsbtobb
riche qui ail jamais fleuri ; perdus dans des rues encombrées de population ; entourés de palais où les grands et les riches , les hommes d'état les plus éminents, les premières illustrations dans les lettres^ les sciences et les arts^ se confondant pour ainsi dire en une seule masse^ forment le monde de Londres , il n'est pas étonnant qu'en présence de la scène nouvelle qui frappe vos regards et à laquelle vous n*étes pas encore identifiés^ le sentiment delà solitude s'empare de vos cœurs si vous vous soustrayez pour quelques instants à l'excitation produite en vous par ces diverses causes ; il n'est pas étonnant que vous vous demandiez : « Que suis-je au milieu de tant de bruit, d'activité et de splendeur? Qui est-ce qui se donnera la peine de surveiller tes études d'un élève en médecine ? Qui saura si je travaille ou si je suis inappliqué ? Ou^ qui viendra plus tard apporter son témoignage de l'exactitude ou de l'irrégularité de ma conduite durant cette courte période de ma vie?
Mais que votre inexpérience ne vous laisse pas tomber dans une si grande erreur. Même à présent , lorsque vous croyez que personne ne fait attention à vous^ bien des yeux sont sur vous. Que vous soyez appliqués dans vos études , que vous travailliez avec ardeur à acquérir les connaissances nécessaires à votre profession, que vous soyez honorables dans vos' rapports journaliers avec le monde , vous conduisant avec droiture et probité ; ou^ que vous soyez paresseux et inappliqués, que vos manières soient peu convenables, que vous ayez de la rudesse et de Tinsouciance dans votre conduite, perdant, dans des occupations frivoles que vous ne sauriez avouer, les heures précieuses qui devraient être consacrées à vos études, tout cela est inscrit à votre avantage ou à votre désavantage final : plus tard vous trouverez que vos succès comme praticiens, aussi bien que comme membres de la société, dépendront , non de circonstances accidentelles, mais surtout du caractère que vous vous serez fait pendant la durée de vos études. Quand le temps arrivera où vous serez assez avancés dans votre carrière pour
d'oH cours 01 CLINI(^UE. 207
que Tofre son dans la ^ie sociale soit fixé» le cours des évënenienls aura opéré bien des cbangemenls parmi nous. De ceux qui occupent actuellement les postes les plus éminents, qui exercent le plus d'influence dans le monde , beaucoup auront disparu du théâtre de leurs travaux , tandis que d'aur Ires ne seront restés que pour vivre dans la retraite. Des esprits plus jeunes et plus actifs^ parmi lesquels vous trouverex vos contemporains et quelques autres un peu plus avancés en âge auront pris nos places, et \ç tribunal qui vous jugera sera composé d'un ordre différent d'individus que ceux dans l'opinion favorable desquels vous cherchez aujourd'hui un appui. Je ne voudrais pas toutefois être mal compris de vous, comme si ce que je viens de dire était le seul, ou même le principal motif qui doit vous engager à profiter, autant qu'il est en vous, des moyens d'instruction mis à votre portée. Les connaissances que vous acquerrez pendant vos études doivent être le fondement de toutes celles auxquelles des années passées dans l'exercice de votre profession vous feront parvenir ; si la base n'est pas solide, ce que vous bâtirez dessus n'aura que peu de valeur. Quelque imparfaites que soient encore dans leur développement les sciences congénères de l'art de guérir, il a fallu des siècles pour les faire ce qu'elles sont. L'étudiant actif et diligent peut n'apporter qu'un faible contingent de connaissances pour préluder h ses travaux , comparativement à ce qu'il possédera vingt années plps tard ; mais il est sur la voie pour en acquérir. Il a cet avantage de trouver déjà les grands principes de l'art établis par les travaux des générations passées ; et avec ce point de départ , ses efforts subséquents se trouveront grandement facilités. Mais si vos études fondamentales ont été faites avec négligence , vous trouverez que vous avez tout à recommencer , et vous vous apercevrez trop tard que tout le temps et toute l'énergie que vous pourrez déployer ne sauraient réussir à vous élever au niveau de ceux qu ont été travailleurs dès le principe. Un autre désavantage» plus
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grand encore, ne peut manquer de se faire sentir à ceux qui se trou?enl dans ce cas. Si Tun des résultats d'études bien faites est d'a?oir acquis des connaissances, un autre plus important encore, c'est de dé?elopper les facultés intellectuelles , d'acquérir l'habitude de fixer YOtre attention sur l'objet soumis h TOtre obser?ation , d'observer par vous-mêmes , de bien penser et de raisonner avec justesse, de distinguer au premier coup d'œil ce qui doit fixer votre attention de ce qui est d'une importance secondaire : tout cela doit être appris de bonne heure, ou ne le sera jamais. Cette remarque peut s'appliquer fvec autant de force k un autre ordre de qualités : intégrité eC générosité de caractère, une disposition i sympathiser avec les autres hommes ; savoir vous maîtriser et combattre un pen« chant à l'égolsme ; ce respect de vous-mêmes, si important dans toutes les professions, mais principalement dans la n6tre, ce respect de vous-mêmes qui fait que vous ne feriez pas en secret ce que vous n'oseriez faire devant tout le monde ; voilà autant de bonnes choses que vous acquerrez difficilement, si vous n'avez déjà pris l'habitude de vous observer, et de mettre de la méthode dans votre conduite dès les premiers pas de votre carrière.
On ne saurait trop souvent vous engager à bien réfléchir qu'à cette époque de votre vie , votre responsabilité envers vousmêmes s'accrott de tout ce qui ne vous est pas encore demandé à l'égard de vos semblables. Votre avenir est dans vos mains : ceux qui, dès aujourd'hui, travailleront avec ardeur, se trouveront bientôt avoir acquis un fonds de connaissances qui ne pourra manquer de leur servir plus tard. Ils auront la saiblaction de penser qu'en exerçant Tart de guérir, i|u'en travaillant pour leur propre intérêt , ils se rendent utiles à leurs semblables. S'ils réussissent à gagner l'estime publique, ils sentiront en même temps que cette. estime est méritée ; si, au contraire, ils éprouvent des revers, la conscience de leurs propres forces sera là pour les soutenir et les consoler. Mais pour ceux qui
d'us COORS DB CLlH1(tUB. 209
entrent dans une aulre ^o\e, les mortifications et les dësappointements les attendent. Des hommes plus jeunes qu'eux leur seront préférés. lA mémo où leur opinion se trouve être juste, ils n'y auront pas eux-mêmes confiance. Pour eux la vie ne sera qu'une succession d'expédients , de tristes expédients ; et sî , par un concours inattendu d'événements, ils viennent h se trouver tout i coup élevés dans une sphère d'action pour laquelle leurs études antérieures ne les aient pas préparés , ils auront encore le chagrin de s'apercevoir que cette faveur apparente de la fortune n'en est pas une : le parallèle que le monde ne manquera pas d'établir entre eux et ceux qui valent mieux qu'eux , l'anxiété dans laquelle ils seront condamnés à. vivre pour satisfaire l'opinion et maintenir leur réputation, détruiront infoîHiblement pour eux toutes les jouissances de la vie. Et ce qui est vrai pour les membres de notre profession, l'est également dans toutes les autres carrières ; je puis dire que je ne conçois pas d'individus plus h plaindre que ceux qui , devant une haute position à des circonstances fortuites,, se trouvent incapables de remplir les devoirs auxquels ils sont appelés.
Aucun de vous , j'espère , ne s'imaginera que je fais ici de la théorie, ou que je désire m'acquitter seulement pour la forme de la tâche qui m'est imposée, de faire un discours d'ouverture à des jeimes gens. Non ; mon désir est de voir les élèves en médecine qui fréquentent l'Hospice de Saint* George (institution à laquelle je suis tellement redevable pour ma position actuelle), faire eux-mêmes leur entrée dans le monde comme il convient i des membres utiles et respecta-, blés d'une profession honorable et indépendante. Je désire les voir réussir et se montrer dignes de leurs succès. Mes longues relations avec les élèves en médecine, et le soin que j'ai mis h suivre leurs progrès dans la carrière médicale, m'ont fait acquérir la cchnviction que la seule voie qui puisse les conduire au succès, est ceHe que je viens de vous tracer. Je peux.
210 DISCOURS d'ouverturi:
«jouter que je n'ai jaroab connu un seul indifidu qui se soit ainsi appliqué sérieusement et avec ardeur à sa liebe , dont les efforts n'aient été récompensés plus lard dans une mesure propre à satisfaire une légittrae ambition.-^— Après cela, votre destinée peut dépendre de circonstances qui yous sont étrangères. Celui-ci peut se trouver placé dans une position plus Tavorable^ celui-là dans ime autre qui le sera moins. L'un peut jouir d'une grande force physique^ et partant du pritilége de faire beaucoup avec comparativement moins de fatigue que tel autre , et conserver ainsi plus longtemps , dans toute sa vigueur, l'exercice, de ses facultés; tandiST que tel. autre , plus richement doué peut-être sous le rapport de l'intelli^ genccj mais moins favorisé pour les forces physiques^ se verra obligé de restreindre sa sphère d'activité* Quant aux facultés intellectuelles^ cependant, je ne doute pas que la diffé-» rence ne soit bien moins grande que vous-mêmes le suppo>sez ou que le monde en général l'estime. Il est peu de personnes qui n'aient quelque talent, et qui, si elles le cultivent oonvenablement, ne puissent le mettre à profit; tel sujet, qui a peu d'aptitude pour certaine branche de la science , peut exceller dans une autre. Mais il peut arriver que les plus grands taleuls soifsnt dépensés en pure perle, qu'ils se trouvent ense* velis par Tindolence^ qu'ils soient pervertis par un mauvais usage, ou que , dans leur développement , ils ne puissent atteindre aucun genre de perfection , parce qu'on aura voulu embrasser un trop grand nombre d'objets à la fois. La multiplicité des objets d'étude est utile dans certaines limites, car elle sert à maintenir vos forces intellectuelles dans un exercice ^lutaire, elle tend, à vous conserver ain^i de la sympathie pour vos alentours, et à vous faire éviter les maux que causent les vues étroites et les préjugés. Cependant quiconque a le désir de se rendre utile aux autres, aussi bien que de se distinguer, doit agir en grande partie dans le principe de la concentration, c'est à-dirc avoir un objet spécialement en vue , et rendre tous. les autres tributaires de celui-là. Et qu'aucun de vous ne se déses-
D^Uir GOOIU DB GLlHIftUB. 21 1
père en se disant qu'il n'a pas la capacité de ceux qui l*eatourei|t, et qu'il est inutile pour lui d'essayer de lutler avec eux* Si vous foulez connallre vos Forces, il faut en faire Tessai. Le travail est indispensable à leur développement ; si Texercice est nécessaire aux facultés physiques , il ne Test pas moins à celles de fesprit. Il ne vous est pas plus possible de faire une juste appréciation de votre propre mérite au début de votre carrière, qu'il ne Test aux autres de votis estimer comme vous pouvez le mériter. Que trop de suffisance ne vous porte pas, non plus, h vous comparer k vos inférieurs en talent ; il vaut mieux, pour vous , chercher à vous mettre devant les yeux quelque modèle de supériorité pour tâcher de Tatteindre. La présomption ne vous empêchera peut-être pas d'en imposer aux simples et à Pobaervateur superficiel ; mais, que je vous dbe ici que je n'ai jamais vu què que ce soit réussir à faire quelque chose dans le monde^ ou obtenir quelque renom, qui n'eût pas débuté avec «n peu de modestie. Les hommes vraiment grands sont modestes. La modestie conduit aux plus hautes distinctions, car c'est elle qui nous conduit à notre perfectionnement. Elle est le vra] fondement d'une juste confiance en nous-mêmes. Etudiez<*vous vous-mêmes ; cherchez à apprendre et à compléter ce.qne voua avez appris , à suppléer à ce qui vous manque , et à combler ainsi les lacunes que vous pourrez trouver éoit dans vos con?* naissances, soit dans la partie morale de votre nature. Ne voua parez jamais de qualités que vous ne possédez pas en effet. lisez d'énergie et d'activité pour vouç faire une habitude de cet exercice d'observation intime ; ensuite, soyez sûrs que ni vous ni personne ne sauriez tracer la limite que vous pourrez plus tard atteindre.
a Les hommes, dit Mr. Guizot» sont faits au moral comme ils le sont au physique, ils ne sont pas aujourd'hui ce. qu'ils étaient hier, leur existence subit continuellement quelque chauT gement ; leCrpmwell de 1650 n'était pas le Cromwell de 1640, U est vrai qu'il y a toujours une large provision d'îndividualitff. C'est le même homme qui marche ', mais que d'idées , que de
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•entimenu, que de pencbsnu ontohangë cbes lui ! Que decho* tes n'»-t-il pus perdues ! combien d*sulres nVl-ii pas acquises ! Ainsi, i quelque instant de la vie d'un bomme que nous le considérions, il n'est jamab ce que nous le ▼errons au ternie de sa carrière. »
Ces paroles, d'une philosophie éloquente, prononcées par rhomme qui est actuellement à la télé des affaires en France, ne sont pas moins applicables à tout homme dans la Tie pri?ée ou à Yous-mémes, qu'elles le sont à ceux qui s'occupent de politique.
Je n*ai pas ici Tintention de tous donner des conseils sur les détails de tos études : c'est la tAche de tos professeurs respeo« tifs. Ils vous diront par queiies leçons tous derei commencer, quelles sont celles qui doiYent venir ensuite ; quelles sont les heures que tous devrez donner aux diMeelions, celles que vous ferci bien de consacrer aux hdpilaux; ils vous indiqueront aussi quels sont les cours où vous devez prendre des notes, el quels sont ceux où vous pouvez vous en dispenser. Je puis ce-^ pendant vous suggérer quelques idées générales, sans empiéter sur te terrain d'aulrui.
Le premier eflbt produit sur l'esprit de celui qui commence ses études, c'est de se sentir étourdi par le nombre et la yariélé des sujets auxquels il est appelé à donner son attention. Ici c'est la chimie, la matière médicale ; plus loin, c'est la struo^ lure du corps humain qui est déroulée devant lui ; ailleurs il est appelé à contempler les variétés sans limites des maladies et les méthodes employées pour leur traitement. Il ne voit aucune des relations par lesquelles ces diverses branches d'éludé se tiennent entre elles de manière à ne former qu'une science. II a l'occasion d'apprendre a connaître un grand nombre de fiûls ; mais ces faits sont pour la plupart isolés et sans rapport les ans avec les autres ; il ne saurait les faire rentrer dans un cadre commim, en sorte que le manque d'un arrangement et d'une
d'us coims itt OiiHisuB. 213
olauiieètion en rend la mémoire difficile et incertaine. Mais ces remarqiies ne s'appHqvenl pas seulement h Pélè?e en médecine : la même difficulté se présente i tous ceux qui entrent pour la première fois dans un raste champ d'étude ; et ceux qui se laissent décourager ainsi , dans les premiers pas de leur carrièrCj doivent être en Térité bien indolents , et peu aptes à derenir d'utiles membres de la société. Soyez patients dans les commencements ; Taites en sorte de fixer votre attention sur les objets qui sont mis sous vos yeux ; après chaque leçon^ à la fin de ebaque journée de travail , cherchez à classer dans votre mémoire ce ^ne vous avez vu et entendu ; et, dans peu de temps, ee qui vous semblait eonfusion ne le sera plus pour vous , le brouillard qui vous voilait les yeux sera éclairci ; là où tout était obscur vous aurez devant vous une vue distincte , et les études qut^ en commençant, étaient sèches et fatigantes^ deviendront intéressantes et agréables. A mesure qtie vous ac* querrez une plus grande quantité- de faits individuels, nécessairement les rapports que ces faits ont entre eux se développeront avec plus de netteté. Ce n'est pas là tout. Je ne saurais me rendre raison de ce qui m'est arrivé a moi-même, sans supposer qu'il y a dans l'esprit humain un principe d'ordre qui agit sans que l'esprit lui-même en ait la conscience. Il vous arrive de vous être occupé d'une certaine matière ; vous avez accumulé une grande provision de faits : rien de plus. Au bout d'm certain temps, vous trouvez tous ces faits classés dans votre esprit, sans autre travail ultérieur, sans que vous ayez ajouté à votre fonds de connaissances, ni même que vous ayez pensé h faire aucmn effort pour obtenir ce résultat.
Dans les commencements, votre occupation doit consister entièrement à apprendre ce qui vous sera enseigné par d'autres ; vous apprenez dans les leçons et dans les livres ce que d'autres ont appris avant vous, et vous devez vous contenter d'aequiescer à ce qui vous est enseigné , sans en disputer la valeur. Un étudiant peut être très-4iligent et très-appliqué, et
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cependant ne pas aller plut loin que cela pendant tout le cours de sa Yie scolaire. Il peut devenir un hoinnie accompli^ instruit, une encyclopédie ambulante ; il peut, quand ses études sont finies» s'être déjà fait un nom par la manière dont il a passé ses examens. Tout cela est comme il doit être ; et ceux qui pensent que faire de brillants examens est le seul but de leunr étudesi, peuvent se tenir pour complètement satisfaits du résultat.— Mais est-ce suffisant, en réalité? Est-ce là tout ce qu'on attend de vous? Non, il en est tout autrement ; et celui dont Tambition s'arrête là , ne doit pas s'attendre à briller dans sa vocation , ni même à s'y rendre utile. Si les descriptions des maladies et les règles du traitement n'eussent été simplifiées dans les leçons et dans les livres, i) n'eût pas été possible d'en former un tout propre à être enseigné. Plus tard vous trouverez qu'il y a^une variété infinie dans les maladies» vous rencontre** rez h peine deux cas exactement semblables , vous apprendrez qu'il n'existe pas de r^les fixes pour Temploi des remèdes. Chaque cas de maladie doit devenir l'objet spécial de votre attention ; et aussitôt que vous aurez commencé à pratiquer, vous devez vous attendre à ne compter» en grande partie, que sur vous-mêmes. Il n'est pas de profession dans laquelle il soit aussi nécessaire que ceux qui en font partie s'habituent de bonne heure à observer, à réfléchir, et à penser par euxrmêmes. l«es connaissances qui font la base la plus sûre de k science d'uii médecin, sont celles qu'il a acquises par lui-même; ce sont les seules aussi qu'il soit à même de communiquer aux autres dans certaines limites. Vous passerez votre vie en chercbant à les augmenter, et vous obtiendrez chaque jour une plus grande aptitude dans Tappréciation des phénomènes pathologiques ; TOUS mourrez enfin, les trois quarts de votre «ciehce mourront avec vous , et vous laisserez à d'autres le soin de parcourir de nouveau la même carrière. La science , à la vé<*rite, mardie toiyours ; mais combien se$ progrès ne seraientils pas plus rapides , si rien de ce que rexpérience enseigne
d'oh coDUs im cLivifti». 215
n'ëlaii perdu ! Ces obtervatioas sont d'une importance pratique pour chacun de vous. Cherchez à vous régler là-dessus dès le commencement. Que votre étude de la structure du corps humain soit individuelle et spontanée. Ne vous contentes pas de ce que tous appr.enez dans les leçons et dans les livres ; mais rendez-vous maîtres de la science par votre propre travail et vos propres recherches. Observez par vous-mêmes les maladies; et afin d'observer avec profit, habituez -vous à prendre vousmêmes des notes au lit du malade. Je dis vous-mêmes ; car autant vaudrait^ pour votre avancement^ ne rien Taire, que de copier les notes des autres. Rédigez le soir les observations prisies le matin ; laites- vous-en un thème de réflexions en les comparant les unes avec les autres ; qu'elles Tassent le sujet de vos entretiens avec vos condisciples , et vous vous trouverez ainsi avoir rapidement acquis le talent de l'observation.
Dans les dernière^ réflexions que je viens de vous exposer, je me trouve avoir anticipé sur celles que j'avais l'intention de présenter à ceux d'entre vous qui sont sur le point d'entrer dans l'exercice de leur profession. Ce serait, pour ceux-ci, une Talale erreur que de supposer qu'il ne leur reste plus rien à apprendre: ce que vousavtz Tait,. Messieurs, c'est d'avoir appris à apprendre. La partie la plus importante de votre éducation médicale est encore ii faire : celle que vous vous donnerez vousmêmes ; et à celle-ci il n'y a pas de limites. Quel que soit le nombre des années qui ait passé sur vos têles^, quelque étendue que soit votre expérience, vous trouverez que chaque jour apporte avec lui son tribut de science ; vous aurez encore quelque chose à acquérir, des lacunes à remplir, des erreurs à corriger. Quiconque est assez vain à une époque quelconque de sa carrière, ou assez paresseux, pour se contenter de ses connaissances actuelles sans chercher à les augmenter, sera bientôt laissé en arrière par ses collègues plus diligents que lui. C'est le devoir d'un jeune prjaticien de donner toute son attention à chaque nouveau cas qui se présente à son observation, de
216 niicouRft d'octcrtuie
l'exainifier tous toutes ses faces, et de s'aider, dans chaque oc-' oasion, des noies qu'il aura prises dans ses leçons et dans ses livres. Mais il arrivera rarement qu'au commencement de sa car« riëre, même le plus actif et le plus heureux, ait une occupation suffisante avec ses malades ; il s*^Q\i donc de savoir ce qu'il doit faire du temps qui lui reste. C'est une question importante, car le caractère et la destinée d'un médecin dépendent en grande partie de la manière dont ses loisirs auront été remplis. Si vos loisirs sont sacrifiés aut vaines satisfactions d'une vie mondaine , une semblable manière de passer le temps aura in* fiiilliblement pour effet de gâter votre esprit et de le rendre impropre i des occupations plus sérieuses. Si, d*un autre cdté, vous comptez sur les occupations passagères que les circonstances fortuites peuvent vous donner, le résultat sera tout aussi peu satisfaisant : vous deviendrez la proie de la mélancolie et de l'ennui ; un découragement déraisonnable appesantira vos facultés intellectuelles, et vous privera de cet entrain , de cette énergie qui sont indispensables k vos succès. Mais ce sont là des maux qu'on peut facilement éviter. Combien n'y a-t-il pas de branches de connaissances qui sonC directement ou indirectement utiles i Télude de la pathologie, de la médecine et de la chirurgie ? Tous les genres de connaissances, aussi bien en littérature qu'en morale ou en physique» ont la tendance d'agrandir l'esprit et de le rendre plus apte aux éludes spéciales. Un jeune médecin qui ne sait pas donner une portion de $on temps à la culture de son esprit, est sans excuse. Le nom de médecin est en lui-même un engagement de travailler de toutes façons h mériter ce titre. Notre profession n'a rien i faire avec la politique. Ce n'est pas pour appartenir h telle ou telle faction, ou h tel ou tel parti, que vous obtiendrez dans le monde la place que vous pouvez espérer y occuper ; cette place ne dépend pas des circonstances extérieures : vous devez vous la faire. Je pense que vous désirez élre admit dans la société sur le même pied que tout bomme qui a reçu une
D*OM COURS DB O'U^IftqE' 317
bonne éducation. Ce qui vous rendra propres à tous y présen* ter^ c'est voire éducation ; j'entends une éducation qui vous melira à même de prendre une part aux sujets variés qui sont le fond de la conversation d'une société choisie. Le monde s'in* quiète peu de ces diverses dénominations* qui sont d*usage parmi nous, et que l'art de guérir a établies parmi ses membres pour la division du travail ; pourvu qu'un homme soit instruit, peu importe, pour le monde, qu'il appartienne à une faculté plutôt qu'à une autre. Une chose qui fait peu d'honneur à notre pays, c'est que nos institutions médicales, au lieu de favoriser des idées larges et libérales en matière d'éducation, aient plutôt une ten* dance contraire^ ; car il est une circonstance où la législature a même fait ce qu'elle a pu pour apporter des entraves dans réducation des élèves. Je sais toutefois qu'il y a bon nombre d'élèves en médecine qui ont pu jouir de l'avantage d'étudier à Londres sans souffrir du monopole d'Oxford et de Cambridge ; mais c'est une raison pour eux d'aller plus loin, en mettant à profit les loisirs que leur donnent les débuts de la carrière.
Il n'est certes pas bien difficile, pour quelqu'un qui a un pei|i d'intelligence naturelle et quelque envie de s'instruire, d'employer ses moments de loisir à des occupations utiles et in-
' La hiérarchie médicale en Âoglelerre se compose des docteurs en médecine 9 des chirurgiens et des apothicaires. Les chirurgiens (sw" fréons) ne doivent point s^occnper de médecine ; les apothicaires (apO" theearies) font la médecine et la petite chirurgie, et demandent les doc* teurs en médecine (^pfysieians) en consultation dans les cas graves.
(Le traducteur.)
* Le docteur Brodie fait, sans doute^ allusion à un abus qui existe en Angleterre de temps immémorial : les seules universités d'Oxford et de Cambridge ont le privilège de conférer le grade de docteur en médecine 00 en chirurgie. Il y a quelques années qu*une université de médecine a été créée à Londres ; les professeurs se sont très-naturellement cru le droit de conféi^er le grade de docteur ; mais les universités d*Oxford et de Cambridge s'y sont formellement opposées. De là lutte entre la nouvelle université et les anciennes : gain de cause est resté au monopole de ces dernières. (Le traducteur.)
2 1 8 mscouBs D'euruiTOu
téressânfes. Mais la profession que tous a?ef embrassée tous présentera, dès l'inslant que ?ous aurez commencé à prati-» quer^ un intérêt très-différent^ de celui que vous trouvez dans vos études actuelles. Jusqu'à présent tous avez ag^ sous une di-« rection étrangère, et pour ainsi dire, sans responsabilité. Bien* t6t c'est pour votre propre compte que vous allez travailler, sous votre propre responsabilité. Si vous faites quelque chose qui mérite qu'on en parle, c'est de vous qu'on parlera ; et de même, s^l y a du biftme à recevoir, soyez persuadés que vous ne trouverez personne qui soit assez bénévole pour désirer le partager avec vous. Pour chaque cas, c'est à votre conscience que vous aurez à répondre de la manière dont vous vous serez comportés ; au dehors de vous, ce sont vos amis, vos malades, la société en général, en un mot c'est l'opinion publique qui fera votre réputation, et de qui dépendront vos succès ultérieurs. Vous vous trouverez au milieu de devoirs, de responsabilités et d'anxiétés qui vous étaient inconnues pendant votre vie d*é* tudiant. Celui qui est incapable de faire une juste appréciation de la responsabilité et des devoirs d'un médecin, n'est pas digne de le devenir ; les soucis inséparables de notre profession en sont l'aiguillon le plus puissant. Il ne faut pas, cependant, qu'ils dépassent certaines limites. On peut se laisser tellement absorber par certains sujets d'inquiétude, que l'effet contraire résulte de cette fâcheuse disposition, que nos facultés finissent par en être altérées , et que l'existence en devienne insupportable. H faut éviter les deux extrêmes , une sensibilité morbide d'un c6té, et de l'autre, le manque absolu de cette disposition de l'âme. Appliquez-vous à acquérir des connaissances pour vous en servir à propos; mais souvenez-vous qu'il est des bornes à la science humaine, à l'exercice de nos facultés, et que, dans la pratique de notre art, nous ne saurions faire tout ce qu'on serait disposé â exiger de nous ; car, si cela était eq notre pouvoir, il n'y aurait plus ni douleur ni misère dans le monde, Thomme deviendrait immortel, et Tordre de l'univers
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serait rentersé. Ne oomniencez pas YOlre vie en âitendani irop. Il n'est donné à personne de trarerser Texislenee sans sa part d'inquWtudes et de difficultés. Vous verrez des gens qui paraissent jouir des avantages de la naissance et de la fortune, et pour lesquels la vie semble n'avoir aucune épine; vous vous écrierez alors : « Combien le sort de ces gens-là n'est-il pas préférable au mien ! > Hais une courte expérience du monde vous démontrera votre erreur. Si ces hommes ne connaissent pas les soucis qui sont votre partage, ils en ont d^autres. Pour ce qui e$i de ceuz à qui leur position ne laisse aucune difficulté h vaincre, ils s'en susciteront eux-mêmes ; et s'ils ne le font pas, la monotonie de leur existence leur deviendra plus lourde qu'aucune de ces difficultés qu'ils se seraient créées et que vous trouvez, vous, dans l'exercice de votre profession. Les difficultés réelles sont bien préférables à celles qui sont artificielles ou imaginaires ; car, pour les premières, le talent et un esprit entreprenant les surmontent , tandis qu'il en est tout autrement des dernières. Ensuite il n'est pas de plus grande jouissance que celle de vaincre les obstacles ; rien ne saurait autant vous exciter à cultiver vos talents intellectuels , rendre vos travaux faciles ou agréables, et vous aider à supporter les sujets de peine qui pourront survenir plus tard. Se tenir prêt en cas que les difficultés arriyent, leur faire face avec courage, les combattre avec ardeur: voilà ce qui est indispensable à vos succès, quels que soient Téut ou la carrière dans lesquels vous vous trouvez engagés. Nul ne peut se rendre utile aux autres, ni bien mériter de l'opinion, s- il n'obéit à ce principe. Mais il est plus aisé de tracer un plan de conduite que de le mettre soi-même à exécution, à moins qu'un exercice précoce n'ait donné à Tesprit Ténergie nécessaire. La tendance naturelle de Tbomme le porte i l'indolence, à fuir devant lea difficultés , à chercher h les éviter plutôt qu'à les vaincre. Profitez des occasions indifférentes pour vOus exercer à ne pas y céder : de cette manière vous aurez pris une habitude qui vous mettra k même de faire ce que l'on sera en droit
220 msGOURs D'omnaTois
d'attendre de tous dans let grande» ocoationi, el cela tant ef* fort. C'ett en te négligeant dant let petitet affairet de h TÎe , qu'une ti grande proportion du genre humain se trouve inca^^ pable de remplir des deToirt plut importantt. Si TOut détires connaître le caractère d'un homme, r^ardex ce qu'il fait dant de petitet chotet, et Tout pourres conclure de là ce qu'il fera dant let grandet.
On raconte Tanecdote tuivante tur un homme de haute po^ tition tociale, qui t'ett éminemment distingué dant le barreau. Durant let premièret annéet de ta jeunette, il était retté sans occupation. Les sessions des tribunaux, en se succédant les unes les autres, apportaient à ses collègues des causes h plaider; mais il n'en était pas ainsi pour lui. Malgré cela, on le troutrait toujours à son poste, et, quoique toujours trompé dans son espoir, jamais il n'était découragé ; il continuait i traTailler et à augmenter son fonds de science pour les occasions futures. En6n il arriva qu'il fut employé comiaae Junior eounsel (aTOcat en second) dans une cause de grande importance. Lu Teille du jour où la cause devait être plaidée, le senior coumel (avocat principal) ou, comme on l'appelle en termes techniques, son leader (son cher), fut pris subitement de maladie. Aucun avocat de même rang ne se trouvant là, le procureur-général (solicitor) vint assex tard dans la soirée, et probableqsent avec répugnance, vers le junior counsel, l'instruire de ce qui se passait, et lui annoncer qu'il était obligé de remettre la cause entre êCê mains. Toute la nuit fut employée à l'ouvrage. La science en provision de l'étudiant obscur fut naise alors à pror. fit. Le jour suivant il se fit tellement d'honneur que sa réputa* tion fut faite, et dès lors ses succès furent rapides.
On pourra peut-être considérer cet exemple comme uae exception à la règle générale ; cependant, les hommes qui plus tard atteignent une position élevée , doivent une fois ou une autre passer par quelque chose de semblable. Il est rare de trouver quelqu'un asseï indolent pour que la perspective d'une récom-
d'um coubs de clinique. 22 1
pente pfoebatnc n'obtienne pas de lui quelques efforts; nraift c'est un painrre sujet que celui qui ne peut rien faire au delsi. Les fiiîts dont tous aTes enrichi aujourd'hui votre mémoire peuvent rester sans application pendant vingt ans. Vous pourrez passer des jours et des nuits h étudier, et, à la fin. de l'année^ ne pas vous apercevoir que vous en ayez retiré le plus léger avantage. Mais il Faut persévérer quand même, et vous pouvez être assurés que la récompense arrivera têt ou tard i cesi surtout en cela qu'on voit ce qui fait la différence entre les hommes, c'est que l'un travaille pour l'avenir, tandis que l'au* tre se contenté à moins de frais, et ne prend de la peine que pour ce qui peut procurer un résultat rmmédiat. Dans le principe, le premier peut paraître ne pas faire de plus grands progrès que le second et même rester en arrière de lui ; mais attendez, et vous trouverez plus tard une immense différence. Il n'est pas toujours possible de juger, par les premiers pas que fait un homme dans sa profession, de ce qu'il sera plus tard, et cette observation, vraie surtout pour les hommes qui tendent vers un butéievé^ trouve son application non-seulement parmi ceux qui s'adonnent i l'art de guérir, ma» dans la plupart des occupattoiiset des entreprises en général.
Une déternàinàtion absolue d'obtenir un objet quelconque eêf le premier pas vert la conquête de cet objet. Si vous voulez avancer dans ce monde, persévérez dans la ligne que vous vous serez tracée, ne vous laissant détourner ni à droite^ ni i gauche ; tout au moins, que vos occupations accessoires tendent également vers la principale. Une vie de plaisir est incompatible avec une vie active^ et ceux qui ont une plus noble ambition, ceux qui aiment la science pour elle-même, doivent savoir contenir cette ambition dans de certaines limites^ et ne pas prodiguer leurs talents ou leur réputation en embrassant trop de choses à la fois. Ceux qui voudront exceller en tout resteront toujours dans la niédiocrité. Il leur sera facile d'exciter l'étonnement du vulgaire lettré ou illettré ; mais les véritables LUI 15
222 mscouEs D^ommroRB
juges taaroni découTrir leur fiiibletse réelle, eC se bonlenteroiit de sourire i leur Ternit de scienM; après tontes leurs peines, ih quitteront ce monde sans y avoir laissé aucune trace de leur passage.
Je m'attends un peu que qudqu'un d'entre tous me dira : « Mais la profession de médecin peut*elle offrir une compen* sation pour tout le travail, toute la fatigue et tous les sacrt« ices qu'elle eiige de nous ? Faut-il continuer i la poursuis Tre^ ou la laisser pour faire autre chose? » A la Térité^ tous ferei bien de tous poser nettement la question aTant qu'B soit trop tard ; car autant que mon expérience du monde a pu me l'apprendre, rien n'est plus désastreux que cet état d'incertitude qui, lorsque tous seriex engagés dans l'exercice d'une profession , finirait par tous en inspirer le dégoût et tous en feire prendi*Se une autre. Il y a, je le sais, quelques rares exemples qui ont présenté un résultat différent ; mais il serait imprudent de les citer comme des précédents i imiter, ou de prendre le cas d'un génie comme Brskine pour la règle ordinaire.
Je ne connais pas de profession digne d*étre recbercliée, qui ne demande autant d'efforts, autant de traTail, autant de sa* orifices que celle à laquelle tous tous consacres; mais je n'en connais pas qui offre des résultats plus satisfaisants è ceux qui ont pour l'exercer les qualités nécessaires, et qui Tentent Ira* Tailler. Si TOtre ambition tous portée désirer de briller dans les r^ons de la politique, et que tous aspiriex aux dbtinctions qu'on peut y obtenir, tous tous trouverei désappointés; car, comme je l'ai déjà remarqué, notre profession n'a rien i faire aTCC la Tic publique. Elle appartient ii la Tie priTée, et die n'a d'autres points de contact qu'aTCC les dircrses branches des connaissances humaines. Il y a peu de sciences physiques ou morales avec lesquelles elle ne soit plus ou moins liée ; et il est telles de ces sciences aTCC lesquelles ses relations sont telle* ment étroites, que leur étude peut être considérée presque comme identicpic avec celle de la médecine. L'étude de Tana-
D*ea C0UK8 DB CLlIItUB. 223
KHoie et de la physiologie ne peut être bien comprite que par> ceux qui ont quelques connaisêances des lois de la mécanique et de Poptique. La obimie animale devient chaque jour plus essentielle à Vétude de la physiologie^ et commence même à éclairer quelques points obscurs dans Tétude des maladies. Ce n'est pas au rang que tous pourrez un jour tenir dans la vie politique que vous deyez penser ^ mais bien à celui que tous revendiquerez dans la science. C'est le seul qu'aient occupé Newton et Cavendish, Hunier et Davy ; cependant leurs noms vivront dans les âges futurs^ et ils seront regardés comme des bienfaiteurs de Thuroanité^ quand la masse de leurs conlemporains sera tombée dans Toubii^ ou tout au moins ne sera plus Tobjet que d'un souvenir sans gloire.
Le gendre de Pott^ qui fut en même temps son biographe^ nous dit qu'Jk son lit de mort, ce célèbre chirurgien prononça ces ébquentes paroles : « Ma bmpe va s'éteindre : j'espère qu'elle aura brûlé pour le bien de mes semblables. » Celait à sa famille qu'il s'adressait, et il mourut le jour suivant ; en de telle» cireonsiances il serait absurde de supposer que ces paroles fussent dites dans le but seul de produire de T^et, et qu^eUesjie fussent pas Texpression de ce que pensait et sentait Pillttstre moribond. Il est sûr que ce doit être une grande satis» faction, en jetant, à la fin de sa carrière, un regard rétrospectif ' sur les amées qui se sont écoulées, de sentir qu'on n'a pas uniquement vécu pour soi, mais qu'on s'est rendu utile aux autres. Soyez certains qu'un pareil sentiment est une source de jouissance et de bonheur à toutes les époques de la vie. Il n'y a rien au monde de plus beau que la vie de Thomme utile à ses sembkbles. Les services que vous rendez sont des liens qui attachent le» bomoMS à vous ei vous à eux ; votre propre iDar- "^^ y g^goiBrav et vous acquerrez par B, dan» la société, une importance bien phM réelle et bien plus grande que toutes les distinctions artificielles. Voire profession a cet immense avantage sur.les autres, qu'elle est émioMiment utile. C'est son but,
224 DISCOURS d'ouverture
et f oui neMuriex conquérir aucun aTahtago pour Tout^ménidi, que TOUS D*en ayez aupararanl procuré aui autres. Ainsi s'engendrent mutuellement de bons sentiments et de bonnes habitudes; et je ne connais pas de classe dans b société, qui^ prise dans son ensemble, soit plus désintéressée et plus serviable que les membres de notre profession.
Se rendre utile est le plus sûr fondement d'un état indépen* dant. Il est des vocations dans lesquelles on voit fréquemment des individus obtenir im avancement peu mérilé, et cela par der protections. Votre instruction, votre habileté, un caractère honnête, voilà les conditions de votre fortune. Vos meilleurs amis ne mettront pas dans vos mains leur vie ou leur santé, ni celle de leur famille, i moins qu'ils n'aient des raisons pour croire qu'ils peuvent le faire avec sécurité, ou même qu'ils ne sauraient mieux faire; et ainsi vous n'avez pas plus d'obligation h celui qui vous consulte que n'en a le seigneur d'un domaine au locataire de sa maison ou de sa (erre. Ceux qui sont bien disposés envers vous ne sauraient vous aider, si vous ne commencez par vous aider vous-mêmes. Mais qu'on me comprenne bien. Certainement il faut vous pénétrer de l'idée que vous ne devez compter que sur vous-mêmes, el que, si vous étiez assez vils pour ramper et pour mendier la faveur, vous ne sauriez en retirer aucun avantage permanent. C'est \k le genre d'indépendance auquel je fais allusion, et non pas k cette fière et misanthropique indépendance qui repousse toute idée d'obligation envers les autres. Vous devez vous considérer comme obligés par quiconque vous donne sa confiance, quelle que soit d'ailleurs sa position sociale, et cette personne a le droit d'être traitée par vous avec bonté. Les hommes sont liés entre etix par les services qu'ils rendent et qu'ils reçoivent. Vous ne sauriene vivre en même temps en dedans et en dehors du monde ; vous ne pouvez dire : « Je ne veux avoir d'obligation envers personne ; je ne veux devoir qu'i moi-même les avantages dont je pourrai jouir. » Tous ceux qui rendent justice h vptre mérite, néel ou
o'Utf COURS DB CLlinQUK. 225
suppose, ont droit à ToCre gratitude. Comme on s'appuiera sur TOUS, il faut que tous' tous appuyiez sur les autres. C'est à ces conditions seulement que tous pouTez dire partie de la grande communauté.
Il est certaines Tocations qui mettent ceux qui les suiTenC plus particulièrement en contact aTCC. les mauTais penchants de rhumantté, tels que Torgueil , l'arrogance y Tëgolsme , le manque dé principes. Il n'en est pas ainsi de notre profession. Vous passerez en rcTue toutes les nuances de caractère ; mais en somme^ cependant^ tous Tcrrez le genre humain sous son aspect- le plus faTorable : beaucoup de Taiblesses^ beaucoup de défauts, beaucoup de ce qui n'est pas bien , mais plus de ce qui est bon. Dans les rapports que tous aurez probablement aTCC toutes les conditions , tous serez amenés à estimer les liommes pour leurs quafités intrinsèques et non d'après des circonstances qui leur sont étrangères. Vous apprendrez que des diTcrses classes qui composent la société , il n'en est )iuctttie qui soit bonne #u mauTaise exdusiTement , et que la seule différence peut-être qui existe entre elles, c'est que les Tices et les Tcrtus d'une classe ne sont pas les TÎces et les Tcrtus d'une autre. Vous éprouTcrez peu de sympathie pour les préjugés qui les séparent les unes des autres, qui font que le pauTre regarde le riche aTec. méfiance, et que le riche dédaigne le pauTre. Enfin, tout en restant couTaîncus de l'aTantage que donne l'éducation, tous serez forcés de reconnaître que pour en aToir reçu une bonne il n'est pas nécessaire de s'être trouTé dans les circonstances qui en favorisent Tacquisition ; qu'une mau- Taise éducation est pire qu'un manque d'éducation ; et que ce qu'on appelle quelquefois les gens sans éducation présentent de iiombreux exemples, non-seulement des principes religieux et moraux les plus éicTés , mais aussi d^une intelligence supérieure et d'une bonne culiure d'esprit.
Tout cela est bon pour TOfre observation ; mais sachez, en même temps, qu'un caractère de haute moralité ne tous est pas
226 018COUKS d'ouvietokb
moifif néceuaire que rbabileté ei le talent^ pour TOtre atancement dans la carrière que vous avez embrassée. Ce n'est pas seulement une conduite basée suq les r^les les plus strictes de la moralité^ qu'on attend de vous : il faut que vous sentiei^ que vous agissiei en hommes d'honneur (en gentleman) ; je ne saurais trouver d'autre expression qui peigne aussi bien ma pen* sée que celle-là. Mais que l'on ne se trompe pas sur ce que j'entends en m*en servant. Ce n'est pas le fashionnable dépensier, Tamateur de beaux équipages , ce n*est pas celui qui recherche avidement la société d'un rang supérieur au sien, qui mérite ce titre. C'est l'homme qui sympathise avec les autres^ et qui se garde de blesser leur manière de voir ou de sentir, même daes les occasions de peu d'importance ; c'est celui qui^ dans les petites choses comme dans les grandes, met en pratique celte simple mais riche maxime de notre foi : Faites aux autrtt ce f ne vout voudriez qu'Ut Jisseni pour vous ; cehii qui> enfin, dtfia ses rapports avec la société, étranger à des prétentions exagérées, se respecte pourtant hii-méme. Voilà Thomme comme il faut, tel que le praticien doit être.
Ne vous donnez JMnais l'air de savoir ce qu'on ne peut pas savoir ; ne faites jamais des promesses qu'il n'est pas probable que vous puissiez remplir. Vous ne satisferez pas tout le monde de prime abord, car il y a beaucoup de gens qui demandent à notre art ce qu*il ne saurait faire ; mais vous pouvez vous reposer en confiance sur l'opinion favorable que le public finira par avoir de vous, et que le temps vous apportera comme une récompense : agir autrement, c'est vous assimiler aux jongleurs et aux charlatans.
Acquérir assez d'aisance pour vous mettre vous et vos familles au-dessus du besoin, et pour vous donner les moyens de jouir des conforts et des avantages de la position socble à laquelle appartiennent le plus souvent les personnes de notre profession, c'est, sans aticun doute, un de. vos premiers devoirs et un des buts principaux vers lesquels doivent tendre vos efforts. Mais,
d'uv Goras ra cxiviqub. 327
cependant, n'oubUc» jtMiîi que cela n'est qu'une partie et teuleanent une moindre partie de ce qui doit être Totre ambition dans une carriire scientifique et libérale. Si l'espoir de conquis rir Teitime et la considération de tos semblables» en possédant Fapprobationde votre oonsoience ; si la pensée que vous faites quelque bien dans ce monde, et qu'après tous votre nom restera Tofagct du respect; si, dis-je, ces considérations n'entraient pas en première ligne dans votre ambition^ mais qu'au contraire votre principal but fiU d'amasser de l'or, alors, sans doute, vous pourries Tatteindre en suivant une lout autre route que celle ijpM je vous ai tracée. Vous pourriei être sans scrupule pour une parole donnée^ entreprendre de guérir les incurables, (aire voire profit de petits riens en leur donnani rinf>ortance d'une maladie, vous attribuer l'honneur d'une cure quand cet bon» neur appartiendraîi i d'autres ; vous pourriex ainsi vous pous* •or en (Krant, à l'aide de ce qu'on appelle la connaissance des bommes, la connaissance du cœur bumain. Prolanation de mots ! La conoaissonce4e la nature humaine, vraiment! La plus dif& cile, la plus intéressante, la .plus utile de toutes les sciences que l'esprit humain puisse aborder. Shakespeare connaissait la nar lure humaine conune par instinct ; elle a été l'étude bvorite des. plus grands hommes, tels que Bacon, Addison^ Johnson ; mais de ceux dool on pavie communément dans le oionde comme connaissant la nature humaine, la plupart ne sont que des^ bonames rusés qui saveiM entrevoir adroitement et (aire iouraer ii leur profit les faiblesses de gens qui leur sont souvent supé** rieurs en facultés intellectuelles. Je ne suppose pas qu'il y ait ici personne qui ne se détournât avec dégoût d'-avantages achetés i ce prii. D'ailleurs, Texpérience du monde, que vous acquerrez, vou saffermira dans les sentiments généreux qui sont l'apanage de la jeunesse ; car vous trouverez que parmi les gens qui cherchent h s*élever par de pareils artifices, il n'en est même qu'une faible partie qui arrivent ii leurs fins ; que le plus^ grand nombre de ces misérables sont complètement déjoués
228 DiscoDKs d'oqvbbtuebj etc.
dans leurs tristes intrigues, réduits à mre les objets du iBéprii du monde et surtout des gens de leur propre profetiion; qu'enfin la plupart terminent leur carrière dans ledénûment.
il ne me reste plus qu'un sujet sur lequel^ ayant d'achevery je dësire encore attirer votre attention. Vous ayei des devoirs à remplir comme étudiants^ les uns envers les autres, il n'en est aucun parmi vous qui n'exerce une certaine influence, plus ou moins grande, sur ceux iavec lesquels il se trouve habituellement en rapport, et qui ne reçoive à son tour, leur influence. Dans quelque sphère qu'un homme se meuve, il en entraîne d'autres avec lui. Si les vicieux ont lem^ sateHttes, ceux qui donnent l'exemple de l'honneur et de l'intégrité trouveront aussi des imitateurs. Par la même raison, le travail chez les uns excite au travail chez les autres, et celui chez qui brèle le feu sacré> en jettera quelques étincelles sur ses compagnons d'étude. Cet esprits d'élite, auxquels les hautes responsabilités seront con» fiées, sont déjà avec vous entrés dans la carrière. La route que vous allez suivre n'est pas la vAtre uniquement. Pendant que vous vous faites une réputation de boiMie conduite , vous travaillez aussi à celle d'autres condisciples. Que cette pensée soit toujours présente à votre esprit. Elle augmentera Fimérét que vous prendrez aux affaires de cette vie, elle agrandira la sphère de vos sympathies, et vous servira de notivel aiguillon k persévérer dans ces honorables efforts, dont vous serez bientôt ré-* compensés par le respect du monde et restime de vos collègues.
Robert Maunoib, D.-M.
STATISTIQIJB AGRICOLE DE LA FRANCE ORIEIfTALE. — Rapport au roi sur le 4"** tolume de la Statistique de la France (partie agriculture), présenté le 30 mai 1840 par Mr. le ministre de l'agriculture et du commerce A, Gouin.
Le rapport dont nous Tenons d'indiquer le titre^ et que nous donnons en entier i nos lecteurs, sert d'introduction au quatrième volume de la Statistique de la France^ qui est le premier de la partie agriculture de cette collection. Ce volume comprend^ dans ses deux tomes ^ la Statistique agricole de la France orientale^ Formée des quarante-trois départements à Test du méridien de Paris.
L'étendue et Timportance de la matière , la nouveauté des moyens d'investigation qu'elle a exigés , et la force des obstacles qu'il a fallu surmonter, justiBent pleinement les développements dans lesquels est entré le haut fonctionnaire qui présidait, en 1840, à ce vaste travail.
Mr. Gouin expose d'abord ce qui, jusqu'à nos jours, avait été fait pour connattre Tagriculture du royaume ; il indique ensuite par quel ensemble de dispositions combinées cette grande exploration vient d'être exécutée, et il termine par un aperçu des principaux résultats qu'elle offre aujourd'hui^ et qui embrassent la moitié du territoire de la France.
HISTORI^UI.
Louis Xiy, en prescrivant aux intendants des provinces de recueillir les matériaux qui devaient servira former la statistique générale du royaume, leur recommanda spécialement d'y com-
230 8TAT18TIQDB AGBICOLK
prendre les fiiiu relatifs a Tagrieulture ; niait , è celte époque^ dont nous sommes éloignés d'un siècle el demi , rien n'était préparé pour des recherches aussi vastes et aussi difficiles. Les cartes qui dcTaient représenter le territoire , différaient entre elles ^ sur son étendue^ de 5818 lieues moyennes ou presque d'une sur quatre. Aucun cadastre ne faisait connaître la division physique et agricole du pays ; l'impôt , qui variait d*une province ii une autre^ dans sa forme et dans sa quotité^ ne donnait aucune lumière dont on pût pro6ter, pour estimer même par approximation la quantité et la valeur des produits naturels qu'il atteignait. Les recensements de la population, sans lesquels on ne saurait se faire quelque idée juste de la consommation^ étaient imparfaits et défectueux* Ils étaient opérés , selon les intendances, par têtes ou par feux, et Ton ne s'accordait point sur le nombre d'individus que chacun de ceux-ci devait nécessairement comprendre. Dans leur diversité, les opinions sur ce sujet augmentaient ou diminuaient la population de près d'un cinquième : ce qui laissait une incertitude de 20 pour 100 dans tout ce qui concernait la production agricole.
Dans un pareil état de choses , on ne pouvait attendre des intendants aucune exploration de l'agriculture des provinces qu'ils administraient; et, en effet, on ne trouve dans leurs -mémoires que quelques faits épars et sans suite, el des généralités dont le vague était trop grand pour permettre d'employer des expressions numériques. Cependant le besoin de ces expressions était déjà vivement senti dans les recherches d'économie sociale dont ce siècle a donné les premiers exemples ; et, pour suppléer à celles que ne pouvaient lui fournir les documents officiels, Vauban eut recours i un moyen qui nous semble étrange aujourd'hui, mais qui ne laissait pas alors d'être ingénieux. Habitué, par la science de la guerre, aux calculs et Jk l'obseryation, il fit avec détail la reconnaissance topognybique de quelques parties de nos provinces de l'ouest, et il détermina quelle éiaii l'étendue moyenne de chaque espèce de surfoce
1» M mAHGB QBimTALB. 231
dwâ un territoire d'une lieiie carrée de 25 au degré. H fut GwduU à admettre qu'il y avait dans cette étendue :
UerUret.
- 2706 arpents en terres arables, ou 1142
300 — enrignes 126
500 — en pâturages îlt
600 — eabois 252
25i2 — en maisons, jardins, parcs 106
16 — en ëtangSy marais. 6
80 — en chemins, ririéres 33
236 — en communaux et terres ragues ou stériles. 99
Ce fut d'après ces données^ appliquées à la surface entière
du royaume, que Vauban supposa le territoire de la France
distribué ainsi qu'il suit :
Licoes rarrëes. Hectares.
Terres arables 15610 30 834 000 plus de moitié.
Vignes. . ; 1722 3402000 1/16
Terres en culture 17332
Pâturages 2893
Bobetibréts 3444
Maisons, jardins eiparca. . . • 1444
BlAttgs et marais • • 62
Chemins et riyières 451
Communaux , terres ragues ou
stériles ........... 1364
Surface totale de la France . . 27000 53 315 000
Ces nombres n'étaient nullement, comme on Ta cru souvenl, des cbiSres Yrais^ eiprimat^t Tétat réel du pays ; ils n'avaieift pour tout fondement qu'une conjecture hardie, qui supposait qu'on pouvait conclure, par assimilation, d'un à dix mille. Des chances d'erreur aussi multipliées firent exagérer l'étendue des terres arables et surtout celle des vignes ; mais , par contre, lasurfoce des bois fut considérableaaent diminuée, et l'on se serait rapproché davantage de la vérité en quintuplant les cbiRres de l'étendue des terres vagues ou stériles.