IV
d'adoption les trésors littéraires que les révolutions en avaient fait sortir. Je n'oublierai jamais avec quelle noblesse il me répétait un jour à Cbapultepec, dans le cabinet de l'Impératrice : " Vos livres et vos documents reviennent de droit au Mexique ; ils lui appartiennent à tous les titres. C'est au Mexique, c'est dans les pays voisins, qui subissent son influence, que vous les avez recueillis ou qu'ils doivent leur origine. Si Dieu me prête le temps, je m'efforcerai d'y faire rentrer tous les trésors que nous avons perdu par cinquante ans de révolutions. „ C'est sans doute dans cette pensée, si éminemment patriotique, qu'en voyant ma répugnance à me défaire alors d'une collection où chaque jour je puisais de nouvelles connaissances, le jeune et aimable souverain chercha à m'attacher moi-même à ce pays, dont j'étais l'historien. Avec une insistance, dont je garderai toujours une profonde gratitude, il m'offrit à plusieurs reprises la place de surintendant général des Musées et Bibliothèques, en y joignant le ministère de l'Instruction publique. A cette époque rien ne faisait prévoir encore la fin funeste de cette monarchie, assise sur de trop faibles bases, ni de la guerre des États-Unis du Sud et du Nord, dont la séparation définitive pouvait seule assurer le nouvel empire. J'alléguai respectueusement à l'Empereur le désir que j'avais de garder mon indépendance, pour continuer mes travaux scientifiques. La crainte de n'être pas toujours assez sûr de moi-même, pour résister au titre séduisant de Ministre, me fit alors hâter mon dé-
part et je priai Sa Majesté de me permettre d'aller continuer dans l'Amérique centrale la mission de confiance dont j'avais été chargé par le gouvernement français.
Pour terminer ce qui concerne ma bibliothèque, j'ajoute ici qu'un catalogue spécial des ouvrages de linguistique suivra le catalogue général par noms d'auteurs : il sera formé alphabétiquement par ordre de langues. Un simple coup d'œil suffira donc pour juger de l'importance de la collection, en faisant voir qu'aucun catalogue, paru jusqu'à présent en Europe, n'a offert un ensemble aussi complet d'ouvrages de linguistique, relativement au Mexique du sud et à l'Amérique centrale. En finissant cette rapide nomenclature, qu'on me permette une réflexion, que tout lecteur impartial saura faire ici non moins bien que moi. C'est qu'à peu d'exceptions près ces vocabulaires, ces grammaires, ces traités de linguistique, ces mémoires de géographie, d'ethnographie et de statistique, profane et sacrée, dont la science saura tirer un jour son profit; tous ces écrits, dis-je, sont dus à la plume de quelques humbles religieux, dont les ordres, vilipendés et honnis, ont été dispersés, depuis, parle souffle des révolutions, dont les maisons et les églises en ruines témoignent d'un passé qui eut sa grandeur et que la révolution ne remplacera pas. Leurs noms, je les proclame ici, avec respect, comme une des gloires les plus pures de l'Église.