DE LA LITTÉRATURE MALAISE
. La langue malaiae a donné naissance h une littérature dont H. Dulaurler a, le premier en France, fait connaître quelques fragments. Mais, comme il l'a dit lui-même en 1843, on était encore loin, & cette époque, de posséder en Europe tout ce qu'elle a produit de remarquable où de curieux. Aujourd'hui, on en sait un . peu plus, grAce eux importants travaux de l'Académie de Batavia.
Le profeiaaur Roorda van Eysinga distingue la littérature malaise andenna de la moderne. Celle-là est pour nous d'un plus grand intérêt que celle-ci; elle comprend les poèmes et les romans traduits du sanscrit en malais, et dans lesquels la mythologie hindoue joue le principal rAle. Ces manuscrit* sont antérieurs
Source gallica.tjnf.fr / Bibliothèque nationale de France
tM APPBNIiICE
il rinirodiiction de rislaraisino. Depuis lors, la liltéraliiro ronlaise, ronvertio à la doctrine de Mahoinet et du Koran, semble 's'étru donné In mission de vulguriser tout ce que les disciples du Prophète ont dcrit dans les diverses langues de l'Orient.
Ainsi, les ouvrages sur le dogme et l'enseignement religieux sont généralement traduits de l'arabe, et certains recueils de lois, nommés Hhoukom, sont emjinmtés aux peuples de cètte langue. D'autres, connus sous le nom de Oudang-oudmj, sont propres aux Malais; c'est l'eusemble de leurs coutumes, qui se transmettaient primitivement de bouohe en bouche et du père au fils. Le droit de chasse et de pèche est encore rè{;i par ces coutumes, dont les prescriptions n'ont pas dévié du droit naturel. Mais les lois sur la navigation, le mariage, la propriété et l'application des peines, paraissent appartenir à une civilisation plus avancée.
Presque tous les traités de philosophie et de morale sont des compilations d'auteurs hindous, arabes, persans, javanais et siamois. Le plus remarquable do ces livres est le Tâdjou*s Salathtna ou la Couronne des rois, par le moine mendiant Bocharie. Quant aux œuvres historiques des Malais, elles n'ont de l'histoire que le nom. Elles sont pour la plupart des fictions ou des récits fabuleux, qui se rapportent rarement nu personnage dont le nom leur sert de titre. De plus, les dates y sont toujoiuv errontïes. A peine peut-on ajouter foi h quelques chroniques modernes, comme h
Source gallica.tjnf.fr / Bibliothèque nationaie tJe France
DB LA LITTÊnATDRB HALàlSK. »T
celle des rois de Java, que M. Dulaurier n vue h Londres dans la bibliothèque de llafHcs. La partie lu plus considérable do la littérature malaise eoiuprend donc les romans et les poiimes, et encore les romans ne sont-ils souvent que des contes, dont le seul but est de distraire le lecteur. Un de ces récits qui a obtenu le plus do vogue parmi les populations de l'archipel d'Asie est l'histoire de Sri Râma, d'origine hindoue, et qui n'est autre qu'une traduction en prose du Fnnieux poëme sanscrit, le Ramayam. Micheict a dit de lui : « L'année où j'ai pu lire le grand pocnie. sucré » de l'Inde, le divin namayana, me restem chère et • bénie ' . < La Néerlande l'a lu vingt ans avant la France dans sa langue nationale ', et W. Carrey et J, Marshman l'avaient déjii traduit en anglais au commencement de ce siècle.
Mais là où k langue malaise a produit des œuvres vraiment originales, quoique en petit nombre, c'est dans la poésie.
Les poèmes malais sont de trois sortes : le pnnion ou setôkat le sjiàr et le sesamboh.
Le panlon est composé de stances récitées alternativement par deux personnes ou davantage, et qui présentent cette particularité, que le sens de la première strophe se continue toujours dans la seconde , au moyen d'un mot de celle-là répété dans celle-ci. Il est surtout usité d^ps l'improvisation et dans les luttes
< Bitlc de l'kumanUi, i%ik.
^ Traduit par Roorda van Ejriinga, Amsterdam, 1843.
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
S48 APPENDICK.
poétii]ues, et celui des interlocuteurs qui foit les reparties les plus spirituelles et tient le plus longtemps ki pnrole est récompensé par les applaudissements de st'S auditeurs. Maïs ces impromptus, qui durent souvent longues heures, sont rarement recueillis. Cependant quelques-uns de ces petits poèmes nous sont |>arve« nus. J. J. de Hollander citej entre autres, celui intitulé la Jeune Chinoise, et nous avons traduit ceux que le llullctin académique de Batavia a conservés :
SVn I.*AHITli.
Itlon fîls, te choisîi-tu un aiui? vois «l'abord, avant que tu l'all.tclies à lui, si son cœur ne bat point pour lo mal, — de peur que sa frt^uentation ne le nuise :
Un ami qui partage tout avec toi, qui no le dérobe pas ton nom respecté, que tu puisses recevoir avec confiance dans la maison, cl à la parole duquel lu puisses te fier :
Cherche un tel ami pour fn^re et pour compagnon dans les bons et les niau\als jours ! — ni la joie ni la douleur, rien ne piiit rompre ce lien.
Si tu as seulement des amis de table» celle amitié durera peu di? temps ; — si tu le fies A un tel ami, je ne te nommerai jamais un sa(]^.
VXK FEUHE ACCOMPLIE.
Mon fils, avant de t'atlacher A une jeune fille, ïl est nécos-
saîrcquc tu fasses attention à quatre choses, afin que lu aies boubcnr et pai\ dans la maison, et que tu ue sois pas dt^hiissu de tt\aii)is. rV.-iboi'd, que ta feiiimc soh de noble extraction et qu'elle ait en outre une tonne d'or; ensuite, ami^ qu'elle wit aimable et belle entre toutes les belles.
Z^ie choisis pas pour compagne une jeune fille qui manque
Source gallica.tjnf.fr / Bibliothèque nationaie de France
DB hA LITTÉRATURE MALAISE. m
d'une de ces chose*; autrement tu verras tous tes amis te fuiri et (oulo ta vie lu seras seul à soupiivr et & pleurer'.
Ce conseil d'un insulaire do rucéuii Indien ressemble assez aux conseils que des pères prudents de l'Ëuropc donnent de nos jours à leurs enfants. C'est que le Malais est aujourd'hui un homme d'ntîairos» aussi versé dans l'art de grouper les chiffres qu un marchand de Londres ou de Paris.
Mais le jeune homme h qui s'adressent ces instructions paternelles, les obscrvc-t-il toujours? On peut en douter en Usant les vers qui suivent :
h^coute, amie* ma chanson, mes doux chants; tu es In plus belle fleur de tout le jardin ; quand jo te contemple, quand je vois ta tendre bouche, les joues, ton seiu palpitant, mvs désir'; mo rendent haletant; préle-moi donc ton oreille, amie; — ton amant chante ta beauté.
Mais mon chant qui gazouille doit te confier un profond secret ; — allons donc ensembin vers cet endroit éciirié, lA je nic jelteraî Â les pieds, â la plus chère ties femmci! \.à je reposerai sur ton seiu; —aucun regard ne pourra nous surpri^ndre.
— Mou cceur brûle et nie consume, — vite, éloljj'noiis-nousd'ici. Tu es belle, vierge chérie, et sur tes uieuibrcs dulicats
s'étend un riche vêtement de soie brillante; comme tes traits rayonnent, riches def;râccs, — jo me consacre éternellement ^toi pour ne plus te quitter jamais! Car jamais on n'a vu une vierge aussi divinement belle que toi.
La joie fouette mon sang, fait tressaillir mon àtiic et mes sens; mon cœur bondit de bonheur quand mon cctl te regarde;
— tu es une merveille sur la terre, un génie descendu des
1 Tydschrîft, etc., m% t. I, p. 579.
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
ttO AP^BHDICB.
hauleurt du ciel, — je veux toujoun l'aimer! viens* repose Mir uwn sein ) — • ne tiinle paf plus longtcmpi, amie !
Ne lardopas plus loncteinps, amie ! exauce mes tendres soupirs,— C'est vrai, loin toi, jo tb possède encore; je vois ton image dans mes r£ves, elle adoucit toutes mes peines et me ioula(fe,~ mais pourtant.... Ah! no tarde pas plus longtemps, viens avec luoi, — ou jo meurs de langueur et de chagrin *.
Un petit poËme en dialecte bouginaia traduit aussi les mdmes sentiments de tendresse d'un jeune homme pour une jeune fille ; • '
LUI
Ne rrains pas, 6 la perte des belles, que mon cœur so révèle devant toi; non, au plus profond de mon 6lre, ton image est gravée.