‹ Bidasari poëme malaisChapitre 18 sur 23 · ELLE · texte numérisé non relu

ELLE

Beaucoup se fient à des liens en apparence indissolubles; maint cœur auquel on se livrait faiblit comme le bible roseau.

LUI

Ab ! ne récompense pas par cette froideur l'amour qui brûle

1 T/diehrift, «te., 18IS, 1. 1, p. 079.

DE LA LITTÉnATDRE UALAISK. Kl

en uloi. MaU iuaulre>inoi auui que ton amour ilMaiune crainte et frayeur'.

Telle est cette forme |iarticulièie tte pot'nic, dont . Marsden * et CrawfunI ' ont décrit le caractère prosodique ;

« Le fanion ou seloka, divisé en strophes de quatre vers à rimes altenides, est sentencieux et viiergiquo; miiis son plus grand uidril» consiste à laisser deviner plus qu'il n'exprime. En général, ies deux premiers vers sont symboliques; il s'y trouve une ou deux images principales. Les deux derniers doivent exprimer une idée morale, sentimentale ou d'amour, se rapportant toujours à l'allégorie contenue dans les premiers vers. Telle est la règle ordinaire, mais elle n'est pas toujours suivie dans la pratique. Il arrive même souvent qu'on ne reconnaît aucun lien entre le commencement et la fin de la strophe. Ccpcnilunt les Malais prétendent que la conclusion du panton est toujours juste, lorsque le poëme a toujours tenu en éveil l'attention do l'auditeur et obtenu ses applaudissements. «

Le vers malais , qui se contente parfois d'une rime apparente , est ordinairement de dix ù douze syllabes , quelquefois il en possède treize ; mais celui-ci est peu agréable h l'oreille. Lu longueur ou la brièveté des syllobes est , dans la plupart des cas , déterminée par

< Tydichrifl, etc., 1844, 1, III, p, iVt.

3 IiitroJticl, à la grammaire malaise.

' iiidian Archipetaga, t, ll,p, 47.

m APPENDICE.

l'accent tonique. Mais la pénultième d'un mot, lort' i|n'rllp nVst pan fernide pnr une conionne , est toujoura longue, et chaque •yllube qui finit en e muet est toujoun brève Il but encore remarquer, dans le panton et les autres poésies malaises, une particularité de leur forme extérieure, laquelle consiste h écrire le deuxième vers non au-dessous, mais à côté du premier ; le quatrième h côté du troisième et ainsi de suite. Les vers sont seulement séparés par un astérisque ou par un Irait vertical.

Le poi-me nommé sjiar difTère totalement du pnnton : c'est le poëme épique, dont le sujet, historique ou liérntque, ou purement romantique, a reçu un certain développement. La plupart des vers ont la même mesure que ceux du panton , mais il faut qu'ils riment quatre par quatre.

Le tjiar jouit d'une considération poétique supérieure il celle du paoton, et on retrouverait dans ce genre de poésie les beautés d'Homère , si l'on ne tenait compte de trop nombreuses répétitions, On y remarque aussi une naïveté enfantine , une grande simplicité dons l'exposition des bits , une expression naturelle du sentiment et des mouvements de l'itme, quelque chose d'émouvant et d'entraînant ; mais aussi bien des longueurs etdesmots inutiles, donton ne peut expliquer la présence que par la nécessité de In rime et de la mesure.

* Marxien*!, Mal, Spraaikwut^ vtrtaatd door Elout. — Wendiy, Afal. ifrûoi, Anitenlain, 1736.

Source gallica.tjnf.fr / Bibliothèque nationaie tJe France

DE LA LITTARATUBE MALAISE. lU

Outra les |)ofinet de longue Imleins, le sjiar en couipreud «uiai de uioindra iStenduu. Ciiii dcruim embrassent les hymnes h h Divinité ou les louanges des hommes, des théories de morale, des élégies sur la Viinitë ou l'inconstance du inonde , et sur l'injustice du sort, des chants d'amour. Les vers de ces petits pocuics ont la même mesure ijue ceux des grands, mais ils riment différemment, tantôt deux il deux, tantôt quatre à quatre, et tantôt alternativement deux à deux et quatre & quatre

Parmi les grands tjiars les plus célèbres, on cite Baden Manirie et Kin Tambouhan, C'est l'histoire des amours du prince royal de Poura Ncgara et d'une dame de la cour de sa mère, prisonnière de guerre et qu'il avait secrètement épousée. La reine, qui avait destiné h son fils une princesse de Uandjur Koulon, fut très-irritée de voir ses projets contrariés, et résolut dé faire mourir Kin Tambouhan. En outre, son fils devait être enlevé pendant une partie de chasse, et en même temps Kin Tambouhan devait périr de la * main d'un de ses serviteurs. Mais celui-ci hésite 'a obéir à sa souveraine et lui fait observer que Kin est la femme de Itaden Mantri. Alors la reine lui répond d'un ton menaçant : Si tu n'accomplis pas ma volonté, • c'est toi qui périras. •

— « Bien que cet ordre cruel dût troubler son tmo, continue le poëte, le serviteur accomplit sa mission > tout en sentant son cœur défaillir. • Il rencontra Kiu Tambouhan, et, se prosternant avec respect, il lui dit :

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque hationaie de France

m APPBNDIOB.

• Princesse, panlonnei-moi, votre époux vous appelle. » A cette viiix, elle pAlit et trembla, et de ses yeux jaillit un torrent de larmes brûlantes. L'(!|'Ouvante pénétra sa chair jusqu'il la moelle des os. Cependant elle fit ses préparotiii de départ et d'un pas chancelant aocompagm le serviteur de la reine. Toutes ses femmes la suivirent; tojtes celles qui l'aimaient et la voyaient eii larmes lui prodiguèreB.' des consolations, et lui firent cortège jusqu'il la porte du palais, Lh elle dut se séparer de tous ceux qui lui étaient chers. Craignant que ce fût pour toujours, elle se tordait de douleur : a Adieu • , s'ëcria-t-elle à ses femmes, et celles-ci ne purent proférer une seule parole, affligées qu'elles étaient de l'ailliction de la princesse. Elle les pressa sur son cœur : « Adieu , niurraura-t-cUe encore , 6 mes amies fidè- > les I » Elle les embrassa, et, s'arrachant il leurs bras, elle alla rejoindre son époux dans la forêt.

•I Quel pénible trajet I ses larmes coulaient dans un morne silence, l^es oiseaux regardaient l'infortunée avec pitié et chantaient dans le vert feuillage des arbres un chant triste et plaintif. Les fleurs brillantes semblaient pleurer sur elle et fermaient leur corolle odorante. Et elle, elle marchait sachant à peine diriger ses pas. Deux de ses nourrices la -suivaient' et l'encourageaient. Mais elle n'en pouvait plus de crainte et d'épouvante. Le sang se figeait dans son cœur et dans ses veines, lorsqu'elle se vit près de la forêt. Kt se heurtant contre un roc caché dans l'obscurité, au milieu des branches enlacées, sous une voûte sombre de feuilles vertes.

Source gallica.bnf.fr / BibliothèquË nationale de France

DE LA LITTâRATOnB MALAISE. tSS elle tomba ëpuis^e. < Déjh la nuit vient, niurmuru-

> t-elle , elle m'enveloppe. — Ali I Uaden Montri ,

> écoute ma plainte; tu es mon d|iaux,< mon soutien, » mon ami ; protdge^moi contre ta mère ! >

« Le serviteur qui l'avait conduite dans ce lieu solitaire et sauvage ne peut retenir ses larmes. Il s'approche d'elle. « Je vous ai trompée, princesse. La plus puis- » santé des femmes, & qui appartiennent ce peuple et » ces terres, ma souveraine, m'a ordonné de vous con- » duire dans cette noire solitude et de vous tuer. Je dois

> accomplir ses ordres, princesse, hélas ! je suis son

> esclave ; qui me protégerait contre elle ? » Kin Tambouhan se jeta dans les bras de ses nourrices, en entendant la sentence de la reine qui l'a condamnée à mort. C'est comme si le glaive lui avait percé le cœur. — KUe tremble d'angoisse, ses larmes coulent à flots, quand sa pensée se reporte vers Raden Mantri et lui retrace son amour, sa fidélité sans bornes, son bonheur, ses doux rêves : « Hélas ! tout est fini, tout est passé ! > s'écrie-t-elle dans sa douleur et dans ses angoisses mortelles. — Mais bientôt elle se dresse. • Eh bien , acconi' • plis ta mission, transperce mon cœur ! Si je ne puis

> échapper a mon sort, — le ae\ voit ses actions crimi- » nelles, elles ne resteront pas impunies. Mais laisse- » moi, avant que ton glaive me frappe, écrire un dernier » adieu à mon époux. » Elle cueille une feuille de lontar, et elle y grave avec son ongle qui lui sert de stylet ces tendres paroles : • Adieu, adieu, mon époux ; je me » tiens au rivage de la mort, le kriss de la vengeance va

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va APPENDICE.

» me tuer. Puisse le ciel nout accorder de noua revoir

• lii-liaut ! Iteste obéissant tt ta mère, fuis ce ijiie la reine » orduuiie. Veul-ello te donner une autre femme, fais > su volonté, ne lui résiste |mis. Je meurs pour toi ; je

• ne puis dire combien, durant ma vie, je t'ai aimé. » l'our toi seul, mon unique ami, a respiré ma poitrine, K a battu mon cœur ; et dans la mort je n'aurai que lu ■ douleur d'être privée de ta vue, — car dans la tombe » encore je te resterai 6dèle. •

• Ainsi écrivit-elle sur une feuillede lontar. Elle laissa approcher le vieux serviteur et dit avec courage et dignité : u Fais ton devoir, je suis prête I • Le vieillard trembla, une larme de commisération roula de sa paupière. C'est un esclave; il sait son devoir, il saisit son arme; — mais s'il jetire le fourreau, celui-ci retombe bientôt : — il n'a pas la force de montrer le kriss nu. Enfin il fait un nouvel effort; le fer éclatant brille en haut, au bout de son bras, il descend et pbnge dans le° sein de Kin Tambouhan, qui tombe à terre en recevant le coup mortel. •

Le prince, en retournant de la chasse, apei^it le cadavre de sa bien>aimée et se tue à ses cAtés. Le roi, informé de la fin tragique de son fils et de celle qu'il aimait, courut éperdu vers la (brét où gisaient les deux cadavres ut les fit enterrer avec la pompe due à leur rang. Mais la reine n'en voulait pas seulement à la vie de Kin Tambouhan ; elle poursuivit encore sa victime dans sa tombe et s'opposa à l'inhumation de son corps. • Hais le roi, dit le poète, répète son ordre formel :

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