CHAPITRE VIII
Conclusion.
J*ai préféré reproduire, dans la dernière partie de cet écrit, les paroles prononcées il y a huit ans, et qui suffisent complètement, à mon avis, pour réfuter les erreurs funestes à l'aide desquelles on s'est efforcé , depuis huit mois , d'égarer l'esprit des classes ouvrières ; erreurs qu'elles expient aujourd'hui par des souffrances si prolongées et si cruelles !
On leur promettait qu'ils seraient tous rois s'ils voulaient marcher vers un abîme d'anarchie, qui les conduisait au pire esclavage de tous, à celui de la misère par l'absence du travail. On leur promettait qu'ils allaient tous être riches s'ils aidaient à faire main basse sur le bien public et sur l'opulence privée. Hélas ! avec le plus grand désir de venir à leur aide, même en tierçant l'impôt sur les propriétés, la fortune de l'État n'a pu sufSre, en s'obérant, qu'à leur fournir des secours qu'on s'est vu forcé de ré-
duire au simple prix du pain nécessaire à Tapaisement de la faim , quand le pain n'est pas cher/...
Lorsque les ouvriers rapprocheront, dans le calme de leur esprit, les promesses qu'on leur faisait, les maux qui les ont suivies, et nos conseUs qui les leur eussent évités, nos paroles acquerront à leurs yeux la triste et rigoureuse autorité de l'expérience accomplie.
Et comme nous avions exprimé nos pensées longtemps à l'avance , on ne pourra pas nous accuser de faire une polémique irritante contre telles ou telles personnes dont les sophismes récents ont contribué, sous tant de formes diverses, à produire l'égarement et les maux auxquels nous voulons porter remède.
Puissions-nous ramener dans les voies salutaires de l'expérience et de la raison , et les orateurs et les écrivains trompés, nous aimons à le croire, par les illusions de leurs espérances impossibles; mais non par cette perversité de tribun qui renverse tout devant elle, pour s'élever sur des débris et dominer sur des ruines.
Ce sont nos grandes cités qui souffrent aujourd'hui des maux extrêmes, malgré la con-
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fiance qui renaît , et le travail qui commencé à reprendre. Nos villes du premier ordre, ainsi que la capitale, ne peuvent prospérer qu'en restituant à l'opulence le calme et la sécurité ; qu'en rappelant de la campagne les riches propriétaires exilés, comme l'étranger, par la frayeur; qu'en rappelant de leurs refuges les capitaux épouvantés à bon droit, et qu'on accuse A'égoisme aussitôt qu'ils se refusent à la spoliation. On prétendait frapper les fortunes présentes par ' des lois d'inégalité progressive , qu'on proposait, le croira- 1- on? par amour de l'égalité; mais d'une égalité qui détruisait le droit naturel au nom du droit politique , qui méconnaissait ce qu'a de saint le principe de la propriété, fruit du travail et de l'épargné : propriété non moins respectable et non moins sacrée, lorsqu'elle est grande et s'appelle opulence , ou lorsqu'elle est petite et prend le nom de simple aisance ou de bien-être populaire.
Heureusement ces folies ont passé comme l'inondation d'un torrent. Les dévastations, il est vrai, couvrent la rive ; mais les bons citoyens se mettent à l'œuvre, les uns pour réparer les
digiieSy les autres pour rendre la vie aux cultures dévastées: tout peut renaître.
Après tant de révolutions qui, tour à tour , ont fait triompher certaines classes aux dépens des autres, toutes ont eu leurs jours de triomphe dont elles ont abusé , puis leurs jours dé revers dont elles ont été victimes. Puissent-elles avoir appris, à leurs dépens, qu'il n'est de succès durable pour aucune d'elles qu'en offrant à toutes les autres la sécurité, l'honneur et la concorde» Il ne suffit pas d'Iâcrire , dans le mythe des lois, qu'^ France il n'est plus ni classe^, ni distinctions, si les souvenirs, si les mœurs, si les situations, si les services passés et présents établissent des nuances qui sont la société même dans son harmonie naturelle.
Laissons opérer, sans vic^ence, la nature des choses , qui , dans un Ëtat libre , où les droits civils sont égaux, développe en paix l'édifice vivant d'une population intelligente, où chacun trouve, en crédit , en honneur, en influence, le juste prix de la vertu, du mérite et des services rendus soit à l'État, soit aux citoyens.
N'est-ce pas ainsi que la Providence elle-
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même offre à nos yeux les végétations, si différentes , qui sont la parure et la beauté de la terre? Que seraient cette beauté, cette parure, si le globe entier n'était couvert que des plus humbles graminées, où l'œil ne distinguerait rien de plus qu'à la vue d'un désert de poussier verdoyant? Mais le Créateur, qu'on n'accusera pas d'iniquité , lorsqu'il offre à nos regards toutes les diversités de force et de grandeur' vitales, de l'hysope jusqu'au cèdre et du roseau jusqu'au chêne, de la fourmi jusqu'au lion et du roitelet ^ jusqu'à l'aigle, le Créateur érige une échelle de grandeur, que l'imagination prolonge de monde en monde, jusqu'au terme des termes , c'est-àdiré jusqu'à Dieu même , sans qu'aucun orgueil ici-bas ait droit de se plaindre pour n'avoir pas été fait moins petit et moins impuissant.
Au lieu de nous offenser que la nature et la fortune ne nous aient pas à tous donné la même force, la même int^ig^ce et les mêmes biens en partage, sans être enorgueillis des plus beaax dons , sans être humiliés des dons les plus modestes, rivalisons par la vertu , cette inégalité sublime qui n'appartient qu'à l'homme et ne
dépend que de son âme ! Unissons nos efforts pour nous seconder , pour nous élever les uns les autres, au lieu de nous envier et de nous rabaisser. Aidons tous ensemble à la patrie, qui ne sera puissante, qui ne sera grande elle-même, et prédominante, entre les grandes nations, que par nos grandeurs réunies, grâces à notre concorde.
Sans qu'aucun de nous maudisse la part qu'il a dans ce monde, rendons grâces, d'un même c^ur, à Tauteur commun de notre existence. Bénissons-le dé nous avoir fait naître dans un siècle et sur un sol où l'espèce humaine est plus heureuse, le peuple plus libre, la terre mieux fécondée, la civilisation plus puissante et la vie plus prolongée qu'elle ne l'a jamais été depuis vingt siècles. Loin de nous contenter d'être arrivés à ce degré de supériorité sur les âges antérieurs, tra< vaillons tous, suivant notre force et notre courage, à porter plus haut encore le bonheur de nos semblables, en conmiençant par notre peu-, pie, à reculer les bornes de nos connaissances et dans les régions sublimes de la science et dans les régions modestes de l'utilité pratique ;
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afin qu'un jour' la fbsiènié ëompte aussi Tépoque où nou^ vivons entre celles qui marquent, par leurs Ynohuments immortels ; l'accroissement de la gloire humaine.