BIEN-ÊTRE ET COUCOAPB
tionnellement à son travail , à son talent , à sa probité.
« La liberté dans l'industrie , c'est l'entière faculté de se livrer, en tous lieux , à tous les travaux qui ne sont nuisibles, ni pour nos concitoyens en particulier, ni pour l'État en général.
< La fraternité, ce n'est pas une vaine égalité de grossièreté, une absence d'égards , de déférence, de gratitude et de respect, entre les subordonnés et leurs supérieurs, entre les ouvriers et leurs chefs. Ce n'est pas la permission de fumer dans les ateliers et dans les palais (1), ou de chiquer dans les boutiques, au risque d'empoisonner, de tacher la marchandise, et d'éloigner l'acheteur délicat. La fraternité véritable , c'est une affection généreuse, dont la nature développe le germe dans tous les bons coBurs ; c'est une sympathie qui nous fait aimer nos semblables, chercher à leur être utile, à les servir, à les éclairer, à les secourir s'ils sont malheureux. Voilà la vraie fraternité qui, j'ose le dire, répand sa douce influence dans les ateliers français, plus que dans les ateliers de tout autre
(1) Comme en 1848.
peuple; parce que le Français est de tous les hommes le plus sociable et le plus humain.
< Un auditoire qui se compose de l'élite des ouvriers , des fabricants et des négociants , n'avait sans doute pour lui-même aucun besoin d'entendre les vérités que nous avons essayé de rapprocher, afin de leur donner plus de force et d'évidence. Mais vous pouvez exercer sur vos concitoyens , chacun dans votre profession , la plus salutaire influence, en redisant ces vérités, en éclairant les hommes simples, en détrompant les crédules, en leur signalant le précipice que les ennemis du bonheur public creusent sous leurs pas. Jamais la France n'a présenté de spectacle plus fait pour éveiller la sollicitude de tous les bons citoyens. D'un côté, tous les anciens et fidèles amis de l'ouvrier, les consolateurs de ses souffrances , les fondateurs d'hôpitaux pour sa vieillesse , de classes pour ses adultes , d'écoles pour sa jeunesse, d'asiles, de crèches pour son enfance, et de caisses d'épargne pour sa virilité; de l'autre , tous les conspirateurs , qui veulent renverser l'édifice de la société, qui balbutient l'amour du peuple ^ sans jamais avoir rien fait pour le peuple ; qui l'em-
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brigadent avec mystère , parce qu'il faut le mystère pour enfanter des actes criminels que ferait avorter la darté du jour : d'un c6té , l'amour de l'ordre , le respect de tous les droits , le secours à tous les maux , l'exemple sacré de toutes les vertus ; de l'autre , l'horreur des lois , la soif des spoliations^ la haine de la propriété, et le mépris des droits acquis.
<K Je ne sais pas jusqu'à quel point la patience, ou plutôt l'imprudence de la société, laissera croître les préparatifs et les dangers de cette lutte ; mais aussi longtemps qu'il me restera la faculté de faire entendre la voix de la raison, l'appel à là concorde, au maintien de la paix civile, au progrès de la sagesse populaire, quelles qu'en soient les conséquences , il est du moins une voix qui ne cessera pas de répéter aux ouvriers français , et les vérités austères, qui leur éviteront l'abîme , et les vérités consolantes qui les mèneront au bonheur. »
Je ne puis pas, je ne veux pas désavouer un seul mot des paroles que je prononçais il y a huit ans, et que l'expérience a justifiées par do si terribles commentaires.
Il ne s'agit pas ici de préconiser telle forme
DES CLASSES DU PEUPLE FBA.NÇAIS. 129
de gouvernement plutôt que telle autre. U s'agit de protéger, de défendre et de sauver la société tout entière, menacée dans ses fondements. On l'attaque aujourd'hui , malgré sa forme républicaine, comme on l'attaquait auparavant sous sa forme de monarchie constitutionnelle. On ne tient compte à la République ni de ses
sympathies pour les classes ouvrières, ni de ses sacrifices incessants, au jnilieu d'une pénurie sans exemple. On lui demande l'impossible , on l'exige avec audace ; et quand elle est réduite à ne pas accorder ce qui passe les moyens humams, des flots de sang sont versés pour abattre, au nom du peuple, le gouvernement du peuple.
Oublions plus que jamais nos dissentiments et nos discordes pour nous rallier à l'étendard de la patrie organisée, c'est-à-dire de la société telle aue Font faite et perfectionnée le génie et les travaux de vingt générations. C'est une œuvre qui sera toujours glorieuse, et qui ne passera pas, quelle que puisse être la mutabilité des institutions.