‹ Bienvenue à son Altesse royale le duc d'York et de Cornwall, sept. 1901 [microforme]Chapitre 3 sur 3 · EPL ETC LT CUT · texte numérisé non relu

EPL ETC LT CUT

Halte, Prince ! Entends-tu ces rumeurs, ce canon, 4 Tous ces hourras joyeux que l'on mêle à ton nom, | : Et sur les foules affolées, l En flots harmonieux l'airain carillonneur,

Du haut des vieilles tours, lancer en ton honneur

Ses plus solennelles volées ?

Un essaim de drapeaux voltige à tous les mâts . . . C'est Québec, c'est la ville aux grands panoramas

Qui, debout sur son promontoire,

Prince, cargue ta voile, et sois le bienvenu

<RFT

| Dans l'éclat du matin t'a vite reconnu , % |

Au seuil sacré de notre histoire !

Regarde ! c'est ici, sous ce sommet altier,

Que, rival des plus grands, notre immortel Cartier Jadis ancra sa caravelle,

Et déroulant au vent ses plis fleurdelisés,

Vint, la Croix à la main, aux incivilisés

Apporter la bonne nouvelle,

Regarde ces longs prés, ces penchants, ces vallons,

Et, par delà ces champs ondulés d'épis blonds, Cette forêt mystérieuse . . ,

Ici l'on combattit souvent un contre vingt ;

Pas un guérêt, pas un fourré, pas un ravin

Qui n'ait sa page glorieuse !

Car, de nos moissons d'or si fiers que nous soyons,

L'herbe qui, le printemps, verdit dans nos sillons Prend sa racine en bien des tombes ;

Sur nos bords aujourd'hui si paisibles, le vent

Aux aromes des bois a mêlé bien souvent

L'odeur des fauves hécatombes.

À Combien de chocs sanglants, de luttes sans merci,

De combats acharnés haletérent ici,

u jour des dernières cris

À cette époque où rien n'égala, tu le sais,

L'héroïque valeur des vieux colons français

Avec la barbarie aux prises ! | |

Mais l'orage atteignit à son point culminant Quand les peuples armés de l'ancien continent,

Héritiers d'antiques colères,

Sur ce sol vierge encor se donnant rendez-vous, Dans leur ambition trar

Leurs

rivalités séculaires.

| sportèrent chez nous | | Nous luttâmes longtemps, nous luttâmes sans fin, | Jusqu'à ce que, vaincus par le nombre et la faim, | Après la suprême victoire,

Nous dûmes succomber, privés de tous soutiens,

Lorsque le sort jaloux fit en faveur des tiens L |

Pencher son urne aléatoire,

ifaigè is

Lève les yeux, c'est là, sous ces hauts bastions, Qu'en un jour fatidique on vit deux nations, Aux lueurs du canon qui gronde,

Dans ce vaste champ-clos aux merveilleux décors,

Ainsi que deux géants s'étreindre corps à corps,

Pour changer la carte d'un monde,

Ce fut un duel épique en un sombre ouragan.

Deux preux, Wolfe et Montcalm, s'étaient jeté le gant, Et pour mieux mesurer leur taille, À la tête des leurs dans ce choc hasardeux,

Sur des monceaux de morts s'étaient couchés tous deux,

Fauchés par l'ardente bataille,

Ce furent les martyrs d'un nouvel univers :

Comme si Dieu voulût que, sous ces gazons verts

Où, sans distinctions aucunes, Ennemis comme amis ont confondu leurs os, Pour le bonheur de tous le sang des deux héros

d'éternelles rancunes,

Et quand le sort, fixant tout espoir incertain, Eut enfin mis le sceau sur le futur destin De cet immense territoire, Du coup de dé final il consola les cœurs, En décernant À tous, vaincus comme vainqueurs,

Une part égale de gloire.

Une page d'histoire a toujours son verso, Et peut être à la fois désastreuse et féconde : Où le passé s'écroule un avenir se fonde ;

Ce qui semble la tombe est parfois le berceau.

Souvent le sang versé sur les plaines rougies

Retrempe le ressort des mâles énergies , . .

Entre les anciens combattants

L'Ange des noirs conflits dès lors ferma son aile ;

Et devant nous, depuis, une ère fraternelle

Ouvrit sa porte À deux battants.

mme 8, ei =

tiss titles 607 1d

La grande loi qui veut que tout meure et renaisse A fait revivre ici, radieux de jeunesse, D'ardeur et de virilité, Un peuple fier d'avoir, en ses veines vivaces, Le sang chaud et fécond des deux plus fortes races

Dont s'honore l'humanité,

Des préjugés d'antan il a brisé les chaînes ;

Et, l'œil plein du rayon des aurores prochaines, Il poursuit son noble chemin,

Peuple libre, ennemi de tous les arbitraires,

Peuple de travailleurs, surtout peuples de frères

Qui marchent la main dans la main,

Les rivaux d'autrefois, devenus des émules,

Ont des anciens défis renié les formules ; Et, du sol vaillants défenseurs,

A l'appel du péri:

Sous les mêmes «

“vent un contre quatre, aux on les a vus combattre

Et vaincre les envahisseurs,

nés ob tin

RO SU me

Sans cesse élargissant la route où Dieu les mène,

Reculant les confins de leur riche domaine, En infatigables lutteurs, Ils ont fertilisé la lande et la savane,

Et nul désert n

pu lasser la caravane

De leurs hardis explorateurs,

De merveilleux projets l'âme toujdurs en quête, Is ont accumulé conquête sur conquête, Et l'on voit, d'instants en instants, A Du fond de leurs torrents surgir des métropoles, Pendant que leurs hameaux se couvrent de coupoles

Et leurs mers de palais flottants,

Ce n'est pas tout encore : ingénieurs sublimes,

De nos himalayas ils ont dompté les cimes Au travers d'obstacles sans nom, Et, par un coup d'audace immense et magnifique,

Relié l'Atlantique avec le Pacifique

Par un gigantesque chaïnon.

Vaste artère par où, vo)

igeuses Cohortes, Demain les nations jetteront à nos portes Les richesses de l'Orient ;

Car l'heure va ve:

ir, l'heure où, sans jalousie, Sur le sol canadien, l'Europe avec l'Asie

S'embrasseront en souriant.

Voilà ce peuple né de la lutte suprême !

Plus que tout autre il a résolu le problèsne De la sainte fraternité ;

Chez lui le droit de l'homme au devoir

La base de son code a nom Démocratie,

Et sa devise est : Liberté !

Dans la foi collective, il met son es

nice». «

pé

Non content d'enlacer la fleur-de-lys de France

Avec les roses d'Albion,

Il est fier de mêler encore, en sa guirlande,

L'âpre chardon d'Ecosse au doux shamrock d'Irlande

Féconde et robuste union !

SF AD aa

niet Les is midi us his Blé hisvienieeiveietietie LL CPC

E 4€ Le < 1 Ë x ; Union! union ! alliance ! harmonie ! AT $ Tolérance chrétienne et concorde bénie ! - 62 ’ , ; Serions-nous donc les précurseurs :

# De ces jours radieux que l'avenir recèle, n 1 i Jours si longtemps rêvés de paix universelle, Ë 1 : Où les nations seront sœurs ?

4 ne + A À ENVOI : ñ ‘ Prince, on a dit qu'un peuple heureux n'a pas d'histoire. & Î 1 : ñ ; ” Or, tu le vois, sans être un peuple aventureux, $ | : « | CP) PP : = 1 Le Nous avons notre histoire, et nous vivons heureux, 4

En dépit de ce mot vide et déclamatoire. LS

Ce bonheur fait de paix, de calme et de repos, et:

A qui le devons-nous après la Providence?

Si ce n’est à la fière et libre indépendance

Qui règne sous les plis de tes nobles drapeaux.

Reçois-en donc ici notre hommage sincère !

Les liens qu'en nos cœurs ont créés avant toi Ton immortelle aïeule et notre auguste roi,

j Ta présence aujourd'hui les double et les resserre.

Mais une femme est là qui trône À ton côté ; Dans nos chers souvenirs vivra sa douce image ; Qu'elle accepte, elle aussi, sa part de notre hommage,

Reine déjà, de par la Grâce et la Bonté!

| Que tout, jusques à l'air que su bouche respire, | Se dispute en ce jour l'honneur de la charmer ! Ce n'est pas un pays qu’on devrait surnommer

Le plus beau joyau de l'empire !

Page 1