‹ Billets de décès de médecins du XVIIe au XIXe siècleChapitre 1 sur 3 · Billets de décès de médecins du XVIIe au XIXe siècle · texte numérisé non relu

Billets de décès de médecins du XVIIe au XIXe siècle

Il y a deux ou trois ans, le Dr Dureau, le regretté bibliothécaire de l’Académie de Médecine, tout en nous communiquant avec son affabilité ordinaire ses dossiers personnels pour nos recherches, nous signalait l’intérêt documentaire des lettres de faire part de décès de médecins qu’il classait soigneusement dans ces dossiers. Le souvenir ému de la conversation de cet excellent maître nous est revenu récemment à la mémoire en retrouvant, dans une maison de campagne dont nous venions d’hériter, une collection de lettres d’enterrement conservées dans la famille depuis le commencement du siècle dernier. Nous eûmes la curiosité de rechercher ce qui avait été publié sur ce sujet: tel fut le point de départ de cette étude incomplète, dont le but est d’insister sur des sources de documentation, monotones par la formule qui s’est transmise presque intacte de siècle en siècle, mais précieuses au point de vue des usages, des filiations, de l’orthographe des noms, des professions, des dates de mort et lieux d’inhumation, même au point de vue artistique. Nos pères ornaient, et parfois magnifiquement, l’avis de l’entrée dans l’éternité de quelque membre de la famille : tel vieux billet d’obsèques est un chef-d’œuvre de composition et de gravure. Celui du peintre Reynolds, gravé par Bartolozzi, est une rareté de cabinet que cite Feuillet de Conciles ( Causeries d un Curieux ; Paris, 1862, p. 174). Et l’on en a si bien compris l'intérêt documentaire, que le Département des imprimés de la Bibliothèque nationale de Paris a réuni depuis une vingtaine d’années une collection de lettres d’enterrement, pour lesquelles il n’y a pas de dépôt légal, et les a classées par ordre alphabétique. Cette série comprend maintenant plus de 100 boîtes ; elle rend de grands services aux chercheurs et aux généalogistes. Il y a des renseignements qu’on ne trouve que là. D’ailleurs, de nombreux collectionneurs rassemblent au-

jourd’hui des lettres d’enterrement : on nous en a signalé un qui n’en possédait pas moins de 40.000 (1).

Nous leur serions reconnaissant, si notre modeste contribution à ce sujet leur parvenait, de bien vouloir nous communiquer leurs pièces intéressantes, en vue d’un travail d’ensemble, plus complet que celuici, sur les billets d’enterrement.

L’usage des billets imprimés pour faire part des décès ne semble pas remonter au delà du xvne siècle (2). Le règlement de la librairie de 1618 est le premier qui fasse mention des billets d’enterrement, pour l’impression desquels on ne pouvait obtenir de lettres de privilège. Le libellé des billets, quand l’imprimerie fit disparaître les crieurs (3), est l’exacte reproduction de la formule usuellement employée par ces derniers pour notifier un décès et convier à des funérailles. M. Boursault, dans le Mercure Galant, comédie burlesque (1683), met en scène un libraire qui propose de les enjoliver :

Mais, Monsieur, les billets nécessaires

Pour inviter le monde aux convois mortuaires

Ont été si mal faits qu’on souffrait à les voir,

Et pour le bien public j’ai tâché d’y pourvoir.

J’ai fait graver exprès avec des soins extrêmes De petits ornements de devises, d’emblèmes,

Pour égayer la vue et servir d’agréments Aux billets destinés pour les enterrements.

Vous jugez bien, Monsieur, qu’embellis de la sorte,

Ils feront plus d’honneur à la personne morte.

Et que les curieux amateurs des Beaux-Arts Au convoi de son corps viendront de toutes parts.

D’après M. Esquieu, qui a publié récemment une monographie très intéressante sur les billets rennais (Bull. Soc. archéol. cl’ Ille-et-Vilaine, 1904, XXXVIII, 269-373, 25 pl . ) , l’illustration des placards remonterait à 1680. On s’était aperçu que le grand format appelle l’illustration, et l’époque des thèses à gravures fut aussi celle des billets d’enterrement historiés. (Pellisson, loc. cit. infra, p. 201.)

A l’origine, aucun nom de parents ne figurait sur les billets d’enterrement, Jusqu’à la fin du xvne siècle ils sont anonymes.

Voici, à titre d’exemple, un billet datant du xvne siècle (4), pour une messe de bout de l’an de la femme d’un médecin conseiller d’Etat :

Vous estes priez d assister au service du bout de Van de deffuncte damoiselle Louyse Tremollieres, viuante femme d’Elie Bédé, Escuyer, Sieur des Fougerais , Docteur régent de la Faculté de Médecine de Paris, Conseiller d’Etat et médecin ordinaire du Roy : qui se dira

(1) Mmt! la comtesse de Raymond avait réuni 36 000 pièces qu elle légua à la ville d’Ag'en. M. le marquis de Granges de Surgères, M. le comte de Saint-Saud, la Bibliothèque de l’Université de Gand, possèdent des collections d’un inexprimable intérêt (Esquieu, loc. cit., p. 271). — Nous devons une mention spéciale à la collection de M. de Longpérier, membre de l’Institut, et surtout à celle de M. Robert de Crévecœur.

(2) Fouy (Ferdinand), Feuilles volantes ( billets de naissance, de mariage, d'enterrement, caries de visite, etc.). Amiens, 1863, in-8°, 36 p. — Tiré à 50 exemplaires.

(3) Voir, sur le crieur des morts, Barbier de Montault, Œuvres complètes , XII, p. 314.

(4) Nous reproduisons ci-contre un autre billet du xvne siècle publié par M. Bouchot dans La famille d'autrefois. Le mariage, la naissance, la mort. Paris, 1887, p. 304.

ça*. V

( Sy>

"Sa

£ ^ Ns & .*

■ <k% eKîfe

^ "*$ e*wk

gg

) ÜJ §S

Ib2

Page 1