‹ Billets de décès de médecins du XVIIe au XIXe siècleChapitre 3 sur 3 · CL · texte numérisé non relu

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Tenon, né en 1724, fut inhumé au Père-Lachaise (11° division). En 1896, M. Grébeauval signalait au Conseil municipal l’abandon complet de la tombe du célèbre anatomiste.

Vous êtes prié d’assister aux Convoi, service et enterrement de Monsieur Philippe Pinel, chevalier de laLégioa, d’honneur et de Saint-Michel, médecin en chef de l'Hospice de lavieillesse (femmes), Professeur honoraire à la Faculté de Médecine, membre de l’ Académie des Sciences, décédé ce jour à 6 heures du matin, qui auront lieu à l’Hospice de la Salpêtrière, le vendredi 27 octobre à 11 heures.

De Prof undis .

De la part de Madame Pinel, de M. Pinel ( Scipion ), médecin, de Mme Honorine Pinel, de M. Charles Pinel, et de M. Honoré Pinel, ses épouse, fils, belle-fils, fils et petit-fils.

Paris, ce 25 octobre 1826.

L’illustre aliéniste est mort à l’âge de 81 ans. Il est inhumé au Père-Lachaise. (Voir L. Picard, loc. cit.)

Vous êtes prié d’assister au convoi, service et enterrement de M. le baron Antoine Portal, chevalier de l’ordre de Saint-Michel, Commandeur de l’ordre royal de la Légion d’honneur, Chevalier de l’ordre Constantinien du royaume des Deux-Siciles, Membre de l’Institut ( Académie royale des Sciences), Président d’honneur perpétuel de l’Académie royale de Médecine, membre du Conseil général des hôpitaux et hospices, Professeur au Collège royal de France et au Muséum d' Histoire naturelle, Membre de plusieurs autres Sociétés savantes françaises et étrangères ; décédé en son hôtel, rue de Condé, n° 12, ci Paris, le 23 juillet 1832; qui auront lieu mercredi prochain, 25 du courant, à 11 heures du matin, en l’église paroissiale de Saint Sulpice.

De Prof undis.

De la part de M. et Mmc de Lamourié ; de M. le baron de Vialar, de M. et Mme Le Leu d’Aubilly et de leurs enfants ; de Mlle Emilie de Vialar, de M. le baron Augustin de Vialar , de M. et Mme Maximin de Vialar, de M^e Camille de Vialar , de Mme Horn, de M. le Dr Cornac, de Mme Cornac et de Mme la baronne Berge, ses fille, gendres, petits en fans, arrière petits-enfans, sœur, neveu et nièces.

Le baron Portal était né en 1742. Il a été inhumé au « cimetière de l’Eglise Montmartre ».

Monsieur le baron des Genettes, Monsieur le baron de Sordeval et Mme la baronne de Sordeval, née des Genettes ; M. René de Sordeval ; M. l’abbé des Genettes, curé de la paroisse de N.-D. des Victoires, M.le baron de Valazé, lieutenant-général, ont! honneur de vous faire part de la perte qu’ils viennent de faire en la personne de Monsieur le baron René-Nicolas Dufriche des Genettes, Docteur et professeur de Médecine , Inspecteur général du service de santé des armées, ancien médecin en chef de l'Hôtel royal des Invalides, Membre de l'Académie royale de Médecine , Membre de l’Académie royale des Sciences de l’Institut de France, ancien maire du 10 o arrondissement de Paris, Commandant de l’ordre royal de la Légion d’honneur, Chevalier de l’Etoile polaire

renient de Monsieur Félix-Tbéodoîie QUENTIN, ancien Négociant , Membre du Conseil Municipal et Administrateur des Hospices de Gïararay. décédé en sa maison a Chauny le 7 Juin i 830 , «gé de soixante-quatorze ans. Ses obsèques auront liera mercredi 9 du courant, dix heures du matin , en l’église de Saint Martin, m Paroisse.

De la part de Monsieur et Madame LECLERE-QUENTIN , leurs En fan 3 , et ue Madame QUENTIN ( Auguste ), beau-père , père , aieul et beau-frêrc du défupt.

Un Déprofaradis, s’il-xotisqd&îî.

du matin, au Convoi de Monsieur Cable PAFFE, ancien Maire d A ppilly et Membre du Conseil d'arrondissement de l’Oise, décade en son château d’Eslay , le 9 courant, a 11 heures 40 minutes du soir, a l’âge de soixante et un ans, muni des Sacrements de ( Église ~

Le Deuil se réunira a la liaison mortuaire, au Château d’Eslay.

DE PliOFE fX DIS , s il vous ptaîl.

De la pari de Madame PafKe famille.

son Epouse ; de Monsieur cl Madame Charles de Mory de Ncuflicu* el leurs Entant»

el de toute sa

Placards mortuaires de 1830 et 1858. (Collection L. Picard.)

de Suède , eur père , beau-père, aïeul et cousin germain , décédé à l'Hotel royal des Invalides le 3 février 1837 ;

Et de vous prier d'assister aux convoi, service et enterrement qui auront lieu le lundi 6 février 1837 , à 10 h. du matin, en l'église Saint- Louis de l'Hôtel royal des Invalides (1).

On se réunira à l’église. De Profundis.

Ce billet fixe l’orthographe du nom, en deux mots, comme dans un fac-similé de sa signature que nous avons sous les yeux. Ce célèbre médecin militaire était né en 1762. Son portrait, peint par Gallet, se trouve au musée de Versailles.

Comme on peut le voir, ni l’âge du défunt, ni l’heure de sa mort ne sont indiqués comme de nos jours.

Au commencement du xixe siècle, les billets de mort étaient d’immenses placards à caractères majuscules et dont les initiales, ornées d’attributs funéraires, étaient gigantesques.

La province n’a pas tout à fait abandonné ce déploiement de papier format affiche, à vignettes funéraires, où la Douleur gravée sur bois pleure sur une urne soutenue par un V colossal. Aujourd’hui les billets sont simples et sans ornements ; leur format ne dépasse pasl’in-40, sauf en Bretagne, à Orléans (2) et dans le Nord. On fait encore à Lille des placards de 90 centimètres sur 68 centimètres, les plus petits de 46 sur 36, en même temps que les lettres de faire part modernes. (Interm. des Cherch. et Cur., 1900, col. 307). M. Louis Morin, qui préparait en 1900 une étude sur ce sujet, possédait dans sa collection un placard de ce genre imprimé à Blois en 1884. — Nous reproduisons ci-dessus la vignette d’un placard imprimé à Noyon en 1858, de 0,56 centimètres de large sur 44 de haut, et un autre un peu plus petit, datant de 1830. Bennes est une des rares villes où l’on ait conservé la forme du placard.

Un volume ne suffirait pas à détailler les singularités des billets d’enterrement.

Un billet de format in-4° allongé, de 1824, dont le texte a été reproduit par Pouy ( loc . cit.), porte dans le champ plusieurs vignettes représentant le Temps, une tête de mort et des ossements, un monument funèbre, un catafalque avec divers attributs. Ce genre de billet est rare, non seulement à cause de son ornementation, mais encore par son libellé, particulièrement original : ici c’est le défunt lui-même qui prend la parole pour prier d’assister à ses funérailles :

Hodie mihi , Cras tibi ,

Aujourd’hui à moi, demain à toi ; penses-y bien.

Transierunt. Sic transibis.

Jésus, Marie, Joseph.

(1) Médecins enterrés à Saint-Louis des Invalides, d’après Chéreau (loc. cit.) : Pierre Paul Guyart, 2 juillet 1720. — Pierre Maloet, 16 janvier 1742.

(2) Voir Pellisson (J.). A propos des lettres de deuil. Bulletin du Vieux Papier, 1900-1902, 117, 143, 175, 198, 242, 263, 339, 389, 485, 518, 567 ; et nombreux articles de cette même revue. — Pelletier (Victor), Essai historique et critique sur Les billets d enterrement Orléanais, Orléans, 1861, 16 p. Tiré à 100 exemplaires. — Barbier de Montault, Les billets d'enterrement de la collection Jolly-Guignard à Poitiers, Saint-Maixent, 1898, 8°, 8 p. — Intermédiaire des Cherch. et Cur., vin, 424, 47(‘, 536, 589 ; ix, 49 ; x, 671, 726 ; xi, 128, 653 ; xn, 230 ; xm, 196, 249, 261, 276, 305 ; xvn, 261, 316 ; xxi, 692, xxiv, 612, 792, 881, 972.

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Lettre de décès de 1853, spécimen d’ornementation (Collection L. Picard), trouvée au château

de Caillouël, près Chauny (Aisne).

Moi, Gédéoti Vasseur

Plombier en celle ville

Vous adresse ces paroles du fond de son tombeau. Lecteurs charitables, chers parents et amis , qui m’avez honoré de votre affection dans ce monde dont je viens de sortir par mon décès le 21 décembre 1823, à Dromesnil, canton d’Hornoy , Dépt. de la Somme, âgé de 22 ans et 9 mois , voltigeur au 3e Bataillon de la garde nationale

Je vous supplie d’avoir pitié de mou âme , d’assister à mes funérailles , qui se feront le lundi 5 janvier 1824 à 9 h. précises du matin dans l’église Saint Germain, ma paroisse. Et pendant que mon corps pourrira dans le tombeau et retournera en poussière, priez la divine bonté de se laisser fléchir par une miséricorde toute gratuite en me pardonnant tous mes péchés. Souvenez-vous aussi des cimes de mes parents et autres trépassés. J’attends cette grâce de votre zèle et de votre bonté.

Dans cette heureuse attente, un De profundis , un Pater et un Ave. Veuillez aussi réciter le Dies irœ ou l’Oremus fidelium.

Parfois le billet de décès est utilisé comme avis commercial, dont les termes contrastent avec la formule invariable.

Après avoir perdu son mari, « muni des Sacrements de l’Eglise, sa veuve inconsolable continuera son commerce d’épicerie. Elle espère que vous l’honorerez de sa confiance comme par le passé. De Profundis »

Pouy a publié un pendant à ce billet (1802): ce n’est plus la veuve, mais le veuf qui est « inconsolable ».

En voici un autre, de notre collection, dans le meme ordre d’idées utilitaires et datant de 1849 :

Mme yve Planckaert, M. Gustave Planckaert, M^es Victorine et Louise Planckaert , M. Félix Planckaert et ses enfants , M. Louis Planckaert et ses enfants, M^e Adélaïde Planckaert, M. Grandjean, Mme Rodoüan et ses enfants, Mme Claveau et ses enfants, ont V honneur de vous faire part de la perte douloureuse qu’ils viennent de faire en la personne de M. Bonaventure Planckaerl-Grandjean, leur mari, père, frère, oncle et beau-fils, décédé le 20 de ce mois à Saint-Gobain (Aisne), dans sa 55e année.

Avize (Marne), le 25 octobre 18k9 . Priez pour lui.

La mort qui vient de nous priver du chef de notre famille, n empêchera pas la maison de commerce de continuer les affaires.

Mme yVe Planckaert et ses enfants vous prient de reporter sur eux toute la bienveillance que vous aviez accordée ci M. Planckaert- Grandjean. M. Gustave Planckaert , chargé des voyages, se présentera chez vous pour recevoir vos ordres.

Travaillant sur les mêmes errements que son père, s’attachant surtout à livrer clés vins d’une qualité supérieure , il espère que vous voudrez bien lui accorder toute votre confiance ; c’est avec cet espoir, Monsieur, que nous vous prions d’agréer nos bien sincères salutations.

Yve Planckaert et ses Enfants.

NOTA. Si vous aviez besoin de vin avant le passage de M. Gustave Planckaert, veuillez s'il vous plaît nous demander par correspondance .

Toujours dans la même note, cette lettre de faire-part commerciale, toute moderne, du décès d’un médecin, envoj'ée par sa famille, et qui

nous servira de mot de la (( fin ». Elle a été communiquée par M. Voisin, libraire à Paris, au directeur de la Chronique médicale.

Monsieur le Docteur,

Nous avons la douleur de vous faire part de la perte que nous venons de faire en la personne de notre parent

Victor Théodore Junod,

Docteur en médecine de la Faculté de Paris, Membre correspondant de la Société Royale de Londres, Lauréat de V Académie des Sciences et de V Académie de Médecine, etc., décédé ci Londres, dans sa 78e année.

Nous nous permettons de vous rappeler comment, Créateur de Méthodes qu il fit connaître sous les noms : 1° D’hémospasie, au moyen de bottes et autres récipients ci usage de grandes ventouses ; et 2° D’ aérothérapie, c'est-à-dire de Chambres ci air comprimé et divers appareils pneumatiques , il fit faire, selon le mot d’Andral, un grand pas à la science, et mit en oeuvre « le s moyens les plus puissants de V art de guérir. »

Nous pensons, Monsieur le Docteur, que son départ est un deuil pour le monde médical, pour les Sociétés savantes qui lui accordèrent les plus hautes récompenses, non moins que pour 1 Assistance publique, toujours prêle à lui témoigner sa reconnaissance pour les soins qu’il donna gratuitement aux malades, dans les hôpitaux.

Mais il nous reste V espoir que ses travaux, fixés dans l'ouvrage intitulé : Traité théorique et pratique de l’Hémospasie, Paris, V. Masson (1875), ainsi que clans les archives des Académies ne seront pas perdus pour la science et l’ humanité .\

Nous considérons comme un devoir de vous informer que nous tenons en vente des appareils hémospasiques , dits grandes ventouses ou bottes Junod ainsi que l’ouvrage qui traite de V Hémospasie, ci l’ancien domicile de l’inventeur, 6 , Rue de Castiglione ( Demander M. Datant, Hôtel Anglo-F rançais) .

Recevez , Monsieur le Docteur, V expression de notre considération.

La Famille.

Et maintenant, pour conclure, nous ne saurions mieux faire que d’emprunter le texte même de M. Esquieu, notre précurseur en cette matière :

« Je ne saurais terminer , écrit-il, sans exhorter tous ceux>qui me liront ci recueillir et conserver, non-seulement les placards et les lettres de part anciens, mais encore les pièces récentes. Il y a là une mine précieuse pour les amateurs de « vieux papiers » de l avenir, les généalogistes, les historiens ; et puis chacun peut se constituer d' intéressantes archives de famille en classant tous les documents publics relatifs aux décès, naissances , mariages, cle ses proches et de ses alliés, voire de ses amis.

« Et cela jusqu au jour fatal où tout disparaîtra de ce monde, car tout est poussière et doit s’en aller en poussière. »

A la suite de la publication dans la Chronique médicale (1er nov. 1905) de l’étude que l’on vient de lire, le Directeur de ce journal a reçu communication d’un très curieux document que M. le D1’ Larrieu, dans sa thèse sur Gui Patin (Paris, 1889, p. 86), a publié d’après

l’original qui lui avait été communiqué par M. de Montaiglon. Ce document n’est autre que le billet de décès de Gui Patin, dont voici la teneur :

« Vous estes prié d'assister au convoy, service et enterrement de deffunct noble homme Me Guy Patin, conseiller médecin, lecteur et professeur du Roy au collège Royal de France, et Docteur Régent en la Faculté de Médecine à Paris, décédé en sa maison ruë du Chevalier du Guet (1) ; qui se fera vendredy premier jour d'avril 1672, à onze heures précisés du malin, en l'Eglise Saint-Germain- Lauxerrois sa paroisse, où il sera inhumé ; les Dames s'y trouveront s'il leur plaist.

Un de profundis.

C’est le premier billet d’enterrement de médecin que nous connaissions. Mais le document français le plus ancien de ce genre paraît être celui de Biaise Pascal, donné par le Bulletin de la Soc. d Histoire de Paris et de Vile de France, 1890, p. 43; nous le publions d’après M. Pellisson ( Bulletin du Vieux Papier, loc. cit.).

Vous êtes priés d'assister au convoi, service et enterrement de défunt Biaise Pascal, vivant escuyer, fds de feu messire Est ienne Pascal, conseiller d'état et président en la Cour des Aydes de Clermont-Ferrand ; décédé en la maison deM. Perier, son beau-frère, et conseiller en ladite Cour des Aydes, sur les fossés de la Porte Saint-Marcel, près les Pères de la Doctrine chrétienne, qui se fera le vingt et unième jour d'août 1662, à 10 heures du matin, en l'église Saint-Etienne du Mont, sa oaroisse et lieu de sépulture, où les dames se trouveront s'il leur plaist.

Nous reproduisons d’autre part (p. 7), le placard mortuaire d’un autre doyen de la Faculté de Médecine de Paris, Baron, une des illustrations médicales du xvme siècle, que nous venons d’acheter à un libraire. Il mesure 0,52 cent, de largeur sur 0,40 de hauteur.

Ce médecin, fils aîné d’un doyen de la Faculté de Médecine, portant les mêmes prénoms, et dont la famille suivait la carrière médicale depuis cent cinquante ans, était né à Paris en 1707 et avait été luimême doyen de 1751 à 1753. C’est à lui qu’on doit le précieux recueil des thèses de l’ancienne Faculté de Médecine de Paris.

Chéreau (loc. cit.), indique que ce médecin fut enterré à Saint- Paul, le 29 mars 1787, d’après l’acte de décès. Or, d’après le billet, l’inhumation aurait été faite en l’église Saint-Louis-de-la-Culture du Val des Ecoliers, où était déjà enterré Th. Baron (30 juillet 1758) et Is. Renaudot (27 mai 1680), d’après Chéreau.

Pour compléter la bibliographie de cette question, nous y ajouterons l’ouvrage de J. Grand-Carteret, \ieux papiers, vieilles images, cartons d'un collectionneur (Paris, 1896), qui a consacré un chapitre intéressant aux billets de décès ; en outre, les articles de M. H. Lemattre, sur les Avis mortuaires au dos de cartes à jouer ( Bulletin de V Union Faulconnier, Dunkerque, 31 décembre 1900.) et de M. le chevalier Pidou: Le port des billets de part ( Revue héraldique , n° de sept. 1905). — On nous signale enfin que la Bibliothèque Carnavalet possède un certain nombre de lettres de part, parmi lesquelles deux ou trois billets de médecins du xvme siècle.

(1) La rue du Chevalier du Guet était située dans la portion comprise entre l'extrémité orientale de la rue Jean Lautier et la rue de Rivoli. Elle a disparu en 1854 et 1855.

Paris. - Société française d’imprimerie et de Librairie.

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