‹ Bio-bibliographie de Victor Hugo: de 1802 à 1825Chapitre 1 sur 106 · QUAD MALAQUAIS · texte numérisé non relu

QUAD MALAQUAIS

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PRÉFACE

Sur la jeunesse et les premières œuvres de Victor Hugo de nombreux volumes ont été publiés. Tous ont des qualités et aussi des défauts.

La femme du poète, témoin de sa vie (1), a raconté son existence jusqu’à sa réception à l’Académie. Cet ouvrage est évidemment une apologie qui ne satisfait pas notre époque avide de faits précis, de dates exactes. L'auteur, la chose n'est plus à prouver, jongele à plaisir avec les années et les mois et à propos des évènements qu’il narre il s'est souvent trompé et d'aucuns disent qu'il a voulu tromper. Le lecteur, qui ne se contente pas d'à peu près, cherchera done inutilement dans ce livre ce que réclame son indiscrète curiosité.

M. Gustave Simon nous à donné L’Enfance de Victor Hugo (2). I y a dans son livre les litres et parfois d'assez longs extraits des poésies composées par Victor Hugo, alors que sa plume commençait à s'exercer au dur métier de la poésie. Les fervents de Victor Hugo adresseront peut-être à M. G. Simon un reproche, celui de n’avoir pas publié in-exætenso ces œuvres dontil à établi le catalogue : Toutes ces bêtises que Victor Hugo faisait avant sa naissance. La poésie parfois en est pauvre, mais la critique y trouverait certainement à glaner et en lout cas étudierait sur le vif « les débuts les plus lointains d’un puissant génie » et suivrail pas à pas ses progrès.

M. E. Biré a écrit plusieurs livres sur Victor Hugo. Il a toujours protesté d'admirer le poèle, mais toujours il a proclamé son peu d’estime pour l’homme auquel il a reproché des palinodies, des voltefaces, une évolution complète en politique et en religion. Ce n'est point le lieu de discuter les appréciations dE. Biré sur Victor Hugo et les jugements qu'il a portés sur l’homme. Les uns comme les autres sont évidemment subjectifs : un critique apprécie toujours l’auteur qu’il étudie d’un point de vue particulier et il n’est point étonnant qu'il ne partage pas les idées de son voisin. Il faut rendre cette justice à E. Biré qu'il n’ignorait pas les faits et gestes de Victor Hugo ; et sa mémoire excellente à souvent remis au point le récit du témoin de la vie dont les souvenirs moins sûrs avaient quelques défaillances. Parfois en présence d'évènements qui ne concordaient point, qu'il avait peine à expliquer, 1l a ÉLé obligé de faire des suppositions, et alors il a pu s’égarer dans les champs de l'hypothèse. Ses ouvrages, malgré quelques erreurs, sont excellents, et, qui voudra connaître la vie de Victor Hugo, les consultera avec fruit, pourvu qu’il se mette en garde contre le parti-pris qui parfois entraîne E. Biré.

M. Souriau, dans son livre sur la ?réface de Cromivell (3), ne s’est pas contenté d'étudier cet ouvrage en lui-même, il à voulu chercher les /n/luences subies.eila Préparation à la Préface. À cet effet, il a dû, après E. Biré, parcourir d’une plume atten-

(1) Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie. 2 vol. in-8. (2) Gusrave Simon. L'Enfance de Victor Hugo, Paris. Hachette, in-12, 1904.

(3) Maurice Souriau. La préface de Cromwell, Paris. Société française d'imprimerie et de librairie, in-12, 1897.

PRÉFACE

tive le Conservateur Littéraire et les premières œuvres de Victor Hugo. On ne trouve pas chez lui le parti-pris de son devancier : il essaie plutôt, sans tomber dans un excès contraire, d'expliquer les variations de Victor Hugo et les transformations que plus tard le poète à fait subir aux poésies, aux articles de journaux et de revues composés dans sa jeunesse.

A côté de ces ouvrages d’une utilité première, il en est d’autres qui, sans avoir toute leur importance, ne manquent pas cependant de valeur.

M. E. Dupuy a publié La Jeunesse des Romantiques (1), œuvre d’une lecture captivante. M. Louis Belton (2) et M. P. Dufay (3) ont étudié les relations de Victor Hugo, jeune homme, avec son père et ont publié une quarantaine de lettres autographes que possède la bibliothèque de Blois. M. Léon Séché (4), grâce à quelques documents inédits, a brodé agréablement tout autour de /a Muse française.

Mais, dira-t-on, s’il y a tant d'ouvrages sur la jeunesse de Victor Hugo, et s'ils sont bien faits, à quoi bon en écrire un nouveau. C’est justement en les étudiant, c’est en les feuilletant quotidiennement que nous avons vu l'utilité et même la nécessité de celui qne nous présentons au public.

On ne trouve pas chez les auteurs dont nous venons de parler une véritable étude biographique et bibliographique de Victor Hugo. Tel ne fut point leur but et pourtant ce travail approfondi, raisonné, documenté est nécessaire. M. Biré a prouvé que l’auteur de Vector Hugo raconté s'était amusé souvent à induire le lecteur en erreur; et l’on ne sait plus la part de vérité et la part d'imagination contenues dans cette espèce d’autobiographie. Des admirateurs plutôt crédules, qui ne s’appuyaient sur aucun document, ont répété les affirmations de Victor Hugo ou de sa femme, et bien mal venus sont leurs contradicteurs, entre autres E. Biré, « ce pelé, ce galeux d’où venait tout le mal. »

D'autre part Victor Hugo a rassemblé dans Littérature et Philosophie mélées les articles qu'il a publiés dans sa jeunesse. Mais il ne les a pas tous reproduits : il en a négligé qui reflètent pourtant admirablement ses opinions politiques, littéraires ou religieuses. À propos des dates, il ne s'est pas gèné non plus pour vieillir ou rajeunir volontairement ses articles. En outre, il a changé, transformé ce qu’il réimprimait. Ici quelques lignes seulement ou quelques mots sont ajoutés ; là, au contraire, quelques lignes ou des noms propres sont supprimés ; ailleurs des pages entières sont attribuées à un article composé vers 1820, bien qu’elles soient très probablement de 1834. MM. Biré et Souriau ont signalé tout cela, mais ils n’ont point fait la bibliographie des ouvrages de Victor Hugo. Au hasard du travail entrepris, ils ont noté les changements opérés, sans toujours indiquer les références exactes entre le Conservateur Littéraire et Littérature et Philosophie mélées. Is n'ont pas trouvé, ou n’ont point cherché à quel article appartenait telle page de Littérature et Philosophie mélées, dans quel journal ou revue elle avait été publiée.

Après eux, 1l restait donc un travail à faire, travail de bio-bibliographie, œuvre utile, puisque à chaque instant on est arrêlé par un doute, une hésitation, quand il s’agit de fixer une date, un évènement de la vie de Victor Hugo, surtout quand on est en présence d’affirmalions contraires qui semblent de même valeur. Il en va de même si l'on veut connaîlre toutes les œuvres, odes, poésies diverses, articles de revue et de journaux, lettres, etc.

Des bibliographies générales fournissent bien quelques renseignements, comme

(1) E. Dupuy. La Jeunesse des Romantiques, Paris. Société d'imprimerie et «le librairie, in-12, 4905.

{2) Louis Berron. Victor Hugo et son père, le général Hugo, à Blois (Mémoires de la société des Sciences et Lettres de Loir-et-Cher, t. XVI, pp. 9-85 et lirage à part, in-8, 81 p. Blois, Migault, 1902.

(3) P. Duray. V. Jugo à vingt ans. Paris. Mercure de France, in-12, 4909.

(4) Léon Sécué. Le Cénacle de la Muse française, Paris, Mercure de France, in-8, 1908.

PRÉFACE

celles d’Asselineau. Derôme, Hugo Thieme, Gustave Lanson, Laporte, Nauroy, Paran, Vicaire (1), mais elles sont incomplètes et fautives par endroits, et à part les ouvrages de Laporte, de Lanson, et de Vicaire, tous les autres semblent vraiment peu utiles pour l'étude de Victor Hugo. ,

Un allemand, M. Martin Hartmann, à donné, il y a quelques années, une ébauche intéressante d’une bio-bibliographie de Victor Hugo (2). C'est son travail qui nous a suggéré l’idée et le plan du présent ouvrage. Nous ne voulons pas dire que le nôtre soit parfait, loin de là, mais nous avons essayé de fournir à qui veut étudier les premières années de Victor Hugo un instrument de travail.

Le lecteur trouvera dans la colonne de gauche de chaque page tous les vènements qui, à notre avis, intéressaient Victor Hugo. Nous y avons placé les faits certains de sa vie tout en notant au passage ce qui nous sembiait douteux ou peu prouvé. Dans cette colonne nous avons mis la date de composition des œuvres, quand’ nous la connaissions, toutes les réimpressions que Victor Hugo leur a fait subir, tous les articles de journaux qui le concernent, lous les articles ou livres composés par ses frères et ses amis intimes, tous les faits littéraires importants ayant quelque influence sur lui et ses amis, tout ce qui éclaire ses relations avec l'Académie, avec Neufchâteau, Chateaubriand, Frayssinous, Lamennais. Cette colonne est donc un mélange bio-bibliographique. |

La colonne de droite est purement bibliographique. Nous y avons mis la date d'impression de ses odes, de ses articles de critique, la date de ses lettres: Pour la fixer, le Journal de la librairie où Bibliographie de la France nous a servi de guide. Il fallait employer une méthode uniforme, aussi avons-nous préféré agir ainsi, quoique la Bibliographie de la France note l'apparition d'un livre ou d'une revue avec un retard souvent notable. À l’occasion cependant, quand nous possédions une preuve certaine, nous avons corrigé ou indiqué celte erreur. À chaque œuvre de Victor Hugo, nous avons donné les notes bibliographiques marquant le journal ou la revue qui l'avait éditée el ses réimpressions successives. Ces dernières, le lecteur les retrouvera ailleurs ; mais ce coup d'œil d'ensemble ne sera pas fait pour lui déplaire.

Enfin au bas de la page, en rez-de-chaussée, nous avons étudié les transformations que Victor Hugo a fait subir à son œuvre. Si nous sommes en face d'une ode ou d’un petit poème, nous indiquons toutes les variantes des premières éditions. S'il s’agit d’une critique littéraire, nous renvoyons à Littérature el Philosophie mélées quand

Victor Hugo l’a reproduite. Au cas contraire, nous donnons de larges ‘extraits des:

articles laissés dans l'oubli ou pour le moins un résumé des idées principales.

Au début, nous avons, en quelques pages préliminaires, donné les dates indispensables sur la famille de Victor Hugo, sur son père, sa mère, sur les relations épistolaires entre le général Hugo, Sophie et Marie-Joseph Trébuchet. Nous avons glissé rapidement sur l'adolescence de Victor Hugo, car rien dans cette période n’est bien précis, et nous en sommes venu vite aux premières œuvres. Là nous nous sommes appliqué à ne rien laisser dans l'oubli. Nous avons continué notre travail

(à) AsseuNeac. Mélanges tirés d'une petite bibliothèque romantique, Paris, Pincebourde, in-8, 1866. Bibliothèque romantique, in-8, Rouquette, 1872.

Derome. De la connaissance des livres. Causerie d'un ami des livres. Les éditions originales des romantiques, in-8, Paris, Rouveyre, 1886. j }

Huco Taieme. Guide bibliographique de la Littérature française de 1800 à 1906, in-8, Paris, Welter, 1907.

Gusrave LaNsoN, Manuel Ho nique de la Littérature française moderne, 1500-1900, t. rv, Révolution et Dix-neuvième siècle : Chapitre var. Victor Hugo, pp. 1218-1234. In-8, Paris, Hachette, 1912.

Laporte. Bibliographie contemporaine, Histoire Littéraire du xixe siècle, t. VIT, in-8, Paris, 1893.

Ch. Nauroy. Bibliographie des plaquettes romantiques, in-16, Charavay, Paris, 1882. :

Parran. Romantiques, éditions originales. Victor Hugo, par un bibliophile cévénol, In-8, Alais, 1880.

Vicatre. Manuel de l'amateur des livres du xix° siècle, t. IV, 4 in-8,Paris, Rouquette, 1900, pp. 226-466.

(2) K. A. ManriN Hanrmann, Zeiltafel su Victor Hugo's Leben und Werken, in-8, 53 p., Oppeln, 1886.

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