SALUT HONNEUR ET JOIE A MONSIEUR L'AVOCAT
J'ai été bien sensible, mon bon ami, au souvenir que vous voulez bien me conserver et je vois que l'amitié peut en tiers se mêler à Cujas et Barthole : je ne connais guère ces messieurs mails J'estime et J'aime le troisième et je désire être toujours fort bien sur ses papiers.
Quand vos cliens et votre code vous
permettront de donner quelques moments aux souvenirs, rappelez-vous qu'il existe près de la cathédrale de Nantes, un exilé qui se trouvera toujours heureux des miettes que vous laisserez tomber pour lui. Au demeurant soyez toujours aimable gai et vertueux, la mélancolie ne peut plus demeurer sous la toque d'un avocat et n'allez pas laisser l'ennui se cacher dans les replis de votre robe. Je vous le dénonce comme ie plus triste voisin que oncques puissiez avoir. J'aime sur un jeune front un air serein, affable, ouvert, et sur lequel soit écrite cette paix de l’âme qui est le fruit d'une bonne conscience. Puisque ce mot se trouve sous ma plume, je veux qu’au nombre de vos amis vous comptiez surtout cet excelient Mr. Ronsin, auquel je vous charge en vertu de la sainte obédience d'aller une fois chaque mois offrir l'hommage de mon respectueux attachement. En comptant bien sur mes doigts cela fait douze fois par an, si je ne me trompe, certes quant à moi apparemment d'une constitution plus faible je me croirais malheureux si Je ne mangeais qu'une fois le mois ; pour vous je vous mets à la diète, mais Je voudrais vous voir affamé quand arrivera l’époque.
Quant à l’avenir, le pactole n'existe plus, mon très cher, il a épuisé toute sa source et on ne voit guère de gens en robe se promener sur ses bords ; j'en sais bien quelque chose, moi qui suis un homme de robe ; si vous la croyez meilleure buvezdonc-de l'eau dela Seine clarifiée et dépurée, mais prenez garde à l’air contagieux que l’on respire à Paris et si vous vous trouviez indisposé ayez soin de recourir au médecin que j'ai indiqué. Prenez-y garde, je suis en relalation avec lui et je lui demanderai peutêtre des nouvelles de ses malades.
On me dérange. À Dieu et à Marie.
l'outramvoustdecaure
ANGEBAULT, char.
Je vous avais écrit à l'époque de votre thèse pour vous en remercier, mais Je crois que vous n'avez pas reçu ma lettre.