‹ Bio-bibliographie de Victor Hugo: de 1802 à 1825Chapitre 5 sur 106 · CRAN · texte numérisé non relu

CRAN

PRÉFACE

Gaieté. L'£clair appuyait cette information en prétendant sérieusement que la censure avait interdit plusieurs drames tirés de Æan d'Islande. Saint-Valry, en juin 1823, avait écrit à Thiessé une lettre un peu vive pour défendre Victor Hugo et son roman.

Tout cela excilait les esprits. Les éloges outrés, le parti-pris dans l'admiration amènent nécessairement le blâme sévère, le parti-pris dans la critique.

Les Nouvelles Odes avaient eu elles aussi des admirateurs passionnés. A peine ontelles vu le jour que la Gazette de France les signale (7 mars 1824). La Pandore, qui se moque des jeunes poètes dévoués au culte de la contemplation trouve cependant que « le plus intelligible, le moins obscur et sans contredit le plus distingué des con- « gréganistes pleureurs est M. Victor Hugo... Tous ses chants dans les Vouvelles « Odes méritent d'être lus. » Le Drapeau blanc insère une annonce (12 mars) puis consacre huit colonnes de rez de chaussée aux Vouvelles Odes (25 mai). « M. Victor « Hugo est à vingt-trois ans le premier poète lyrique, comme Soumet est le premier « poète tragique. » Le 15 mars, Soumet écrit un long article de douze pages dans la Muse française pour chanter la gloire de son ami. Les mots ordinaires et vulgaires ne lui suffisaient plus : n’appelait-il pas Victor « son cher et immortel äami », ne s'indignait-il pas de l’épithète de belle donné par le Journal des Débats à l’ode Sur la Mort de Louis XVIII. I avait voué à Victor Hugo une pieuse adoration et il l'aurait appelé Saint Victor si un Saint-Victor n'avait traduit Anacréon et fait le Voyage du Poète (Lettre de Soumet à Hugo du 1° octobre 1824).

Comment Victor Hugo n’aurait-il pas été grisé par cet encens dont les fumées l’enveloppaient de tous côtés ? Aussi quand ses amis ne le louent pas assez, ou ne prennent pas sa défense, il s’en charge lui-même, harcèle Hoffman dont les critiques lui déplaisent. Il lui répond par une première lettre aux Débats (26 juillet 1824) par une seconde lettre que le journal refuse, mais que Victor Hugo envoie alors au Drapeau blanc (13 août) et à la Gazette de France (12 août). ù

Victor Hugo connaît la force de la presse, il ne néglige aucune occasion de faire parler de lui, de glisser son nom pour qu'il soit à tous moments sous les yeux du lecteur. Au Conservateur Littéraire 11 avait signé presque tous ses vers, mais pour le reste il avait dérobé sa personnalité sous le voile de l'anonymat. Quand le Conservaleur Littéraire se joint aux Annales de la Littérature et des Arts, sur la couverture de cette dernière revue son nom se place avant celui de son frère, mais après celui de Malitourne (14 avril 1821). Au numéro suivant (21 avril), Victor gagne quelques rangs, puisqu'il précède Nodier, Anceloi et Malitourne. Ce changement n’est point un effet du hasard : admiration pour le talent de Victor ou bien une réclamation l'ont certainement produit. Mme Hugo meurt : quelques lignes dans la Quotidienne et la Gagette de France (3 juillet 1821) annonce qu'elle était la mère « des jeunes écrivains monar- « chiques » ou « des jeunes littérateurs monarchiques de ce nom. » — Abel remporte un prix à Cambrai pour une pièce de vers intitulée La bataille de Denain, Victor écrit au Journal de Paris, qui n'avait commis aucune erreur, pour l’avertir qu’il s’agit d’Abel et non de Victor Hugo. Abel, en 1823, célèbre, sous le pseudonyme de Monnières, l'anniversaire de Molière (15 janvier). Les journaux cherchent à connaître l’auteur ou les auteurs de cet impromptu. Les uns lattribuent à M. Victor Hugo, d’autres à M. Hugo, d’autres à M. A. Hugo. Victor ne proteste nullement en présence de l’erreur manifeste de certains journaux. Le contraste est piquant.

En résumé, il ne nous semble pas que Victor Hugo avait raison de se plaindre de la presse, ni même de ses adversaires. N'est-ce pas l’un d'entre eux quile premier pro- Panel avait parlé dans les journaux de l'Enfant Sublime. À la suite de Biré, nous avons inutilement cherché dans la presse royaliste. Mais, en mai 1824, Tissot, contre qui Victor Hugo avait décoché plus d’une flèche, écrivait dans le Mercure du xix° siècle : «M. Hugo est, dit-on, l’un des élèves de M. Chateaubriand qui dans sa prédilection « paternelle ne l’appelait jamais que l'Enfant Sublime ». Pourquoi d’ailleurs se plaignait-

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L PRÉFACE

il ? Ses amis l’applaudisssarentavec transport. La cr itique commençait à montrer de la passion. C'était un prélude, celui des luttes prochaines, c'était déjà de fé: gloire.

Beaucoup, pour connaître Victor Hugo, se sont contentés d'étudier ses œuvres dans des éditions ré ‘centes ou de l'écouter narrant sa vie, mais ses œuvres ont subi bien des changements, il n’a pas tout dit et ses biographes non plus. Pour savoir le reste; il faut le demander aux éditions primitives, aux revues, aux journaux, à ses contemporains qui nous montrent un autre côté de sa vie. Nous avons voulu dans cet essai bio-bibliographique faciliter ce travail à qui voudrait l’entreprendre. Avons-nous fait d’ heureuses trouvailles, notre gerbe est-elle abondante en lourds épis. Peut-être. Evidemment, le long du champ, nous en avons laissé échapper quelques-uns : ils feront la joie des glaneurs qui nous suivront, mais nous ne les avons pas laissé tomber exprès comme Booz dans la Légende des siècles.

Cette préface était composée quand parurent les Odes et Ballades, édition de l'Imprimeri ie Nationale ; c’est la seule raison qui nous l’a fait passer sous silence. Mais grâce à l’aimable obligeance de M. Gustave Simon, qui nous a permis de consulter les bonnes feuilles de l'ouvrage. et de voir les manuscrits de plusieurs odes, nous avons pu nous en servir pour rectifier, corriger, améliorer notre travail au cours de la publication. Nous tenons à exprimer ici à M. Gustave Simon notre respectueuse reconnaissance.

Voici quelques abréviations utiles au lecteur.

©B. F. = Bibliographie de la France ou Journal de la Librairie.

Conserv. Latt. — Conservateur Littéraire.

Litt. et Philos. mêlées — Littérature et Philosophie mêlées.

Quand nous citons les œuvres de Victor Hugo, nous renvoyons toujours, à moins d'indication spéciale ,à l’édiion ne varietur in-8. fe les Lettres à la fiancée nous nous sommes servi de l'édition in-12, publiée par Hetzel.

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