VICTOR
Ma femme, M. et Mme Foucher, Abel et notre pauvre malade me chargent de toutes leurs félicitations pour vous à l'occasion de la nouvelle année.]
Lettre d'Adolphe Trébuchet à son père. Inédite. Paris,le 25 janvier 1823.
MoN CHER PAPA,
J'ai reçu avant hier ta charmante lettre, elle m'a fait un bien grand plaisir car en la lisant, il me semblait être moins éloigné de vous tous. J'ai reçu également dans la même journée, l'excellent pâté de lièvre que tu as eu la bonté de m'’envoyer et pour lequel je te remercie de tout mon cœur, et les châtaignes qui ont paru faire un grand plaisir à Victor et à sa femme. Ils sont on ne peut plus sensibles à cettémaimable attention de ta part ainsi que notre bon Abel auquel j'ai remis le tiers qui lui revenait. Elles n’ont point gelé en route à la différence de celles qui étaient avec mon pâté qui me sont arrivées toutes flatres et à moitié perdues, mais c'est égal, ce n'était pas le principal de l'envoi. J'ai donné pour les châtaignes de Victor.5 fr..40, 5 fr.
pour le port et le factage et 0.40 pour le garçon. De plus 0,50 pour les faire porter chez Victor et Abel ce qui fait 5,90. Tu n'as pas besoin de mes les en-
voyer avant le premier envoi que tu me feras.
Panlettrenquerturas écrite aVictor. à paru lui causer beaucoup de Joie ainsi qu'à sa femme; ils te remercient bien sincèrement de tous les témoignages d'’amitié contenus dans ta lettre et de tout cemque tu leur dis relativement à leur frère Eugène et à eux-mêmes, et ils m'ont chargé pour toi de tout ce que l’amitié la plus tendre peut inspirer.
Mon oncle Hugo est arrivé à Paris depuis huit jours et il a amené avec lui sa femme, car tu sais qu'il est marié. Il est venu pour Eugène. Il a fait à ses enfants toutes sortes de prévenances ainsi que sa nouvelle femme. Il a envoyé à Victor un service de café en porcelaine fort beau, et enfin il n'a rien négligé pour leur prouver son attachement. Il a demandé plusieurs fois à me voir pour resserrer, a-t-1l dit, les liens de famille et pour me remercier des soins que j'avais donnés à Eugène pendant sa maladie, il voulait même venir me voir le premier.
Je suis allé chez lui jeudi dernier avec Abel il m'a embrassé et m'a recuravec l'accueil le plus amical, avec les dehors les plus affectueux. Il m'a parlé de toi, qu'il t’aimait beaucoup. Il m'a demandé si par son séjour à Paris 1l pouvait m'être de quelque utilité et que si par la suite J'avais besoin de lui il fallait le lui dire et qu'il s’emploierait pour moi avec le plus grand plaisir. Que lorsque j'irais à Nantes, il fallait passer quelques tems chez lui à Blois, qu'il aurait un grand plai-.
sir à te voir, et que tu devais être persuadé que tout ce qui viendrait de la maison serait toujours reçu chez lui avec le plus grand empressement. Il m'a encore dit qu'en 1810 il t’avait fait nommer Préfet de Guadalacarra par un Dé- CretnovalaquilimtentavValtRécutReque tu n'avais pas répondu, et que tous les jours Joseph lui demandait quand estce que tu viendrais prendre possession de ta Préfecture, qui comme une des plus belles de l'Espagne, ne t’aurait rapporté que 150.000 francs par an. Il a voulu à toute force que je restasse à déjeûner avec lui, il a bu à ta santé et m'a chargé de ne pas l'oublier auprès de toi
de fonds
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lorsque je t'écrirais. Tu ne seras pas plus étonné que je ne le suis de cette réception, mon cher papa ; je t'avoue que je ne m'y attendais pas et je croyais que cette entrevue se serait passée assez froidement, ce qui eut été fort naturel. Il m'a présenté comme son neveu au marquis de Sully qui déjeûünait avec nous.
C'est un descendant de ligne directe du grand Sully et de plus républicain, ce qui ne s'accorde guères. Du reste mon oncle est fort laid ainsi que sa femme il a peut être un pouce plus que toi et CeStatout il estiort cross etsa l'air extrêmement bon, il louche beaucoupet je crois que tu ne le reconnaîtras pas à ce portrait toi qui le veux fort grand et, je crois, maigre.
J'ai reçu les deux exemplaires du ZLycée Armoricain que tu m'as envoyés, de la part de Mellinet. Il y a des morceaux fort bien écrits, d’autres extrêmement faibles ; ainsi je te citerai: les fragments d'un voyage dans l'arrondissement de Savenay, qui n'ont aucune espèce d'intérêt et qui ensuite sont mal écrits ; les souvenirs de l’Armorique par Mr. Richer qui peut bien écrire en prose ; mais qu'il laisse là la muse poétique ; ensuite les pièces intitulées Appel aux Bretons, Observations sur La Gaule Celtique etc... Première revue bretonne, etc. figurent très honora-
blement dans ce recueil et il serait à souhaiter qu'il fût toujours ainsi composé. Au reste, la critique que j'exerce
ici, je ne l’exerce pas tout entière d’après moi; nous nous y sommes mis à deux pour porter notre jugement. Quoi qu'il en soit, j'ai fait une belle annonce qui a été insérée dans le Réveil et je te l'envoie. Je pense qu’elle te fera plaisir et Mr Leboyer n'aurait peut-être Jamais pensé qu'il serait bien aise detrouver à Paris un de ses écoliers pour le louer dans les journaux.
Tu as une bonne idée de mettre Cacus dans le Lycée ce sera un morceau fort remarquable. Victor va passer aux journaux où il a mis des annonces pour ton ouvrage, afin de les presser. Je fais dans ce moment un article sur ton Anne qui sera inséré dans les Annales. Victor gardera l’anonyme relativement à son ro-
.mener avec lui à Blois.
man. Il n’est pas encore entièrement imprimé. Tâche donc de faire un article sur les tablettes romantiques dans le journal de Nantes. N'oublie pas mon article sur le livre du soldat. Ta notice sur les sites de la Maine est fort remarquable et il ne sera pas le morceau le moins distingué du livre de Mr. Richer.
Il paraît qu'il y a à Nantes beaucoup de plaisir cet hiver. Je vous en félicite, c'est sans doùte parce que je n'y suis pas. Je n’en manque point non plus ici, mais souvent .je refuse des invitations, d’abord parce que je ne puis aller partout à la fois, ensuite parce que j'aime autant quelquefois aller passer une soirée tranquille chez Madame Dum...ou autres personnes. Je me serais sans doute infiniment amusé dans toutes les soirées où tu es allé, connaissant à Nantes un grand nombre de demoiselles et de jeunes gens et étant ensuite au milieu de ma famille. Mais ici c’est différent, excepté la société de Madame Dumesnil, et de Madame Foucher, toutes les autres ne m'offrent que des figures inconnues, et je ne puis ainsi me plaire parmi ces personnes. Il faut cependant m'y habituer ce qui ne peut pas se faire tout de suite.
J'ai fait part à Madame Dumesnil de ce que tu me dis relativement à elle.
Elle est bien touchée de vos sentimens et voudrait, dit-elle, les mériter ; ce que ma sœur lui a envoyé lui a fait un grand plaisir et je me suis déjà acquitté, je pense, auprès de ma sœur de tous ses remerciemens.
Eugène est mieux depuis quelques jours, et si il continue, son père pourra l’em- Je vais le voir souvent au Val de Grâce et il me demande presque toujours de vos nouvelles. Mais aussitôt que la fièvre reprend il retombe dans ses idées extravagantes et en dit de toutes les façons. Je crois qu’on aura bien de la peine à le tirer de là.
Madame de Corberon te serait infiniment obligée si tu pouvais m'envoyer par mon commissionnaire 6 livres de café bien choisi. Je lui ai dit qu'il valait de 40 à 42 sols; mais s’il était augmenté, avertis-moi et si elle en veut néanmoins
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je te le dirai. Tu lui ferais également un grand plaisir si tu voulais lui envoyer 8 ou 10 livres de bon beurre ; elle m'en remettrait le prix ici. C'est une femme si excellente et qui avait pour ma tante une si vive amitié que je serais enchan-
té de pouvoir lui être de quelque utilité. ‘
Tu me ferais à moi un grand plaiiir de me glisser un petit pot de beurre dans mon paquet quelque petit qu'il fût.
On ne trouve rien à Paris pour déjeûner.
Le joli compliment de Prosper était fort bien écrit, Embrasse pour moi ce charmant enfant qui travaille si bien et dis-lui que plus tard je le récompenserai de la peine qu'il s'est donnée de m'’écrire une si jolie lettre. Mes cousins ont été aussi très contents de ce qu'il ait pensé à eux et ils l’embrassent de tout leur cœur. Je Joins au reste ici une petite lettre pour Prosper, je l'ai cachetée parce qu'elle lui fera plus de plaisir.
Nous avons ici des froids extrèmement rigoureux ; la neige ne quitte pas la terréet-on nesait, pas quand cela-finira ; depuis deux mois la saison est rigoureuse et je pense qu'il en est de méme à Nantes. Mr. Crouan qui doit arriver aujourd'hui à Nantes te remettra une lettre à ton adresse dans laquelle tu trouveras une lettre pour Madame Hue ct une de Victor pour nos tantes Ursulines. Le dernier paquet d’Allory contenait aussi quelque chose pour toi. Je pense qu'Allory ne tardera pas à retourner à Nantes.
Dis à Mr. Lavéant que je vais souscrire pour lui au dictionnaire de Mr. de Langlade. Je prendrai le premier volume et s’il n’est pas trop gros, je te l’enverrai par le commissionnaire de Brian,
Brian, Rossel, Allory te remercient de ton souvenir et ils te présentent leurs respects.
La famille Foucher, Madame Dumesnil, mes cousins te font mille amitiés ainsi qu'à ma sœur et à toute la famille. Ne m'oubliez pas auprès de mes amis Van Iseghem et sa famille, M.M. Lavigne, la Préfecture, etc. Présente nos respects à Monsieur et Madame Boësnier, de la Jarriette, Bonamy, Millet, Scheult, etc. Embrasse pour moi l'ex-
cellent Monsieur Delair ; je lui ai écrit par le commissionnaire d'Ailory. Enfin, mon cher papa, ne m'oublie auprès de personne parce que je pense souvent ici à tous nos amis et parens. Donne-moi des nouvelles de Louise que j'embrasse ainsi que ma sœur et toute la petite famille.
Que fait Auguste maintenant ?
Adieu, mon cher Papa, je t'embrasse et suis pour la vie le fils le plus tendre et le plus respectueux.