EN PREPARATION
Bibliographie des ouvrages sur la tempérance imprimés dans la Province de Québec.
Bibliographie du P. Louis Hennepin, Récollet. Bibliographie du P. Nicolas Viel, Récollet.
Bibliographie des Récollets du Canada. A paraître en cahiers sériés.
NOTICE BIOGRAPHIQUE (l)
Le Père Ephrem Longpré est né du mariage de Joseph Longpré et d'Adéline Richard. Joseph Longpré appartenait à une famille de cultivateurs d'Acton Vale ; Adéline Richard était aussi d'une famille de cultivateurs de Saint-Liboire, et l'un et l'autre du diocèse de Saint-Hyacinthe.
Contrairement à ce que plusieurs croient et écrivent, le P. Ephrem n'est pas né au Canada, mais aux Etats-Unis, à Woonsocket, R. L, diocèse de Providence, le 24 août 1890. Il n'en est pas moins Canadien, ses parents n'ayant séjourné que peu de temps aux Etats-Unis et ne s'y étant pas fait naturaliser. Revenus au Canada, ils s'établirent à Saint-Ephrem d'Upton, où ils habitent encore. C'est là, sur la terre paternelle, que le P. Ephrem a grandi, là qu'il a été à la petite école du rang. (2)
(1) — Cette Notice biographique a d'abord paru dans la Revue Franciscaine, Montréal, mois d'août et de septembre 1930. Elle est ici débarrassée de ses nombreuses fautes d'impression, et de plus, revue et retouchée.
(2) — Sur la famille Longpré, établie à la Côte de Saint-Léonard (Ville-Marie), aujourd'hui dans la paroisse de la Longue-Pointe, à Montréal, dès la fin du xvii« siècle, il y a plusieurs renseignements dans l'abbé O. Mauratjlt, p. s. s., Saint- François d'Assise de la Longue-Pointe, Montréal, 1924, pp. 71-73, 76-112. Deux Longpré, au moins, prirent part aux troubles de 1837, parmi les " Fils de la Liberté ". La dispersion de la famille a commencé à cette date. Tous les ancêtres du Père Ephrem, jusqu'à son arrière-grand'père, Guillaume Longpré, sont de la Côte de Saint-Léon ard. Cela soit dit pour prouver combien il est Canadien d'origine. Ajoutons qu'il l'est de cœur. Le P. Ephrem a un frère prêtre, l'abbé Anselme Longpré, professeur au Séminaire de Saint-Hyacinthe, et deux sœurs religieuses, Mère Saint-Crescent, des Franciscaines Missionnaires de Marie, et Sœur Marie de la Trinité, des Religieuses de la Présentation. Je tiens à reconnaître que, sans l'assistance de M. l'abbé Longpré, je n'aurais pu rédiger cette notice biographique. C'est attester à la fois la modestie du P. Ephrem et l'amitié dévouée de son frère.
BIO-BIBLIOGRAPHl E
Le 24 août 1902, le jeune Zéphyrin Longpré entrait au collège séraphique des Pères Franciscains, à Montréal. Les élèves se rendaient tous les jours au Petit Séminaire de Saint-Sulpice, dont ils suivaient les cours. C'est à ce titre que le Petit Séminaire peut le revendiquer comme l'un de ses élèves.
Le 15 août 1911, le jeune Zéphirin revêtait la bure franciscaine à Montréal, et recevait le nom de Frère Ephrem. Son année de noviciat terminée, il poursuivit ses études de philosophie et de théologie au studium des Franciscains à Québec. Le 14 juillet 1918, il était ordonné prêtre à Québec par S. G. Mgr P.-E. Roy. Je note avec quelque surprise que le prédicateur à la première messe du P. Ephrem, le P. Georges-Albert, o. f. m., appliqua à celui-ci, dans toute leur force, ces paroles que répétait jadis la foule en admiration devant les miracles du Sauveur : " Propheta magnas surrexii in nobis " (Luc, vu, 16). (1)
Le 9 novembre 1918, le jeune Père quittait Mont réal pour New-York, d'où il s'embarquait quelques jours plus tard à bord du Niagara, de la Cie Transatlantique, en route vers Rome. Il allait s'inscrire parmi les premiers élèves de l'Institut Pontifical oriental, récemment créé par Benoit XV.
Il y étudie deux ans les onze matières enseignées ; entr'temps il apprend, outre le russe, langue pour laquelle il se reconnaît peu d'aptitudes, les principales langues européennes : l'italien, tout naturellement — nécessaire pour ses cours, dont plusieurs se donnent en cette langue — , puis l'espagnol et l'allemand, qui lui sera plus tard particulièrement utile. Quant à l'anglais, il le sait déjà passablement.
Une lettre du 10 juillet 1919 à ses parents leur donne le résultat de ses premiers examens : " Le 5, j'ai passé mes examens pendant 3 heures. J'ai été interrogé sur onze matières. . . Les professeurs, divisés en 3 bureaux, posaient des questions parfois fort difficiles. Mais Notre Seigneur m'a aidé de façon merveilleuse. . . Je suis arrivé premier, avec 375 points sur 390, et j'ai 22 points de plus que le second. En 6 matières, j'ai tous les points. . . Quand le bureau de
(1) Revue Franciscaine, 1918.
théologie, présidé par le Rme Dom Schuster, o. s. b.; recteur de l'Institut pontifical (1), m'a annoncé qu'il nie donnait 160 points sur 160, après une heure et cinq minutes d'examen, ajoutant félicitations de tout genre, j'étais content plus que je ne le puis dire. Mes supérieurs aussi sont contents du résultat. Bref, si j'étais au Canada, à Upton, je dirais à maman de me faire crêpes et grillades, car cela en \aut la peine. . . De la sorte, comme disait parfois papa; le nom de Longpré est bon partout ! ... "
Le succès du P. Ephrem fut non moins éclatant à l'examen final, celui du doctorat. Le Père s'y préparait " avec la joie que l'on éprouve à penser que ce sera le dernier d'une longue série commencée à l'âge de six ans. " (2)
" L'examen a eu lieu le 1er, le 5 et le 9 juillet. J'avais dix matières et 3 heures d'examen. . . En 3 matières, j'ai conservé 9 points sur
10 ; dans les 7 autres, 10 sur 10 ; j'arrive premier, comme l'an passé. J'aurai mon diplôme summa cum lande. Ma thèse écrite a été approuvée par le comité des professeurs. Le Rme Père Général est content de moi. . . " (3)
Le 25 juillet, il recevait donc, le premier du nouvel Institut, le parchemin de docteur. (4) J'aime à noter que la thèse du nouveau docteur : De Processione Spiriius Sancti apud auctores scolasticos sœculi XIII, fut alors très favorablement appréciée par nombre de revues et journaux italiens, espagnols, flamands, etc.
Que va devenir le jeune docteur ? Il espère revenir au Canada.
11 rêve de se livrer tout entier au ministère des âmes, à la prédication, à Faction* (5) Mais ses succès scientifiques, ses talents comme sa
(1) — Aujourd'hui Cardinal Archevêque de Milan.
(2) — Lettre à son frère Anselme, du 11 avril 1920.
(3) — Lettre à ses parents, du 18 juillet 1920.
(4) — Le P. Ephrem a aussi le titre de Lecteur général en Théologie, grade ■qui fut conféré, au chapitre général de 1927, sur la proposition du Rme P. Bonaventure Marrani, aux Pères du Collège de Quaracchi, chargés de l'édition des oeuvres d'Alexandre de Halès. En outre, le 8 juin 1931, l'Université d'Alleghany (St. Bonaventure1 s Collège,) N. Y., conférait au P. Ephrem Longpré le titre de Docteur-ès-lettres, " Honoris causa ".
(5) — Lettre à ses parents, du 4 mars 1922.
puissance de travail et l'orientation de sa pensée, qui perce déjà dans sa thèse de doctorat, le désignent trop clairement au Rme Père Général pour le Collège Saint-Bonaventure, à Quaracchi (près Florence). 11 y est donc envoyé. C'était assurément sa destination providentielle. Son Provincial dut forcément consentir à perdre un brillant sujet, mais l'Ordre entier et le monde savant l'acquéraient.
Je note pour mémoire que l'année précédente, après ses premiers succès d'examen, une chaire lui avait été offerte pour 1920 par le Cardinal Marini (1).
Le P. Ephrem doit donc renoncer au ministère ordinaire des âmes. Il ne s'en consolera qu'en profitant de toutes les occasions qui lui seront offertes de s'y livrer. Ses lettres à sa famille en témoignent. (2) A ce propos, je crois devoir publier in extenso la touchante lettre qu'il adressait à sa mère, de Florence, le 19 mars 1924. Cette lettre nous révèle un côté peu connu du P. Ephrem, le côté homme de cœur et apôtre :
" Quand j'étais à la maison, je vous disais : "Maman, voilà un quêteux !" — Le quêteux aujourd'hui, c'est Ephrem. Il y a une famille ici dans la misère : la femme est seule, le mari et le plus vieux des garçons ont été tués à la guerre. Quatre enfants dont un toujours malade, et l'on vend les meubles pour manger. La maman me disait : "Ma petite fille ne fera pas sa première communion cette année ; elle a dix ans passés, mais je n'ai rien. . . " Moi, j'ai cherché, j'ai mis la petite fille au couvent pour trois mois, j'ai fait le quêteux pour tout payer. . . Il me faut maintenant trouver de quoi acheter une petite robe blanche pour la première communion. J'ai pensé à vous, il faut m'aider, 2 ou 3 piastres. . . Je vais quêter aussi par ici des petits souliers blancs. Je vous assure que j'en vois des misères, car le pauvre Ephrem on le connaît pas mal par ici, le Padre canadese ! "
Voici donc le Père Ephrem à Quaracchi. Sans aucun délai, au cours même de ses vacances, il se met aux études préalables aux travaux qui l'attendent. En quatre mois, il apprend la paléogra-
U) — Lettre à ses parents, de Rome, le 6 janvier 1921.
(2) — Idem, 26 octobre 1920.
phie, (1) si bien que dès la fin de Tannée, il pouvait déjà, dans la Bibliothèque de Florence, faire des recherches de documents, et il apportait à ses savants confrères de Quaracchi des trouvailles intéressantes— ses premières — que l'on célébra, comme il convient, par une petite fête au vin blanc de Toscane. (2)
Dès son arrivée au Collège de Quaracchi, le P. Ephrem, sous la direction du savant Préfet des Etudes, le P. Aubain Heysse, o. f. m., est appelé à collaborer à l'édition projetée des oeuvres d'Alexandre de Halès. Il y tra\ aille du matin jusqu'au soir, ainsi que sur les œuvres de saint Bonaventure (3) . Cette édition critique de Halès, dont trois volumes ont paru à date, conduit le Père Ephrem dans les principales bibliothèques d'Italie et de France, à la recherche des manuscrits d'Alexandre de Halès et de l'Ecole franciscaine. La rédaction des Prolégomènes doctrinaux est particulièrement confiée au P. Ephrem.
A côté de ces travaux et dans la même catégorie, soit sur les théologiens et philosophes franciscains du xuie siècle, le P. Ephrem commence également à publier, dans les revues savantes de l'Europe, une longue suite d'études médiévales qui lui valent d'emblée les hautes félicitations d'un Mgr Grabman, d'un Cardinal Ehrle, d'un Cardinal Mercier, d'un Père Jansen, s. j., d'un Etienne Gilson, d'un Albert Dufourcq et d'un Eamôn d'Alos. Début fort encourageant ! Bientôt " tous les intellectuels lisent, consultent, écoutent, j'allais dire suivent ce jeune Franciscain. Mais non, ce travailleur acharné n'a pas que des disciples ; ses trouvailles déroutent trop certains calculs faciles, ébranlent trop certaines positions qu'on croyait solides et imprenables. De plus, la mode — où ne se loge-t-elle pas ? — était de fausser la doctrine de ces incomparables maîtres. Aller contre ce courant, mettre en relief et en un relief saisissant, la beauté et la catholicité des enseignements franciscains, réhabiliter et d'une façon triomphale, nos docteurs, leur donner même souvent le rôle d'initiateurs dans le mouvement théologique ou philosophique du Moyen-Age, c'était trop pour ne pas effaroucher^
(1) — Lettre à ses parents, du 6 janvier 1921.
(2) — Lettre à ses parents, du 6 janvier 192!.
(3) — Lettre à son frère Anselme, du 13 décembre 1920.
peut-être pour ne pas bles.ser. Les adversaires, les contradicteurs ne manquent pas. . . " (1)
Aux nombreux travaux du P. Ephrem vint s'ajouter, au début de 1923, une charge nouvelle, celle de préparer et de plaider, au nom de l'Ordre Franciscain, la cause du B. Duns Scot. Le 21 décembre 1924, il écrit à son frère Anselme : " Depuis 16 mois j'y ai consacré, je ne dis pas le jour et la nuit, mais plutôt la nuit, le jour étant pris par Alexandre de Halès. Tu auras une idée matérielle de l'affaire, lorsque tu sauras que mon mémoire aura quelque chose comme 500 pages [en réalité il en eut plutôt 1.000]. Bientôt — je vais y aller en décembre — j'irai à Rome pour remettre ce dossier et continuer la défense. Il est sûr que je ne réussirai pas d'ici longtemps, car la cause a déjà été presque arrêtée deux fois, et j'ai des adversaires puissants ; mais je ne désespère pas de lui faire faire un pas, s'il y a une justice sur la terre. Prie la Sainte Vierge pour cela : par amour pour elle, j'ai fait vœu de vaincre ou de mourir, s'il le faut. Ce n'est là qu'un premier choc, mais d'ici quelques mois il est possible que la lutte devienne du plus vif. Il y a des nuages d'orage et de tempête. Heureusement, j'ai le droit et la justice pour moi, et j'espère que la Sainte Vierge y verra un peu. . . "
Le 9 avril 1925, il écrit encore au même : " J'ai bien pensé à faire le travail mystique sur saint Bonaventure [encore en projet] . . . Déjà le P. Cavallera, s. j., de Toulouse, et même le P. Garrigou- Lagrange, o. p., m'y ont poussé. Mais le Rme Père Général, tout en le désirant, m'impose autre chose, particulièrement la défense de Duns Scot, de toute manière. C'est une rude affaire, où j'ai des adversaires puissants et influents, qui veulent à tout prix m'écraser, et qui, publiquement et secrètement, se donnent la main pour me ruiner. A ce sujet j'ai de gros travaux en préparation, mais cela me demande un travail acharné de jour et de nuit : car je n'ai pas l'intention de me rendre sans combat, bien que je sois presque seul. Il est vrai, mon livre sur la philosophie de Scot a eu un effet considérable ; j'ai gagné de hautes sympathies, et il n'y a pas deux semaines
(1) — R. P. Zénon Fontaine, o. f. m., dans la Renie Franciscaine de Montréal, novembre 1927, p. 499.
DU R. P. E PII REM LONG PRÉ, O. F. M
Mgr Nègre, archevêque de Tours, me faisait parvenir de belles paroles et de précieux encouragements. Espérons justice : la Vierge de Lourdes, l'Immaculée, que Duns Scot a si bien défendue, et en l'honneur de laquelle, par obéissance et aussi par vœu, j'ai entrepris de réhabiliter Duns Scot, saura bien m'aider. "
Le livre sur la philosophie de Scot auquel fait allusion le P. Ephrem, et qu'il publia sur l'ordre du Rme Père Général, est une réfutation d'un ouvrage contre Scot par M. Bernard Landry. Cet ouvrage du P. Ephrem, publié d'abord en tranches dans les Etudes Franciscaines et mis en volume en 1924, fut l'occasion d'acerbes polémiques. " Je n'ai pas l'intention de me disputer longtemps, écrit le P. Ephrem à son frère Anselme, le 21 décembre 1924 ;. . . [la polémique] est vive parfois aux yeux du public, mais on ignore le pamphlet secret contre nous, écrit à cette occasion, et moi, je le sais, ou plutôt, j'en ai le texte. On en voit parfois dans la vie ! ..."
Cet ouvrage du P. Ephrem fut l'occasion de la haute estime que M. E. Gilson n'a cessé depuis de témoigner à l'auteur.
Vers le même temps, on impose au P. Ephrem une série de conférences en français, à l'Université du Sacré-Cœur de Milan, sur la philosophie de Duns Scot. La préparation de ces conférences, au milieu de tant de travaux, est un véritable cauchemar pour le P. Ephrem, comme en témoigne sa correspondance de l'époque. Il est forcé de les remettre d'année en année, jusqu'au mois de mai 1927, où il les donne enfin, au nombre de sept, avec le plus vif succès. Publiées — elles le seront certainement — elles formeraient la matière d'un volume de 300 pages 8°.
Dégagé de ses conférences de Milan, le P. Ephrem peut enfin, après avoir mis ordre aux travaux les plus urgents, venir au Canada, qu'il n'a pas revu depuis neuf ans.
Les paroles suivantes, prononcées par FHon. Sénateur Dandurand, devant l'Association des anciens élèves de Saint-Suipice et rapportées par le Canada du 27 juin 1928, rendent assez bien l'impression produite par la venue du P. Ephrem Longpré au Canada, en 1927 :
" Je m'en voudrais de ne pas parler ici d'un autre Canadien, ancien élève de cette maison [Petit Séminaire de Saint-Sulpice], qui
BIO-BIBLIOGBAIMIIB
jette par sa science beaucoup de lustre sur notre nom dans les milieux scientifiques de l'Europe. Le P. Ephrem Longpré nous avait été révélé par M. E. Gilson. L'éminent Professeur de philosophie médiévale en Sorbonne avait avoué ne point connaître d'homme plus au courant de cette difficile science que le P. Ephrem. Aussi, dès qu'il fut avéré que notre savant compatriote viendrait prendre un peu de repos dans sa famille, nous n'eûmes qu'un désir : le voir et l'entendre. Notre invitation rallia bon nombre d'anciens. Mais cette conférence fit un beau tapage dans la république. Plusieurs de nos philosophes soupçonnèrent le bon Franciscain de vouloir détrôner saint Thomas pour le remplacer par Duns Scot : ce qu'il n'avait nullement l'ambition de tenter. Quel qu'ait été le bien fondé d'une telle crainte, il ne faut pas s'en plaindre : une société qui se passionne pour des idées est en bonne voie de perfectionnement. "
Le point culminant de la carrière de médiéviste du Révérend Père, à la date où j'écris, c'est la présidence de la commission instituée par le Rme Père Général en 1928, pour préparer l'édition critique des œuvres de Duns Scot. Depuis son retour en Europe, en novembre 1927. le P. Ephrem a passé presque tout son temps dans les bibliothèques d'Angleterre, d'Ecosse et de Paris, à la recherche des manuscrits. En février 1929, il écrit : " Je suis en Angleterre depuis six mois. Le travail a été considérable ; il m'en reste autant à faire ou à peu près. J'ai dû passer près de quatre mois à la photographie des manuscrits. Plus de 6000 photographies, quel ouvrage ! Je poursuis depuis deux mois l'examen des manuscrits. A Cambridge, j'en ai examiné environ 300, et ici, à Oxford, je devrai en faire un peu plus . . . Dans l'ensemble, les recherches ont donné de bons résultats ; il en reste encore immensément à faire. Il m'a été donné de retrouver le document officiel de l'ordination de Duns Scot. . . "
Le 4 avril 1929, à ses parents : " J'ai été la plupart du temps à Oxford et dans les alentours. . . Je travaillais parfois dix heures par jour dans les bibliothèques — pas chaudes, où même l'encre était gelée et n'a dégelé de tout le mois de février. Et je n'ai rien eu, pas même un rhume. C'est parfois utile d'être Canadien.
" La plus grande partie de mon travail en Angleterre est finie. Il me reste encore deux voyages : l'un à Salisbury, Cheltenham et
DU R. P. EPHREM LONGPRE, O. F. M.
Worcester, l'autre à Edinburgh et Glasgow en Ecosse, et à Berwiek, Durham . . " (1)
En terminant cette courte notice sur le P. Ephrem Longpré, je crois qu'il sera intéressant de faire connaître sa profession de foi philosophique, mobile des travaux qu'il poursuit. C'est donc à titre documentaire que je reproduis la lettre suivante adressée à son frère Anselme, le 30 juin 1925. Depuis sa pensée n'a pas varié.
" ... Ce sont d'ailleurs des raisons religieuses et mystiques qui m'ont fait accepter la pensée augustinienne et franciscaine à rencontre de toute autre philosophie. Je crois que l'histoire prouve que la vie intérieure et la vie mystique de l'Eglise ont été conditionnées par les idées de saint Augustin, reçues et gardées par l'Ecole franciscaine plus fidèlement qu'ailleurs. Je crois aussi que la conversion de l'Allemagne protestante, et d'autres peuples aussi, est conditionnée par une philosophie de la Foi et de l'expérience religieuse, une théologie et une psychologie du surnaturel augustinienne et franciscaine. J'avais ces idées, et l'autre jour, ayant reçu la visite de deux personnages protestants de Copenhague et d'Oslo, professeurs très dis-
(1) — Sur l'ensemble des travaux du P. Ephrem, on peut consulter Mgr Grabmann : " Das Bonaventurakolleg za Quaracchi in seiner Bedeutung fur die méthode der Erforschung des Mittelalterlichen Scholastik " dans Franziskanische Studien, Munster, i. W., 1924, xi, p. 77 ; Maurice de Wulf, Histoire de la philosophie scolastique, Louvain, 1924, 6e éd, 2 vols, surtout le 2e volume ; le P. Jansen, s. j., " Auf dem Wege der Wahrheit " [Sur le chemin de lavérité], dans Stimmen der Zeit, Fribourg-en-Brisgau, cxi, pp. 251-285 ; H. Spettmann, " Neuere Forsehungen zut Franziskanerschule " [Nouvelles recherches sur l'Ecole franciscaine], dans Franziskanische Studien, Munster, i-W., 1923, pp. 95-109 ; la Revue Franciscaine de Montréal, novembre 1927, p. 498, et le Devoir, 29 octobre 1927 ; un article anonyme [l'auteur est un religieux Franciscain] " L'école franciscaine de philosophie ", dans le Soleil de Québec,, du G novembre 1927. On trouvera en outre dans cet écrit des renseignements sur le Collège Saint-Bonaventure à Quaracchi. lie R. P. J.-B. Romeyer, s. j., dans les Archives de Philosophie, Paris, 1926, iv, p. 279, en parlant du livre du P. Rimaud, s. j., Thomisme et Méthode, 1925, écrit ce qui suit : "Tel est le livre du P. Rimaud : brillant, suggestif, parfaitement lisible. . . Evidemment l'auteur n'y révèle rien qui rappelle l'acquis personnel d'érudition médiévale d'un Ehrle, d'un Grabmann, d'un Ephrem Longpré, d'un Gilson ou d'un Mandonnet. Mais il n'y prétend point, et l'intention maîtresse qui l'a inspiré et guidé ne le comportait pas. "
Voir enfin, à la fin du présent travail, la page de Mgr Grabmann, que je renvoie là, pour ne pas grossir démesurément cette note.
tingués, qui savent par cœur Saint Augustin, j'ai été très touché de leurs déclarations. . . [à savoir que] c'est par Augustin et Bonaventure, par la psychologie religieuse et volontariste qu'un rapprochement est possible. Je ne dis pas que toutes les idées [par eux exprimées] sont justes : je constate le fait, fait dont j'ai parlé longuement avec les grands catholiques d'Allemagne, Mgr Grabmann et le R. P. Jansen, s. j., entr'autres, fait tellement évident que, depuis la guerre, il s'est publié en Allemagne plus de livres sur saint Augustin, et aussi sur saint Bonaventure, que pendant un siècle clans toute l'Europe. C'est parce que je crois que l'extension du règne de Dieu est fortement conditionnée par Paugustinisme franciscain, que j'adhère à cette philosophie de toute mon âme. Je crois aussi qu'il est excessivement regrettable que, dans les universités et les collèges, saint Bonaventure soit ignoré. Je pense en effet que pas un auteur ne peut donner au prêtre, au séminariste, le tempérament surnaturel comme le Docteur séraphique : pas un ne peut nous marquer plus profondément de ce caractère suprême d'homme de Dieu, qui doit être le nôtre. Science et vertu, saint Bonaventure* peut tout faire fleurir magnifiquement dans les cloîtres, les séminaires, et chez les gens instruits et dirigeants. Voilà pourquoi je suis bonaventurien jusqu'à la dernière fibre du cœur. Je suis aussi disciple de Duns Seot, parce qu'il est augustinien sans doute, parce qu'il est calomnié par des ignorants ensuite (et j'ai le cœur ainsi fait que j'aime immensément tous ceux qui souffrent injustement), mais aussi parce que Duns Scot a écrit sur le Christ sa grande thèse. Duns Scot en effet enseigne que le Christ a été décrété avant tout, que tout a été fait pour lui, qu'il est le Roi des anges et des hommes. Cette thèse de îa Royauté universelle du Christ est si sublime ! Duns Scot l'a écrite en traits de feu. Or, je crois que seule l'acceptation totale de cette idée nous délivrera du paganisme des gouvernements et des peuples, lesquels sont minés par le libéralisme. Voilà pourquoi je suis scotiste : parce que Duns Scot a couronné la Sainte Vierge de la gloire de l'Immaculée Conception, parce qu'il est le Docteur incomparable. . . de la Royauté de Notre Seigneur. Jamais, tant que j'aurai un souffle de vie, je ne permettrai qu'on le déprécie. C'est là le secret de mon travail : Duns Scot a droit à nos hommages à ces titres immortels." (1) (1) — Lettre à son frère Anselme, du oO juin 1925.