LA CHIMIE DU CORPS VITRE
Nous étudierons successivement les pigments du pourpre rétinien puis la flavine de l'œil.
1° Les pigments du pourpre rétinien.
Wald, en 1935, a étudié le tissu oculaire de Prionotus carolinus, de Centropristes striatus et de Stenotonus chrysops. Le système de pourpre visuel de ces poissons s’exprime dans le schéma suivant :
Pove pre visuel
Lumié- “e .
Vitamire A+ protéine rétinène + protéine
TS EN END SAUT MST EEE . . : L (blanc visuel) (jaune visuel )
L'auteur prend des rétines droite et gauche de cinq poissons adaptés à l’obscurité, qu'il traite isolément.
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Il extrait les rétines à l’obscurité par la benzine.
En versant sur la solution benzénique du trichlorure d’antimoine, il obtient une coloration bleue ; d’où il déduit que la rétine adaptée à l’obscurité contient de petites quantités de Vitamine A. En exposant ces mêmes rétines à la lumière solaire, il obtient le jaune visuel, Il fait alors une nouvelle extraction à la benzine. Il trouve une substance chromogène dont l'absorption est de 664 my. Il prend enfin cefte même rétine soumise à la lumière et avant de la traiter par la benzine, il l’abandonne une heure à la température du laboratoire. Il traite alors cette rétine par la benzine. Pendant cette heure, le jaune visuel est devenu blanc. On obtient une bande qui montre qu'il y a une obsorption quantitative en Vitamine A.
Dans l’épithélium de la rétine, l’auteur a encore trouvé de la xanthophylle et de la flavine.
Kottgen et Abersdorff ont donné pour le spectre visuel des poissons d’eau douce une absorption moyenne à 540 mu. Wald, au contraire, a trouvé le chiffre de 500 mu.
Wald, en 1937, a étudié la porphyropsine ou pourpre visuel, isolé de Perca alba, de Perca flavescens et d’Esox reticulatus.
L'auteur isole une rétine adaptée à l’obscurité ; elle a une coloration pourpre. Exposée à Ja Jumière, elle devient rousse puis la coloration faiblit vers le jaune-pâle. Le passage du rouge au jaune a demandé 3/4 d'heure à 25°. A l’état roux, la rétine replacée à l’obscurité régénère la porphyropsine. Toutefois, la rétine qui est devenue complèfement jaune ne peut plus redonner Ja prophyropsine.
De plus, Wald a traité séparément les rétines droites et gauches de six Perches adaptées à l’obscurité.
Il extrait une rétine par le benzène à l’obscurité ; il la met à blanchir à Ja lumière et fait alors une nouvelle extraction.
Une deuxième est blanchie et complètement transformée avant extraction.
Après avoir traité les extraits benzéniques par le sulfure de carbone, il] fait les spectres; puis il reprend les.
et p0
exfraits par le chloroforme, ajoute du trichlorure d’antimoine, ce qui lui donne une coloration bleue dont il fait le spectre. Les résultats obtenus par Wald sont consignés dans le tableau suivant :
: Spectre de l'extrait Rétine Coloration enénique en so- Spectre de la réac-
lution dans CS2. tion au ClsSb.
adaptée à pourpre absorption dans petite bande à le violet. 695 my.
d’obscurité rousse absorption à 400 haute bande à my dans le vio- 703 my.
let.
blanchie jaune pâle absorption termi- 640 my. et décolorée nale.
2° La flavine de l'œil.
Adler et von Euler, en 1938, montrent que les yeux des poissons contiennent jusqu’à 500 * de flavine par gramme de tissu, alors que d’autres tissus qui passent pour très riches comme le foie et le rein n’en contiennent que 20 ».
Elle apparaît comme entièrement combinée avec des protéines. Elle ne donne pas la réaction de fluorescence caractéristique, cependant elle donne une fluorescence grise dans l’eau d’extraction, et elle est complètement dialysable. Si l’on prend un poisson fraîchement tué et qu’on le refroidisse dans le mélange acétone-neige carbonique, une coupe pratiquée suivant une section méridienne montre au microscope à fluorescence un spectre identique en tous points à celui de la flavine. Karrer a isolé et identifié la flavine du Gadus. Il l’a trouvée identique à la lactoflavine. Cet auteur en conclut que la flavine contenue dans les yeux des poissons est à l’état libre ou à l’état de combinaison protéique hautement disso-
Ro
ciée et non pas sous la forme de flavine-enzyme. Les yeux sont donc le seul tissu qui contient de la flavine libre avec, sans doute, le lait et les urines.
Emery montre que dans l’œil de poisson, il n’y a pas de flavine phosphate mais de la flavine libre. Il y aurait donc déphosphorylation de la flavine des aliments avant qu’elle soit passée dans l’œil.
On peut donc conclure, avec Adler et von Euler, que, dans l’œil des poissons, la flavine n’est pas sous le même état chimique que dans les autres organes. Elle n’est liée ni à l’acide phosphorique, ni aux protéines. La flavine ne joue donc pas comme oxydoréducteur mais comme élément de fluorescence. Elle a un rôle physique et non chimique.
Derrien, en 1937, étudie la répartition du chlorure de sodium et du glucose entre le plasma sanguin et le corps vitré des poissons.
L'auteur fait des prises simultanées de plasma et de corps vitré, obtenues par ponctions cardiaques et rétrocornéennes chez les baudroies.
Dans le corps vitré, Derrien trouve une teneur en chlore, dosé en chlorure de sodium de 7,60 à 9,12 grammes par 1.000 cc. La teneur en glucose est de 0,06 à 0,12 gr. pour 1.000. Dans le plasma sanguin, l’auteur trouve de 10,41 à 10,93 pour 1.000 cc. de CI Na, et 0,15 à 0,35 gr. pour 1.000 cc. de glucose. Les rapports: CINa du corps vitré/Cl Na du plasma sont toujours inférieurs à l’unité et présentent des valeurs voisines de 0,82. Les rapports : glucose du corps vitré/glucose plasmatique sont, de même, toujours inférieurs à l’unité. Leurs valeurs sont comprises entre 0,31 à 0,52.
L'intérêt de ces faits ressort de leur comparaison avec ceux antérieurement acquis chez l’homme et chez un certain nombre de mammifères. On sait, en effet, que chez tous ceux-ci les rapports de répartition : corps vitré/plasma voisins de ceux : humeur aqueuse/plasma, sont toujours inférieurs à l'unité dans le cas du chlorure de sodium et le plus souvent inférieurs à l'unité dans le cas du glucose.
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Derrien a étudié la répartition de ces mêmes éléments chez un sélacien Scylliorhinus stellaris. L'auteur a fait des ponctions intraoculaires et intracardiaques chez des Roussettes vivantes ponctionnées au moment de leur capture. La teneur du sérum en (Cl (exprimé en gr. de CINa pour 1.000 cc. de sérum) a varié de 15,21 à 16,26 gr. Sa teneur en glucose (exprimée en gr. pour 1.000 cc.) a varié de 0,17 à 0,38. Pour le corps vitré, l’auteur donne les chiffres suivants : CINa : de 16,22 à 16,67 gr.; glucose : de 0,04 à 0,19. Les rapports CI Na-corps vitré/Cl Na-sérum sont toujours supérieurs à l’unité (moyenne de 10 cas: 1,03). Elle est pratiquement égale à 1,00 si l’on rapporte au litre de solvant (eau) la concentration en C1 Na des humeurs.
Les rapports glucose-corps vitré/glucose-sérum présentent des valeurs comprises entre 0,33 et 0,51 (moyenne 0,35).
Derrien a aussi étudié la répartition ide l'urée dans le corps vitré et le sérum de Scylliorhinus stellaris. Les dosages de l’urée dans le sérum de ce poisson lui donnent des chiffres variant de 25,11 à 25,50. Ceux du corps vitré oscillent entre 22,07 et 24,00. La valeur moyenne du rapport urée-corps vitré/urée-sérum — (0,92.
La répartition du glucose et de l’urée dans les milieux oculaires et le sérum présente chez Les sélaciens, d’une part, chez les batraciens d’autre part, des caractères communs tenant au fait que chez tous ces animaux la valeur des rapports uréiques légèrement inférieurs à l’unité sont le plus souvent bien supérieurs à celles des rapports glucosiques. Il en est vraisemblablement de même chez les Téléostéens.
On peut penser qu’il existe entre la composition du sang et celle des liquides intraoculaires de tous ces vertébrés une relation dans laquelle la vitesse de diffusion des constituants plasmatiques, inversement proportionnelle au poids moléculaire de ceux-ci, joue un rôle important.