MADAME
A la première nouvelle de la révolution de 1830, Thibaudeau se disposait à rentrer dans sa patrie, lorsque son fils vint le chercher. Il arriva à Paris le 5 août , après quinze ans d’exil. Il ne fut pas longtemps à se convaincre que les Conventionnels n'avaient rien à espérer de Louis-Philippe, ni de son gouvernement. Il lit régler sa pension (1) et vécut dans la retraite. Il continua de se livrer à des travaux littéraires dont le principal était P Histoire de Napoléon. Malgré l’interruption de l’impression, il avait à cœur de la terminer et de remplir ses engagements. M. Cotta mourut. Son fils transmit la propriété de l’ouvrage à M. Renouard, libraire, il laissa de côté les cinq
(1) Le bulletin des lois <lu mai 1831 contient l'ordonnance royale suivante :
« Sur le rapport du président du Conseil des Ministres, ministre, secrétaire d’État au département de l’Intérieur; vu les titres présentés par M. Thibaudeau, ancien préfet et Conseiller d’État, desquels il résulte qu’il est né à Poitiers le 23 mars 1765, et qu’il compte vingt ans deux mois six jours de services piublics salariés, non compris deux ans de fonctions municipales, comme substitut de procureur du Roi, et comme jrrocureur de la commune de Poitiers; considérant que si, à l’époque de son bannissement, cet ancien fonctionnaire ne réunissait pas les conditions exigées par ie réglement du 13 septembre 1806, pour l'admission à la retraite, il était déjà atteint d’infirmités contractées dans l’exercice et à l’occasion de ses fonctions; que ces infirmités aggravées par quinze ans d’exil, ne lui permettent plus de remplir aucun emploi public, ce qui le met dans le cas d’exception prévu par l’article 3 du même réglement; vu l’avis de notre ministre des finances, en date du 31 mars dernier, le Comité de l’intérieur de notre Conseil d’État entendu, nous avons ordonné et ordonnons ce qui suit :
u Art. 1er. — Il est accordé à M. Thibaudeau (Antoine-Claire), en récompense de ses services publics, et à raison d’un traitement de 50,000 fr. dont il a joui pendant les quatre dernières années de son activité, une pension annuelle et viagère de 6,000 fr.
«Art. 2. — Cette pension sera inscrite au Trésor public et sera payée à M. Thibaudeau, à partir du jour de son inscription, à Paris, lieu de son domicile. »
volumes publiés, changea le litre, et publia en 1834- et 1835 r Histoire du Consulat et do l'Empire, en dix volumes.
Pendant son séjour à Prague, Thibaudeau avait ramassé des matériaux pour une histoire de la Bohême; il s’en servit pour faire un roman historique intitulé La Bohême, qu’il publia en 1834. L’Académie des sciences morales et politiques mit au concours V Histoire des États généraux. Thibaudeau en publia une en 1843, mais ne voulut pas concourir. Malgré son grand âge, il n’a pas cessé de travailler et d’écrire. En 1849, il a mis la dernière main à une histoire abrégée de la Révolution depuis 1789 jusqu’à l’établissement delà République et à la mort du roi. Cet ouvrage est inédit . .
Lorsqu’il écrivit cette biographie, Thibaudeau était à Maisons-Laffitte où, depuis plusieurs années, il passait scs étés dans une modeste habitation entourée de jardins où il se livrait avec passion à l’horticulture. Pendant les hivers, il venait à Paris. Là, toutes ses journées se passaient dans sa chambre à coucher qui était en même temps son cabinet de travail, et à quelque moment qu'on vînt le voir, on le trouvait occupé à lire et à travailler. De fidèles amis, sa famille venaient l’aider à passer ses soirées, faire son piquet, et jusqu’aux derniers moments de sa vie, par son esprit caustique, ses réparties
vives, sa logique implacable, il était Taine de ces modestes réunions. En 1852, lors du rétablissement de l’Empire, il fut nommé sénateur et grand officier de la Légion d'honneur. Il allait très-régulièrement aux séances du Sénat, mais sa santé ne lui permit pas de prendre une part active à ses travaux.
Pendant les premiers mois de l'hiver si rude de 1854, Thihaudeau souffrit presque constamment des attaques de la seule maladie qui Tait jamais atteint, de la goutte; dans les premiers jours de mars, les symptômes devinrent alarmants, et le 9, dans la matinée, il expirait dans les bras des siens, à la veille d’accomplir sa 90° année, en pleine connaissance, affirmant les croyances de toute sa vie. Quelques heures après, son fils recevait de l’Empereur la lettre suivante :
« Talais des Tuileries, 9 mars 1854.
« Monsieur, vous savez que le mérite, le caractère, les honorables services et le dévouement de votre père à l’empereur Napoléon Ier, m’ont toujours inspiré une estime particulière. C’est vous dire combien je suis touché du malheur qui vous frappe. Croyez donc à mes regrets sincères et à mes sentiments.