‹ Biographie-bibliographie du BriançonnaisChapitre 1 sur 36 · CANTON D'AIGUILLES · texte numérisé non relu

CANTON D'AIGUILLES

PAR

Ax*lstlde Ar^BJQRrr

Membre de la Société d Études des Bautes-Alpês

IlfP. JOUGLARD PÈRS ET FiLS IMPRIMEURS DE LA PREFECTURE

S9ÇQ17B

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Extrait des Bulletins de la Société d'Études des Hautes- Alpes, 1888-1889.

BIOGRAPHIE-BIBLIOBRÂPHIE

DU

BRIANÇONNAIS

VALL&ID -DXJ QUEYRAS

(CftDton d* Aiguilles)

DU

BRIANÇONNAIS

VALLÉE r>Xr QUlûYFtAS (Canton d* Aiguilles)

ALBERT est un nom patronymiqae très répandu dans diverses localités du Briançomiais. Deux villages portent cette dénomination : Les AlbertSy Tun situé au pied du Mont-Genèvre, sur le territoire de la commune de ce nom, l'autre en Yallouise, sur celui de la commune du Puy- Saint-Vîncent.

Une famille Albert a occupé, au moyen âge, une place considérable dans la noblesse du pays et dans les affaires de la vallée du Queyras. Le berceau de cette famille pa« raît avoir été le village d*Arvieu, auipiel on donnait le nom de ville, qualification aussi pompeuse qu'imméritée. Il y a encore à ce jour, à Arvieu, des propriétaires cultivateurs, des marchands, portant le nom et les prénoms de leurs homonymes plus titrés des Xin% XIV», XV et XVP siècles. N*y a-t-il pas, pour ces familles, malgré le long trait du temps et la dérogeance, une sérieuse présomption de commune origine ?

Deux prévôts de la communauté de Saint-Laurent-d'Oulx, Albert I (1105) et Albert U (1116)» étaient, selon toute probabilité, de cette famille. Le personnel de ce monastère, célèbre dans les annales de l'ancien Briançonnais, se recrutait dans les grandes famille de ce pays.

L'Inventaire des titres de la Cour des comptes (vol. du Briançonnais) contient des indications nombreuses sur la famille Albert, du Quejrras.

2 mars 1264. Vente par Guillaume Albert de diverses censés au Dauphin (Guignes VII).

15 février 1273. Vente au Dauphin (Jean P') par Guil-

t Uleinuië eoelesù» Chartarium (RiTautella), pp. 40, 63, 154...

lâume Albert d'une censé de quatre septiers de seigle qu'il avait à Arbries, paroisse de Ristolas, pour 4 livres 5 sols.

7 août 1273. Vente par Guillaume Albert, damoiseau de Queyras, au Dauphin (Jean V] d'un censé d'un mouton e^ d'un agneau.

Guillaume Albert possédait un hameau de Souliers (aujourd'hui commune du Château- Ville-Vieille} des droits de tasches qu'il vendit aussi au Dauphin, au prix de 10 florins viennois.

Dans un acte de concession de franchises par le Dauphin (Jean II), du 13 décembre 1311, aux habitants de la vallée du Queyras, on trouve au nombre des nobles qui y sont mentionnés :

Guillaume Albert, Autre Guillaume Albert, Humbert Albert, François Albert, Albert Albert, Guignes Albert.

Dans une procédure de Visitation du mandement de Queyras. du 42 juin 1339, qui contient le dénombrement des nobles de cette vallée, figurent parmi eux :

Antoine Albert, Jacques Albert, Pons Albert, Autre Jacques Albert, Guignes Albert, Guillaume Albert.

Une fondation faite dans la paroisse d'Abriès, par Pons Albert, est mentionnée par le curé Albert^ dans les termes suivants : « L'église paroissiale d'Abriès est sous le c titre du glorieux apôtre saint Pierre. Elle est desservie < par un curé, un vicaire et un chapelain fondé par noble « Pons Albert, en 1384. >

Un Pons Albert (le même probablement) avait, en 1407,

t Histoire du diocèse éCEmbrun, 1. 1. p. 337.

la charge des grandes gabelles, de la leyde et du péage de Briançon'.

Dans une révision des feux de 1458, figure parmi les nobles de Télection de Gap : à Queyras, Florimond Albert*.

£n 1601, nobles François et Antoine Albert vendent au roy Dauphin les revenus et émoluments du greffe de la chàtellenie du Queyras'.

Nous retrouvons des rameaux de cette nombreuses famille dans divers lieux de la vallée du Queyras, à Abriès, à Molines. Jean Albert, fils d'Antoine, était consul de cette communauté, en 1737^

Au XY* siècle, une branche de cette famille se fixa à Guillestre, où Térudit archiviste des Hautes-Alpes, M. Tabbé Paul Guillaume, nous signale* un consul de ce nom Jean Albert en 1496, et dans les siècles suivants, Jacipies Albert (15:99}, Jean Albert, notaire (i630), Jean Albert (1643), aussi consuls de cette importante communauté.

Le membre le plus connu de cette branche a été le général de division Jean-Baptiste Albert, que ses brillants services et son caractère élevé désignèrent au choix du duc d'Orléans (depuis le roi Louis-Philippe), en qualité d^aide de camp. Il est mort, en Bavière, en 1822.

Plusieurs membres de la famille Albert appartenaient à la croyance des Yaudois, et, dans tous les cas, plus tard furent acquis à celle de la Réforme. L'émigration dut devenir une nécessité pour quelques-uns d'entre eux dans les temps de persécution religieuse. De ce nombre durent être Jean-Philippe Albert, imprimeur à Genève, l'éditeur du livre de controverse publié à Genève, en 1579, sous ce titre : Réponse pour les églises des vallées du Piémont au sieur illuminé Faverot, récollet ^ etc.j et Philippe Al-

1 Inf)entaire sommaire des Archives^ par M. Pilot, série B, p. 124.

* Bibliothègtie du Dauphiné de Guy-Allardy publiée par H. Garriol. To Feux, p. 494.

< Inventaire des titres de la Cour des comptes.

* Transitons ou mémoires de Chafirey Roulph. Mss. de ma coUeclion. » La Durance du 12 janvier 1879.

bert, auteur de Y Histoire de la VaXteline et des Qrisons. . etc. 1632 iii-8.

Dans un curieux factum* publié au commencement du XVni* siècle, au cours d'un procès entre le chapitre d'Embrun et les consuls et communautés de la vallée du Queyras, à Toccasion de la perception de la dlme, il est dit, p. 45, dans l'avertissement du chapitre :

« Pendant tout le dernier siècle et longtemps pendant € le précédent que l'hérésie do Calvin dominaitdans cette « vallée, il y a eu dans Arvieu la famille des Alberts qui « présidait dans toutes les affaires de la valée et qui était « le conseil général et particulier du païs. »

J'ai sous les yeux un état des volontaires de la municipalité d'Arvieu, du 15 juin 1793, signé par J. Albert, maire. Au nombre des cinq jeunes volontaires se vouant à la défense de la patrie, se trouve Jean Albert. Ainsi cette famille, à cette époque rapprochée de nous affirmait encore sa vitalité par le dévouement des fonctions municipales et par le patriotique élan au jour du danger de la patrie.

Nous signalerons, en dernier lieu, un rejeton de cette famille, Barthélémy Albert, qui, dans Thumble condition d'instituteur, sut inspirer une particulière estime et de Tamité à Témule d'Oberlin, à Félix Neff, le grand missionnaire protestant du commencement de ce siècle*.

ALBERT (Auguste) est né à Aiguilles en Queyras, le 16 décembre 1809. Son père, du même prénom, Auguste Albert, exerçait dans ce chef-lieu de canton, les fonctions de receveur de Tenregistrement. Son aieui paternel , François Albert, ancien avocat du roy près le baillage de Briançon, était, à cette époque, le procureur impérial du tribunal.

Auguste Albert reçut, ainsi que plusieurs jeunes gens de la vallée du Queyras, ses contemporains, les leçons d'un homme dont le nom doit demeurer ineffaçablement empreint dans la mémoire de ces populations, le docteur

1 De ma coUection.

I Visite au champ des tnxoaux de Félta N$ff^ p. A. Dubost, p. 107

Yilhan, le médecin adoré des pauvres, qui consacrait tous ses instants de loisir et les longues veillées de Thiver à l'instruction de l'enfance et de la jeunesse, sans autre rémunération que la satisfaction venue de sa noble action et de Testime de ses contemporains.

Auguste Albert profita des leçons de Texcellent docteur, De son père, il reçut aussi quelques notions de droit et de pratique judiciaire.

Vers 1828, Albert quitta la vallée du Queyras ; il alla passer quelques années à Briançon où il travaillait dans une étude d'avoué. En 1833, il se rendit à Grenoble où, pendant plusieurs années, il eut la direction, en qualité de maltre-clerc, du travail d'une étude importante.

Le jeune praticien était doué d'une vive imagination et d'une humeur aventureuse, quoique frêle, de petite taille et de santé souvent ébranlée. S'il avait pu s*arréter à de sages résolutions, il se fût fixé à Grenoble où ses connaissances juridiques lui assuraient une position et un avenir tranquilles. La mobilité de ses idées eut le dessus ; il lâcha la proie poar ï ombre et partit pour Paris où il fit un court séjour. De là, il se rendit à Londres où il donna des leçons de langue française et d'italien.

Quelque peu polyglotte, la connaissance de plusieurs langues développait et servait ses instincts de cosmopolitisme.

Des enrôlements avaient lieu en Angleterre, en 1837, pour la formation de la légion étrangère organisée par les christinos en lutte avec don Carlos. Auguste Albert, acquis dès Tenfance aux principes de la Révolution, et qui serait allé au bout du monde pour combattre les Bourbons de toutes les nationalités, s'enrôla dans la légion espagnole. Il assista aux opérations militaires de cette armée, où Espartero sauva Madrid menacée par les carlistes, chassa Tennemi des hauteurs de Lucana et débloqua Bilbao.

En 1838, dans Tune des rencontres où Espartero battit le général carliste Negri, dont il finit par détruire les bandes, Albert fut fait prisonnier. Il fut relâché quelques mois après.

Là devait finir l'odyssée du malencontreux soldat improvisé. Ses ardeurs belliqueuses, sinou ses haines politiques, s'étaient éteintes dans les épreuves de la captivité.

11 rentra en France, se fixa à Paris, où il ne tarda pas à trouver un poste de chef du contentieux dans une grande maison de banque. Il conserva cette position jusqu'à sa mort (15 juin 1847).

Sous le pseudonyme de Vallouîse, Auguste Albert a publié les trois ouvrages dont les titres suivent :

Histoire des hommes illustres de la République française, par M. Vallouise; in-8*, 174 p. Baudoin imprimeur à Paris, s. d. (1838 ou 1839).

Ce livre comprend huit notices : Robespierre, Barnave, Danton, Michel Lepelletier, Marie-Joseph Ghénier, Barras. Marat, Saint-Just.

Le V esprit de la montagne, ou les grands hommes de la Révolution française, par M. Vallouise ; in-S». Paris 1840, Tamisey, libraire, 1840. 213 p. Six notices : Robespierre, Danton, Marat, Saint-Just (reproduction de celles publiées dans l'ouvrage précédent), Camille Desmoulins, Billaud-Varennes, Conclusion.

Le Droit social, écrit périodique mensuel des sciences politiques d'Histoire et de Philosophie, tome P^ (le seul qui ait paru). Paris, Rouanet, libraire, 1840, iu-8°, 48 p.

Dans V Abeille littéraire, revue des Feuilletons, Albert fit paraître (18 octobre 1846), Montaumor des Adrets, roman historique d'assez longue haleine. Cette publication est signée: Albert (d'Aiguilles).

MargueiHte, ou un mariage sur le mont Viso (avril 1847), petite nouvelle, signée aussi : Albert (d'Aiguilles.)

AYMAR (Jacques), paysan dauphinois qui eut ou s'attribua la faculté de découvrir des sources au moyen de la baguette divinatoire. — Il ne borna pas à l'hydroscopie l'art de la rhabdomancie. — En 1692, un marchand de vins et sa femme furent assassinés et volés à Lyon. Aymar, déjà connu par des découvertes de sources et d'autres curieuses expériences, fut appelé pour aider à la recherche

des meurtriers aa moyen de sa merveilleuse baguette de coudrier. Il accepta cette mission, et, sur ses indications, les assassins furent poursuivis jusqu'à Toulon et jusqu'en mer, sur divers points de la côte du golfe du Lion. L'un d'eux, arrêté, confirma par ses aveux la révélation de rinstrument merveilleux qui se mouvait dans la main de l'homme si singulièrement doué, ou, si Ton veut, de l'habile prestidigitateur ou du policier de rare sagacité.

La chronique de cette époque (de 1602-1693) est remplie du nom et des découvertes réelles ou imaginaires d'Aymar qui vit cependant, vers la fin de ses jours, le prestige de son pouvoir s'évanouir par Tinsuccès de plusieurs expériences tentées devant lin public intelligent et quelque peu sceptique'.

Le curé Albert" et M. Ladoucette' ont fait naître Jacques Aymar à Saint- Veran-en-Queyras. Cette opinion aurait pu s'accréditer si elle avait dû avoir pour unique base l'esprit aventureux et subtil des paysans dès longtemps cosmopolites du Queyras. Mais il est avéré aujourd'hui que la biographie des Hautes- Alpes n*a rien à voir aux faits et gestes de ce singulier personnage.

Une publication récente* de M. Joseph Accarias, conseiller à la cour de Grenoble, ne laisse aucun doute sur le lieu et la date de la naissance de Jacques Aymard. Cette naissance, qui n'est point à la date indiquée par M. Ad. Rochas dans sa biographie du Dauphihé (du 7 au 8 septembre 1662}, est mentionnée dans les registres de la commune de Saint-Veyran, arrondissement de Saint- Marcellin (Isère), ainsi que l'a vérifiée M. Accarias. c Le € mesme jour (23* septembre 1657) avons baptizé Jacques (( Aymar fils de Claude. La mère Françoise Sauze, le € perrin Jacques Coumay, la merrine Claude Sauze ; en € foy de ce (signé), Guitton, curé. »

> Dissertation physique etc par M. *** (Joan Chastelain, professeur

à Montpellier — 1693) — Bulletin de T Académie delphinale 18S4 p. 344. « Curé Albert — tom. 1 p. 349. • ' Ladoucette — Ed. 1848 p. 193.

< Notice kur les Chalvets — Grenoble, in-octavo, 1880.

Jacques Aymar est mort le 7 décembre 1707 à Saint- Yeyran (Isère)*.

BERTHELOT (famille originaire d'Abriès).

La famille Berthelot était fixée de temps immémorial à Abriès ; elle occupait une notable situation et possédait une grande influence dans les affaires publiques de la vallée du Queyras. On lit dans Vhistoire du diocèse d'Embrun du curé Albert, t. 1 p. 319-320 : « Il y a en Queyras € un châtelain royal qui est juge en plusieurs cas, qui € assiste et qui autorise l'élection des consuls de chaque € communauté. Sa charge est héréditaire et depuis long- « temps elle est possédée par les sieurs Berthelot € d'Abriès. »

Dans rhistoire de Saluées, de Muletti (Storiadi Saluzzo) il est fait mention d'un Berthelot, châtelain, à propos d'une négociation qui eut lieu en 1676 entre les représentsmts des communautés ft*ançaises et italiennes des deux versants du Viso, en vue des réparations à exécuter au tunnel ou pertuis du Mont Yiso, communication delà vallée du Guil et de la vallée supérieure du P6.

« In una carta del 1676 si fa menzione d'un abbocca- « mento ch'ebbe luogo al colle délia Traversetta al dissott pra délia grotta, con assenso di Madama Reale (Gio- € vanna Battista di Savoia-Nemours), tra i deputati di € Barge e délie terre délia valle del Po, e quelli délia valle € di Queiras inDelfinato, condottivi dal signer Bertelot, € castellano d'Abriès e délia detta valle di Queiras ; e vi € si descrive Fesame fattosi e della galleria e de sui din- « tomi, dal quale risulto che facilissimo ed utile al com € mercio dei due stati sarebbe riescito il riattamento c della strada pel Viso. Dalla stessa carta si conosce cho tt tutti i deputati concordemente stabilirono le opère a € farsi ; e si vede eziandio che la principessa reggente ed M i suoi ministri favoreggiavano quel riattamento : ma € dopo tutto cio noi ignoriamo se effettivamente sia stato € eseguito. >

Plusieurs membres de la famille Berthelot ont rempli

1 Même documenl.

de3 fonctionsjudiciaires à Briançon, entr'autres : Barthélémy Berthelot, docteur en droit, assesseur au siège de Briançon ; Jean Berthelot, possesseur du môme diplôme, investi des mêmes fonctions ; Guillaume Berthelot, lieutonant particulier au balliage de Briançon, décédé le 22 octobre 1780. Un Berthelot, licencié en droit, fut député par la vallée du Queyras, avec la mission de défendre, de concert avec M* Jouve, avocat, premier consul de Briançon, à la suite des états de Romans, les privilèges particuliers du Briançonnais garantis par sa grande charte de 1343. Les deux députés rédigèrent un mémoire remarquable (in-4** de 34 pages) publié en 1789, dans lequel ils firent avec clarté et une sure érudition, l'historique des longs et continus efforts des Briançonnais pour sauvegarder les immunités, franchises et libertés acquises par eux du dernier des Dauphins^

La famille des Berthelot, d'Abriès, s'est éteinte, il y a 35 ou 40 ans en la personne d'Eugène Berthelot, notaire. Une branche de cette famille s'était établie à Guillestre. Parmi les membres de cette famille, on peut citer Benoît Berthelot, décédé nonagénaire, il y a quelques années, et qui a été vice-président du conseil général des Hautes- Alpes. Deux de ses filles, MMlles Élisa et Olympe Berthelot ont épousé MM. Évariste et Marins Ghancel, les grands industriels du Briançonnais*.

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