BAUDRAND
Baudrand (Barthélémy), écrivain ascétique, estnéàNcvache en Briançonnais, le 18 septembre 1701. Le 1«' mars 1721,àrâgede moins de vingt ans, il entra en noviciat, dans la compagnie de Jésus. Il enseigna, tout d abord, les belles lettres et la rhétorique; en 17511, il devint recteur du collège d'Aix-en-Provence, et conserva ces fonctions jusqu'en 1762. Après la suppression de l'ordre des Jésuites, Baudrand se fixa à Lyon. Il est mort k Vienne, le 3 juillet 1787.
Durant le cours de sa résidence à Aix, il fut en butte, dit Adolphe Rochas (Biographie du Dauphiné) aux attaques passionnées des Jansénistes. « Non seulement ils lui reprochèrent de se donner trop de mouvement pour enrôler dans les congrégations les bourgeois de la ville, mais encore ils l'accusèrent de certains faits très graves, suffisants de nos jours, pour amener un homme sur les bancs de la police correctionnelle. D'après eux^ il aurait employé pour soutirer de l'argent aux riches dévotes, certaines manœuvres difBciles à qualifier autrement que des noms d'abus de confiance et d'escroquerie. » Mais, ajoute Adol-
phe Rochas, il faut se déQer de ces accusations comme de toutes celles dictées par l'esprit de parti.
Que le zèle clérical de Baudrand ne Tait pas emporté jusqu'à Toubli de la morale et à la méconnaissance de la loi civile, je veux bien l'admettre ; mais j estime que son zèle intempestif et outré ne fut point sans influence sur le Parlement d'Aix, dont l'arrêt de proscription de Tordre des Jésuites se distingua, avec celui de Rennes, par la sévérité de ses considérants.
Les Jésuites ont multiplié à Finflni les éditions et les traductions des œuvres dites ascétiques de Baudrand. Ils trouvaient, sans aucun doute, leur compte à plonger les âmes naïves et simples dans la contemplation, se réservant, suivant leur tradition, la gestion et la jouissance des intérêts temporels, le pouvoir et la richesse. Les écrits de Baudrand ont été traduits dans toutes les langues de l'Europe, ainsi qu'en Arménien moderne.
Les œuvres des savants et des philosophes moralistes de premier ordre, ces hommes de haute pensée et de grande noblesse de sentiments, ces agents supérieurs de civilisation, n'ont pas eu cette bonne fortune de multiple reproduction. Mais il fallait bien dans l'intérêt de l'état social rêvé par la puissante Compagnie, distribuer à ses béats prosélites, cette pâture alTadissante, faite pour substituer des formules vides à l'activité de la pensée, abaisser l'intelligence, en paralyser les ressorts.
Le catholique Chateaubriand, n'entendait pas ainsi les mouvements et l'expression du sentiment religieux :
« Le Christianisme^ dit-il, quelque part, toujours d'accord « avec les cœurs, ne connaît point les vertus abstraites et « solitaires, mais des vertus tirées de nos besoins et utiles « à tous. »
Pascal a dit sur les tentatives de l'absorption de l'âme en Dieu, le mot de mordante ironie que l'on connaît :
« L'homme n'est ni ange ni bête, mais le malheur veut que qui veut faire l'ange, fait la bête. »
Avec la même autorité et plus de gravité, il dit ailleurs : a La vertu est la raison appliquée à la conduite de la vie. »
En dépit de rinsignifîance de ces œuvres, elles sont dans une multitude de mains. On pourrait, sans injustice, leur appliquer les vers de Boileau à Scudéri :
Tes écrits, il est vrai, sans art et languissants Semblent être formés en dépit du bons sens : Mais ils trouvent pourtant quoiqu^on en puisse dire. Un marchand pour les vendre et des S3ts pour les lire.
Dans Quérard, dans Feller et surtout dans la Bibliothèque de la Compagnie de Jésus des pères de Backer, édition du P. Carlos Sommervogel (1890), on trouve l'énumcration aussi complète que possible des œuvres de Baudrand.
Les imprimeurs Périsse, de Lyon, indiquent comme Oeuvres Spirituelles de Baudrand, les ouvrages suivants :
Les Œuvres Spirituelles de P. Baudrand, sont composées des volumes suivants, qui se trouvent chez les mêmes libraires.
L'Ame élevée à Dieu, par les réflexions et les sentiments: avec l'Ame pénitente, ou le nouveau Pensez-y bien, 1 voL in-12.
L'Ame contemplant les grandeurs de Dieu. — L'Ame se préparant à Téternité, in-Ti.
L'Ame éclairée par les oracles de la sagesse. — Explications des huit Béatitudes. — Réflexions pour chaque jour du mois, tirées des conseils de la sagesse, in-12.
L'Ame fidèle, animée de l'esprit de Jésus-Christ, in-12.
L'Ame embrasée de l'amour divin, par son union aux Sacrés-Cœurs de Jésus et de Marie, in-12.
L'Ame intérieure, ou conduite dans les voies de Dieu. — L'Ame seule avec Dieu, in-12.
L'Ame religieuse, élevée à la perfection, in-12.
L'Ame affermie dans la foi, ou preuves abrégées de la religion, in-12.
L'Ame sur le Calvaire, trouvant au pied de la Croix la consolation dans ses peines, in- 12.
L'Ame sanctifiée par la perfection de toutes les actions de la vie, ou la Religion pratique, in-12.
Réflexions, sentiments et pratiques de piété sur les sujets les plus importants de la morale chrétienne, in-12.
Histoires édifiantes el curieuses, avec des réflexions, in-12.
Visites au Saint-Sacrement et à la Sainte-Vierge, pour chaque jour du mois, in-12.
Couronne de Tannée chrétienne, ou Méditations d'Abelly ; ouvrage corrigé par Baudrand, 2 vol. in-12.
Ouvrages du même, en petit format.
Neuvaines au Sacré-Cœur de Jésus, in-18. Visites au Saint-Sacrement et à la Sainte-Vierge, in-18. — i^es mêmes, in-24. Les mêmes, in-32.
Le nouveau Pensez y bien, ou l'Ame pénitente, in-24.
Aristide BERARD.
Berard (Balthazard- Aristide) est né à Briançon, le 4 septembre 1811. Il était le fils du mathématicien Berard dit Sunderson Berard, dont nous avons, dans la biographie du canton du Monôtier, raconté la vie et signalé les remarquables travaux scientifiques.
La famille Berard semblait être vouée par des prédispositions natives aux mathématiques et à la mécanique. Le chef de la famille était un mathématicien de puissante intelligence ; son fils, Aristide, le suivit dans ses errements scientifîques et manifesta la même intense activité d'esprit. M"« Rosine devenue M™«Balmès. M"®'* Héloise et Clara Berard possédaient aussi, élèves intelligentes de leur père, poussée assez loin, U\ science du calcul. Elles furent souvent ses collaboratrices, la cécité du vieillard rendant fort dilïlciles pour lui les opérations de calcul très étendues.
Aristide Berard fut soumis de bonne heure à La discipline de (a famille, c est-à-dire à Tétude des mathématiques, de la physique et de la mécanique. Doué de remarquables aptitudes, il 11 1^ sous la direction de son père, de rapides progrès et fut bientôt en pleine possession d'éléments étendus de ces sciences*
Entré à TËcole des mines de Saint-Etienne, il en sortit en 1831, à 20 ans, avec un brevet de première classe. 11 entra presque immédiatement comme chef de fabrication aux forges de Decazeville.
Un travail excessif altéra la santé de Tardent jeune homme. Il dut pour la rétablir revenir à Briançon au sein de la famille.
Vers cette époque, une société importante s'était fondée dans le but d'exploiter sur une grande échelle les gisements métallifères du département des Hautes-Alpes et de rOisans.
Aristide Berard connaissait admirablement le Briançonnais et 1 Oisans au point de vue surtout de leurs richesses souterraines ; il fut choisi, quoique fort jeune, comme directeur de cette vaste entreprise. On lui adjoignit un ingénieur prussien du nom deWarmhols, homme de vive imagination et fort entreprenant, qui trouva la mort dans le cours de ses explorations en tombant d'une hauteur de .5 à 600 mètres (Voir notre essai sur l'Oisans). Les opérations de la Société s'étendaient depuis les mines dites des Ruines, près Vizille (Isère) en passant par les mines d'argent d'Allemonl, les vastes gisements du Grand-Clos (Hautes-Alpes), les mines du Lauzet et du Casset, jusqu'aux anciennes et riches mines de l'Argentière (plomb sulfuré argentifère).
11 fit construire deux fonderies. Tune à Allemont (Isère) contenant sept fourneaux, et l'autre au Lauzet en contenant deux, des ateliers de préparation mécanique pour le minerai, à Allemont, au Grand-Clos, à TAlpe et à l'Argentière, ateliers composes de vastes bâtiments en maçonnerie et qui contenaient des bocards de dix à vingt flèches, des cylindres à broyer, des tables jumelles et à secousse, des lavages à cascade, des cuves à crible, des caissons allemands, des forges, etc. ; le tout mis en mouvement par de puissantes roues hydrauliques et établi à grands frais^ de manière à être fort durable.
Un outillage immense, ustensiles, machines, instruments, tombereaux, caissons, brouettes, provisions, etc., compléta l'installation et permit un large fonctionnement.
Mais, hélas 1 les frais de premier établissement et de mise en œuvre de cette vaste entreprise industrielle^ dépassèrent, au bout d'un certain temps, les possibilités financières de la Société; ainsi qu*il arrive fréquemment, l'entreprise s'efTondra, faute de fonds^ au moment où la Société allait recueillir peut-être le fruit de ses immenses travaux, soit d'installation, soit d'exploitation.
Quelle part de responsabilité est attribuable dans cet insuccès de l'entreprise aux deux ingénieurs, Aristide Berard et Warmhols. Peut-être n'est-ce que justice de dire qu'ils furent, avant tout, des ingénieurs et non de prévoyants comptables ; peut-être furent-ils entraînés, outre mesure, soit par un conseil d'administration peu clairvoyant, soit par le miroitement de la grandeur des résultats espérés. Dans tous les cas, la réputation de savoir et d'habileté professionnelle d'Aristide Berard ne reçut aucune atteinte de rissue de cette entreprise.
Ceux qui furent frappés par cette faillite presque autant que les actionnaires furent les habitants de TOisans, de la Grave, du Lauzet, du Gasset, du Monêtier, de l'Argentière, qui avaient trouvé dans les multiples travaux de lacompag:nie des occupations relativement bien rétribuées. Ces pauvres gens furent dépossédés d'un gain qui avait introduit dans ces rudes contrées une aisance relative. C'est TeiTet des grands travaux agricoles, des grandes entreprises industrielles surtout et partant de la mise en circulation de capitaux de chiffre élevé, de transformer toute une région, d'améliorer les gites, l'alimentation, les cultures et les habitants. « Le jour, dit Pindare, que les Hhodiens élevèrent un temple à Minerve, il tomba sur l'île une pluie d'or ». C'est, il est vrai, paruis componere magna.
Dans le cours de ces premiers et importants travaux, Berard découvrit le moyen d'opérer la séparation de la houille d'avec les schistes et les sulfures de fer. Il imagina un appareil mécanique qui porte son nom et qui permet d'obtenir le charbon menu très pur, avec lequel on peut avoir du coke de l" qualité à un prix très réduit, tandis que ces mêmes charbons étaient précédemment perdus
et jetés à la décharge, principalement en Angleterre.
Les appareils d'épuration de la houille du système Berard ont été exploités en France et en Belgique, pendant la durée des brevets, sous la raison sociale Berard, LevainviUe et G'®, et en Angleterre par M. Morisson, qui s'est relevé d'une situation gravement compromise dans d'autres opérations.
Un appareil de ce système fut monté à Newcastle et un modèle déposé à l'exposition universelle de Londres en 1851, ce qui a valu h son auteur, M. Berard, la médaille d'honneur, et de la part de la France, la décoration de la légion d'honneur.
Depuis, et à toutes les expositions universelles, M. Berard a obtenu les plus hautes récompenses, excepté à la dernière, où il était hors concours comme membre du jury. 11 publia plus tard, en 1850, dans les Annales des mines, un mémoire sur l'épuration de la houille.
En 1840, Berard devint directeur des forges de Bagorry (Basses-Pyrénées). Il signala le premier le parti quon pouvait tirer des minerais de fer carbonate spathique d'Ustéléguy pour la fabrication des aciers.
Au cours de la direction de ces travaux, Berard résolut une question métallurgique de haute importance, celle de la transformation directe de la fonte en acier au moyen d'une action alternativement oxydante et réductrice, en insufflant dans le bain métallique un mélange d'acier et de gaz hydrogène carboné en proportion variable à volonté.
Devenu l'ingénieur conseil de la maison Laflite-Gouin, il fut envoyé par elle en Algérie pour y étudier des gisements métallifères, auxquels la voix publique attribuait une grande importance. Il obtint, pour assurer sa sécurité et celle de ses auxiliaires, une escorte de cavaliers de l'autorité militaire et il accomplit sa mission. Ici s'emplace un épisode du voyage de Berard qu'il a raconté lui-même dans des notes autobiographiques qu'il m'a adressées en 1886.
« Il eut, dit-il, le désir de voir ce qu'était le désert dont il était rapproché. Il exprima cette pensée à Toflicier qui commandait l'escorte. Celui-ci ne lui dissimula point que
lui-même et la plupart des hommes de Tescorte partageaient tout à fait les mêmes sentiments. Dès lors aucun obstacle ne s'opposait à la réalisation d'un désir commun, et on se mit en route. La première journée se passa sans incident, mais dès le matin de la deuxième journée, un nuage de poussière fut signalé à Thorizon ; c'était sans aucun doute un parti de cavaliers arabes qui venait sur eux dans une pensée hostile à n'en pas douter. Revenir sur ses pas; il clait trop tard, et c'eût été d'un mauvais effet : il n'y avait pas à y songer. Ils attendirent de pied ferme.
L'escorte prit toutes les dispositions nécessaires pour couvrir M. Berard en se portant en avant. Bientôt ils furent enveloppés par un ennemi beaucoup plus nombreux : la mêlée devint des plus vives.
M. Berard ne tarda pas à reconnaître quel était le chef de la bande. Il lança son cheval contre lui et on croisa le fer. Après quelques instants d'engagement, la lame de l'adversaire glissant le long du petit sabre d'ofïicier d'artillerie (lorsqu'il était de la garde nationale), et n'ayant qu'une garde insuflisante, vint blesser M. Berard à la paume de la main. La douleur fut vive : il lâcha son arme ; mais aussitôt il prit un pistolet dans la fonte de son cheval et presque à bout portant il brûla la cervelle de son adversaire.
Lorsque les Arabes virent leur chef tomber, ils s'empressèrent de prendre la fuite. De leur côté, les explorateurs regagnèrent le camp sans arrêt.
La blessure à la main droite fut assez promptement guérie et heureusement elle ne l'empêcha pas d'écrire et de travailler. »
Aristide Berard s'est occupé, avec succès, des conditions de la fabrication des blocs ignés. Les blocs artificiels destinés à l'établissement des jetées en mer ont été longtemps fabriqués au moyen de la chaux ou des ciments hydrauliques. Mais l'expérience avait prouvé qu'ils étaient assez promptement décomposés par l'action chimique de l'eau de mer et l'action mécanique du frottement. Il fallut inventer un nouveau mode de fabrication avec autres matériaux. L'académie des sciences mitau concours la question. Berard
s'emparant de ce champ de recherches et de labeur ouvert à son esprit investigateur, fabriqua des blocs par Tagglomération de l'argile à haute température. Un mémoire qu'il adressa à l'académie des sciences à ce sujet en mars 1853, reçut le meilleur accueil et l'innovation fut consacrée par Texpérience.
Aristide Berard prit une part très active au mouvement d'idées qui, en 1880, se produisit à propos du projet de la jonction de la France et de l'Angleterre par un tunnel sousmarin dans la Manche et même par un pont suivant les plus aventureux ingénieurs.
Dans la discussion ouverte sur cette question de capitale importance^ Berard démontra, dans ses publications dans la presse, combien son esprit était à la fois primesautier et étendu, et son expérience fournie des ressources les plus variées.
Nous ne pouvons mieux caractériser la vivacité et la force de cette intelligence, qu'en citant encore Un passage de son autobiographie. Notons que c'est à l'âge de 75 ans qu'il voyait dans sa pensée s'élargir devant lui les perspectives d'un long avenir et s'ouvrir un champ illimité d'action et de travaux.
« Actuellement (1886), M. Berard s'occupe d'une question de la plus haute importance. Il est convaincu qu'il lui sera possible de construire un navire d'un nouveau système dont il est l'inventeur qui réaliserait une vitesse double de nos meilleurs marcheurs, tout en consommant moins de combustible. Ce serait une révolution dans la marine qui aurait pour conséquence forcée la reconstruction de tout le matériel naval et la nation qui la première serait organisée dans le nouveau système exercerait une influence irrésistible !
« Cette nation, il faut que ce soit la France. M. Berard a tout fait pour qu'il en soit ainsi. Les hommes au pouvoir sont au courant de la question : à eux d'agir en conséquence et de repousser la responsabilité morale d'un fait aussi grave en se croisant les bras.
« Il importerait de faire servir cette découverte à un grand but humanitaire en supprimant tout au moins les guerres
maritimes si meurtrières, reste humiliant de barbarie, et que toutes difficultés internationales soient réglées par arbitrage. »
Gomp»*» de Joursauvault ; mines de cuivre et de houille, Monêtier, la Grave, Villard-d'Arône, année 1835, p. 125. (Rapport).
Exposé des travaux exécutés par la Compagnie des Mines d'AIlemontet des Hautes- Alpes (octobre 1837), par A. Berard, ingénieur civil, chargé de la direction des travaux, 20 p. in-8<>, Barnel, imp'.
Organisation du travail. Lettre à MM. les membres du gouvernement provisoire, par Aristide Berard, Paris, Guillaumin, 1848, in-18, 36 p.
Notice géologique sur le terrain à anthracite du bassin de Briançon (Hautes-Alpes), et particulièrement du Chardonnet, 1856. (Dans la correspondance des élèves brevetés de Técole des mines de Saint-Etienne).
L'Algérie, sa situation présente, son avenir, par A. Berard. Paris, Dentu 1868, 16 p.
Considérations sur le rôle de la combustion intermoléculaire des corps renfermés dans la fonte, et sur Tinfluence de l'hydrogène dans la fabrication de Tacier fondu. In-8^, 1869. Lacroix.
Epuration de la houille, par Aristide Berard, ln-8°, 3 p., à la librairie de Lacroix-Cal mon.
Fabrication de l'acier, nouveau système, par Aristide Berard, 56 p., in-f<>. Dessins dans le texte, s. d.
Description nautique des côtes de l'Algérie, par A. Berard (suivi de notes par de Tessan), 1869. (Doutes sur l'attribution. Ce livre est-il bien d'Aristide Berard ?)
A consulter :
Vente aux enchères publiques des concessions de mines d'argent, de Cobalt, de nickel, etc., fonderies, etc., de la G»* des mines d'Allemont et des Hautes-Alpes, par Candide Benoit, syndic de faillite, 1841, 28 p., in-8®.
Cette notice sur ces mines est de la rédaction de MM. Scipion Gras et Aristide Berard.
Mémoire-Rapport sur les nouveaux procédés sidérotecimiques de M. Aristide Berard, par M. Etienne Huguin, Paris, 1880, in-8», 12 p.
Galerie historique et critique du xix« siècle. H. Lauzac, t. I, 1856.
Ladoucette. Histoire, topograpliie des Hautes-Alpes, édition 1848, p. 124, 125, 126, 127.
Dr BILLOD.
Le D' Ijouis-Antoine-Eugène Billod est né à Briançon, le 23 décembre 1818; il était le 5»* enfant de Joseph-François Billod, garde du génie, et de Benoîte Gérard.
Le grand-père maternel du D' Billod, Antoine Gérard, habitait le Mas-de-Blais (hameau de la commune de Briançon). Il était possesseur de propriétés rurales jassez étendues, agriculteur intelligent et novateur avec prudence, capitaine de la garde nationale en 1790, adjoint à la Mairie de Briançon en 1810, date du mariage de sa fille. Antoine Gérard était dans Taisance (ce qui s'appelait la richesse dans le pauvre Briançonnais). Il jouissait de la considération publique dans la contrée et, chose rare, de TafTection de tous, dans son village où la bonté, la charité el les anciennes coutumes d'hospitalité du père Gérard étaient proverbiales. Inutile de dire combien les enfants de la famille étaient choyés à Mas-de-Blais.
C'est dans ce milieu que se passèrent les premières années de la jeune famille de François Billod. Mais, subissant les exigences de la carrière militaire, ce dernier dut quitter Briançon, peu de temps après la naissance de son fils Eugène, pour les résidences successives de Blois, d'Orléans et de Moulins. Ce fut dans ces dernières villes qu'Eugène Billod fît ses études universitaires.
Docteur en médecine de la Faculté de Paris en 1846, Eugène Billod se voua de bonne heure à la spécialité des maladies mentales; il débuta dans cette carrière sous les auspices du célèbre D" Ferrus, briançonnais comme lui, et que
toujours il dénommait son cher et vénéré maître. Billod fut le disciple de prédilection du D" Ferrus ; il continua ses fortes études sous la direction des docteurs Falret, Félix Voisin et Moreau de Tours^ à Bicêtre^ à la Salpétrière et dans la maison de Santé de Vanves.
Médecin-adjoint de T Asile de Sainte-Gemmes, près Angers (Maine-et-Loire), de novembre 1848 à mai 1849; directeurmédecin de TEcole de Blois, de mai 1849 à juin 1853 ; directeur-médecin de r Asile de Rennes, de juin 1853 à mai 1854; il fut médecin en chef, directeur de TAsile de Sainte- Gemmes, de mai 1854 à septembre 1868.
A parcourir les premières étapes de cette carrière, le D' Billod avait conquis, soit comme médecin aliéniste, soit comme administrateur, une grande notoriété, ainsi que la haute confiance du gouvernement. Il fut, dès lors, appelé à remplir une tâche qui réclamait l'emploi de hautes capacités, et d'une science professionnelle hors ligne.
Le 4 septembre 1868, il fut promu à la direction médicale et administrative de Tun des trois asiles qui venaient d'être créés par le département de la Seine, après avoir été mis à même d'opter entre les trois. Il porta son choix sur l'asile de Vaucluse, à Epinay-sur-Orge (Seine-et-Oise).
Les éminentes facultés d'intelligence et d'énergie, les ressources d'une sûre expérience du D' Billod trouvèrent leur emploi et se manifestèrent avec éclat dans Torganisation de cet Asile et dans son fonctionnement.
Vint la guerre de 1870 ; à la menace de l'investissement de Paris et dans les jours qui précédèrent la fermeture de ses portes, tout le personnel de l'Asile de Ville-Evrard fut, par mesure de prudence, évacué sur l'Asile de Vaucluse. Le D' Billot dut pourvoir dès lors, pendant l'occupation de l'armée prussienne et le Siège de Paris, à l'alimentation de 1200 aliénés, à leur sécurité et faire face à toutes les exigences d'une situation anormale et la plus diflicultueuse qui se puisse imaginer.
L'intelligence, le courage et l'activité du D' Billod furent à la hauteur de la gravité des circonstances. Il fut admirable de résolution, de prudence, d'habileté et de finesse.
Mais à raccomplissement de ses devoirs de médecindirecteur, ne se borna point l'action du D^ Billod; faisant acte du civisme le plus méritoire et le plus courageux^ il sut par son attitude pleine de fermeté, préserver de la ruine les habitants des localités voisines de Tasile, il sauva des réquisitions de Tennemi, chevaux, voitures, grains et fourrages de l'établissement; il donna asile aux femmes, aux vieillards, aux enfants qui se dérobaient aux violences, aux exactions des Allemands; il put encore faire évader sous des déguisements, un certain nombre de soldats français faits prisonniers de guerre et en fuite, et tel fut l'ascendant qui lui fut acquis sur Tennemi vainqueur, par sa dignité, par son ferme et courageux maintien, qu'il put conserver flottant sur l'asile le drapeau national.
Une médaille d'or, fruit d'une souscription publique, fut offerte à Téminent directeur pour sa belle conduite , au vaillant patriote, par ses concitoyens.
Par arrêté du 20 mai 1871, le Préfet de la Seine lui décerna un témoignage public de satisfaction pour les éminents services rendus.
Voici le texte de ce document :
« Le maire de Paris, faisant fonctions de Préfet de la Seine ;
« Vu le rapport du directeur de l'asile de Vaucluse;
« Considérant que la conduite du personnel de l'asile a été pendant l'occupation prussienne, digne des plus grands éloges ;
« Que la préservation de Tasile et des malades doit être attribuée au courage et au dévouement du Directeur, et au concours qu'il n'a cessé de trouver dans le personnel placé sous ses ordres;
« Qu'il y a lieu, en conséquence, de décerner au Directeur et à son personnel un témoignage public de satisfaction ;
« Qu'il y a lieu, en outre, d'approuver les avancements exceptionnels proposés par le Directeur, en faveur des membres de ce personnel qui se sont le plus distingués ;
« Sur la proposition de l'agent général des hospices, char-
gés de la direction générale du service des aliénés de la Seine,
« Arrête :
Article Premier.
« A titre de témoignage public de satisfaction, et pour perpétuer la mémoire des services rendus, une copie du présent arrêté restera afiichée dans la salle du Conseil de FAsile de Vaucluse.
a La liste nominative du personnel tant inférieur que supérieur de Tasile, pendant Toccupation prussienne, sera également afiîchée à la suite du présent arrêté... « Fait à Versailles, le 20 mai 1871.
« Signé : Jules Ferry. »
Gomme on le volt, ces éminents services avaient mis en relief aux yeux du pouvoir la haute personnalité du D' Billot. Ils furent dignement récompensés. Il fut nommé médecin en chef des asiles de la Seine et promu oflicier de la Légion d'honneur.
Le D' Billod aimait le Briançonnais, son pays natal. Il ne Tavait vu en quelque sorte qu'en courant, retenu qu'il était par ses fonctions en des résidences éloignées; ce fut notamment lors des voyages qu*il fit en Italie pour y étudier la pellagre, qu'il fit à Taller ou au retour, de courts séjours à Briançon, où des liens étroits de parenté l'unissaient à la famille Ovel de Mas-de-Blais ; mais cet amour du pays natal était entretenu et développé en son âme ouverte à tous les bons sentiments, par les récits- de sr mère fer vente Briançonnaisey morte le 25 juin 1876, à 89 ans.
Je trouve la trace de ce sentiment vivace dans une lettre que le D' Billot m'écrivait le 19 septembre 1871 : « Je ne sais quand il me sera donné de revoir mon pays natal qui ne m'est pas moins cher qu*à vous, mais tenez pour certain que je ne ferai pas ce voyage sans m'arrêter à Grenoble pour vous serrer la main. »
Les préoccupations administratives, les soins prodigués aux malades n'avaient pas sufïî à la puissante activité d'esprit du D'' Billod. Il a publié des rapports, des livres, qui
ont marqué dans la science aliéniste. Quelle magnifique soumission, à tous les devoirs, que celle de cet homme remarquable ! Quelle élévation d'esprit ! Quel désir passionné d'apporter son tribut au trésor de la science à laquelle il avait voué toutes les ressources de son intelligence! Et quel labeur !
Aucun chemin de fleurs ne conduit à la gloire.
La vie entière du D' Billod a été la confirmation de cette vérité de La Fontaine. Sa droiture, sa probité, son désintéressement furent à la hauteur de ses talents. Il est mort à 67 ans, le 26 février 1886, ne laissant d'autre fortune qu'une mémoire sans tâche, entourée des respects de tous. Contentement de soi et bonne opinion des autres, telle fut l'ambition de ce noble serviteur de l'humanité. Conclusion : a Honorons les hommes supérieurs, a dit quelque part Mignet, et proposons-les en imitation, car c'est en préparer de semblables, et jamais le monde n'en n'a eu un besoin plus grand ! »
Recherches et considérations sur la symptomatologie de répilepsie. (Annales médico-psychologiques, 18^3.)
Des maladies de la volonté, ou étude des lésions de cette faculté dans l'aliénation mentale. (Même recueil^ 1547.)
Recherches sur la paralysie générale des aliénés. {Même recueil, 1850.)
Compte moral et administratif de l'asile public d'aliénés de Loir-et-Cher. (Blois, 1852.)
Série de mémoires sur la pellagre et sur la cachexie des aliénés. (Annales médico-psychologiques et archives générales de médecine, de 1855 à 1865,)
Des diverses formes de lypémanie : essai de classification et séméiologie. (Annales médico-psychologiques, 1856.)
Des lésions de l'association des idées. (Af éme recueil , 1861.)
De la dépense des aliénés assistés en France^ et de la
colonisatîoti considérée comme moyen, pour les départements, de s'en exonérer en toutou en partie, 1861 .
Rapports médicaux-légaux sur des cas de simulation de folie et autres. (Annales médico-psychologiques).
De Tamaurose et de l'inégalité des pupilles dans la paralysie générale. /^Méme recueil, 1863,)
Note sur une bouche artiûcielle construite sur les indications de l'auteur, par IM. Gharrière, pour l'alimentation forcée des aliénés.
Considérations médico-légales sur les intervalles dits lucides chez les aliénés. (Mémoire lu à Vacadémie de médecine dans la séance du 26 mai 1867,)
(Compte d'administration lu devant la Commission de surveillance de l'asile de Sainte-Gemmes. (Angers, 1868,)
Des aliénés dangereux. (Annales médico- psychologie quesj 1869.)
Des aliénés avec conscience de leur état. (Même recueil, 1870.)
Traité de la pellagre, d'après des observations recueillies en Italie et en France, suivi d'une enquête dans les asiles d'aliénés. (Paris, Victor Masson et fils, 1870.) {Grand ouvrage honoré des sufTrages de l'Institut.)
Etude sur des questions concernant la réorganisation du service des aliénés de la Seine. (Paris, G. Masson, éditeur, 187k.)
Des maladies mentales et nerveuses; pathologie, médecine légale, administration des asiles d'aliénés^ etc., 2 vol. in-8«, Gust. Masson. — Paris, 1880-1882.
Les aliénés en Italie ; établissements qui leur sont consacrés, organisation de l'enseignement des maladies mentales et nerveuses ; in-8^ Paris, 1884. G. Masson.
BLANC André.
André Blanc est né le 14 mai 1790, à la Chalp-d'Arvieux (Queyras), dans la famille Meissimily, alliée à sa mère, mais il fut inscrit comme étant né aux Mourandes, hameau du Villard-Saint-Pancrace, canton de Briançon, domicile de ses parents.
Il restait au Villard-Saint-Pancrace, du grand naufrage, à la révocation de TËdit de Nantes, épave négligée par la persécution, un petit groupe de protestants dont les plus notables étaient les Blanc (des Mourandes) et leurs parents Gordier du Grand- Villard. La foi était vive dans ce petit monde privé cependant de prédication et de fréquent commerce avec les coreligionnaires. André Blanc eut, de bonne heure, la vocation du pastorat. Ses études universitaires terminées, il se rendit à Lausanne, où il fît ses études théologiques et se maria à Tâge de 20 ans. Il vint se reposer un court espace de temps au sein de sa famille et se rendit ensuite à la Motte-d'Aigues (Vaucluse), où il avait été, en 1811, nommé pasteur.
En 1817, il fut promu pasteur à Mens et élevé à la présidence du consistoire de Tlsère, en 1822. Il a conservé ces deux fonctions jusqu'à sa mort.
Dans le canton de Mens, André Blanc ne borna point les effets de son zèle et de son activité à Taccomplissement de ses fonctions de pasteur; pénétré de la conviction que renseignement religieux serait d'autant plus fécond, d'autant plus salutaire qu'il s'adresserait à des populations possédant une instruction générale au moins élémentaire, il étudia les moyens d'en doter les habitants du canton sans avoir égard, du reste, à aucune distinction confessionnelle. Il publia sur l'organisation et le fonctionnement des écoles rurales, un écrit qu'il adressa, en mars 1833, au ministre de l'instruction publique ; le ministre lui écrivit en ces termes : « J'ai lu avec intérêt votre travail qui se recommande par les vues les plus utiles et par un amour sincère du bien public. Je tiendrai un compte tout particulier des observations qu'il renferme en faveur de Téducation populaire. »
Le 27 avril suivant, André Blanc reçut la croix de la Légion d'honneur. Par arrêté du 8 juin 1835, le ministre de l'Instruction publique, adoptant les vues d'André Blanc, le chargea de la direction dune école modèle pour la formation d'instituteurs primaires. Get essai réussit parfaitement sous l'habile direction de l'organisateur qui vit ainsi ses théories consacrées par l'application.
Sans rechercher la lutte sur le terrain religieux et tout désireux qu'il était de se consacrer en entier à son double devoir de pasteur et de directeur de l'Ecole modèle, André Blanc n était point d'humeur à supporter en silence les attaques dirigées par le clergé catholique contre l'Eglise réformée et contre sa personne. La lutte fut engagée par un abbé Tabardel, et vigoureusement soutenue par le pasteur. Plusieurs autres membres du clergé catholique vinrent à la rescousse, mais ils trouvèrent dans le pasteur un adversaire redoutable, polémiste ardent, plume alerte^ traits caustiques et rapides. Il n'entre dans le cadre de cette notice biographique aucune intention d'analyse des divers éléments de cette polémique qui doit demeurer cantonnée dans le terrain religieux.
Un livre publié en 1844 par André Blanc, en dehors de toute préoccupation confessionnelle, donna la mesure de son talent d'écrivain élégant et souple, de ses connaissances historiques; il s'agit des Lettres à Lucie sur le canton de Mens. — Ce livre lui valut la nomination de membre correspondant de l'Académie delphinale.
Le rapport fait à l'Académie dclphinale sur les lettres à Lucie est ainsi conçu :
« L'auteur de ces lettres ne s'est pas ostensiblement nommé ; mais chacun sait qu'elles sont l'œuvre de M. le pasteur Blanc.
« Son ouvrage n'est point une nomenclature scientifique, une froide description de la contrée; bien qu'il ait inscrit au frontispice le nom de Statistique, il n'emprunte point à cette science ses détails arides, mais seulement sa partie pittoresque, ses plus intéressantes données. Voyageur à l'esprit attentif, aux haltes fréquentes, il peint le paysage qu'il admire, décrit le village où il se repose, retrace les mœurs dont il est le témoin, se fait l'écho des histoires qu'on lui raconte. Il vous guide aux pentes des montagnes, vous abrite sous leurs forêts, vous conduit au pied de leurs cascades. Il n'oublie ni la flèche antique du clocher, ni les vestiges du château féodal. Il parle avec bonhomie des coutumes qui ont survécu, des habitudes locales, des familles,
des meilleures maisons et des meilleurs gites du lieu. Il recueille sur son passage les traditions du pays, et signale les hommes distingués dont il fut le berceau. Il consulte souvent les chroniques et Thistoire, etc. »
Le pasteur André Blanc avait à Grenoble des relations d'amitié. On peut citer son collègue, le pasteur Bonifas, M« Zéphirin Faure-Duril, avoué, son compatriote d'origine, et venu, lui aussi, médiatement du Villard-Saint-Pancrace ; des liens d'étroite solidarité fondés par la communion des convictions politiques, avaient uni le patriote et intelligent pasteur aux représentants les plus autorisés, les plus respectés de l'opposition libérale, MM. Crépu, Repellin, Farconet, Clément.
Dans les relations dues à la conformité des croyances religieuses^ il faut citer, avant tout, Félix Nefï, VOberlin des Hautes-Alpes, dont il fut le plus intime, le meilleur ami, le plus diligent, le plus ferme collaborateur dans l'œuvre d'évangélisation ou de réveil du sentiment religieux dans les Alpes, qui eut un si grand retentissement dans les églises réformées des deux mondes. Ajoutons à ce nom célèbre, celui de Adolphe Monod, pasteur de Lyon, entouré d'estime et de haute réputation.
M. le pasteur André Blanc est décédé à Mens, le 22 mars 1846. Il a laissé un fils, le capitaine Blanc qui, à sa retraite, se fixa à Mens, et des filles. Deux de ses petits-fils, suivant les traditions de l'honorable carrière de leur grand-père maternel, exercent avec distinction les fonctions évangéliques. L'aîné, M. Emile Marchand, est pasteur àAspres-sur-Buech; il est en même temps président du consistoire des Hautes- Alpes. Son frère, M. Aimé Marchand, est pasteur à Saint- Laurent-de-Croz (Hautes-Alpes).
A la mort du pasteur André Blanc, un article nécrologique aussi bien écrit qu'impartial, fut publié dans le journal le Patriote des Alpes, à la date du 2 avril 1846. Nous le reproduisons in extenso :
« M. André Blanc, pasteur du consistoire de Mens, chevalier de la Légion d'honneur, est décédé le 22 mars 1846, à
rage de cinquante-six ans, à la suite de deux attaques d'apoplexie qui Tavaient frappé depuis un mois.
a Descendant des Vaudois (chrétiens évangéliques qui ne furent jamais soumis au pape et dont une partie existe encore dans les vallées du Piémont), M. Blanc a exercé le ministère pastoral pendant trente années à Mens et n'a laissé échapper aucune occasion d'être utile à l'Église réformée de France et à son pays.
« Les dons qu'il avait reçus de la nature, d'excellentes et fortes études, l'avaient placé au nombre des meilleurs prédicateurs français; comme administrateur, il était sans égal parmi ses collègues de France.
« On n'a pas oublié ses brochures de controverse adressées à MM. les abbés (iuyon, Desmoulins et Tabardel, non plus que les Lettres à Lucie sur le canton de Mens, publiées l'année dernière.
« M. Blanc a fondé à Mens une école modèle destinée à former des instituteurs protestants pour les départements de risère, des Hautes et des Basses-Alpes, du Var, des Bouches-du-Rhône et du Gard.
<i Une décision du ministre de l'Instruction publique du 28 mai 1834 autorisa cet établissement, dont M. Blanc fut le directeur en même temps que le fondateur et le bienfaiteur. Il prenait lui-même sa part de l'enseignement donné aux élèves, auquel il tenait lieu de père. Cette institution a déjà doté le pays de près de cent instituteurs.
a Sous sa présidence, la position spirituelle et temporelle des 6.000 protestants disséminés dans le département de risère s'est singulièrement améliorée ; des temples ont été construits et des places de pasteur créées. H a aussi fondé à Mens une société de bienfaisance et de secours pour les malheureux.
< Les funérailles de M. Blanc ont eu lieu le 24 mars. Cinq pasteurs y présidaient en grand costume ; ce sont MM. Gadoret et Breguet, de Mens ; Meyrargues, de Tréminis ; Arnaud, de Grenoble, et Ribard, de la Mure. MM. Arnaud et Cadoret ont prononcé deux discours au temple et sur la tombe. Les membres du consistoire général de l'Isère^ en
deuil, suivaient les pasteurs dans la marche du convoi, puis venaient les professeurs et les élèves de l'école modèle; enfin environ 3.000 personnes de Mens ou accourues de quatre lieues à la ronde formaient le cortège.
« M. Blanc laisse à Mens^ dans toute la consistoriale de l'Isère, disons mieux^ dans toute TEglise réformée de France, de profonds regrets et des souvenirs ineffaçables. Sa perte sera difficile à réparer. »
(Extrait du Patriote des Alpes du 2 avril 1846.) BIBLIOGRAPHIE
Du séjour de saint Pierre à Rome, 1826. Paris, 8 p. in-8«.
Lettre à M. l'abbé Guyon, 8 p. S. d.
Lettre à M. l'abbé Desmoulins faisant suite à la lettre à M. l'abbé Guyon, 63 p. Paris 1838, in-8°.
Livres apocryphes, in-8°, 24 p. S. d.
De la prétendue primauté du pape et du séjour de saint Pierre à Rome, en réponse à M. l'abbé Tabardel, 41 p. in-8«. Paris, octobre 1838.
Un ministre protestant aux prises avec un prêtre catholique romain, ou réponse à la brochure de M. l'abbé Desmoulins, intitulée Rome et Genève, etc. 98 p. in-8«. Grenoble, 1839.
Le Culte des Saints, 36 p. in-8o. Grenoble, 1841.
La Confession auriculaire. Lyon, 1841. 51 p. in-8°.
Du purgatoire, 42 p. in-8°. Grenoble, avril 1842.
Statistique. Lettres à Lucie sur le canton de Mens, in-12.
Quelques notes sur les protestants de Mens et du Trièves. 11 p. dans la Revue du Dauphiné, tom. 6.
Dans la Relation de la fête de dédicace du temple de Mens (20 novembre 1826). Discours important du pasteur André Blanc.
Quelques observations d'un pasteur de campagne sur l'instruction primaire dans les communes rurales, 1835, in-8«, 8 p.
Notice sur Félix Neff, pasteur dans les Hautes-Alpes. Genève, 1831 (sans nom d'auteur), petit in-8o, 140 p.
(Cette notice est bien l'œuvre d'André Blanc — nous avons vu le manuscrit autographe de ce livre — qui fut réédité à Londres, en 1836, in-6« 107 p. et à Toulouse.)
Nous pouvons citer entre autres parmi les œuvres inédites dont nous avons eu les manuscrits autographes en mains :
1*» Visite au champ des travaux de NefT, 1834.
2« Voyages aux vallées vaudoises du Piémont, 1834 et 1844.
3" Les Vaudois du département de Vaucluse.
BIiANGHARD, Arquebusier.
Fils d'un honnête menuisier, ayant quelque connaissance en mécanique, Blanchard est né à Saint-Ghafïrey; arquebusier à Paris, il prit un brevet d'invention pour une espèce de fusil que nous décrivons ci-dessous :
Le perfectionnement pour lequel M. Blanchard, arquebusier à Paris, avait pris un brevet d'invention, consistait dans le changement des fusils à silex contre les fusils à percussion. On plaçait des grains fulminants dans des barillets qui étaient fixés au canon. Dans la tôte du chien, une tige était réservée^ qui, en s'abattant, venait enflammer le grain fulminant et mettait le feu à la charge.
(Ladoucette^ histoire, topographie, etc., des Hautes- Alpes, p. 147 et 695.)
BLANCHARD Antoine.
Blanchard, fils de Joseph Blanchard, avocat et procureur au baillage, est né à Briançon en 1758.
Blanchard acquit de bonne heure un ofTice de notaire à Briançon. En 1810, il était maire de la ville.
Le décret impérial du 17 décembre 1810 qui fixait au l*' janvier 1811 la mise enactivitédu nouveau code de procédure criminelle, annonçait, dans un de ses considérants que le gouvernement voulait, avant d'organiser définitivement les tribunaux, recueillir des renseignements sur les ressources et les besoins des centres de populations qui devaient être pourvus d'un siège.
Il était d'un intérêt majeur autant qu'évident pour Briançon, ancien siège du baillage le plus ancien et le plus
important des montagnes^ d'obtenir rétablissement déûnitif dans cette ville d'un tribunal civil.
Dans un substantiel mémoire, Blanchard, agissant au nom de la ville de Briançon, dont il était le maire, démontra aux pouvoirs publics» par de solides raisons, la nécessité de conserver le tribunal établi à Briançon.
Le fils de Blanchard (admis à TEcole polytechnique), Joseph Blanchard entra dans Tartillerie. Il devint colonel. A sa retraite , il se fixa à Grenoble , où il est mort le 16 octobre 1859, à 69 ans.
La fille de Blanchard épousa, en 1814, le docteur Pierre Pensens, qui a exercé fort honorablement sa profession pendant de longues années à Briançon.
BIDLIOGRAPHIE
Observations sur la nécessité de conserver le tribunal de première instance établi à Briançon, département des Hautes-Alpes. — 10 p. in-4°, 19 janvier 1810.
BLANCHARD Jean-Baptiste.
Blanchard Jean-Baptiste, né à Saint-Cha(Trey (Hautes- Alpes), le 8 septembre 1720, entra au noviciat, dans la compagnie des Jésuites, le 7 septembre 1736. H professa la philosophie à Aix, en 1750 et 1751, et jusqu'à la suppression de la compagnie en France, il fut professeur royal de mathématiques à Toulon. 11 vivait encore en 1788.
Mémoires de mathématique et physique, rédigés à Tobservatoire de Marseille. Année 1755. Première partie, à Avignon, chez la veuve Girard, 4° p. 16G (pour 169) et 4 pi. ; seconde partie. Id. 4"" p. 236 et 3 pi., année 1756. Id. 4° p. 390 et 6 pi.
Cet ouvrage a été publié par le P. Esprit Pézenas, avec la collaboration des PP. Blanchard, Louis Lagrange, Fr. Rod, Gorréard et de Saint- Jacque de Sylvabelle.
Tables des l^ogarithmes, contenant les logarithmes des nombres, depuis 1 jusqu'à 102,100, les logarithmes des
Sinus et des Tangentes de 10 en 10 secondes publiées ci-devant par M. Gardiner. Nouvelle édition augmentée des logarithmes des Sinus et des Tangentes, pour chaque seconde des quatre premiers degrés. Avignon, Aubert, 1770, fol.
IjC p. Blanchard traduisit la préface de cet ouvrage qui fut publié par le P. Pézenas, en collaboration avec le P. P. Dumas.
(De Baker, 1658 — Bibliothèque de la compagnie de Jésus, nouv. édition par Carlos Sommervogel, 1890, in-f°. Paris, Bruxelles, p. 1538, 1539).
BONNOT Jean, subdôlôguô.
L'un des ancêtres de Jean Bonnot du même prénom^ était notaire à Briançon à la fîn du xvip siècle. Il avait épousé Marie Froment, nièce d'Antoine Froment, Fauteur de VEssai sur Vincendie de Briançon, Son fils, François Bonnot, né le 12 mars 1680, avocat au parlement de Paris, fut subdélégué de l'intendance pour le Briançonnais.
En 1750, François Bonnot reçut ainsi que Jean Brunet seigneur de TArgentière, des communautés Briançonnaises, la mission toute de flatteuse confiance de procéder à la répartition entre elles de la rente annuelle de 1600 livres et accessoires qu'elles s'étaient soumises à payer aux prévôt et chapitre d'Oulx, en exécution du contrat d'emphythéose perpétuelle des dîmes du Briançonnais d'octobre 1749.
Jean Bonnot, deuxième du nom, fut, comme son père, François Bonnot, avocat et subdélégué de l'intendance, fonctions qu'il remplit durant 34 ans avec zèle, avec intelligence, avec exacte connaissance des intérêts, des besoins, des droits des communautés. Ce n'était pas alors, comme aujourd'hui, un perpétuel chassé-croisé, entre les fonctionnaires du même ordre, passant une notable partie de la durée de leurs fonctions, à voyager deQuimper-Gorentin à Draguignan, de Valenciennes à Bayonne. Les fonctionnaires, avant l'introduction de ces désastreux errements de mobilité et d'insouciance, étudiaient longuement les
personnes et les choses qu'ils devaient administrer ou juger. Aussi pouvaient-ils acquérir et conserver Testime et la confiance de leurs administrés ou justiciables.
Jean Bonnot s'était adonné tout entier à Taccomplissement de ses devoirs d'administrateur. On en a la preuve en lisant une statistique du Briançonnais, son œuvre, demeurée jusqu'à ce jour manuscrite.
En 1791, le maire de Briançon, Guillaume Ferrus, ayant été élu député à la Législative et obligé de se démettre de ses fonctions municipales, Jean Bonnot, avocat, dont les fonctions de subdélégué avaient pris fin, fut, le 13 novembre, appelé aux fonctions de maire. Jean Bonnot, alléguant pour excuse son grand âge, déclara ne pouvoir accepter cette honorable nomination. Il est mort peu de temps après.
Notice sur le Briançonnais, par M. Bonnot, subdélégué de Briançon, 3 juillet 1784 (Mss. de la Bib. publique de Grenoble).
BONNOT Jean-François.
Jean-François Bonnot est né à Briançon, le 19 avril 1766. Il était le fils de Jean Bonnot, subdélégué de l'intendance, et de Magdeleine Brunetde l'Argentière. La famille Bonnot comptait dans son ascendance, comme nous l'avons dit cidessus, de nombreux notaires et procureurs, et dans sa parenté Gabriel Bonnot, secrétaire au Parlement, père de Mably, de Gondillac et d'un troisième fils qui fut grand prévôt de la maréchaussée de Lyon et qui avait donné J.-J. Rousseau pour précepteur à ses enfants. (Voir les Confessions),
Jean-François Bonnot avait embrassé la cause delà Révolution. Il fut envoyé en qualité de député par sa ville natale à la fédération de 1790, et nommé maire de la ville l'année suivante.
Le 7 février 1793, il fut nommé commissaire pour l'accélération de la levée des grenadiers pour renforcer l'armée ;
il fut appelé ensuite à faire partie de l'administration centrale du département. Un arrêté du !•' Consul du !•' juin 1800, le nomma juge au tribunal d'appel de Grenoble. Il représenta ensuite au Corps législatif le département des Hautes- Alpes par une décision du Sénat conservateur, en date du 6 germinal an vi, renouvelée le 17 février 1807. Il ne fit pas grand bruit au Corps législatif et n'eut qu'un rôleedacé pendant sa carrière législative. Elle prit fin en 1811. Il fut alors nommé conseiller à la Cour de Grenoble, et délégué dès cette époque par la Cour pour installer le tribunal de Briançon. 11 est mort le !•' septembre 1842.
Son fils Gabriel Bonnot, qui se faisait appeler de Mably, est mort colonel d'infanterie sans laisser de descendance.
BOXJGHIÉ Benoit.
Jean-Jacques-Benoît Bouchié, fils de Jean Benoît et de Marie- Anne Chabas, est né à Briançon, le 9 décembre 1793.
La carrière militaire était encore, en 1812, le point de mire de bien des ambitions et des espérances, au sein d'une jeunesse qui avait grandi au bruit des armes, au récit des hauts faits des armées françaises.
A 19 ans, Benoît Bouchié entra à Técole militaire de Saint-Germain. Il en sortit moins d'un an après, en 1813, à la veille de nos désastres, avec le grade de lieutenant et rejoignit son régiment en Saxe. Il prit part à cette épouvantable lutte, à Leipsick, de l'armée française contre les masses des troupes alliées renforcées sur le champ de bataille par la défection du corps auxiliaire Saxon et sa participation au combat contre ses alliés de tout à l'heure; sinistres journées où périrent à la fois Télite de la jeunesse française, et le prestige de nos armes! Le jeune lieutenant tomba sur le champ de bataille, la jambe droite fracassée par un boulet. L'amputation fut opérée sur le champ dans un corps de garde, hôpital improvisé qui s'écroula à la fin de l'opération sous les coups de l'artillerie.
Dans ce pêle-mêle sans nom d'acharnés combattants, de morts, de blessés, de mourants, rappelant les gigantesques chocs de nations sous Attila, le jeune officier, contre toute
prévision, eut la vie sauve. Il dut son salut au sang-froid et au dévouement de son soldat-ordonnance, qui, le voiturani mourant dans une brouette, gagna une rue moins encombrée et le remit aux mains de deux dames Saxonnes qui s'oiTrirent à le recueillir^ et à lui donner des soins. L*hospitalité des deux nobles femmes fut douce et efficacement secourable au pauvre blessé qu'elles disputèrent à la mort. Ces soins généreux, la vigoureuse constitution deBouchié, sa fermeté d'âme hâtèrent sa convalescence.
Prisonnier des Russes, il put, après quelques mois de captivité, regagner la France par Odessa et Marseille.
Benoit Bouchié était grand, avait de beaux traits et sa mâle figure avait la distinction que donnent Tintelligence et Ténergie. II se maria très jeune avec sa cousine, Mile Gornélie Ghabas de Marseille^ femme supérieure par Tinstruction et l'élévation du caractère. Jeune et belle, possédant une riche dot, elle se prit à aimer et à vouloir pour époux le noble soldat mutilé.
Benoît Bouchié, revenu à Briançon, y fut bientôt, sur sa demande, nommé ofïicier comptable des vivres. Il avait été décoré de la Légion d'honneur pour sa conduite à Leipsick.
Bouchié, la jambe de bois (telle fut la désignation par laquelle il fut distingué de ses frères à Briançon), ne tarda pas à acquérir, par l'ascendant de sa haute intelligence, par sa droiture, la fermeté de ses principes et de ses actions, une grande et légitime influence parmi ses compatriotes. Sa parole et ses conseils étaient d'une incontestable autorité.
Chef du parti libéral dans le collège électoral d'Embrun- Briançon, il eut à lutter, pour garder intacte son indépendance personnelle, contre des tracasseries, sans cesse renouvelées par l'administration de la guerre, à laquelle il appartenait; mais habile à se défendre, protégé grandement par l'opinion publique qui, à chaque attaque dirigée contre lui, le défendait avec une vive énergie de protestation, il put braver les mauvais vouloirs, les attaques injustifiées et garder inviolable et pure sa foi politique. Il vit grandir
ainsi l'estime de ses compatriotes et celle même de ses adversaires.
Membre du Conseil général pour le canton de Briançon, il était écouté au sein du conseil avec la plus flatteuse attention. Ses rapports étaient substantiels, clairs; les conclusions en étaient toujours adoptées.
Benoît Bouchié était généreux et hospitalier. Sa charmante villa de Colaud, agrandie, embellie par cet homme de goût, né architecte et mathématicien, fut pendant plus de 20 années, le rendez-vous de la meilleure société de Briançon. M. Latour, président du tribunal, les colonels Ghapuzet et Delphin, M. Victor Vincent, le D' Nunnia, etc., furent des hôtes toujours bien accueillis à Colaud. Dans sa nombreuse famille, Benoît Bouchié avait une influence souveraine et indiscutée. Ses frères, ses beaux-frères, avaient pour son jugement la plus grande déférence. Cette influence, Benoît Bouchié Texerça toujours pour le bien de tous. Son affectueux dévouement s'étendait sur ses neveux. Celui qui écrit ces lignes peut rendre, avec cordial et respectueux souvenir, ce témoignage au frère de sa mère.
Benoît Bouchié est mort à Briançon, en juillet 1840. *
BOUSTIE Charles.
Charles Boustie et non Boustier est né à Briançon dans la première moitié du xvn<» siècle. Il était pasteur en Dauphiné en 1648 et spécialement à Veynes. Avant d'exercer ces fonctions, il fut, selon toute probabilité, le précepteur* des enfants de Jean de Hevillasc à Veynes. Les Revillasc étaient co-seigneurs de Veynes, en même temps que les membres de la famille de Veynes et autres co-possesseurs de la seigneurie. La famille de Revillasc était fort nombreuse et se divisa entre plusieurs branches. Les uns étaient catholiques, les autres avaieîit embrassé le parti de la Réforme. Girard de Revillasc était capitaine d'une compagnie de bandes corses (1615), et mérita la confiance d^ Alphonse d'Ornano ; d'autre part, on trouve un André de Revillasc de Veynes, émigré probablement à la révocation
de redit de Nantes, au service de Frédéric I«', roi de Prusse, en qualité de lieutenant général (Voir Haag, la France protestante; Gh. Weiss, Hist, des refuges protest.; Armoriai du Dauphiné, de Rivoire de la Bâtie, etc.)
C'est dans une des branches protestantes de la famille de Revillasc que Charles Boustie fut précepteur ; la dédicace de son livre dont nous donnons le titre Tindique clairement.
Le Parlement de Grenoble rendit en 1670, contre Charles Boustie, un arrêt qui ordonnait « d'informer extraordinairement contre Charles Bouslier^ pasteur à Veynes, qui, contrairement aux ordonnances de la Cour etsur la plainte du promoteur de TËvèque, avait assisté à une assemblée publique en prières à Saint-André en Beauchène, lorsque ces assemblées étaient défendues hors du lieu de la résidence du ministre. » (F. Arnaud, Hist. des protest, du Dauphiné, et Raag, France protest.)
Aucune autre circonstance de la vie de Ch. Boustie n'est connue. On ignore la date de son décès aussi bien que celle précise de sa naissance.
Une indication de Guy-Allard a fait supposer qu'il avait existé deux pasteurs Boustie (il l'appelle à tort Boustier), Charles et François, mais de Texamen attentif des faits et des dates, il résulte la preuve qu'il n'y a eu qu'un seul pasteur du nom de Boustie portant le prénom de Charles.
Dictionnaire étymologique, ou racines des plus beaux mots que la langue française a empruntez des autres qui sont originelles, par Charles Boustie. A Genève, Jean Hermann Widerhold, 1660, in-12, 12 f. n. chifT. + 240 p.
Après le titre « dédicace de Tauteur à Très noble (sic), Jean de Revillasc, seigneur majeur de Veyne, » datée de Veynes, ce 26 juin 1666 ; enfin au dernier feuillet n. chifT., un sonnet signé : C. D. R. (Charles de Revillasc^ un des enfants de Jacques pour qui ce petit volume a été composé par Charles Boustie, leur précepteur.
BRAGHET AchiUe.
Louis-Maurice- Achille - Simon - Jules Brachet est né à Briançon, le 13 février 1820; son père, Louis Brachet, natif de Mevouillon (Drôme), y était receveur de Tenregistrement. Il avait parcouru une partie de sa carrière dans ces fonctions dans les Hautes-Âlpes. Il-avait débuté par le bureau d'Orpierre. Il avait épousé Marie Corréard, sœur d'Alexandre Gorréard, ingénieur hydrographe^ l'un des survivants de la Méduse et l'historien de ce naufrage, immortalisé par le pinceau de Tun des plus grands peintres français.
Achille Brachet se fixa de bonne heure à Paris, où il a mené l'existence d'un homme de lettres, d'un savant ; il était surtout physicien et opticien.
Court exposé du principe sur lequel reposent les meilleurs microscopes dioptriques, composés, achromatiques, du professeur J.-B. Amici et du marquis de Panciatichi. Opuscule orné de 6 diagrammes. In-8°, 1858. Chez Tauteur, boulevard Montparnasse, 151.
Grande restauration scientifique^ philosophique, minéralogique^ 1" partie : De l'application de certains corps artificiels produits par la synthèse chimique, soit au microscope solaire, soit au microscope dioptrique, composé achromatique vertical, d'après les récents résultats du professeur J.-B. Amici et de son noble ami le marquis de Panciatichi, 1" livraison, in-8*' avec 5 fîg., 1859.
Lettre adressée à M. Babinet, ou simples préliminaires sur la restauration du système aérostatique du lieutenant général Meusnier. In-8*>, 1859.
Lettre adressée à M. G.-A. Steinheil, à Munich, sur sa grande provocation de la restauration du télescope catadioptrique newtonien, et examen critique de l'emploi de cet instrument dans les observations des précisions. In-8«, 1858.
Micrographie. Avertissement sur la seconde édition de la notice du meilleur microscope dioptrique composé
achromatique et vertical, du professeur J.-B. Amici. 1" livraison. In-S®, 1857.
Simples préliminaire sur le commentaire de la notice du meilleur microscope diaptrique composé achromatique, du professeur Amici. In-8®, 1856.
Solution de Téclairage électrique produit par les courants de la pile. In-8<», 1858.
BRUNET Jean.
Jean Brunet est né le 27 avril 1700, à Gervières, canton de Briançon; son acte de naissance (acte de baptême à cette époque) est conçu dans les termes suivants :
« Le 27 avrils année courante (1700), j'ay baptisé Jean Gignoux Brunet^ iils de Paul et de Marie Albertin, mariés. Le parrain a été Jean Albertin^ fils Sébastien, et la maraine Anne Vincent ; le tout en présence des soussignés: Paul Gignoux, Jean Albertin, Claude Albertin ; Golaud, curé. »
Il semble avéré par les termes de cet acte de l'état civil, que le vrai nom patronymique de Tenfant était Gignoux, car son père Paul Gignoux a signé Tacte et signe simplement Paul Gignoux, sans ajouter le nom de Brunet^ qui n'était, sans doute, qu'un surnom usité dans le pays pour distinguer cette famille de ses homonymes.
Quoi qu'il en soit, Jean Brunet délaissa le nom patronymique. Il authentiqua par la suite, par sa signature, le surnom de la famille.
On n'a aucunes données sur l'enfance et la jeunesse de Jean Brunet. Ses parents étaient maquignons et marchands de fromages. Exerça- t-il la même profession ou fut-il mis à môme, par sa famille, de recevoir une instruction supérieure à celle reçue alors dans son village natal ? Cette dernière hypothèse nous paraît admissible, étant donnée la diversité et l'étendue des connaissances dont témoignent ses écrits.
M. Fanché- Prunelle constate quelque part dans ses communications à l'académie delphinale, l'aptitude des enfants de Gervières pour les tnathématiques et la précocité de leur intelligence.
Dans ses mémoires historiques sur le Briançonnais, inédits (je possède Toriginal de cet écrit), Brunet donne quelques courtes indications sur les fonctions qu'il a exercées, sur les charges qui lui ont été confiées dans le Briançonnais :
« Gomme j'ay été témoin oculaire de la plus part des a expéditions faites dans les Alpes pendant cette dernière « guerre, et dans la confiance des généraux qui comman- « daient les armées, j^ay écrit des mémoires particuliers a purement militaires, qui traitent des camps, cols et pas- « sages, marches et manœuvres des troupes, tant pour Tof-
< fensive que pour la défensive ; des subsistances, fours^ « voitures, moulins et autres détails de guerre; et j'ay joint
< à ces mémoires pour leur intelligence une carte exacte « de toute la frontière.
« Au surplus, je n'ay employé à tous ces mémoires que
< le tems que j'ay peu gagner sur mes occupations succès- « sives et souvent compliquées de Directeur des vivres de o Dauphiné, de Receveur des tailles, de Subdélégué de « M. rintendant pour le militaire, et dans celles de Gom- « missaire des guerres dont le Roy m'a gratiffié depuis la « fin delà campagne de 1746. »
En disant qu'il avait été dans la confiance des généraux et commandants d'armée (de 1744 à 1749), Brunet, comme il arrive souvent, n'aventure pas, par l'impulsion d'un amour-propre exagéré, une allégation téméraire. «Sa correspondance avec Bourcet, avec avec le maréchal de Maillebois et le maréchal de Belle-Ile confirme l'assertion de Brunet. J'ai fait don à la Bibliothèque de Grenoble de plusieurs lettres autographes de Bourcet, de Maillebois, du maréchal de Belle-Ile, lettres que je tenais de M. Richard de Pons, l'un des derniers descendants de Brunet. Ges lettres témoignent en effet de la grande confiance qui était accordée à Brunet. L'opinion très favorable que témoigne cette correspondance sur les services rendus par Brunet était justifiée par la rare intelligence de celui qui était regardé comme un agent secret de première ordre, pour l'étude préparatoire des desseins de l'ennemi, de ses forces dans la
région avoisinant la frontière, de ses mouvements, de ses approvisionnements etc., et aussi comme un négociateur prévoyant et habile au sein des habitants des montagnes pour s'assurer des ressources matérielles pour une guerre imminente ou d'avènement éventuel, mais prochain. Ces missions qui réclament une grande activité d'esprit, de la finesse, la connaissance des populations, de leurs intérêts, de leurs préjugés, des mobiles habituels de leur action collective, du fond à faire sur leur loyauté, ces missions pouvaient être confiées avec sécurité et certitude de l'accomplissement le plus avantageux, à l'habileté hors ligne de Jean Brunet.
C'est dans le mémoire de la guerre sur les frontières du Dauphiné et de la Savoie de Brunet, œuvre qui a été publiée en 1887 par M. Albert de Rochas, qu'on peut saisir à chaque page la révélation en son auteur d^un esprit alerte, pénétrant, de volonté ferme, passant à l'action après examen rapide mais sûr des faits et des dispositions d'esprit chez les adversaires en présence. C'est le récit des dispositions prises par Brunet après le combat désastreux de V Assiette (fin juillet 1747), pour l'évacuation des blessés d'Oulx à Briançon qu'il faut lire pour se faire une idée juste des aptitudes vraiment remarquables de cet homme, de sa merveilleuse activité, de sa clairvoyance et de son sang-froid dans les circonstances les plus émouvantes. II termine ainsi le récit de l'évacuation opérée dans des conditions favorables inespérées, l'ennemi paraissant avoir eu peur, à ce moment, de sa victoire.
« Le 22 juillet, dit Brunet, je me rendis d'Oulx à Briançon, passant par {a coche; j'avais besoin d'un peu de repos, ayant resté plus de trois fois vingt-quatre heures sans dormir et dans un mouvement continuel. »
On saisit, dans cette dure manière de gouverner son corps, le fond de solidité originaire du paysan de Cervières.
Malgré les services rendus, et ils sont incontestables, Brunet qui avait été ofïiciellemcnt nommé le 12 juin 1747, commissaire des guerres, pour les services rendus antérieu-
rement, fut révoqué de ses fonctions le 27 mars 1749 par une lettre signée du roi (collection Eugène Ghaper.)
Les causes de cette disgrâce nous sont inconnues, mais elles furent, sans aucun doute, avouables et de nature à n'entacher en rien la réputation de Brunet, au point de vue de la probité. Nous en avons en quelque sorte la preuve dans le fait d*une mission de haute confiance qui lui fut donnée contemporainement à sa disgrâce, par ses compatriotes Briançonnais, qui le désignèrent ainsi que Jean Bonnot, subdélégué, pour opérer entre les communautés la répartition des deniers et denrées dus à la prévôté et chapitre d'Oulx, ensuite de Temphytéose perpétuelle des dîmes du Briançonnais. Quelque censure des opérations de la guerre signalant la faute ou l'incapacité d'un général^ et sortie de la confidence intentionnelle de son auteur, fut peut-être Torigine d'une inimitié puissante et d'une mesure sévère et peut-être injuste.
Voici Tappréciation émise sur Brunet par M. Albert de Rochas dans les quelques lignes d'introduction du Mémoire militaire de Brunet :
a 11 jouissait dans son pays d'une grande influence et était l'ami intime de M. de Bourcet; comme lui, il connaissait parfaitement les Alpes et en avait étudié l'histoire. Pendant la guerre, il sut s'attirer l'estime et la confiance des généraux auprès desquels il servit ; en 1748, l'un d'eux, M. de Monteynard, aide maréchal des logis de l'armée, le choisit pour guide dans une reconnaissance des frontières de la Savoie, la première qui ait été faite avec quelque exactitude. »
Brunet, rendu aux pacifiques fonctions de receveur des tailles, songea dès lors, k jouir de la vie suivant l'expression vulgaire. Il avait acquis de la fortune. Il voulut avoir aussi honneurs et titres nobiliaires. Le fils des honnêtes maquignons de Gervières ne se contentait plus de l'honorable dénomination de Combourgeois briançonnais. Ce fut sur la terre de l'Argentière que se portèrent les vues ambitieuses de Jean Brunet.
La famille de Philibert de Perdeyer qui était en posses-
sion de la terre de TArgentière avait, sans doute, vers la seconde moitié du xvni« siècle, éprouvé des embarras d'argent. Par acte de Revol, notaire à Grenoble, du 25 août 1747, Messire Laurent de Philibert de Perdeyer, seigneur, baron de TArgentière, Ravel, Roussas et autres places, résidant à Die, emprunte à Joseph Dandré, résidant à Vif, une somme de 1500 livres qui fut employée à Vachapt d'une compagnie dans le régiment de Monaco pour Noble Charles Daniel de Philibert de Perdeyer son fils. L'emprunteur hypothéqua tous ses biens pour la sûreté du préteur. Le 30 janvier 1750, Brunet remboursa le sieur Dandré et fut subrogé à tous ses droits. Il devint ainsi le créancier de Laurent Philibert de Perdeyer ; c'était un acheminement à l'acquisition par Brunet de la terre de l'Argentière, acquisition qui eut lieu cette même année 1750.
Il fut, dès lors, à son grand contentement : M. Jean Brunet, seigneur de l'Argentière.
Hélas 1 Instabilité des choses humaines et imprévoyance ! Cette acquisition, par les événements qui suivirent et les approches de la Révolution française, par les fautes d'administration de son fils aine , héritier de la seigneurie , devint pour sa descendance, une cause de déperdition des principaux éléments de la fortune de la famille.
Jean Brunet est mort le 7 octobre 1755, à Briançon, laissant plusieurs enfants, de son mariage avec Marguerite Richard, du Puy-St-Pierre, trois fils, dont l'ainé seigneur de l'Argentière, un second, religieux franciscain, le troisième fixé à Bruxelles et plusieurs filles mariées, l'une à Jean Bonnot, subdélégué de l'intendance, la seconde au sieur Bouteille, médecin à Manosque, une troisième à Bonaventure de Pons, avocat du Roy, au baillage de Briançon.
Œuvres publiées.
Recueil des actes, pièces et procédures concernant Temphytéose perpétuelle des dîmes du Briançonnais avec un
mémoire historique et critique pour servir de préface, par M. Jean Brunet, seigneur de TArgentière. In-4°, 1754, 152 p.
Les Compagnies Alpines en 1747. In-S», 16 p. (Publié S. D. par M. Albert de Rochas.)
Mémoire de la guerre sur les frontières du Dauphiné et de Savoie, de 1742 à 1747. 85 p. In-S^, Paris 1887, à la direction du Spectateur militaire (publié par M. Albert de Rochas.)
Le Briançonnais en 1754. Grenoble 1892, 39 p. In-8«, Grenoble. (Extrait des mémoires historiques. Mss. ci-dessous mentionnés, publié par Paul Guillemin.)
Œuvre inédite.
Mémoires historiques sur le Briançonnais. Œuvre de longue haleine (le mss. est en ma possession). Il comprend : 1*> Mémoires historiques proprement dits. 2° Dissertation historique et critique sur la généalogie des Dauphins de la première race.
CAIRE Antoine, dit GAIRE-KORAND.
Gaire-Morand a occupé parmi ses contemporains Briançonnais aussi bien que dans le monde des orfèvres, bijoutiers, glypticiens de son temps, une place considérable. Ses aptitudes extraordinaires pour Fart qui fut son unique aspiration, son génie fécond et novateur^ son indomptable énergie pour avoir raison des didlcultés qui entravèrent sa carrière, son patriotisme briançonnais qui ne sépara jamais l'essor de ses brillantes facultés de la volonté de leur consécration aux intérêts de son pays natal, tous ces éléments de distinction d'une personnalité éminente n'ont pu assurer à Gaire-Morahd ni le succès industriel ni la célébrité qu'il méritait. Antoine Farnaud, L.-E. Faure, Barthélémy Ghaix, ses contemporains^ ont à peine mentionné son nom dans leurs livres sur le Briançonnais.
L'insuccès de Gaire-Morand tint surtout à deux causes. Il choisit envers et contre tous les conseils éclairés^ sa patrie, Briançon, comme siège de son industrie et le centre de ses travaux. Se mettre en dehors de la circulation des
idées et des choses de l'industrie, était une faute au double point de vue du progrès de Fart et des affaires; en second lieu, ragitation politique qui précéda les premiers événements de la Révolution française et les orages et déchirements sociaux qui suivirent, événements qui détournèrent les esprits des préoccupations littéraires et du penchant vers les œuvres d'art paralysèrent les efforts des artistes, dans toutes les branches de Tart. C'est sous TeiTet de cette indifférence que Caire-Morand succomba.
Antoine Caire est né à Briançon, le 27 juin 1747. Son père Alexis-Barthélémy Caire y était maître orfèvre-bijoutier ; l'enfant trouva la révélation de sa vocation dans Tatelier paternel. Elle fut chez lui ardente, exclusive. Intelligence affinée dans une certaine mesure par une initiation dès l'enfance bientôt élargie par l'étude et l'entraînement vers les hautes sphères de l'art, telles furent les premières conditions du développement artistique de ce Benvenuto Cellini, non de sa petite patrie briançonnaise seulement, mais de son siècle. Il n'y a rien d'exagéré dans un parallèle entre l'artiste Florentin, orefice e scultore massimo et l'artiste Briançonnais, si l'on fait la part du temps, des lieux, des circonstances. Caire-Morand, malgré les dispositions géniales les plus remarquables, ne put avoir le bienfait de la grande fécondation intellectuelle que trouva dans son temps, dans sa patrie, dans le milieu ambiant, son célèbre antécesseur.
Né à Florence dans les jours de Tépanouissement le plus magnifique de l'art depuis le siècle de Périclès, jours radieux où Ton eût oublié la faim et la soif devant la contemplation des œuvres de Phidias, de Myron, de Polyclète,
de Scopas, Benvenuto Cellini eut tout à souhait pour le développement de son génie, coudoyant chaque jour les grands maîtres de la peinture, de la statuaire, du dessin, de l'architecture, s'inspirant de leur génie, fomentant le sien par la fréquentation de leurs œuvres, par la méditation de leurs vues sur l'art, par l'étude de leurs procédés, protégé, vanté, rente par les rois, les papes, les cardinaux et la grande féodalité italienne, il promena, dès ses premiers
travaux, le triomphe de ses succès dans sa patrie, la terre classique des arts, plus tard^ à l'étranger. On peut en dire presque autant des grands orfèvres, Jean et Dominique de Milan.
L'émule de la fin du xvni» siècle, de ces grands artistes, qui eût pu les égaler peut-être, Gaire-Morand, eut contre lui tous les obstacles, toutes les pierre d'achoppement d'une implacable malechance; condamné à Texistence en quelque sorte claustrale de sa résidence briançonnaise, sans agent de perfectionnement de son art autre que les conceptions d'un esprit d'intense vitalité et de grande largeur, ainsi que des souvenirs de voyages rapides en Italie, en Angleterre, en Espagne, il fut privé dans sa jeunesse du bienfait d'un milieu ambiant stimulant et agrandissant la pensée, lui assurant la direction et l'envergure, ainsi que de la vue quotidienne des œuvres des devanciers de génie. Qui peut dire jusqu'àquelle hauteur seraitmonté le lapidaire briançonnais favorisé par les circonstances ?
Il faudrait plus que l'espace restreint réservé à une simple esquisse biographique pour encadrer le récit de l'existence et de l'œuvre de Gaire-Morand. Gette tâche a été assumée et bien remplie par l'érudit auteur des plus intéressantes monographies historiques sur le Briançonnais, mon digne compatriote et ami, M. le D' Ghabrand.
Il a mis en lumière et en relief les phases diverses de la vie agitée du lapidaire briançonnais, ses généreux combats contre d'interminables diilicultés^ les succès obtenus contre vents et marées et enfin la prédominance des causes d'adversité, forces majeures et inéluctables. M. l'abbé Guillaume, le savant archiviste des Hautes-Alpes, a consacré aussi quelques pages à Gaire-Morand en introduction à une autobiographie de Morand qu'il a publiée.
A 14 ans, Gaire-Morand fut placé par son père dans un g^rand atelier à Turin ; trois ans plus tard, il fit quelques voyages comme nous l'avons dit. A 24 ans, le 17 août 1771, il se présenta à Ferney, muni d'une lettre de recommandation de M. le duc de la Rochefoucaud, son dévoué protecteur, avec l'espérance de graver le portrait de Voltaire. Il fut
bien accueilli. Le portrait en relief, en émail, fut trouvé ressemblant et très beau. « Il n^y a point de prince, lui dit Voltaire, qui ne doive employer vos talents. »
Caire se rendit ensuite à Paris où il passa quelques années pour se rendre maître des procédés les plus délicats de son art, étude qu'il poursuivit à Birmingham, à Londres, à Barcelone. Il retourna à Briançon ; il rêvait d'y fonder un établissement où seraient utilisés pour la création d'œuvres d'art le cristal de roche de TOisans et du Briançonnais et les variolites de nos montagnes.
Pour créer une telle industrie, il fallait des capitaux et l'eilicace appui des pouvoirs publics; et dès cette époque (1777), commencèrent les tribulations. Les fonds n'affluèrent pas à l'appel du jeune lapidaire. On proclamait son immense talent, mais la confiance en l'industriel était mesurée à la jeunesse de Caire. En possession d'un modeste capital de 60.000 francs, muni d'une autorisation royale, il fonda à Sainte-Catherine-sous-Briançon sa fabrique de cristal de roche des Alpes. L'établissement fonctionna dès 1778; bientôt les objets d'art qui y furent fabriqués, lustres, candélabres, lampadaires et mille objets de fine ciselure, taillés à facettes se répandirent dans toute l'Europe, y fondèrent la réputation de Caire-Morand et sont aujourd'hui encore fort recherchés des amateurs.
On trouve dans l'/nucniaire sommaire des archives des Hautes-Alpes, cette mention : « Arrêt du Conseil d'Etat qui autorise Caire-Morand à mettre sur la porte principale de son établissement une inscription portant ces mots : Matiufacture royale de bijouterie de cristal de roche; d'entretenir un suisse à la livrée, et l'exempte du logement des gens de guerre, 28 décembre 1784. »
Caire-Morand s'était concilié l'intérêt bienveillant de Pajot de Marcheval, intendant du Dauphiné, homme de bien et de haute intelligence qui dégagea le plus possible les errements de l'administration des liens de la routine. Il s'acquit aussi l'appui du ministre de Vergennes, Il obtint par leur moyen une subvention annuelle de 3.000 fr. de l'Etat.
La plus grande diUiculté qu'eut à surmonter Caire dans
Tétablissement de sa fabrique fut le recrutement d'un personnel d'ouvriers expérimentés. Il parvint à grand peine à en former un certain nombre. Dès lors, la manufacture de cristaux prit de l'extension surtout de 1784 à 1787. Elle acquit une grande et flatteuse notoriété. Ses produits furent recherchés et admirés. Elle renfermait quatre sortes de professions : les lapidaires dans le grand genre, les lapidaires à facettes, les bijoutiers et les metteurs en œuvre, i/établissement fit face aux commandes les plus importantes et les plus variées.
Vinrent les approches, puis les jours orageux de la Révolution ; l'avenir de la manufacture fut dès lors sérieusement menacé. Malgré l'appui du Lycée des arts de Paris, malgré les témoignages de l'Académie des sciences de Turin, les rapports les plus élogieux des inspecteurs généraux, des intendants du commerce, la création de Caire périclita. Les incessantes réquisitions de l'administration de la guerre pour les armées du Rhin, d'Italie, d'E^sypte, en le privant de ses ouvriers les plus habiles furent le coup de ^âce pour la manufacture qui vit ses ateliers déserts.
Ainsi s'efTondra à la fin du xviii*' siècle cette industrie dans laquelle Caire-Morand avait mis toute l'activité de son intelligence, tout son cœur de patriote Briançonnais et les fonds de ses amis. Il succomba sous l'action de forces ma< jeures inéluctables.
Gaire-Morand se retira à Turin, où il passa les dernières années de sa vie. Il composa, à la prière de ses amis, un livre important : la Science des pierres précieuses. Cet écrit fut imprimé après sa mort par les soins de sa fille, M™» Delpozzo.
Le préfet Bonnaire dans son mémoire sur la statistique du département des Hautes-Alpes (an ix), consacre quelques lignes aux travaux de Caire-Morand :
« Manufacture de cristaux de roche,
« Il existait, à Briançon, une manufacture de cristaux de roche, qui, avant la Révolution, était dans la plus grande
activitéi mais dont les lois sur la réquisition et la conscription, ont opéré la ruine totale.
« Rien n'était mieux entendu, ni plus digne d'encouragement, qu'un établissement où Ton employait, pour matière première, les cailloux des rochers environnants, qu'on échangeait ensuite, à force d'industrie, contre Tor des étrangers. Aussi vous ai-je adressé, citoyen Ministre, un mémoire en faveur du créateur de cet établissement, qui est prêt à réorganiser ses ateliers, pour peu que le gouvernement le seconde. Je le désire bien vivement, parce que cet exemple peut, aujourd'hui, produire les plus heureux effets, et que, d'une première impulsion, dépend peut-être la prospérité d'un pays jusqu'à présent si pauvre, si négligé, et qui n'a besoin que de savoir employer les matériaux que la nature a semés dans ses vallées, sur le sommet et dans les flancs de ses montagnes. »
Suivant une mention du journal le Courrier des Alpes (18 août 1892). Caire-Morand serait décédé à Ste-Gatherine (sous Briançon), le 14 août 1812. C'est une erreur. Il est mort à Turin, vers 1825.
Mémoire historique de la manufacture de cristaux de roche, établie en 1778 à Briançon, sous les auspices du Gouvernement, par le G. Gaire-Morand, membre de plusieurs académies, fondateur de cet établissement. 32 p. in-S*» s. d., ni nom d'imprimeur. (La date donnée par M. l'abbé Paul Guillaume est le 19 germinal an x.)
Recherches sur Y astérie des anciens et remarques d'un caractère singulier que la taille a dévoilé dans un grenat, 1809, par Gaire-Morand. Mémoire inséré dans le tome 16 de l'Académie des Sciences de Turin.
La Science des pierres précieuses appliquée aux arts, par feu Antoine Caire. Paris, 1833 ( 2« édit.) in-8°, 423 p. et 16 planches.
A consulter :
Antoine Gaire-Morand, fondateur de la manufacture de
cristal déroche de Briançon, par A. Ghabrand. Grenoble,1874.
Autobiographie de Gayre-Morand, publiée avec notes par
M, Paul Guillaume, archiviste des Hautes-Alpes. Gap, 1883.
CAIRE Balthazard.
Le commandant Balthazard Gaire, frère du précédent^ ne fut point un homme ordinaire. Son nom a eu et a gardé dans le Briançonnais une grande notoriétés II s'est montré dans sa vie publique, dans sa carrière militaire surtout, concepteur rapide, et agisseur à la suite sans temps d'arrêt. Il serait arrivé aux plus hauts grades sans des obstacles indépendants de sa volonté, les blessures par exemple, qui lui ont imposé, à plusieurs reprises, des cessations temporaires de service.
Je dois à Textrôme obligeance de mon jeune compatriote et ami, M. le commandant de cavalerie breveté Gaston Gendron, de précieux renseignements, pour les faits de guerre, sur Gaire, recherchés et recueillis à Tintention de ces notes biographiques.
Balthazard Gaire est né à Briançon, le 11 janvier 1754. Son père, Alexis-Barthélémy Gaire, était orfèvre et avait en même temps une fonction publique, celle de Sàlpêtrier, dont il est diilicile aujourd'hui de fixer l'importance. Sa nomination est du 6 juin 1779. Balthazard Gaire embrassa la profession de son père, et avant d'être son associé, il fut son apprenti et son employé en sous-ordre.
J'ai entendu dire souvent que les cabaretiers seraient forcés de vendre leur vin avec perte, s'ils ne trompaient le fisc sur les quantités et les qualités de leurs liquides ; il en était de même jadis, parait-il, en France pour la bijouterie, l'orfèvrerie et particulièrement l'horlogerie sur la frontière de TEst, la Suisse romande fabriquant à bas prix et écoulant ses produits par des contrebandiers itinérants^ fort habiles. Pour que les horlogerp et orfèvres delà Franche-Gomté, du Lyonnais, du Dauphiné, de la Provence pussent trouver un gain quelconque dans ce commerce, il fallait qu'il fut alimenté par cette même marchandise étrangère obtenue à bien moindre frais. Il fallait, en d'autres termes, en venir
à Texercice, par son action personnelle ou par celle d'atlidés, de la contrebande. Le jeune Caire, par dévouement à sa famille, par Tamour des aventures qui trouve en ce métier ample satisfaction, par nécessité peut-être, se fit contrebandier. Mais quel contrebandier hors ligne I Quel artiste incomparable dans les tours joués aux brigades de la douane, dans les ruses, dans les stratagèmes, toujours variés, toujours inattendus dans le camp ennemi !! Caire eût pu écrire sur l'art de la contrebande, un traité aussi savant que ceux de Frontin et de Végèce sur l'art et les stratagèmes de guerre, plus intéressant peut-être que ceux de ces vieux auteurs. Clémence Lalire (lisez : Alexandre Crépu ou Louise Gagnière) a raconté dans les feuilletons du journal le Patriote des Alpes j de 1842 à 1844, les hauts faits de contrebande de Balthazard Caire. Ces récits, vrais au fond, quoique ornementés peut-être, quant à la forme, sont fort intéressants et il est à regretter que le Plularque de ce grand homme de la contrebande n'ait pas fait un livre de ces récits hachés par les coupures habituelles du journalisme dans le feuilleton.
Mais si l'odyssée du contrebandier présentait des côtés attachants par le déploiement des infinies ressources d*un esprit fin et déliée il n'était pas sans dangers; Tancienne législation était, à rencontre des délits de contrebande, dure à l'excès, cruelle même, offensante dès lors pour la conscience publique dans un temps de modération et de douceur relative des mœurs. Les pouvoirs publics avaient voulu la refréner à tout prix. Des tribunaux d'exception furent établis et notamment à Valence, pour appliquer une législation rigoureuse jusqu'à la barbarie.
« Le plus récent et le plus redouté de nos tribunaux, dit Delacroix dans sa statistique de la Drôme p, fut cette fameuse Cominission extraordinaire du Conseil, établie en 1733. Elle était chargée de connaître de tous les délits de contrebande ; elle avait pour ressort toutes les provinces méridionales, et Valence ne fut que trop souvent le théâtre (les exécutions sanglantes qu'elle ordonna pour de simples infractions aux règlements sur le sel et la gabelle. Elle fut
supprimée par arrêt du Conseil du 30 septembre 1789. C'est elle qui nous a laissé ces prisons neuves qui servent maintenant de maison d'arrêt et de justice. C'est en vertu d'un arrêt de cette commission, en date du 24 mai 175.*), que Mandrin mourut sur un échafaud, à Valence. »
Il a été dit que, vers 1786 ou 1787, Caire avait été condamné aux galères par ce tribunal inexorable. C'est du moins ce qui résulte d'une note à moi remise dans le temps, par M. Eugène Chaper et qui semble être un fragment de lettre missive.
Elle est conçue en ces termes :
« L'orfèvre de Briançon est en fuite et condamné aux « galères. Le sieur Sibaud ne peut-il profiter de cet événe- « ment pour se faire recevoir (Salpêtrier sans doute, ou « capitaine de la milice mobile, postes occupés par Baltha- « zard Caire) sur un nouveau mémoire, auquel M. le 8ub- « délégué ne serait pas contraire ? »
Quelles furent les suites de cette condamnation dont la date semble devoir être fixée en 1787 ? Elles n'eurent sans doute rien de funeste pour Caire. Le tribunal exceptionnel de Valence tomba sous la réprobation publique et ses décisions, aux approches de la Révolution, furent sans doute de fait, inexécutées.
La carrière militaire de Caire révèle un soldat vaillant, un officier très intelligent, prompt à envisager les difficultés, toujours prêt à les attaquer de front avec audace ou à les tourner avec habileté.
En 1775, à 21 ans, il était capitaine de la milice mobile de Briançon, emploi qui se conciliait du reste avec les habitudes, les errements et les occupations de la vie civile. Il conserva ce grade jusqu'au 8 novembre 1789. A cette époque, il devint adjudant-major de la garde nationale de Briançon, fonctions qu'il exerça jusqu'au l»"" juin 1791.
Nommé lieutenant des guides de l'armée des Alpes, le 22 septembre 1792, il était capitaine le 25 avril suivant et chef de bataillon le 16 mai 1794, toujours dans le même corps. Dans ce service où les guides presque tous Hauts- Alpins, déployèrent une vigueur à toute épreuve dans les
ascensions et accomplirent toutes les prouesses dont nous rendent témoins, à ce jour, les chasseurs Alpins, Caire, Tancien contrebandier, connaissant admirablement tous les cols, tous les sentiers, les distances, les gens, le langage, les ressources du pays, fut un chef d'avant-garde hors ligne, un éclaireur sans égal. Il accomplit, le 4 prairial an ii, une reconnaissance dangereuse dans la vallée de Luzerne et fut blessé à la tète, d'un éclat d'obus.
A Tenlèvement du pont de Salbertrand où il montra son intrépidité ordinaire, il fut blessé à la cuisse gauche.
Dans deux autres affaires, la conduite de Caire fut brillante. Il s'empara du fort deMirabouc, le 9 mai, qu'il assaillit avec son bataillon composé de Briançonnais, avec tant d'impétuosité que la garnison commandée par le major Mesmer, n'opposa qu'une faible résistance et prit la fuite. Caire fut encore signalé pour sa belle conduite, devant la redoute de Malperthuis.
Bonaparte voulut emmener Caire en Egypte ; mais celui-ci fit la sourde oreille aux propositions qui lui furent faites, et allégua sans doute les atteintes portées à sa santé par les blessures graves reçues ; peut-être estimait-il aussi que ses services avaient été mis en oubli. Bref, il ne partit pas. Un de ses homonymes, sorti des guides comme lui, Ambroise Caire, suivit Bonaparte en Egypte ; il y trouva des grades et des honneurs.
Bonaparte était doué , comme on sait, d'une mémoire marmoréenne. Il était, ses plus fervents admirateurs n'ont pu en disconvenir, haineux et rancunier. Tout avancement, malgré ses brillants états de services, fut refusé à Balthazard Caire. Il fut relégué dans le commandement des places, à Arles, à Péronne, à Graves^ à Heusdem (Hollande). Il fut, dans ces divers postes, un commandant de place énergique, vivant dans les meilleurs termes avec ses camarades de Tarmée et les fonctionnaires civils. Pendant son commandement d'Arles, il réprima vigoureusement et fit cesser le brigandage dans les environs d'Aix.
Si Bonaparte demeura jusqu'au bout malveillant envers cet oiiicier supérieur signalé par tous les généraux, ses
chefs directs, pour son intelligence, pour Taccomplissement strict de ses devoirs, pour son intrépidité, Balthazard Caire gardait de son côté à Tempereur, en son cœur de montagnard, une haine inextinguible. II salua avec joie Tavènement des Bourbons. Il fut nommé le 12 octobre 1814, au commandement du fort Barraux.
Ici s'emplace Tun des faits les plus remarquables de la carrière militaire de Caire. Au retour de File d'Elbe, il refusa de servir le gouvernement impérial et dut céder le commandement du fort Barraux à un nouveau titulaire. Mais après la bataille de Vaterloo et à Tannonce de la marche des alliés vers le sud-est, il rentra presque de force dans le fort, y proclama de nouveau Louis XVIIÎ, et du consentement de la garnison reprit le commandement du fort. Il prit la patriotique résolution de le défendre contre les alliés, afin de conserver à la France le matériel en artillerie, armes et munitions qu'il renfermait. Cette résolution, il l'accomplit avec son intelligence et sa bravoure accoutumées.
Il présenta au Roi, le 15 août, au nom de sa garnison, l'adresse suivante : « Sire, la garnison du fort Barraux, « cernée depuis six semaines par des troupes étrangères, « privée de toute communication avec les autorités militai- « res supérieures, et comprimée d'ailleurs, par la présence a d'un chef, dont Taveugle obstination la tenait dans une a ignorance absolue, n'a pu jusqu^à présent faire parvenir 9 sa soumission à son souverain légitime : Aujourd'hui^ ff éclairée par l'arrivée de nouveaux chefs sur ses devoirs ■ et sur les vrais intérêts de la patrie, elle s'empresse, Sire^ fl de se mettre à la discrétion de V. M.^ en s'engageant à « n'obéir qu'à ses ordres, et à défendre de tous ses moyens, < la place dont la garde lui est confiée. » (Biographie des hommes vivants, v» Caire.)
Ije 16 juin 1816, Caire fut nommé commandant supérieur à Sisteron et le 6 octobre de la même année, mis à la retraite après 3ô ans de service dont 22 dans le grade de chef de bataillon, 12 campagnes, 3 blessures. Le 6 septembre précédent, le général Marchand^ écrivait ce témoi-
gnage : « Je pense qu'il est impossible d'avoir un meilleur commandant de place que M. le chef de bataillon Caire. » Le 11 du même mois de septembre, Caire reçut le grade honoraire de lieutenant-colonel sous le nom de Caire de Faugère.
Ainsi l'ancien contrebandier, le condamné de Valence, un fils du Briançonnais, ce pays d'une séculaire égalité, eut la singulière faiblesse de se faire affubler d'une qualification nobiliaire. Ce ridicule n'efface nullement le mérite de Caire et ne doit pas faire oublier les services rendus.
Peut-être subit-il, en cette circonstance, l'influence et les désirs de sa femme. Il s'était marié le 24 avril 1797, à Gratz (en Styrle), avec Thérèse-Josèphe de Sizak, fille de Emerik de Sizak, général, auditeur de l'Empire.
Caire est décédé à Grenoble, le 1" mai 1843, à l'âge de 89 ans. '
CAIRE Jean-Ambroise.
Jean-Ambroise Caire est né à Briançon, le 16 janvier 1770. Il entra dans l'une des compagnies des guides à pied des Alpes. Il fit toutes les campagnes d'Italie. Il se distingua dans la campagne d'Egypte et ensuite dans les chasseurs de la garde impériale. Promu au grade de lieutenantcolonel, il fut nommé commandant du prytanée de la Flèche. Il occupait ce poste important dès 1807. Mis à la retraite, il est resté à la Flèche, où il est mort en 1822.
(Voir Victoires et conquêtes, t. 25, p. 76 des tables du temple de la gloire.)
GAHLHIAN Simon (l'abbé).
Simon Carlhian est ne le 28 septembre 1758, à Fontchristianc, commune de Briançon. Entré dans les Ordres, il devint professeur de belles lettres au collège de Grenoble, jusqu'en 1792. A cette époque il fut précepteur dans une famille.
A la création de l'Ecole Centrale de Gap, qui fut inaugurée le 21 décembre 17%^ l'abbé Simon (]arlhian y devint professeur de langues anciennes et occupa ce poste jusqu'à la
suppression des écoles centrales (loi du 11 florial an x ). Il fut ensuite nommé curé de la paroisse de Chorges, le 17 frimaire, an xi.
L'abbé Garlhian était de ces hommes qui caressent volontiers le pouvoir et qui en espèrent toujours leur élévation ; étant donnée Texiguité relative de ses ressources, on ne peut expliquer que de cette manière l'importance de sa souscription pour Tobélisque du Mont-Genèvre, qui fut de 1.200 fr. Aucune souscription particulière n'approcha de ce chiffre. Cet acte de civisme comme on dénommait alors Tadmirofion publiquement exprimée pour Bonaparte, n'apporta aucun changement dans la situation du curé de Chorges. Ce fut, suivant Fexpression vulgaire, un coup d'épéé dans Teau.
Peut-être eut-il de la rancune de cette indifférence, car à la Restauration, il adressa au comte d'Artois, une profession de foi, dans laquelle (acte de basse flagornerie), les Bourbons étaient élevés jusqu'aux nues. Cette fervente soumission à Tordre de choses nouveau, passa sans doute Inaperçue, car Tabbé Carlhian resta curé de Chorges. Il n'obtint pas sous le gouvernement de la Restauration non plus que sous celui de Juillet, lévêché des Hautes-Alpes, objet de son ardente ambition. Il fit, parait-il, comme solliciteur, un voyage à Paris, accompagné de M. Souchon, maire de Chorges. L'insuccès de ces démarches, le jeta dans une noire mélancolie. Il se retira à N.-D. du Laus, sans résigner sa cure. C'est là qu'il est mort le 31 décembre 1837.
Le Pasteur des Alpes, réflexion sur l'enseignement religieux et sur l'excellence de la foi. suivies du portrait du bon pasteur, par M. Garlhian, curé à Chorges, diocèse de Digne, Gap, imprimerie J.-B. Genoux, in-8<», 1808, 72 p.
Discours dédié à Son Altesse Royale, Monsieur, frère du roi, par M. Carlhian, curé à Chorges, in-4° 7 p. Grenoble, Baratier, imprimeur.
Discours prononcé à la fête de l'Assomption. Gap, 15 août 1808, in-12.
GASTAI6NE Charles- QuBtaTO (général).
Le général Castaigne est né à Brîançon, le 28 mai 1826; il n'appartient pas à une famille briançonnaise. Son père, Jean-Emmanuel Castaigne, capitaine au 42« régiment de ligne, était au jour de la naissance de son fils, en garnison à Briançon.
Le jeune Castaigne, élève de TËcole militaire, fut promu en octobre 1846 au grade de sous-lieutenant. Son avancement dans la carrière militaire a été dû à des services distingués (campagnes de Rome, en 1849; en Afrique, 1850 et 1854; en Orient, 1855; en Afrique, 1865 et 1868; guerre d'Allemagne, 1870-71.) Il fut promu au grade de général le 5 mai 1885, et nommé plus tard commandeur de la Légion d'honneur. Il a été admis à la retraite, le 26 mai 1888.
Le général Castaigne a fixé sa résidence à Chatellerault (Vienne.)
GHABAS Vincent.
Vincent Chabas, fils de Joseph et de Marie Combe, est né à Reguignié, le 22 octobre 1777.11 entra au service militaire dès l'âge de 19 ans. Il fut remarqué par ses chefs pour son intelligence et sa bravoure. Au siège de Sarragosse où il se distingua, il fut gravement blessé. Capitaine au 64* de ligne, il fut cité à l'ordre du jour dans une sortie contre les Anglais pendant le blocus de Bayonne. Il eut le bras droit fracassé et dut subir Tamputation de ce membre.
Rentré dans ses foyers et pensionné, il se maria avec M}^^ Marie Ferrus et s'établit à Reguignié dans la maison paternelle. Il fut bientôt à la tête d'une jeune famille et dut songer à augmenter ses ressources matérielles. Il quitta Briançon et alla se fixer à Chalon-sur-Saône, où il avait obtenu le poste d'agent général d'assurances. Le vaillant soldat mutilé apprit à écrire de la main gauche et devint un directeur habile^ un comptable émérite dans son administration.
Chabas le manchot^ c'est ainsi qu on l'appelait depuis la perte de son bras, eut droite pour sa probité, sa bonté,
son dévouement à ses amis, pour son patriotisme , à la plus haute estime. Elle lui fut acquise dans le Briançonnais, ainsi que dans la ville de sa dernière résidence où il mourut en 1849.
Il avait donné tous ses soins à Téducation de ses enfants. L'aîné de ses fils, François, est le célèbre égryptologue ayant conquis une des premières places dans le monde savant ; le second, Frédéric, brillant élève de TEcole Polytechnique, est devenu inspecteur général des Ponts-et-
chaussées.
GHABAS François.
François Ghabas, né le 2 janvier 1817, à Reyguigné {hameau de Briançon), était iils de Vincent Ghabas, le valeureux manchot^ et de Marie Ferrus. Il passa les premières années de son enfance à Reguignié. Les souvenirs de cette période de sa vie étaient restés en sa mémoire très vivants et pleins de fraîcheur. Il m'a dit souvent que Timage du clair ruisseau qui passait devant la maison paternelle hantait souvent sa pensée.
0 Je me rappelle fort bien, m'écrivait-il le 24 avril 1870, la maison de M. Albert située en face de la nôtre de Reguignié. J'ai quitté le pays natal à 6 ans, mais j'étais déjà si vivement impressionné par la grandeur de nos montagnes, que seul, sans le moindre indicateur, j'ai pu me rendre de Briançon à Fortville et retrouver le toit paternel, les petits domaines de la Gombe, de Reboul et du bord de la Durance après une absence de 25 ans. »
Vincent Ghabas, n'ayant pour toute fortune que sa pension de retraite de capitaine, dut songer, en face de l'augmentation de sa jeune famille, à se créer d'autres ressources. Il rechercha, comme nous l'avons dit, une occupation quelque peu lucrative et la trouva dans un poste d'agent général d'assurances à Ghâlon-sur-Saône.
Là se continua l'éducation des enfants. Il y avait trois garçons et une fille; leur père se préoccupa de bonne heure de leur avenir. Ses fils révélaient des aptitudes remarquables et de rares énergies d'esprit et de volonté. Dans leurs
premières études, leurs progrès allaient au delà des espérances de leurs parents et néanmoins malgré la presque certitude de leurs futurs succès dans les sciences et dans les lettres, Vincent Chabas, esprit positif et judicieux, adorant ses enfant, voulut leur assurer, dans les limites du possible, toutes les chances favorables dans les carrières qu'ils devaient parcourir, carrières qui n'eussent point été celles de leur libre choix, mais qui furent celles fixées par la prudence et la sagesse paternelles.
Le beau-frère du capitaine Chabas^ François Ferrus, briançonnais comme lui, avait fondé à Nantes une importante maison de commerce. Ghabas y fit admettre successivement deux de ses fils, François^ l'aîné, et le plus jeune. Oscar. Le puîné, Frédéric, se préparait avec toutes chances de succès aux examens de TEcole polytechnique.
François Ghabas devint donc commerçant dans une ville de grand commerce. Ge fut sans doute un crève-cœur pour lui d'abandonner ou d'ajourner des études qui lui étaient chères malgré le caractère général et presque primaire de ses travaux d alors. Déjà s'était manifestée une des facultés de sa riche organisation. G'était une aptitude merveilleuse à s'approprier rapidement et sûrement les langues étrangères. Il était, en quelque sorte, né polyglotte. L'extrême modestie de Ghabas le rendait très sobre de détails sur ses études, mais je tiens de son entourage plus disposé aux communications familières, de M™" et M"*"* Ghabas, mes aimables parentes, qu'à 19 ans, François Ghabas, outre l'anglais, l'italien, lespagnol, le portugais, langues qui trouvaient leur emploi dans les relations commerciales de la maison Ferrus, possédait déjà des notions d'hébreu qui furent étendues et complétées plus tard. Il savait le latin et le grec. Plus tard encore, et pour les besoins de ses communications avec les égyptologues d'Outre-Rhin, il apprit l'ailemand. La langue Copte lui coûta une longue et pénible application; mais il fut l'érudit moderne le plus complètement en possession de cette langue morte ou qui n avait plus cours que dans certains offices religieux. Ge lui fut un auxiliaire puissant dans ses travaux. G'était donc, muni d'instru-
ments admirables pour les travaux intellectuels, que le jeune commerçant devait un jour, une fois sa fortune faite, entrer dans l'arène largement ouverte de la science moderne. L'histoire et l'archéologie y représentaient ses préférences.
Le célèbre auteur des Templiers et du Lexique roman avait à un moment donné, ajourné la gloire pour s'assurer, par un travail industriel^ Taisance et par suite l'indépendance. Un de ses amis lui reprochait cet abandon du labeur littéraire, c Je suis un philosophe, répondit Haynouard, et je n'ai besoin que de la besace et du manteau. Encore faut-il que la besace soit pleine et que le manteau soit propre. » (Mignet, notices historiques).
Telles durent être les réflexions de François Chabas à Nantes. Il sut, lui aussi, résister avec courage au penchant qui l'entrainait avec force vers des éludes de son libre choix. Dans le temps qu'il y passa, il acquit une fortune qui lui assurait Taisance. Son ambition à cet égards n'allait pas plus loin. Assoiffé de culture intellectuelle, il se retira à Chalon-sur-Saône, la ville qu'il aimait, où avait vécu sa famille, la ville qu'il devait remplir un jour de sa renommée. En dehors de son labeur scientifique, il devait un jour consacrer à cette patrie adoptive, à ses intérêts moraux et matériels l'action d'un esprit prévoyant et l'expérience d'un commerçant éclairé. Chabas se maria et vécut là d'une heureuse existence de famille jusqu'au jour où la mort lui ravit à quelques années d'intervalle deux filles charmantes. Le chagrin dès lors altéra sa santé.
Quelques articles de la Revue Archéologique étant tombés sous ses yeux, l'attention de Chabas fut surtout excitée par des articles sur Tégyptologie de MM. de Rougé et Prisse d' Avenue. Tout autre que cet esprit ferme, altier et opiniâtre eût hésité devant les difficultés dont l'étude des hiéroglyphes est hérissée. Mais ces difRcultés elles-mêmes furent sans doute un motif déterminant pour Chabas dans le choix de la branche des connaissances humaines dans laquelle il tenterait de spécialiser ses études.
Il y avait là un champ immense de découvertes. Cham-
pollion avait ouvert la voie et déblayé le terrain des premiers afTleurements. A ses successeurs à traduire les textes déjà découverts, mais non expliqués ainsi que ceux que les fouilles incessantes des explorateurs arracheraient au sol de la vieille Egypte. Ghabas se jeta à corps perdu dans ce labeur.
IVégyptologie est une science fermée. La clef est dans les mains de quelques rares adeptes. Ghabas le disait luimême : « Je travaille énormément, souvent jusqu'à la fatigue. J'imprime beaucoup de choses en France et à l'étranger, mais je ne sors guère des discussions techniques; aussi mes livres ne sont accessibles qu'aux initiés à Tégyptologie pour qui je les écris spécialement. » (Lettre d'avril 1870.)
A l'un de ces rares adeptes de la science des hyérogliphes appartiendrait le droit de dire, avec compétence, les travaux et les découvertes de Ghabas. Toute appréciation personnelle de ses œuvres m'est donc^ de piano, interdite. Mais il ne peut être défendu de faire entrevoir par le témoignage des plus réputés égyptologues de ce temps, la glorieuse carrière de Ghabas. Je dis glorieuse et pourtant je hais les superlatifs. Mais ce qualificatif émane de savants de premier ordre^ des D' Lepsius (de Berlin), des Brugsch, des Naville, des Birch, etc. ; par eux il fut proclamé, à la fin de sa carrière, le grand Egyptologues primus inter pares,
A ces témoignages, il faut ajouter ceux de M. Eugène Revillout, conservateur du musée Egyptien du Louvre, de M. Emile Guimet, le fondateur du splendide musée oriental qui porte son nom, de M. A. Ghevrier, etc.
« A des hommages privés, je préfère, dit le Baron Textor de Ravisi, dans son excellente Notice nécrologique sur François Chahas (1882), quelle que soit leur haute valeur^ rappeler, ici, entre autres, ceux des hommages collectifs et publics qui lui ont été rendus par les Gongrès internationaux et nationaux des Orientalistes (1873 et 1874, 1876 et 1878), auxquels le mauvais état de sa santé l'avait empêché d'assister.
« M. Félix Robiou, dans le savant rapport sur Les Progrés de l'Egyptologie depuis 1867, qu'il a présenté au Congrès international de Paris, cite constamment, comme faisant autorité, les nombreux et importants travaux de François Ghabas, à côté de ceux des égyptologues français et étrangers qui ont traité des sujets analogues ou les mêmes sujets que lui.
« Outre la valeur personnelle de M. Félix Robiou, ce rapport technique emprunte une importance précieuse dans l'approbation de M. Maspero et dans les sulTrages unanimes du Congrès. M. Félix Robiou, en effet, avec la modestie qu'on lui connait, a tenu à mentionner que « pour réunir les éléments bibliographiques de son travail, il avait mis à profit Tobligeance de M. Maspero, son ancien collègue à TËcole des hautes études et aujourd'hui successeur de M.deRougéaucoUège de France. » L'Assemblée, de son c6té^ a exprimé chaleureusement ses unanimes regrets que le savant orientaliste de Chalon-sur-Saône n'eût pu apporter lui-même au Congrès de Paris le poids de sa parole autorisée.
« Notre pays, est-il dit au procès-verbal de la séance, « s'enorgueillit à bon droit d'un égyptologue, qui, du fond « de sa province, a conquis, par ses éminentes aptitudes « philologiques, par cette divination qui est indispensable à « ceux qui cherchent à restituer des langues et des litté- « ratures perdues, une place hors ligne parmi les premiers « arc/iéologues de notre époque. (Applaudissements.) •
« Autre hommage international rendu à François Chabas par ses pairs :
« La nécessité d'une édition complète du Livre des Morts était un des desiderata des savants qui s'occupent de l'ancienne Egypte ; c'est, en eflet, le livre le plus considérable de la littérature sacrée. Le Congrès international des Orientalistes (Londres) s'en est occupé. Un comité international a été nommé, chargé de poursuivre l'œuvre de la publication d'une grande édition de ce livre : Birch, pour l'Angleterre ; Chabas, pour la France ; Lepsius^ pour l'Allemagne, et Navillb, pour la Suisse.
« MM. Birch, Lepsius, Ebers, Brugsch, Lieblein, etc., etc., exprimèrent hautement leurs regrets de ne pas saluer le grand maître français, que Télat de sa santé avait empêché de se réunir à eux.
« Les hommages rendus à François Ghabas par les Congrès provinciaux des Orientalistes français, au grand ègyptologue provincial, n'ont pas été moins solennels que ceux des Congrès internationaux.
« Il a été, si je puis parler ainsi, Vaine de notre Congrès de Saint-Etienne. Sans l'assurance formelle qu'il m'avait donnée de sa collaboration effective^ je n'eusse certainement pas fait figurer les études égyptologiques au programme. Mais il me restera toujours, comme à vous. Messieurs et chers Collègues, le profond et légitime re^et pour l'honneur de notre Congrès, que le maître des malires n'eût voulu consentir qu'à en être l'assesseur et non le président, « afm de conserver plus de liberté pour parler et pour enseigner. »
« Aux Congrès de Marseille et de Lyon, M. Edouard Naville, le savant égyptologue suisse, s'est rendu l'interprète « des amis nombreux et dévoués du doyen des égyptologues de France, du savant illustre qui est certainement Tun de nos maîtres à tous, en exprimant les regrets de l'assemblée de ne pas voir François Chabas occuper le fauteuil de la présidence, retenu qu'il était par la maladie qui l'empêchait de se rendre au Congrès. »(1).
« M. Maspero, « le représentant le plus autorisé de l'cgyptologie française (2) », ayant, par courtoisie, cédé la présidence à son jeune confrère étranger, c'est lui qui donna le signal des applaudissements unanimes qui éclatèrent dans l'assemblée, saisissant Toccasion de témoigner à nouveau, publiquement, ses sympathiques et grands sentiments personnels pour François Chabas. »
Les derniers et grands ouvrages de Chabas furent les
(1) (2) Congrès provincial des Orientalistes français, 3* session, Lyon, 1878, p. 233 et suivantes,
Libations funéraires chez les anciens Egyptiens et les maximes du Scribe Ani. Ce dernier ouvrage jette un jour nouveau sur la philosophie égyptienne, quant à la morale. Cette traduction du papyrus Ani a été regardée comme étant de capitale importance. Elle révèle une ontologie d'un caractère spiritualiste et présente un ensemble de maximes morales très pures ; élément inconnu dans la science égyptologique jusqu'à la publication de l'œuvre de Chabas.
Ce livre a été mis à la portée de tous par un style net, correct et très limpide.
Un autre ouvrage de Chabas est accessible à tout lecteur susceptible d'une attention soutenue, c'est celui qui porte le titre : Etudes sur Vaniiquité historique d'après les sources égyptiennes et les monuments réputés préhistoriques, août 1872.
Il y a très peu, dans ce livre, d'intercalations dans le texte français de signes figuratifs et idéographiques non plus que de caractères démotiques. C'est un beau livre de haute science, mais qu'un esprit vulgarisateur très habile a rendu intelligible pour tous.
La lecture de ce livre est aussi attachante qu'instructive et elle est le complément supérieur et final de toute étude historique sur l'Egypte et ses confins. La première édition de ce livre a été enlevée en six semaines.
M. Textor de Havisi a signalé aussi les travaux de Chabas en dehors de l'Egyptologie.
Il le fait en ces termes :
« François Chabas a produit beaucoup de travaux qui, en dehors de l'Egyptologie, lui ont acquis une haute et solide considération. Ses nombreux articles dans la presse chalonnaise, et ses nombreux mémoires et rapports d'économie politique et commerciale comme Président de la Chambre de Commerce ont particulièrement attiré l'attention par leur logique et leur clarté, la connaissance spéciale des sujets discutés (questions de traités, d'impôts^ de tarifs, etc.)^ difficiles sujets et d'études sérieuses, qui touchent aux bases des intérêts matériels de notre pays, et à
ceux des rapports internationaux des peuples. Mais outre son rôle habituel, la Chambre de commerce de Chalon-sur- Saône et Louhans est intervenue dans des questions d'escompte, dlntérêts, de pluralité de banques, d'instruction publique, etc. Elle a fait difîérents mémoires sur des chemins de fer d'intérêts locaux, sur Tlsthme de Suez, qu'elle a vigoureusement soutenu, et, aussi, sur le Canal Saint- Ix)uis. La navigation intérieure de nos rivières et canaux a attiré souvent son attention, et c'est à elle que Ton doit des dimensions moins mesquines pour les écluses de la canalisation de la Saône.
« C'est à la plume de son savant Président que la Chambre de Chalon-sur-Saône et Louhans est redevable de la plupart de ces procès-verbaux, rapports et mémoires, car François Chabas a toujours été excessivement jaloux de ses prérogatives présidentielles^ à l'endroit des devoirs de travail et d'étude qu'elles lui imposaient, »
1870 a été particulièrement pour Chabas l'année terrible. A quelles tortures morales n'a-t-il pas été livré !! Aimant avec passion sa patrie qu'il voyait ensanglantée, qu'il prévoyait devoir être mutilée, adorant sa famille pour laquelle il redoutait les excès des armées envahissantes, il fut en proie à des douleurs sans nom. Il avait deux filles jeunes et belles. Sa tendresse paternelle lui représentait, avec excès peut-être, les périls de leur présence à Chalon, à deux pas de l'ennemi qui était signalé à Nuits et à Beaune. Chabas fit partir ses filles pour Aix-les-Bains. Elles vinrent à Grenoble où nous arrêtâmes, en cas de nouveaux progrès de l'ennemi, leur départ pour Briançon, au besoin pour Oulx où leur était assurée la douce hospitalité de mes nièces, M"«" Cornélie Bermond et Léodie Molina. La marche de l'armée allemande était arrêtée. Chabas put ramener ses filles auprès de lui. Il m'écrivait : « Mes filles ont complété de vive voix ce qu'elles avaient ébauché par écrit. Elles ont ainsi donné un nouvel aliment à la ferveur de mes sympathies pour mes vieilles montagnes. Si j'osais penser à un avenir calme et libre^ je songerais à une longue visite de mon cher pays, à laquelle vous seriez, autant que pos-
sîble, associé. Hélas I que serons-nous Tannée prochaine ? » Que d'amertume dans les lettres de Chabas, que de mépris pour cette génération de jouisseurs à partir du jouisseur couronné dont l'imprévoyance et l'incapacité avaient déversé tant de calamités sur ce noble pays entraîné, au 10 décembre 1848^ par une légende menteuse, vers un choix malheureux 1 ! Il m'écrivait le 30 décembre 1870 :
c Vous avez lu ma polémique. Elle vous fait juger de ce qu'était la France au point de vue de la science. On a tout fait pour m'étoufîer et on y serait parvenu sans l'assistance que j'ai rencontrée à l'étranger. Quelle que soit ma haine contre le souverain de la Prusse, responsable de tant de meurtres et de rapines, je dois reconnaître qu'au lieu de s'énerver avec des Marguerite Bellanger, il se plaisait à converser avec les savants de son pays admis à ses soirées intimes et dotait largement les entreprises scientifiques. Ce que les oiliciels (France) avaient fait de l'armée, de la magistrature, de Tadministration, etc.^ ils l'ont fait aussi de la science et seul j'ai osé élever une voix libre et forte. J'ai reçu mille adhésions, même de certains académiciens ; mais la vieille charrette embourbée n'a pas fait un tour de roue. Aucun abus n'a cédé. J'aurai quelque jour, si Dieu me prête vie, de curieuses choses à vous conter à ce suj^et. Vous lirez ma réponse à la crjtique, elle a été positivement écrasante, mais justement méritée par les procédés de Burgsch qui s'était fait l'exécuteur des hautes-œuvres de Messieurs du Louvre et qui en a subi les conséquences. Les quatre conjurés sont restés muets devant la publicité et trois d'entre eux, Burgsch le premier, m'ont donné pleine satisfaction. Je suis maintenant en bons rapports avec eux, mais prêt à reprendre Toflensive si cela devient nécessaire. »
Disons-le en passant, puisque ces dernières lignes de Ghabas nous disent ses instincts de combattivité , il fut dans ses discussions avec les autres égyptologisants, un polémiste de première force : ardent , habile^ sûr de ses armes, allant aux conclusions avec une inexorable logique et aussi souvent avec une mordante ironie, aussi solide
dans les luttes de la science, aussi vaillant que Tavait été le rude soldat, son père, sur les champs de bataille. C'est ainsi qu'il eut à lutter et à vaincre contre Lenormant, de Rougé, de Mortillet, Brugsch et autres. « Je cogné sur un Allemand», m'écrivait-il un jour. Ce mot familier ne dit-il pas, dans son énergie pittoresque, la vigoureuse nature briançonnaise de Ghabas ?
Dans les années qui suivirent, les efforts énergiques tentés pour reconstituer nos forces nationales et la sécurité de nos frontières ramenèrent un calme relatif dans les pensées de Ghabas. Il songeait avec la ferveur d'une âme généreuse, avec les espérances d'un philosophe, à la disparition de la guerre, à des ères de paix et de travail intellectuel (âge d'or, dirons-nous avec l'histoire, que ne connurent jamais l'antiquité ni le temps présent; rêve et chimère probablement enconi dans l'avenir). Il écrivait en juillet 1876 (dans le Progrès de Saône-et- Loire) : « Les massacres épouvantables qu'on appelle batailles seront certainement, dans un avenir peu éloigné, considérés comme les aberrations d'une époque encore empreinte de sauvagerie et la politique qui met les nations aux prises paraîtra tout aussi barbare, tout aussi incompréhensible que les sanglants caprices des Tibère et des Néron, que les hécatombes humaines que la superstition de quelques peuplades africaines immole encore de nos jours devant de hideux fétiches. >
Dieu le veuille! ces visions généreuses trouveront, hélas ! peu de croyants.
Les Orientalistes de Paris, ceux de l'étranger, dont Ghabas n'était connu que par ses œuvres, travail colossal, se figuraient le savant de Ghalon confiné comme tous les savants en us dans un étroit cabinet silencieux, retiré, menant la vie d'un sauvage ou d'un religieux condamné par son labeur à la captivité d'une cellule de bénédictin, un pieux reclus enfin :
Dans un fromage de Hollande Retiré loin du tracas, La solitude était profonde 8*étendant partout à la ronde.
Qu'ils étaient loin de compte ces braves gens et combien ils eussent reconnu qu'ils en étaient pour leurs frais d'imagination, en voyant ouverte à deux battants à tout venant la demeure liospitalière de Ghabas à Ghalon. Fromage de Hollande^ soit, mais savoureux, gras et digne d'un prince assurément!
Mariette-Bey a été reçu chez Ghabas, son confrère, en octobre 1873, avec une cordialité chaleureuse qui a dû lui laisser un long et doux souvenir.
Dans la maison, une femme aimable, des filles charmantes, rélite de la société chalonnaise attirée par le bon accueil en cette attrayante habitation, les commerçants, les industriels les plus intelligents, les plus considérables de Chalon, d'Autun, de Louhans venant y prendre langue avec Ghabas, président de la Ghambre de Commerce, prédent du Tribunal de commerce, pour Télaboration des questions à Tordre du jour ou le jugement des aiîaires les plus délicates; telle était la cellule de Ghabas.
J'allais oublier un personnage qui toujours était présenté aux nouveaux venus, avec quelque solennité, Blanc-Blanc le chat favori de Ghabas, son ami, le compagnon de sestra vaux. Toujours accroupi sur la table même de son maître dans la pose méditative d'un sphinx, immobile, silencieux n'interrompant par aucun mouvement le travail de son mai tre, Blanc-Blanc semblait comme lui plongé en de profondes méditations; pensait-il à la xix« dynastie ou révait-il aux chatteiï de Thèbes ou d'Abydos? Nul ne le sait. Mais cette attitude correcte, cette immobilité marmoréenne cessaient tout d'un coup quand sonnait la cloche du dîner. Se levant en sursaut, Blanc-Blanc saluait cette heure fortunée d'un miaulement particulier, dardant sur son maître un regard significatif d'injonction. « Oui, Blanc-Blanc, je te comprends, je vais me lever et te suivre. » Mais la phrase commencée demandait un achèvement et de nouveau la pensée du savant Tenlisait dans son sujet; la cloche tintait de nouveau, et cette fois Blanc-Blanc mettait résolument la patte sur la plume ; force était à Técrivain de se lever et de
suivre Blanc-Blanc qui entrait triomphalement dans la salle à manger.
Bien des grands hommes ont eu de semblables faiblesses pour certains animaux. Watter Scott a placé ses chiens Fang, Bevis, Roswall, Ëlphin, Wasp, sans compter les Pepper^ Yarrow et les Mustard, parmi les héros de ses romans et leur a assigné parfois une place d'honneur. Ils étaient, à ses yeux, un des grands charmes d'Abbortsfort. Richelieu songeait àses chats en même temps qu'à l'unité de la France.
« Vers cette époque, dit François Arago dans sa biographie de Newton, arriva un événement qui, s'il faut en croire certains historiens, eut une influence notable sur la carrière intellectuelle de Timmortei géomètre. Un soir Newton laissa par mégarde une bougie allumée sur son bureau de travail. Pendant son absence, un chien favori qu'il appelait Diamant renversa la bougie. De là un incendie qui consuma quantité de manuscrits et de notes. A son retour, il aperçut le désastre irréparable. Il se contenta de dire : Ah ! Diamant, Diamant, tu ne soupçonnes pas le mal que tu m'as fait. »
Ghabas, à coup sûr, aurait eu en pareille occurence la même indulgence pour Blanc-Blanc.
François Ghabas était gai, spirituel, aimable, d'une ouverture d'esprit charmante. De belle figure, front et yeux superbes, bouche gracieuse et quelque peu sensuelle, doucement railleuse, il était, une fois les livres fermés, le plus délicieux causeur; conteur quelque peu rabelaisien, sa conversation était d'un charme infini. Je conserve le souvenir d'une journée entière passée à Proveyzieu dans la plus entière intimité. Quel brio> quelle intarissable gaieté II A Aix-les-Bains, je pus aussi trouver des après-midi, des promenades, dont le souvenir me hante, rempli du regret de la perte de cet homme incomparablement aimable et bon.
A ouvrir et à parcourir l'un de ces livres de Ghabas tout constellés de dessins étranges, d'hiéroglyphes de toutes formes, de signes d'infinie variété, on se demande quels
prodiges de patience, d'adresse représente cette innombrable armée de signes inconnus, de figurations de combats^ de travail agricole et des mille détails de la vie sociale ! C'est Tactivité surhumaine et la merveilleuse aptitude de Ghabas à tous les travaux manuels aussi bien qu'intellectuels qui ont créé toutes ces choses, à Ghâlon-.sur-Saône, en dehors de Taide des habiles artisans, des renommés du burin et des arts mécaniques de Paris.
Un jour, cette tâche d'ordre inférieur fut simplifiée par l'envoi d'un matériel considérable de caractères égyptologiques du roi de Prusse Guillaume^ depuis empereur d Allemagne. Hommage à la science qui rendait justice au génie de Tégyptologue chalonnais !
« Mais, disais-je un jour à Ghabas, à d^ï pareils travaux si dispendieux, à des reproductions aussi difBciles^ à la rémunération des fondeurs dea caractères, vous avez dû voir s'écouler une partie de votre fortune par les exigences de vos travaux, par ces sillons creusés dans le sol égyptologique! Non ! me répondit-il, en souriant. Ecartez de votre esprit cette préoccupation amicale. J'ajoute à tous les mérites que vous voulez bien me reconnaître celui d*ètre un bon comptable. Hé bien, je suis en avance de 17,000 fr. de recettes sur le chiffre des dépenses. Ge sont les savants étrangers, les universités étrangères, les sociétés scientifiques étrangères qui veulent, à tout prix, se procurer mes écrits et comme ils sont forcément d'un prix élevé, je rentre dans mes frais. G'est du reste le seul désir du père de famille. Ne pas écorner par mes publications le patrimoine de la famille, ne point en faire non plus un objet de spéculation. J'ai lu et médité la recherche de l'absolu de Balzac. Je ne serai point, ma femme, mes filles et mon cousin Albert peuvent en être sûrs, un Balthazar Glaës.
Ghabas, comme égyptologue éminent, avait été honoré à l'étranger, de distinctions flatteuses. Il était chevalier du Lion néerlandais, chevalier de l'Ordre national de Norwège de Saint-Olafy chevalier de l'Ordre de la couronne royale de Prusse, etc., etc. — 11 avait été élu membre de l'Académie néerlandaise d'Amsterdam, de l'Académie royale
de Belgique, de Tlnstitut égyptien d'Alexandrie, de Tinstitut de correspondance archéologique de Rome, de la Société royale de littérature de Londres, de la Société philosophique américaine de Philadelphie, de la Société des antiquaires de France, etc.... II était correspondant de rinstitut de France (académie des sciences et belles-lettres) et Chevalier de la Légion d'honneur.
Telle était Texistence du savant Ëgyptologue, telle était sa haute réputation.
Mais bientôt la nuit allait se faire sur cette belle intelligence. L'afTaiblissement graduel et ininterrompu des facultés mentales eut lieu avant la On de l'existence. Ahl sans doute, remploi de toutes les forces de Thommeest légitime et désirable même dans tous les travaux qui sollicitent son activité. Mais la nature interdit Tabus. L'outrance dans le travail, dans le travail intellectuel surtout, amène la perturbation dans les fonctions cérébrales.
Labor était la devise de Chabas. Oui, le labor improbus, le travail excessif, est puissant, plus puissant peut-être en dernier résultat que le génie ; il mène au succès, à la richesse^ à la renommée sans tache, même à la gloire tapageuse; mais le labor improbus tue, il tue avant le temps. Chabas, de constitution vigoureuse^ avait foi en des possibilités illimitées de travail intellectuel. Il abusa du travail, il est mort de cet abus. Vers 1878, ses forces déclinèrent rapidement. Les tendres soins de sa famille, de M™* Chabas surtout, prolongèrent son existence au delà des prévisions des médecins. Il expira le 19 mars 1882.
Ma jeune parente Clémentine Chabas, aujourd'hui M"« Alphonse Piquemal, m'écrivait le lendemain : « Je neveux pas qu'une simple lettre de part vous dise le terrible malheur qui vient de nous frapper. Mon pauvre père s'est éteint hier matin sans souffrances et sans se rendre compte de ses derniers moments : vous avez pu apprécier cette grande intelligence et ses qualités exceptionnelles. Aussi vous comprendrez l'immensité de la perte que nous venons de faire et le vide où nous allons nous trouver; depuis de longues années déjà, sa santé était fortement ébranlée;
mais les soins constants de ma pauvre mère nous le conservèrent malgré Tavis des docteurs qui l'avaient condamné depuis quatre ans. Il n a été alité que deux jours et s'est endormi doucement sans une plainte, sans un soupir... >
Il a été dit de Chabas son culte passionné de la science, la consécration de sa magnifique intelligence à des travaux qui ne pouvaient lui donner la renommée que dans un cercle restreint de savants, la généreuse abnégation avec laquelle il s'arrachait à ses études favorites pour donner quelques-unes de ses veilles à la défense des intérêts locaux de la ville de sa résidence. Il a été rappelé son amour pour la France, son ardent souci de sa grandeur et les douleurs patriotiques qui déchirèrent son âme au moment de nos revers. Il a été montré Tépoux dévoué, le père doux et tendre dans le cadre charmant de la famille.
Combien brillante et pure apparaît Timage de la scfence dans Tauréole que lui font le civisme courageux et fort de ses adeptes ainsi que leurs vertus actives soit au foyer domestique, soit dans la vie sociale !
J'ai été heureux de Tamitié de Chabas.
1. Note sur l'explication de deux groupes hiéroglyphiques. Chalon-sur-Saône, Dejussieu, 1855.
2. Une inscription historique du règne de Séti I (les inscriptions de Radesieh). Chalon-sur-Saône, Dejussieu. 185H.
3. De quelques textes hiéroglyphiques relatifs aux esprits possesseurs. Bulletin archéologique de VAthenœum, 1856.
4. Un Hymne à Osiris», traduit et expliqué. Revue archéologique, 1857.
5. Nouvelle explication d'une particule grammaticale de la langue égyptienne. Chalon-sur-Saône, Landa, 1858.
6. Le plus ancien livre du monde. Etude sur le papyrus Prisse. Revue archéologique, 1857.
7. Traduction et analyse de l'inscription dlbsamboul. Revue Archéologique, 1859.