‹ Biographie-bibliographie du BriançonnaisChapitre 26 sur 36 · Livre du Roi, t. 1, p · texte numérisé non relu

Livre du Roi, t. 1, p

Mémoire relatif à un rapport fait à l'Institut par M. Blanqui, le 25 novembre 1843, sur l'état économique des départements des Hautes et liasses- Alpes, de l'Isère et du Var, 1. l, p. 377-40(».

Rapport sur les archives du Briançonnais et notamment sur celles des vallées de Queyras et de Vallouise, t. 1. p. 433-458.

Mémoire sur les invasions des Sarrazins dans les contrées de la rive gauche du Rhône et plus particulièrement dans le Dauphiné et les Alpes (séance du 10 janv. 1847), t. 2, p. 210-30. 270-294, 410-439, 474-527, 800-838; - t. 3, p. Ul-Hfi.

Mémoire sur les animaux des Alpes (Voy. G.), t. 2, p. 775-798.

— ir»5 —

Mémoire sur les irrigations dans le Briançonnais, t. 5,

Un orage dans les Alpes Briançonnaises, t. 0 (I de la 2^ série), p. 414-419.

Les élections municipales dans le Brian(;onnais. t. G, (I, 2« série), p. 607-625.

Travaux publiés dans les deux volumes du CoYKjrès

scientifique de France ;

Coup d'œil sur la végétation des Alpes, considérée dans son rapport avec le climat.

Observations sur la hauteur de la ligne-limite des neiges perpétuelles dans les Alpes dauphinoises.

Discussion sur la géographie ancienne du Dauphiné, t. 2, p. MA,

Travaux publiés dans les cinq années de la Revue des

Alpes :

Un orage dans les Alpes Briançonnaises, n» 47, 22 mai

Les Alpes dauphinoises, leur description pittoresque, leur climatologie, leur végétation et leur flore^ leur faune.

Les anciennes élections municipales dans le Briançonnais.

FAURE Louis-Etienne.

Louis-Etienne Faure est né à Briançon, le 20 août 1759. Son père, Nicolas Faure, originaire de Cervières, était notaire royal à Briançon. Suivant raflirmation de Tun de ses neveux, Louis-Etienne Faure fit ses études en vue d'entrer dans les ordres. Quoi qu'il en soit de ces premières visées et d'un commencement d'exécution, on trouve Faure tout acquis aux principes de la Révolution dès les premières manifestations de l'esprit public. 11 figure dans les conseils de la commune de Briançon quelle qu'en soit la dénomination, ainsi que dans l'administration centrale du département. En 1803, il est membre du conseil d'arrondissement

pour Briançon ainsi désigné : Faure, ex-commissaire du département. On le voit candidat au Corps législatif ensuite de la désignation votative de ses compatriotes.

Au commencement de TEmpire, Faure fut nommé receveur des droits réunis à Briançon.

Mais ces fonctions, d'ailleurs convenablement rétribuées, ne pouvaient suflire à l'activité d'esprit de Faure. De politique, il n'était plus question sous Tère impériale. Il trouva dans l'étude théorique de l'agriculture et dans des essais pratiques bien vite fort étendus, l'emploi des loisirs que lui laissait sa charge et la direction de travaux de sa prédilection. Faure aimait la campagne avec passion. On trouve dans bien des pages de ses publications, même dans celles de la dernière heure, la sincère expression de cet amour des champs, des forêts, des troupeaux.

Le rêve d'une existence champêtre de bien naturelle hantise pendant les orages de la Révolution, prenant corps et espoir de réalisation dans des jours plus paisibles, ne fut peut-être tout d'abord qu'une vague aspiration d'un adepte du culte de Sylvain, méditant les délicieuses cpitres d'Horace, du voluptueux assagi et blasé, amoureux de solitude, pris par le charme de la vie pour soi et le dédain de toute mondanité. Furent sans doute méditées et goûtées par le penseur Briançonnais, les épitresà Quintius, ad villi' cum suum^ à Fuscus Aristius; il dut dire dans la franchise et Tardeur de son penchant vers les beautés de la nature :

Ego laudo ruris amœni

Rivos et muf^co circumlita saxa, nemus que.

Quoi qu'il en soit, Tamateur de la campagne ne tarda pas à donner une direction plus active, plus pratique k ses goûts champêtres. Il devint un lecteur de Quesnay, du Marquis de Mirabaud, de tous les physiocrates; il fut à la fois, économiste et agriculteur.

Les idées du temps étaient du reste aux préoccupations de cette nature; Dellile, tant décrié depuis par des critiques superficiels et ignorants, ciseleurs de phrases creuses, Dellile était lu dans ses traductions et dans les œuvres de

son inspiration personnelle, toutes imprégnées de Tamour des champs.

Dans ce camp des publicistes agricoles, la guerre fut

déclarée à la routine quant aux procédés culturaux, quant

à rouiillage, quant à la substance et à la préparation des

fumures et à leur adaptation aux diverses espèces de

produits, quant à Télève et au choix du bétail. Des revues

agricoles virent le jour à Paris, à Genève, à Milan, etc.

Un journal d'agriculture s'était fondé à Gap sur Tinitiative

et sous les auspices du préfet Ladoucette. Etienne Faure

fut au premier rang des rédacteurs. Il fut le plus résolu

parmi les hommes qui voulurent, dans notre région des

Alpes dauphinoises , mettre en pratique les nouvelles

théories. Il acheta des terres, appliqua, non sans succès, à

leur exploitation les procédés de culture préconisés par les

novateurs. Il s'adonna surtout à Télève des mérinos. Cette

espèce de la race ovine introduite en Espagne par les

Arabes et plus tard dans le Roussillon et le Béarn, fut à la

fin du siècle passé et au commencement de celui-ci, l'objet

de nombreuses tentatives d'acclimatation, sur presque

tous les points du territoire français. Pozzo di Borgo l'a

fait pour la Corse en 1824.

Faure eut dès lors pour lecture assidue le Manuel pastoral de MM. de Grandmaison et Dumond, propriétaires du troupeau de mérinos d'Epluchés près Pontoise. Il eut, lui aussi, son troupeau de mérinos. La lettre suivante dit ses dispositions d'esprit et ses espérances d'agriculteur et d'éleveur.

« A Monsieur Charles Pictet, l'un des rédacteurs de la Bibliothèque Britan, à Genève.

a Entraîné par instinct, par goût, par la force des événements vers les champs, j'en ai préconisé les jouissances solides et inexprimables, et m'estime heureux de m'étre nourri de vos préceptes sur ce premier des arts, et à votre exemple de m'attacher à en connaître les ressources inépuisables

a Placé sur une des pentes au midi des Alpes cottiennes,

dans le fertile vallon du Briançonnais (Hautes- A Ipesl. je me suis livré depuis huit à dix ans (malgré Tàpretc du climat, les préjugés, les habitudes les plus ridicules en agriculture) à faire quelques expériences qui, en résultat m'ont procuré des moyens certains d'instruction et des profits réels.

« Dans le principe de mon établissement rural, j'ai cru indispensable de m'associer pour compagnons et soutiens de mes travaux, une centaine de mérinos, qui prospèrent à souhait, et pour Tentretien desquels j'ai dû m'occuper de suite des moyens d'obtenir la quantité et la qualité de plantes fourrageuses les plus convenables à la prospérité et à la santé de mon troupeau naissant. « Briançon, 21 février 1811. »

En 1803, Faure avait commencé à faire élever, en pleine forêt, sur les pentes de la montagne de Pierre-Ayrault, territoire du Villard-St-Pancrace, le chalet du Lauzin. i^es travaux dirigés par Faure lui-même, exécutés par unnommé Welf, entrepreneur intelligent, étaient terminés en 1807. Le choix de remplacement témoignait d'un discernement très sûr des avantages qu'il otTrait à tous les points de vue, et du goût parfait de l'architecte.

Le Lauzin est un lieu de charme empoignant; séjour donnant un avant -goût de ces existences sidérales rêvées par Flammarion, une symphonie pastorale où chantent la forêt avec ses bruissements divers, la fontaine aux flots abondants et limpides, la clochette des troupeaux paissant sur les pentes voisines, le suave gazouillement du tarin et du venturon, la pelouse parfumée, les brises légères, les pans du ciel bleu coupés par les accidents forestiers de la clairière et les nuages floconneux frangés d'argent cheminant sur les sommités dentelées de l'horizon. Le Lauzin est un lieu à enchantement et ce qu'on peut en dire reste audessous de la vérité.

Là, Faure a passé quelques heureux jours. Là, il installa ses chers mérinos dans une longue étable joignant la ferme. Disons tout de suite que Faure donna trop d'extension

à ses entreprises agricoles et pastorales. Il avait, en outre du Lauzin, établi un parc de moutons aux chalets des Fonds, il l'extrémité de la plaine du Bourget, commune de Gervières, et construit une ferme avec bergerie à Sainte- Catherine, au confluent de la Durance et de la Guizane.

La direction et la surveillance de ces établissements éloignés les uns des autres étaient singulièrement diŒcultueuses sinon impossibles. Là où Toeil du maître ne pénètre pas, tout périclite, c'est une vérité pratique qui ne soufTre presque pas d'exception.

La situation de Faure ne tarda pas à être embarrassée, et 1814 vit l'effondrement de sa fortune. Il avait compromis celle de son frère consanguin, Louis Faure, avoué près le Tribunal de Briançon, homme généreux, qui porta la peine d'un dévouement fraternel trop aveugle.

En 1814, Faure fut destitué de son emploi de receveur des droits réunis. Au retour de Bonaparte, il fut réintégré dans son emploi et nommé, au mois de mai 1815, membre de la chambre des représentants, parle collège électoral de l'arrondissement de Briançon, par 56 voix sur 68 votants, contre 12 données à M. Delphin. major du génie.

Faure garda le silence au sein de la Chambre des représentants jusqu'à la séance du 30 juin, où il soumit à la Chambre un projet de délibération tendant à déclarer aux puissances qu'il n'y aurait point de traité avec elles, sans ^exclusion formelle des Bourbons. Il lut à la tribune, au milieu des murmures, une opinion dans laquelle il concluait, dit la Biographie des hommes vivants, pour que le drapeau tricolore avec l'aigle fut déclaré le drapeau de la nation. Le lendemain, il fît imprimer ce discours, dont nous ne citerons que les passages suivants :

« Que veut-on donc! Ouvrir la porte aux Bourbons, jeter ainsi parmi vous tous les ferments des discordes civiles. Ce système anarchique est allé bien plus loin : ici, comme à Mont-Saint-Jean, on crie à la trahison; on annonce que tout est perdu, que la représentation nationale a proclamé Louis XVIII : tout Paris est imbu de ce cri mensonger et funeste. On vous dit que le ministère de ce prétendu roi

est nommé, que des lettres closes sont émises pour convoquer les derniers députés au Corps législatif; vous ne seriez donc plus, vous représentants du peuple, que des factieux, des séditieux? L'opinion publique attend de vous une déclaration franche, décidée et énergique, contre le retour du comte de Lille, même avec des conditions qui seraient nécessairement illusoires. Ce n'est pas avoir assez fait que de reconnaître Napoléon II; il faut attaquer les droits soidisant légitimes des Bourbons, au moment décisif. . . Et la Chambre des représentants hésiterait à dire que les champs de Fleurus et de Mont-Saint-Jean ont élevé entre ses princes et nous une barrière éternelle! La nation et Tarmée réclament l'expression de vos sentiments. Tel est mon vœu, celui de mes collègues des députations dauphinoises. C'est en leur nom et au mien que j'en dcm.inde acte à la Chambre. »

Inutile d'ajouter que la Chambre ne tint aucun compte de la motion du député Briançonnais.

Faure rentra dès lors dans la vie privée, destitué une deuxième fois par le régime nouveau, de son emploi, il demanda ses moyens d'existence à son instruction étendue et variée, à sa plume exercée. Il rédigea, pour les revues et les journaux d'agriculture et d'économie politique, d'innombrables articles. Il vécut ainsi honorablement jusqu'en 1830. Il lui fut équitablement accordé alors en sa qualité d'ancien fonctionnaire des droits réunis, un bureau de tabac de produit assez notable. Louis Faure vécut alors d'une existence tranquille, possédant le choix de ses travaux littéraires et les ressources nécessaires pour leur publication.

En 1843, à l'âge de 84 ans, il publia son livre : Aperçus philosophiques, qu'il faut lire ainsi que celui sur la Révolution de 1830, pour se rendre compte de la haute valeur de ce Briançonnais si peu connu et digne de l'être.

De son livre, Aperçus philosophiques, nous détachons le passage suivant :

« Entraîné de bonne heure par instinct et par goût vers les champs et la solitude, à cet âge où il est salutaire d'etTacer sa personne derrière ses souvenirs, entièrement

livré à la retraite, afin de concentrer, de fortifier toutes les facultés de notre âme, éloigné des hommes et de leurs passions, des afTaires et de leurs ennuis, nous nous sommes exclusivement occupé de la science chérie de la nature, comme principe de toute sagesse et de toute vérité.

«( Là, loin du mouvement général, paisiblement assis, au bout de notre carrière, n'ayant plus que quelques heures pour nous rappeler et observer Tespace que nous avons parcouru; à Tabri du tumulte du monde et des passions qui s'agitent, séparé de cette cruelle et insidieuse politique, de cette police envahissante, qui corrompent, trompent, torturent tout ce qu'elles touchent, jusques aux libertés publiques et particulières, persuadé que le vrai bonheur nait du calme de Tâme, et que Tabsence des pensées ambitieuses est la première condition du repos de la vie, nous nous sommes livré avec abandon à quelques recherches philosophiques. »

Louis-Etienne Faure est décédé à Paris, le 2 novembre 1850, à Tâge de 91 ans. Deux de ses neveux, Briançonnais aussi^ fils de Louis Faure, ont occupé de hautes positions. Aimé Faure a été un des avocats distingués du barreau de Marseille et successivement juge au Tribunal. Jules Paure a été inspecteur divisionnaire des télégraphes.

Le Berger des Alpes, ou manière d'élever, de propager les bêtes à laine, mérinos, etc., et la race indigène dans le département des Hautes-Alpes, par L.-E. Faure, propriétaire-cultivateur, à Briançon. (Epigraphe : « Les brebis ont des pieds d'or, et partout où elles les placent, la terre devient or. » Paris, Fantin, libraire, 1807, in-16, 104 p.)

Mémoire sur les prairies artificielles, a Point de culture sans engrais, point d'engrais sans prairies artificielles. » par L.-E. Faure, propriétaire-cultivateur à Briançon.

Gap, Allier, imprimeur, sans date, in-8°, 23 p.

Lettre à M. Charles Pictet.

Briançon (Hautes-Alpes), ce 21 février 1811, 8 p. (Journal d'agriculture des Hautes- Alpes).

Article nécrologique sur Tabbé Rey, vicaire de Fortvillc, dans le Journal d'agriculture des Hautes-Alpes, t. 8, p. 319.

Mémoire sur les prairies artificielles, par L.-E. Faure, Paris, Pantin, 1814, in-S», 30 p. (Reproduction à peu près complète de la !'• édition.)

Statistique rurale et industrielle de Tarrondissement de Briançon, département des Hautes-Alpes, par M. Faure aîné, membre correspondant du Conseil général d'agriculture et de la Société royale et centrale de Paris.

Gap, Allier, imprimeur, 1823, in-8o, 116 p. (Imprimé aux frais du Ministère de l'intérieur). — Voir les leUres de la préface.

De la Révolution française, son origine, ses causes, ses progrès, ses abus, ses vicissitudes et ses résultats obligés, ou Tœuvre de juillet 1789, couronnée et accomplie par celle de juillet 1830, par L.-E. Faure, ancien député, membre de la Légion d'honneur. Paris, Delaunay et Dentu, in-8», 1831, 201 p.

Aperçus philosophiques sur le monde physique et sur le monde intellectuel et moral servant d'introduction à un grand ouvrage sur ces matières, par M. Faure, ancien député.

Paris, Garilian-Gœury et Dalmon, 1843, in-8^ 167 p.

FAURE Alfted.

Alfred Faure, député du Rhône, est né à Briançon, le 21 août 1850, pendant un court séjour que sa mère y fit dans le cours de cette année. Son père, François-Honoré Faure, natif de la commune de l'Argentière, avait été pâtissier à Briançon. Appelé, vers 1843, à Oran, par son frère, capitaine du génie, qui y était en garnison et qui lui garantissait l'acquisition d'une rapide fortune en Algérie dans le commerce ou l'industrie, il se rendit à cette invitation, se fixa à Oran où il fit une fortune considérable dans un commerce de ferronnerie qu'il étendit jusqu'à créer une importante succursale à Sidi-Bel-Abbès.

Alfred Faure, ses études universitaires terminées, isuivit les cours des facultés des sciences et de médecine de

Montpellier. Il accepta, cédant, en ce, à son irrésistible entraînement vers les sciences naturelles, les fonctions modestes d'aide-botaniste au jardin des plantes de cette ville. Durant le cours de ses études, le jeune savant, pour poursuivre le résultat d'explorations fructueuses, fit de nombreux voyages, que les larges allocations mensuelles d'un père très tendre et très libéral, lui rendirent faciles. Ces pérégrinations scientifiques ouvrirent à son esprit chercheur de nouveaux et larges horizons. Ses publications dans les revues spéciales conquirent à son nom de la notoriété.

En 1878, des chaires de botanique et de zoologie, ayant été créées dans les écoles vétérinaires, Alfred Faure,' à la suite d'un brillant concours, obtint la chaire de Lyon. Fixé désormais dans la grande cité, le jeune professeur qui est en même temps un homme spirituel, appela bientôt l'attention publique sur son enseignement plein d'aperçus originaux, très documenté du reste pour les faits et les observations.

En 1884, il fut élu membre du Conseil municipal de Lyon, et dans l'organisation du personnel dirigeant de Texposition universelle de 1894, il fut appelé à la présidence du groupe X (agriculture, horticulture, viticulture) et nommé par ses collègues secrétaire du comité supérieur consultatif de Fexposition.

La mort du regretté Burdeau, l'homme d'Etat dans lequel la France républicaine avait placé de si hautes espérances, ayant donné lieu à la vacance d'un siège dans la députation du Rhône, Alfred Faure se vit l'objet de la distinction la plus flatteuse de la part de l'un des collèges électoraux de la seconde ville de France. Il a été élu député, en février 1895, en remplacement de Burdeau. Ses amis s'attendent à ce qu'il se montrera digne par la rectitude de sa conduite politique et son talent, de la succession du grand citoyen dont il occupe le siège.

FERRUS Guillaume-Laurent.

Guillaume-Laurent Ferrus, fils de Jean Ferrus, avocat

au parlement, exerçant près le baillage, est né à Briançon, le 10 août 1753.

La famille Ferrus était, dans le xvi^" siècle, établie à Savillan (Italie). Une de ses branches s'établit à Oulx d'où quelques-uns de ses membres se fixèrent soit à Briançon, soit au Puy-St-André. Les premiers acquirent de bonne heure le droit de combourgeoisie dans la ville. Ceux de Puy-St-André qualifiés d'abord d'hostes de la ville, y obtinrent aussi plus tard la qualité de combourgeois. Parmi ces derniers, André Ferrus, fils de Laurent, est mort à Puy-St-André en 1657, debtenu dans son lit par vieillesse et caducité. Son frère aîné Guillaume fut le membre de la famille qui se fixa, paraît-il, le premier à Briançon. La famille s'étendit en nombre et en importance locale. Les Ferrus se consacrèrent presque tous à des professions libérales : médecins, avocats, procureurs, notaires, militaires, ou ils occupèrent des fonctions dans les diverses branches de Tadministration des [finances ou de judicature. Gomme d'autres compatriotes de la bourgeoisie, ils furent consuls, échevins, maires de la ville de Briançon.

Jean Ferrus était, en 1772, maire de Briançon.

Claude Ferrus était médecin de l'hôpital militaire en 1774. Il mourut en 1782 à l'âge de 99 ans.

Son arrière-petit-fils Victor Ferrus, mort il y a quelques années, était médecin principal des hôpitaux d'Alger. En 1843, il vint à Briançon avec Vincent Chabas, le capitaine Manchot, père de l'égyptologue français Chabas. Ils furent accueillis hospitalièrement dans notre maison à mas de Biais.

Guillaume Ferrus, décédé le 20 février 1763, à 80 ans,était médecin aussi à {Briançon. Ferrus dit la Botte exerçait aussi la médecine à la fin du xvin* siècle. Tous les trois étaient de la même famille.

On voit que la médecine était, en quelque sorte, la profession héréditaire dans la famille Ferrus. Le fils de ravocat Guillaume-Laurent Ferrus devait être lui aussi médecin. 11 fut un médecin^célèbre.

Guillaume-Laurent Ferrus qui avait acquis, dans sa ville natale, considération et fortune, fut maire de Briançon en

1790. Le 29 août 1791, il fut élu député des Hautes- Alpes à la Législative par 130 voix sur 217 sutTrages exprimés.

A la fin de sa législature, Ferrus regagna ses foyers. Il se livra à des opérations de commerce qui eurent pour résultat, ayant été payé en assignats, pour des fournitures de guerre, la déperdition presque totale de sa fortune.

L un de ses frères, Thomas Ferrus, fît la campagne d'Egypte. Il devint capitaine et fut commandant du fort des Tètes à Briançon; un autre frère, Guillaume Ferrus, fut receveur des gabelles au Ghàteau-Queyras.

Guillaume-Laurent Ferrus est décédé le 3 juin 1815.

FERRUS Jean-Joseph.

Jean-Joseph Ferrus, fils aîné de Guillaume-Laurent Ferrus, est né à Briançon, le 27 mars 1776. Il entra le 16 mars 1794 comme élève sous-lieulenant à l'Ecole du génie. (Cette école se fondit l'année suivante dans l'organisation de TEcole polytechnique.) Le 13 novembre de la même année, il était promu au grade de lieutenant, et le 21 mars suivant à celui de capitaine, au siège de Maëstricht, âgé de 19 ans seulement. Il servit en Italie avec distinction et suivit le général Bonaparte en Egypte. Il y mérita l'estime du général en chef et celle des autres généraux. Ses talents et sa bravoure s'étaient manifestés en toute occasion avec éclat. Ferrus soutint avec toute la conviction de son âme et toute l'impétuosité de son caractère, que St-Jean-d' Acre ne pouvait être emporté de vive force : cet avis partagé par plusieurs officiers d'un grand mérite, par le général Lannes entre autres, ne fut pas écouté. Ferrus fut blessé deux fois dans la tranchée et peu après attaqué de la peste. Le résultat du siège fut tel que Ferrus l'avait prédit. Le général en chef envoya le colonel Bessière au capitaine Ferrus^ pour lui dire qu'il n'avait su la vérité entière que par lui, et qu'il le nommait chef de bataillon en récompense de ses talents et de sa franchise. Mais Ferrus ne put jouir de cette distinction, il mourut à GaïfTa le l'»" prairial, an vu, emportant avec lui l'estime du général Bonaparte, et l'amitié de ses camarades. 11 fut commandant à 23 ans !

FERRUS Guillaume (Le J}^).

Guillaume-Marie-André Ferrus, second fils de Guillaume- Laurent Ferrus, est né le 2 septembre 1784, au Glos-du-Rif près le Ghâteau-Queyras. A sa naissance, sa mère, Magdeleine Fantin, y était en villégiature chez son beau-frère Guillaume Ferrus, receveur des gabelles pour le Queyras.

Le jeune Ferrus reçut à Briançon l'instruction que les établissements scolaires de la ville pouvaient donner à cette époque.

A l'âge de 13 ans, l'oncle maternel du jeune écolier, André Fantin, chirurgien en chef de l'hôpital militaire de Briançon, le prit avec lui, se chargea de son éducation et de son avenir. Le docteur André Fantin destina son neveu à la carrière qu'il parcourait lui-même avec distinction.

Dès cet âge si tendre, l'enfant fut soumis à une discipline de fer, à assister à l'amphithéâtre comme aide, à toutes opérations chirurgicales ; il dut se livrer à des travaux de dissection et d'anatomie, travaux répugnants qui exigent de ceux qui s'y livrent une force de volonté que Ton ne rencontre d'ordinaire que dans l'âge viril. Le rude professeur qui constatait avec satisfaction l'intelligence supérieure et la fermeté de caractère de son élève ne lui fit grâce d'aucun elTort pénible, d'aucune des épreuves de la profession.

Si l'éducation médicale fut poursuivie ainsi, avec une froide détermination de la part d'un professeur, au fond, rempli de tendresse, les progrès de l'élève, ses connaissances pratiques, sa précoce habileté d'opérateur, répondirent au delà de toute prévision à l'attente du docteur Fantin qui rêvait pour ce neveu si bien doué, succès et célébrité, et qui ne s'épargnait point pour lui préparer les voies dans la carrière qu'il lui avait ouverte.

Après quatre années de stage à Briançon en qualité d'élève oiïicier de santé, Ferrus partit pour Paris en 1799 pour y continuer ses études médicales. Le 15 mai 1805, il était en possession du diplôme de docteur en médecine. La même année, il fut nommé, à 21 ans, chirurgien à l'ambulance de

la garde impériale (vélites des chasseurs à cheval). Promu le 25 septembre 1808 chirurgien- major, il fut décoré de la Légion d'honneur de la main même de TEmpereur à Wagram, en 1809, pour action d'éclat.

Dès le jour de son entrée dans la chirurgie militaire, Ferrus avait été constamment sur les champs de bataille, àAusterlitz» à Eylau (1807), en Espagne (1808) à Wagram, 2« campagne d'Autriche (1809), en Russie (1812), en Hollande (1813). Partout faisant acte de bravoure, de sang-froid et d'habileté professionnelle.

Il dut à ces brillantes et solides qualités les témoignages de Testime et de l'attachement deCorvisart. Retraité comme chirurgien-major le 4 janvier 1815, il reprit du service pendant les Cent Jours et assista à la bataille de Waterloo. Ce fut là le dernier acte de sa carrière médicale dans le service militaire.

Rentré dans la vie civile, le docteur Ferrus, mu par une impulsion de cause inconnue, persuadé dans tous les cas, que le progrès des sciences tient surtout à la spécialisation dans les travaux, s'adonna tout entier à l'étude de l'aliénation mentale. Cette tendance et ce choix peuvent paraître étranges de la part d un chirurgien. Ces deux sortes d'études et de pratiques semblent être aux antipodes de la science médicale. Le chirurgien constate, sans grande difficulté, les lésions d'un organe et leur gravité. Il a le plus souvent sous les yeux, un corps tangible, sondable, pénétrable en un mot; le médecin aliéniste, lui, ne se préoccupe que secondairement de l'aflection physique apparente, il a affaire surtout à là pensée, à l'intelligence; il doit cheminer en physiologiste, en psychologue, autant qu'en pathologiste dans les régions vagues, douteuses, le plus souvent inaccessibles du cerveau, tâche hérissée de difficultés, semée d'écueils et comportant cependant les plus redoutables responsabilités.

Les travaux de Pinel, d'Esquirol, de Fodéré avaient sans doute vivement excité l'attention du docteur Ferrus et son émulation. Il devint leur égal, sinon leur supérieur. Intelligence au plus haut point déliée et toujours en éveil,

disposilion nalurelle à l'observation, répulsion pour les conceptions à priori, pour les théories hypothétiques, amour de la vérité dans la constatation des faits, de la clarté dans les déductions, telles étaient les armes de trempe supérieure de Ferrus dans ce nouveau combat livré à la maladie.

Il conquit bientôt dans le monde savant aliéniste une réelle autorité.

Médecin adjoint de Pinel à l'hospice de la Salpétrière en 1819, associé résidant de TAcadémie de médecine en 1823. Ferrus, nommé médecin à Bicêtre (division des aliénés}, le 18 février 1826, est envoyé la même année, en mission en Angleterre pour étudier la question des aliénés. Il se marie la môme année avec la fille du baron Dubois, veuve de Bcclard. Il est médecin consultant du Roi le 18 mai 1832 et membre du conseil supérieur de santé le 28 janvier 1833.

Le l'"' octol)re 1835,1e docteur Ferrus occupe le point culminant de la hiérarchie dans la médecine aliéniste. A cette date, il est nommé inspecteur général de tous les établissements d'aliénés de France.

Le moment était venu où le docteur Ferrus allait donner encore d'éclatantes preuves de sa supériorité d'esprit et de rétendue de ses connaissances; nous voulons parler de sa large participation à l'élaboration de la loi du 30 juin 1838 sur les aliénés.

On le sait, rien de plus disparate, de plus cruel que les procédés dont on usait envers les aliénés avant l'application de cette loi, à la fois protectrice du malheureux aliéné, de la famille et de la société. L'incurie ou les mesures barbares de répression, de prétendue sauvegarde de la sécurité publique, marquaient en général les agissements des administrations locales et des foules vis-à-vis de ces infortunés : on les voyait partout, même dans les centres importants de population, couchés sur la paille souillée d'immondices, abandonnés aux mauvais traitements de gardiens brutaux, mourant de faim, ou bien errant dans les campagnes, à moitié nus sous de sordides haillons, jouet d'une populace grossière et sans pitié. S'ils se por-

(aient, dans les écarts dus à la folie, à quelques sévices, ils étaient plongés dans les prisons au milieu des criminels ies plus infâmes ou relégués dans des cachots humides, pourvoyeurs certains de la mort.

Un tel état de choses offensait à la fois la morale et la justice. Il était indigne d'un peuple civilisé. La France pouvait à ce sujet recevoir des enseignements de TAngleterre, des Etats-Unis, des états du Sud-Amérique^ du Brésil entre autres.

Il fallait à tout prix régulariser cette situation désordonnée, humaniser les procédés envers Taliéné; protéger la société et la famille contre lui ; le protéger contre lui-même, contre la famille et la société; assurer au malheureux si digne de pitié des soins susceptibles de guérir un mal, en bien des cas, curable, d'atténuer ceux d*une affection irrémédiable; les publicistes, les médecins, les magistrats, la presse, organe de Topinion publique, et les vives réclamations des familles réclamaient du Gouvernement et des Chambres une loi qui fût en harmonie avec ies principes de l'humanité, et qui fit cesser les monstruosités jusque-là signalées.

Un projet de loi préparé par le (ionseil d'état fut présenté en 1837 à la Chambre des députés par M. de Gasparin, ministre de l'intérieur. Il n'entre pas dans le cadre étroit de cette notice biographique le dessein de rappeler les diverses phases réservées d'ailleurs à l'histoire des institutions administratives, des délibérations et discussions parlementaires qui suivirent: ce que nous voulons retenir, c'est que Ferrus eut un rôle prépondérant dans la préparation de la loi, qu'il fut l'inspirateur de ses plus sages dispositions; que MM. de Gasparin et Vivien, rapporteur du projet de loi, eurent en lui un collaborateur anonyme dont l'expérience et la parfaite connaissance de la matière, les mirent à même d'éclairer les Chambres et malgré l'adoption de quelques amendements, d'obtenir un vote sur les principales dispositions du projet de loi. Le nom de Ferrus eutdû, en toute justice, être attaché à cette œuvre législative qui était surtout sienne. La loi du 30 juin 1839 aurait dû être appelée l& loi

FerruSy comme on a dénommé plus tard loi Bérenger un acte législatif de bien moindre importance et de contestable utilité.

Ainsi que Pinel et Ësquirol, le D"" Ferrus estimait que la rigueur et la compression, loin de réduire TafTection mentale ou d'en calmer les transports, ne faisaient que Taccroître et la rendre incurable ; il avait la conviction puisée dans l'enseignement d'une longue expérience, que la douceur, la bonté, le raisonnement unis à la fermeté, devaient être la plus judicieuse et la plus eiïicace méthode de traitement.

Ces idées à la fois pratiques et généreuses^ furent, à un moment donné, vivement attaquées.

L'un des successeurs de Ferrus à Bicêtre, le D' Leurret, rompit en visière avec les doctrines de Ferrus^ son maître.

Il soutint dans la Gazette médicale que le traitement efficace envers l'aliéné comportait comme moyens d'action, l'intimidation, la crainte, la terreur, la force; contre cette théorie de la violence s'élevèrent les disciples de Pinel. d'Esquirol, de Ferrus, de Falret, de Voisin; Leurret avait été acerbe et violent à l'encontre de son maître, à lui si grandement supérieur et qui dédaigna ces attaques ; mais l'un de ses élèves, son compatriote, le Briançonnais Eugène Billod prit à partie le D** Leurret et la statistique des asiles d'aliénés à la main, démontra lïnanité et la barbarie des procédés violents. La victoire demeura à la doctrine qui proclamait le devoir du respect, autant que possible, de la personnalité humaine, la nécessité de la patience, du dévouement et de l'abnégation en face de la plus grande des infortunes.

C'est dans les agissements des partisans de ijcurret qu'un éminent écrivain, poh'^mîste ardent, Yves Guyot, a puisé les arguments de sa critique contre la loi de 1838. Son livre, Un fou, qui dénonce les tortures réservées à une malheureuse victime d'un scélérat complot de famille et de l'inconsciente participation de deux médecins au crime, est écrit avec feu, avec crudité dans la terminologie scientifique, avec un accent terrible de protestation. On dirait d'une page déchirée de ÏInferno, L'infortuné, sain d'esprit,

condamné au nom de la sécurité publique et de la science, subit un supplice sans nom. Sur les traits du médecin directetir aussi bien que sur la face ignoble du gardien brutal, il lit clairement le Lasciate ogui speranza,

« Vous vous êtes plaint de moi, lui dit le garçon en entrant dans sa chambre. Vous avez voulu me faire perdre ma place. N'y revenez jamais. J'en ai dompté de plus forts que vous. Entendez-vous, hein I lui dit-il en le prenant par les bras et en lui donnant le coup de genou classique dans les reins. Vous comprenez n'est-ce pas, hein ! continua-t-il en redoublant... tu n'es pas plus fou que moi, c'est ce qull y a de drôle, mais tout le monde croit que tu es fou, excepté moi. Et maintenant, sois calme, si tu dis un mot de ce qui vient de se passer, le docteur verra bien que c'est un accès. . . tu auras une solide ration de douche avec camisole et cellule au bout. C'est moi qui te le promets. L'ignoble garçon lâcha Labat après avoir ponctué sa recommandation d'un dernier coup de genou dans le dos et Labat tomba accablé sur son lit. . . Je suis à la discrétion de ce misérable. . . Le prisonnier, au moins, peut se plaindre de son gardien; le fou n'est pas cru s'il dénonce le sien. »

L'opuscule de M. Yves (iuyot a été composé dans les conditions ordinaires d'un récit dramatique dans lequel les faits imaginaires tendent tous à la production d'un effet voulu, telles sont par exemple la cécité intellectuelle et la dure indifférence des médecins, telle la cruauté bestiale du gardien^ à dessein exagérées. Certaines des affirmations du livre peuvent être fondées et elles sont la condamnation du système Leurret. Mais quand on étudie de près les dispositions de la loi de 1838, on reconnaît que le législateur a prévu et réglé ce qu'il était humainement possible de prévoir et de réglementer en vue des divers intérêts à sauvegarder. Un édifice quelque solide, quelque monumental qu'il soit et approprié à sa destination, offre quelque part aux regards attentifs, quelque fissure par où se révèlent Virnparfait et le périssable, inhérents à toutes les œuvres de l'homme.

La science aliéniste de Ferrus^ sa droiture et son intentionnelle philanthropie ne sont point atteintes par ces critiques qui visent plutôt une défectueuse application que les prévisions et les commandements du texte de la loi de 1838.

Le 4 juin 1845, le ministre Duchatel adjoignit à Tinspection générale des asiles d'aliénés, celle des maisons centrales de détention. L'un des amis du docteur Fernis a eu raison de dire qu'il s'imposait par sa valeur personnelle et que d'emblée, il dominait toutes les situations.

Il était membre de TAcadémie de médecine de Belgique, de celle de Milan, membre fondateur de la Société médicopsychologique de Paris.

Le docteur Ferrus fut promu, le 9 février 1859, commandeur de la Légion d'honneur.

Il est mort le 23 mars 1861. Un éloge du docteur Ferrus a été lu le 27 mai 1878 à la Sociéjté médico-psychologique par le secrétaire général de la Société, le docteur A. Motet.

M. André Ferrus, ofîicier de cavalerie en retraite et commandant d'un bataillon de mobiles en 1870, assistait à la réunion de la Société. Homme d'esprit et de cœur, M. André Ferrus se distingue par une exquise courtoisie et par l'élévation des sentiments. Adorant la mémoire de son père, ce fut avec un sentiment de joie profond qu'il écouta le magnifique éloge, œuvre du docteur Motet.

Nous extrayons de cet éloquent panégyrique quelques traits de la vie de Ferrus qui mettent en lumière son haut mérite et son noble caractère.

ff A Eylau, il se distingua par un acte de courageux dévouement. Son général, dans une charge, est renversé de cheval et grièvement blessé. Il était tombé au pied des Russes, immobiles sous la discipline qui leur défendait d'avancer. Ils criblaient de coups de bayonnette le général qui ne pouvait se relever. Ferrus l'aperçoit, il agite son mouchoir blanc et sans souci du danger, il s'avance, enlève son général et après l'avoir arraché à une mort certaine, immédiate^ il le panse et il a le bonheur de le guérir —

« D'une physionomie intelligente et vive, d'une exquise urbanité, Ferrus était un des hommes les plus séduisants

qu'on put rencontrer. Il aimait à causer, et mêlé aux événements d'une époque particulièrement tourmentée, sa causerie fine, alerte, était émaillée de piquants détails sur les hommes et sur les choses. Il avait beaucoup vu, et servi par une remarquable mémoire, par un jugement droit et sûr, il savait^ d*un mot, caractériser une situation. Son cœur honnête et bon ne connaissait point Tenvie ; tout ce qu'il avait fait, il le disait simplement. Il était Tami des hommes les plus illustres ; il marchait de pair avec eux et jamais il n'en conçut d'orgueil. . .

a Ferrus avait été un fîls dévoué ; il avait en réserve des trésors de tendresse ; il les dépensait largement ; aussitôt qu'il fut rentré dans la vie civile et que son existence matérielle fut assurée, il fit venir auprès de lui toute sa famille, sa grand'mère, sa tante veuve André Fantin, son jeune frère; il était heureux du bien qu'il répandait autour de lui. B

Le D' Ferrus a écrit sur Gorvisart une notice historique d'un style sobre, grave et lumineux. Certaines de ses appréciations sur son maître et ami, s'appliquent à luimême, celle-ci entre toutes :

« Où paraissait Gorvisart, disait-il, la médecine était en honneur. . . les égards, le respect l'entouraient : son exem* pie prouvait combien la considération, obtenue par l'estime et de pénibles travaux, est au-dessus de celle que peuvent donner la naissance, la fortune et le hasard. »

Nous avons dit, au début de cet essai biographique, raffection paternelle du D' André Fantin pour son neveu Guilllaume Ferrus; nous finirons en rappelant un des témoignages de gratitude de Ferrus pour la mémoire vénérée de son oncle.

On voit à l'église de Bardonnèche, dans une chapelle latérale de droite une plaque en marbre noir portant Tinscription suivante :

Gi-git dans le tombeau des familles

Desgeneys et Agnès

le corps de très honorable Antoine- André Fantin, docteur

en médecine [et chirurgien en chef de l'hôpital militaire

de Briançon,né au Ghâteau-Queyras (France), le 10 novembre 1753, décédé à Bardonnèche, lie 9 septembre 1806. Son neveu G.-M.-A. Ferrus, médecin consultant du roi, inspecteur général des établissements d'aliénés, membre de TAcadémie royale de médecine, officier de la Légion d'honneur^ dont il fonda la carrière par ses bienfaits, a rendu à sa mémoire cet hommage de pieuse reconnaissance.

Posé en 1842.

Essai sur l'emploi de la suture, présenté et soutenu à l'école de médecine de Paris, le 11 pluviôse an xii, par Guillaume Ferrus, élève de cette école. Paris, Didot, an xii (1804), in-8°, 35 p. Page 5 : A mon père, h mon oncle A. Fantin (André Fantin), chirurgien en chef de l'hôpital militaire de Briançon. G. Ferrus.

Des aliénés. Considérations : l'' sur l'état des maisons qui leur sont destinées, tant en France qu'en Angleterre, etc. ; 2« sur le régime hygiénique et moral auquel ces malades doivent être soumis ; 3'' sur quelques questions de médecine légale et de législation relatives à leur état civil. Paris, 1834.

Rapport sur la police sanitaire des maisons centrales de force et de correction. In- ». (Arch. gén. de méd.)

Des prisonniers, de Temprisonnement et des prisons. Paris, 1850.

Mémoire sur le goitre et le crétinisme. (Bullet, de l'acad. de médecine, t. XVI, 1851.)

De l'expatriation pénitentiaire. Paris, 1853.

Articles : asthme, cancer, cystite, épidémie, foie, goulte, ictère, néphrite, rhumatisme, etc., au Dict, de médecine.

Nombreux articles dans les annales d'hygiène. (Arch. de médecine.)

In- o. Progrès des Sciences médicales. In- <». Gazette médicale. Note sur quelques cas douteux de folie.

Rapport fait au nom de la commission des eaux minérales, par Ferrus.

Notice historique sur J.-N. Gorvisart. S. d. 32 p. in-8». Paris, Rougeron.

De la réforme pénitentiaire en Angleterre et en France. Travail faisant suite à l'ouvrage : Des prisonniers, de i^emprisonnement et des prisons. In-8^ 208 p., 1853.

FINE Oronce.

Les familles du nom de Fine ont toujours été et sont encore, à ce jour, nombreuses au Villard-St-Pancrace et au Pont-de-Servières. Il y en a quelques-unes à Briançon et au Fontenil. Il est de tradition que la famille d'Oronce Fine possédait quelques propriétés au Villard-8t-Pancrace.

Lors de là transaction du 29 mai 1343, intervenue entre le Dauphin Humbert II et les communautés Briançonnaises, on voit que la communauté du Villard-St-Pancrace fut représentée dans ce solennel accord par un Guignes Fine. (Guiguo Fine procurator universitatis Villariorum Sancti Pancratii, decujus procuratione constat publico instrumente facto manu Rodulphi Guiesii (guieno) notari). Guigues Fine est-il Tun des ancêtres d'Oronce Fine ? G'est ce que nul document ne peut nous apprendre.

Il a été dit, et Rivoire de la Bâtie le répète dans l'Armoriai du Dauphiné, que Michel Fine, seigneur de Ghamprouët et de la Yerrallière, vivait en 1480 et prêta la même année^ hommage noble au Dauphin. C'est une assertion qui ne repose sur aucun fondement.

Le 5 mars 1481, noble Peyron de Luserne, seigneur de la Bâtie des Yignaux, reconnaît tenir en fief du Dauphin, entre autres biens, à Yillard*Saint-Pancrace, un tènement de terre confiné du côté de dessous^ de Michel Fine et le béai de Cervières, Michel Fine ne possédait aucun titre nobiliai- < re. On mentionne dans cet acte, les nobles Peyron de la Luserne, plusieurs nobles Baile (Bajuli de Turre Yillardorum) et les nobles Jean Martin.

Quant à la seigneurie de Ghamprouët, elle appartenait à plusieurs co-seigneurs dont les principaux étaient les * Baile de la Tour, les Jean Martin^ les Brocard, etc. Aucun document contemporain n'attribue la possession de cette

' seigneurie ni à Michel Fine, ni à François Fine, père d'Oronce.

C'est la vanité de Claude-Oronce Fine, dit de Brianvîlle. qui fit tous les frais de cetle prétendue illustration de la famille à laquelle il voulait se rattacher par une parenté (qui est fort douteuse I)

François Fine, père du mathématicien Oronce, était un médecin du Briançonnais. Il s'occupait de mathématiques et il inventa un instrument pour trouver facilement la position des planètes. Cet instrument a été décrit dans un opuscule publié en 1494 sous ce lâtre : de Cœlestium motuum indagatione sine calcula.

Sous la direction de son père, Oronce Fine étudia les premiers éléments des mathématiques. Mais ce père mourut relativement jeune et laissa sans appui et sans ressources pécuniaires ce fils qui donnait de belles espérances.

Oronce Fine est-il né en 1494 à Briançon ou a£&a(DzieFi oonnmîi^ du VUUï^-^&«tt«tc£ancr^©e^ Nul moyen de s'en assurer avec certitude. Il est à croire, malgré l'assertion contraire de Ladoucette, qu'il naquit à Briançon où son père exerçait la médecine et où il possédait une maison ainsi que nous l'apprend Froment {Essais sur Vincendie de Briançon f p. 262) « L'archiprestre et curé de cette ville s'étant faitbastir une jolie petite maison contiguë àcelle qui fut d'Uoronce Fine, l'un des hommes illustres de la France, près la fontaine du milieu, y avait fait mettre l'inscription, etc ...»

Le judicieux Pierre Bayle a donné, dans son Dictionnaire historique, une notice sur Oronce Fine. Nous lui empruntons les détails qui suivent :

« Fine (Oronce) en latin Orontius Finœus, professeur en mathématiques dans le collège Roial à Paris, étoit fils d'un médecin et naquit à Briançon en Dauphiné Tan 1494. Etant encore fort jeune, lors que son père mourut, il s'en alla à Paris, et s'appliqua de toutes ses forces à l'étude. Antoine Silvestre, qui étoit de Briançon et régentoit les belles Lettres au Collège de Montaigu, lui servit de bon patron,

et le fit entrer au Collège de Navarre. Le jeune homme fit là ses Humanitez et son cours de Philosophie. li étudia avec soin tout le Cours que les Professeurs lui enseignèrent; mais il s'attacha plus particulièrement aux Mathématiques, où son inclination naturelle le poussoit violemment. IL ne se rebuta point par la considération du mépris où étoient alors ces sciences et de la nécessité où il se voyoit réduit de s'y avancer de lui-même et sans le secours d'aulrui; et ces obstacles n'empêchèrent qu'il n'y fît de très grans progrès. Il se rendit très habile dans la Méchanique^ et comme il avoit également l'esprit propre à l'invention, et la main adroite à y travailler, il se mit dans une haute réputation par les essais qu'il donna de son industrie. Le premier travail où il se fît connoître consista à publier et à corriger l'Arithmétique de Jean Martin Silecœus et la Margareta Philosiphica. Ensuite il fit des Leçons particulières de Mathématiques, et puis il enseigna publiquement cette science dans le collège de Maître Gervais. Il s'en acquita si glorieusement, qu'on le proposa à François I«' comme le sujet le plus capable d'enseigner les Mathématiques dans le nouveau Collège que ce Prince fonda à Paris. Il n'oublia rien pour faire honneur à sa Profession ; et son assiduité à instruire ses Auditeurs ne l'empêcha pas de publier beaucoup de livres sur presque toutes les parties de Mathématiques. Il se glorifia d'avoir trouvé la quadrature du cercle. Ce qu'on a dit sur cela dans son Eloge nous fournira la matière d'une remarque. Je suis fort trompé s'il n'est point celui dont les lettres d' Agrippa ont fait mention, comme d'un homme qui fut longtemps emprisonné pour avoir prédit des choses qui ne plaisoient pas à la Cour de France ; car en ce temps-là il n'y avoit guère d'Astronomes ou de Géomètres qui ne se mêlassent de l'Astrologie judiciaire. »

Bayle, comme on voit, suivant en ce, l'opinion de plusieurs auteurs, attribue à un horoscope qui aurait déplu à la Cour (horoscope, paraît-il, qui prédisait des succès au connétable de Bourbon), la disgrâce d'Oronce Fine et son emprisonnement.

Nicéron indique une autre cause qui semble mieux réunir les caractères de la vraisemblance :

« Le Roi François I". dit-il, ayant envoyé en 1517, le Concordat à l'Université pour l'y faire recevoir, il y eut de grandes oppositions, et les choses allèrent si loin que ce Prince fit arrêter au mois de mai de Tannée suivante 1518, plusieurs de ses membres qui s'opposaient avec le plus de vivacité à sa réception. Fine fut de leur nombre, et demeura plusieurs années en prison où il était encore le 27 octobre 1524. Car on voit par les actes de la Faculté des Arts, qu'on y proposa ce jour-là de présenter une requête à la Reine Mère qui gouvernoit pendant la captivité du Roi, pour demander son élargissement et que la nation d'Allemagne se chargea de ce soin. Il est à présumer que les sollicitations eurent leur effet puisqu'on le voit l'année suivante 1525 donner au public quelques ouvrages. » (Nicéron).

« Pour connoitre de quoi il étoit capable en fait de machines, ajoute Bayle, on n'a qu'à considérerrhorlogequ'ilinvental'an 1553, et dont le public a pu voir la description dans le Journal d'Amsterdam du 29 de mars 1694. Son esprit, son travail, ses inventions, et l'estime qu'une infinité de personnes lui témoignèrent ne le garantirent pas de la destinée si ordinaire des gens d'étude : il fut obligé de lutter, toute sa vie, contre une fâcheuse pauvreté, et en mourant il laissa une nombreuse famille chargée de dettes. Il est vrai que le souvenir de son mérite fit pour ses enfants ce que son mérite n'avait pu faire pour lui. Il se trouva des Mécènes qui en sa considération soulagèrent l'indigence de sa famille.» {Dictionnaire historique et critique^ par Pierre Bayle, voir Fine.)

1/abandon dans lequel fut laissé le savant Mathématicien et sa pauvreté ont suggéré au Biographe Thevet (Eloges des hommes illustres), ces amères réflexions : « Je ne puis me tenir de dire que je ne me plaigne de l'ingratitude et méconnaissance de plusieurs cardinaux, abbez et autres prélats, qui ont vu, ouy, et entendu quelle estait la misère de plusieurs pauvres, au reste gens vertueux et rares en sçavoir, tels qu'estaient Jodelle, Oronce Fine,

Postel, Regius, Belle-Forest et un assez grand nombre d'autres, qui après leur mort, n'avoient pas de quoy se faire enterrer et si n'ont daigné ouvrir leurs entrailles de miséricorde pour leur rendre un seul pauvre denier. »

Ainsi ce savant, ce restaurateur des sciences mathématiques, qui devait, à sa mort, être célébré par les lettrés de ce temps, fut^ pendant sa vie, en proie aux poignants soucis <le la gêne pour ne pas dire de la misère. Adolphe Rochas fait à ce sujet les réflexions suivantes :

« Excepté un évèque de Langres, Michel Boudet^ qui avait été son protecteur dès le commencement de ses études, les grands seigneurs qu'il implora restèrent sourds à ses prières ; en échange des basses flatteries où la misère le faisait descendre, il ne recevait que des lettres de remerciments ou de stériles louanges : souvent même les libéralités de ses Mécènes se bornaient à un cadeau de papier, de cire et de parchemin. Ainsi abandonné à ses propres ressources, le malheureux succomba, épuisé par les privations et le chagrin, le 6 octobre 1555. Sa femme, Denyse Blanc (Dyonisa Gandida), périt elle-même peu de temps après. » Ghorier rappelle le glorieux enseignement d'Oronce Fine et le mérite supérieur de ses livres. Il le place au premier rang parmi les illustres Dauphinois du xvi' siècle. Il ajoute : a Les plus beaux esprits lui rendirent les devoirs funèbres par les vers qu'ils écrivirent à sa louange et par diverses épitaphes qu'ils lui dressèrent. Il en fut fait un livre sous le titre : Funèbre symbolum aliquot doctorum virorum viro doctissimo Orontio Finœo. » f//is foire du Daup/iinë, t. 2, p. 536. Edit. Valence.)

Nous indiquerons sommairement les publications d'Oronce Fine. Les titres de ses livres sont d'une longueur démesurée. On peut, sans inconvénient, renvoyer aux nombreux bibliographes qui les ont énumérés avec détails : Gesnerus, Launoius, Nicéron, Rochas, L. Gallois, etc..

Acquatorium planetarum, vnico instrumèto coprehensum. — Qvadrans astrolobicus, omnibus Europœ, regionibus

inseruiès. — La théorique des cieux et sept planètes, avec leurs mouvemens. — Epistre exhortative touchant la perfection et commodité des ars libéraulx mathématiques. — Protomathesis : opus varium, ac scitu non minus utile quam incundum. — Arithmetica pratica. — In sex priores libros géometricorum elementorum Euclidis Megarensis demonstrationes. — De mundi sphœra, sive cosmographia. . — Les canons et documents très amples^ touchant Tusage et praticque des communs almanachz, que Ton nomme ephemerides. — Quadratura circuli. — Arithmetica practica. — De universali quadrante sinuumve organo. — De rectis in circuli quadrante subtensis. — Le sphère du monde, proprement ditte cosmographie. — De spécule ustorio ignem ad propositam distantia générante, liber unicus. — De duodecim cœli domiciiiis. — De re et praxi geometrica. — De rébus mathematicis. — La composition et usage du quarré géométrique. — Compendiara tractatio de fabrica et vsu annuli astronomici. — De solaribus horologiis. — Opère di Orontio Fineo del Deifînato tradotte da Cosimo Bartoli, gentilhuomo et academico Fiorentino.

Manuscrits.

Liber singularis de alchemie Praxi. — De astrolabio sine planisphœrio. — L'art et manière de trouver certainement en tout temps la longitude ou diiïérence longitudinale de tous lieux proposez sur la terre par le cours et mouvement de la lune et autrement que par les éclipses d'icelie.

Cartes géographiques.

Galliœ totius nova descriptio auctore Orontio Finœo. Delphinate. Parisiis, Golinacus, 1525 ; grif® en T., la Martonière, 1557. — Venetiis, ad signum bibliothecœ divi Marci, 1561 et 1566. — Orbis totius recens et intégra descriptio. Parisiis, 1536, in-fol, en T. — Autre éd. sous ce titre : Gosmographiœ universalis ab orontio olim descripta, Joanes Paulus Gimerlinus veronensis in œs incidebat^ anno 1566.

A consulter:

Avezac (d'). — Coup d'œil historique sur la projection des cartes de géographie. Bulletin de la Société Géographique, 5« série, t. V. 1863, p. 308, 309, 310.

Bayle (Pierre), — Dictionnaire historique et critique, quatrième édition, revue , corrigée et augmentée. Paris, 1730, t. IL

Delambre. — Histoire de l'astronomie du moyen âge. Paris, 1819.

Gesnerus. — Bibliotheca universalis, sive catologus omnium scriptorum locupletissimus.. . Tiguri, 1545.

Goujet, — Mémoires historiques et littéraires sur le collège royal de France. Paris, 1758.

Harisse (Henry). — Jean et Sébastien Cabot, . . . étude d'histoire critique suivie d'une cartographie, d'une bibliographie et d'une chronologie des voyages au Nord-Ouest. Paris, 1882, p. 181.

Lalande. — Bibliographie astronomique, avec l'histoire de l'astronomie depuis 1781 jusqu'en 1802. Paris, an ix.

Launoius, — Regii Navarrao Gymnasii Parisiensis Historia. Lutetiae, 1677.

Montucla (J.-F.) — Histoire des mathématiques, 4 vol. Paris, ans vii-x.

Niceron (J.-P.) — Mémoires pour servir à l'histoire des hommes illustres dans la république des lettres... Paris, 1727-1745.

Rochas (A.) — Biographie du Dauphiné. Paris, 1860, t. I, p. 384 à 393.

"" fhevet (F, -André). — Les vrais pourtraits et vies des hommes illustres, grecs, latins et payens, anciens et modernes. Paris, 1584.

Wieser (Franz), — Magalhaës. Strasses und austral continent auf den Globen der Johannes Schœner. Beitrœge zur Geschichte der Ërdkunde im Jahchundert. Innsbruck, 1881.

L. Gallois, — De Orontio Finaja gallico géographe... Parisiis, 1890.

De Tliou, — Les éloges et les additions de Teissier. Du Boulay. — Ilistoria universatis parisiensis. Lacroix du Maine et du Verdier. — Bibliothèque Française.

FINE Claude dit de BRI AN VILLE.

Claude Fine est né à Briançon, le 8 avril 1608, ainsi qu en fait foi son acte de baptême ainsi conçu :

Claudius Fine fîlius domini Pancrassii, fuit baptisatus die quo suprà, quem levaverunt in sacris fontibus, Egregius Claudius Cellon et Gasparda Gensour iixor Ëgregii Claudi Bajuli. (Une Baile de la Tour-des-Villards.)

Claude Fine entra dans les ordres et appartint d'abord à la compagnie de Jésus. Il était à Lyon en 1649 dans une maison de cet ordre. Il en sortit pour rentrer dans le monde. lL£uJt-peadfkn4 <fuel<}u^ -temps oorr^citaur d'imj^fH «»eHe à Lyon. Résolu de tenter les aventures pour s'avancer dans le monde, esprit délié et porté à l'intrigue, il commença par donner à son nom plébéien une tournure plus noble. Il se fit appeler d'abord Fine de Brianville-Montdauphin, puis simplement Fine de Brianville. Il crut habile de se rattacher, par une parenté (des plus douteuses) à la famille du grand mathématicien Oronce Fine; à son prénom de Claude, il ajouta celui d'Oronce. Qu'en était-il de cette parenté? Il est difficile sinon impossible de se reconnaître dans les filiations des innombrables porteurs du nom de Fine dans les communautés de Briançon et du Villard-St-Pancrace, depuis Guignes Fine qui représenta le Villard-St-Pancrace dans la transaction de 1343. (Procuration de la main de Rodolphe Giveyze, notaire.)

Quoi qu'il en soit de cette parenté et de cette falsification de son acte de l'état civil, Claude Fine, payant d'audace, se rendit à Paris et parvint à se concilier le puissant patronage de la maison de Montausier. Il obtint d'abord les titres honorifiques de conseiller et aumônier du roi. 11 se livra dès lors pour se créer des ressources et une réputation littéraire, à l'étude du blason et des devises, genre de connaissances alors fort à la mode. Il composa un jeu de

cartes dans lesquelles^ il fit entrer des figures historiques ^ et allégoriques de façon à en composer une étude élémentaire du blason.

En 1663, par le tout puissant appui de la duchesse de Montausier, il entra dans la maison du Dauphin, alors enfant, avec charge de l'amuser en lui montrant les images des rois de F'rance. En récompense du dévouement et du zèle déployés par Claude Fine en ces fonctions pour lors considérées comme fort enviables, il lui fut donné par la faveur royale l'abbaye de Quinçay, du diocèse de Poitiers ; c'est là qu'il mourut en septembre 1674.

« L'abbé de Brianvilie, dit Adolphe Rochas à qui nous avons emprunté ces derniers détails, était un écrivain des plus médiocres dont le petit esprit s'appesantissait curieusement sur de fort petites choses. Néanmoins l'honneur qu'il eut d'être attaché à l'éducation du Dauphin, lui donna, bien plus que ses ouvrages, une grande considération. > Bossuet, l'un des prélats chargés d'examiner son Histoire s^acrée en tableauXj lappelle un savant homme dans l'approbation datée de 1669. L'abbé de Marolles parle de lui et de ses ouvrages dans le chapitre de ses mémoires intitulé : Dénombrement de ceux qui m'ont donné de leurs livres ou qui m'ont honoré extraordinairement de leurs civilités. »

Ghorier (bien des écrivains sont moutons de Panurge) a surenchéri sur ces appréciations flatteuses : <• Brianville- Fine, dit-il, homme consommé dans les belles lettres et récommandable par son esprit et par son mérite. (Hist, du Dauphiné). . . Glaude-Oronce Fine-Brianville, abbé de St-Benoit-de-Quinçay est de ses descendants (d'Oronce Fine le mathématicien) et une nouvelle lumière à son nom et à sa famille. » Erreur quant à la filiation, platitude dans l'appréciation littéraire! !

« Il ne faut rien de moins dans les cours, dit Ijabruyère, qu'une vraie et naive impudence pour réussir.» C'est afïîrmatif, sans ambages et sans réserves!! Fine-Brianville était donc pourvu de cet élément de succès!

Quelle étrange et curieuse histoire que celle de ce petit abbé briançonnais, qui a su si bien jouer des coudes dans

la mêlée de la vie! S'il avait eu le talent dun Le Sage et ridée de publier ses mémoires, quels piquants détails de mœurs nous eût révélés ce Gil-Blas en soutane, quels portraits rivalisant avec ceux du duc de Lerne et du comte d'Olivarès ! ! !

Cartes d'armoiries de l'Europe à S. A .R. de Savoye, par G. 0. F., G"' et aumosnier du roy.

Jeu d'armoiries de TEurope, pour apprendre le blason, la géographie et l'histoire curieuse, par G. -F. de Brianville. Montdauphin. Lyon, Benoît-Goral, 1659.

Abrégé méthodique de l'histoire de France par la chronologie, la généalogie, les faits mémorables et le caractère moral et politique de tous nos rois. Ensemble leurs portraits. Paris, Gh. de Sercy, 1664, in-12.

Symbole héroïque pour le Roy sur les préparatifs de la guerre. Paris, Seb.

Lettres latines de M. de Bongars, résident et ambassadeur sous le roy Henry IV, en diverses négociations importantes. Dédiées à Monseigneur le Dauphin.

Histoire sacrée en tableaux pour Monseigneur le Dauphin avec leur explication suivant le texte de l'écriture et quelques remarques chronologiques. Paris, 1670-71-75, 3 vol. in-12, fig. de Seb. Leclerc.

Il a publié les Devises de M. de Boissière (Paris), Aug. Gourbé, 1654, in-S». L'Epltre adressée à MM. de l'Académie française est signée F.-B. — D'après le P. Menestier (7êrit. art du blason^ éd. de 1672, p. 45 et 89), il a donné une nouvelle édition de VOrigine et pratique des armoiries k la, gauloise du P. Philib. Monnet; il avait commencé la publication des armoiries d'une promotion de chevaliers du Saint-Esprit, mais il abandonna cette entreprise après en avoir fait graver une vingtaine de feuilles.

FINE Oronce dit de BRIANVILLE.

Oronce Fine, fils d'Antoine, procureur au baillage. et d'Anne Peralda, est né à Briançon, le 20 juin 1656. Il était

le parent de Claude Fine-Brianville. Lorsqu'un vernis de célébrité eut été attaché au nom de ce dernier, la famille d'Oronce s'appropria ce vocable aristocratique Brianville. Quant à Oronce qui entra dans l'ordre de Giteaux en 1678, il s'appropria en plus, dans l'héritage de son parent, Tart de se faufiler parmi les puissants du jour et de capter leur bienveillance. Il fut, presque avant d'entrer dans l'âge mûr, nommé, le 11 février 1688, abbé de Pontigny au diocèse d'Auxerre.

Cette nomination fut l'occasion d'une manifestation de Tabbé Ricard, alors curé de Briançon, manifestation que l'on peut qualifier, sans trop de sévérité, acte de flagornerie, malséant de la part d'un ecclésiastique.

Dans les actes de l'état civil de la ville de Briançon on lit ce qui suit :

« Ce 27 febvrier 1688 nous avons chanté une grand'messe solennellement du Saint-Esprit en action de grâce de la nomination à l'abaye de Pontini chef d'ordre de 40,000 livres de rante (sic) où a été nommé et eslu le réverendissime Oronce Fine de Brianville, fils à sieur Antoine Fine, bourgeois de cette viile de Briançon ; le dit M. Tabé âgé de 31 ans à laquelle il a été nommé par la voyx des religieux le 11« jour du présent mois à la prière de MMgrs des provinces de Bourgogne et de Berry avec l'agrément ensuite de Sa Majesté. — Signé : Ricard, curé. »

Non erat his locus.

Par le contexte de ce document fidèlement reproduit, on voit que Tabbé Ricard maltraitait sans gêne la grammaire et l'orthographe — mais c'était là son moindre défaut. La rédaction des actes de l'état civil qui lui appartint révèle sa constante préoccupation de flatterie envers les nobles et les bourgeois riches de la ville. Ne comptait-il pas sur une gratitude se traduisant en amabilités hospitalières, en prévenances culinaires ? C'est la plus favorable explication de ces singuliers agissements.

Vers ce même temps, La Bruyère publiait ses Caractèi^es. On y lit au chapitre des biens de fortune : « Ce garçon si frais, si fleuri et dune si belle santé est seigneur d'une

abbaye et de dix autres bénéfices : tous ensemble lui rapportent six vingt mille livres de revenus, dont il n'est payé qu'en médailles d'or. Il y a d'ailleurs six vingt familles indigentes qui ne se chaufTent point pendant Thiver. qui n'ont point d'habit pour se couvrir et qui souvent manquent de pain ; leur pauvreté est extrême et honteuse : quel partage! et cela ne prouve-t-il pas clairement un avenir? »

Un siècle plus tard, cet avenir entrevu par La Bruyère dans les criants abus qu'il signale, s'appelait la Révolution française.

L'abbé Ricard n'y voyait pas si loin et si bien. Il ne songait pas à l'avenir; il pensait peut-être à cette rante de 40,000 livres, le plus beau fleuron de la mitre de l'abbé.

Quant à Oronce Fine de Brianville, il trouva sans doute insuflisants ces beaux revenus car il dissipa, s'il faut en croire les écrivains ecclésiastiques, les biens de l'abbaye et les greva de dettes. Il mourut le 30 avril 1708.

On peut amnistier, ce semble, Oronce Fine de Brianville de sa mauvaise administration, car il eut le bon goût de se faire peindre par l'un des grands portraitistes du temps, H. Rigaud. Dans ce portrait, il est représenté en buste couvert d'un camail, la croix abbatiale au cou.

BONNET-FINE (Charles du).

Charles du Bonnet -Fine a occupé, dans le Dauphiné, pendant la seconde moitié du xvi« siècle, une situation considérable. Gomme avocat au parlement de Grenoble, il s'acquit, au dire de Guy-Basset, de Guy-Allard et d'Expilly, la réputation d'un orateur éloquent et habile ; il avait été reçu docteur en droit en 1575. Le choix que firent de sa personne, le 5 mai 158;\ les Etats duDauphiné pour aller porter au roi, les remontrances de la province, témoigne de la confiance que son mérite avait inspirée à ses concitoyens.

Le 21 juin 1589, les consuls de Grenoble et Simiane de Gordes députèrent Charles du Bonnet-Fine vers Alphonse d'Ornano qui avait été expulsé de la ville par les habitants appartenant en majorité au parti de la ligue, aux fins de s'entendre avec lui au pacifiquement des troubles survenus

r??i /a ville de Grenoble. Du Bonnet-Fine remplit cette mission au mieux des intérêts de ses commettants.

I^e 20 décembre 1590» Simiane de Gordes et les consuls de Grenoble mirent de nouveau en réquisition le patriotisme et les aptitudes diplomatiques de du Bonnet-Fine, en lui demandant de traiter avec Lesdiguières des conditions de la reddition de Grenoble que le célèbre chef des protestants du Dauphiné tenait assiégée depuis trois semaines. Les conditions obtenues par l'habile négociateur furent, au rapport de Videl, toutes honorables pour les habitants. En témoignage de reconnaissance, les Etats du Dauphiné votèrent, en sa faveur, le 29 juin 1602, une gratification annuelle de 2,000 livres.

La même année, la ville de Valence adressa, par l'organe de députés, à Charles du Bonnet-Fine, la demande de vouloir bien accepter la place de premier régent en son université avec 600 écus d'appointements.

« De leur côté, dit M. Emmanuel Pilot de Thorey^ dans une courte notice qu'il a consacrée à du Bonnet-Fine, les membres de la noblesse du Dauphiné réunis en assemblée générale le 10 juillet 1603, en considération des nombreux services que du Bonnet-Fine avait rendus à son pays, adressèrent au roi une supplique où ils demandèrent instamment des lettres de noblesse pour leur protégé. Nous ignorons les circonstances qui ne permirent pas à Henri IV d'accéder immédiatement à cette prière. Charles du Bonnet- Fine ne futannobli que plusieurs années après, par lettres données à Paris, au mois de février 1606. »

« Après avoir enseigné le droit à Valence pendant cinq ans, du Bonnet-Fine revint se fixer à Grenoble où il se fit, de nouveau, inscrire au barreau, le 3 novembre 1606. »

Du Bonnet-Fine était du Briançonnais (de la commune du Villard-St- Pancrace). Chorier dit positivement qu'il était de la maison d'Oronce Fine. (Efa/ polil, t. 1, p. 115.) Dans un dénombrement fourni le 27 février 1448 par noble Albert Balle, de la Tour-du-Villard-St- Pancrace ensuite de l'hommage prêté pour ses biens, on trouve dans les confins de ses possessions, la terre de Bonnet-Fine, Dans une recon-

naissance passée au profit du Roy Dauphin, le 5 mars 1481, par noble Peyron de Luzerne, pour ce qu'il possédait à Viliard-St-Pancrace, se trouvent mentionnés les biens d'Antoine Bonnet-Fine.

Enfin, dans un acte d'échange du 8 décembre 1489 entre Peyron de Luzerne et les Aymar frères et consorts, est mentionnée dans une indication de confins, la sagne de M" Bonnet-Fine. (Inventaire de la Cour des comptes.) Ces mentions ne laissent aucun doute sur Torigine briançonnaise de la famille Bonnet-Fine.

Quant à Charles du Bonnet-Fine, est-il né à Briançon ou à Grenoble, comme le prétendent certains auteurs; c'est ce qu'aucun document n'a pu établir jusqu'ici.

Du Bonnet-Fine présenta au serment d'avocat, son compatriote Antoine Froment (l'auteur de TEssat sur rincendie de BridLuqon) ainsi que le porte un extrait du plumitif delà première Chambre du Parlement de Grenoble que M. Pilot père voulut bien rechercher à mon intention : « Du jeudi 17 février 1611, M* Anthoine Froment a esté présenté par M« Fine pour estre receu advocat. Oui M« Boflin. receu. »

Dans l'inventaire sora'mB.xTe des archives de V Isère (t. 2, série B. p. 28) est mentionné un accord entre Marianne Chappuis, veuve de Charles du Bonnet-Fine, avocat, et les consuls etcommunautés deGrenoble, St-Egrève et Voreppe, à raison de l'indemnité due à ces communautés par suite des lettres de noblesse accordées audit du Bonnet- Fine (1618). Georges du Bonnet-Fine était secrétaire patrimonial à Grenoble en 1571. (Arch. de l'Isère.)

FORGXJES (Le Docteur).

Le docteur Emile-Auguste Forgues est né à Briançon, le 27 décembre 1860. Son père, natif des Hautes-Pyrénées, était maitre-tailleur au 87«^ de ligne; sa mère, née Adèle Allemand, appartenait à une excellente famille bourgeoise de la ville. Il fit ses études universitaires à Tarbes et à Montpellier. Il entra dans la médecine militaire et avec Tappui tout paternel de son oncle, Auguste Allemand

aujourd'hui premier adjoint au maire de Briançon, il put faire de brillantes études médicales à la faculté de Montpellier et obtenir un rapide avancement dans sa carrière. Il sortit au premier rang de l'Ecole du Val-de-Grace et fut nomiTié médecin aide-major au 2" régiment du génie. Au concours de la Société de chirurgie de Paris, il fut lauréat et obtint le prix Demarquay, Il était peu après nommé avec le n^ 1 agrégé de chirurgie à la faculté de Montpellier. En 1888 M. Forgues obtenait le prix de chirurgie d'armée (médaille d'or).

Le docteur Forgues a conquis très jeune la notoriété la plus flatteuse par ses opérations chirurgicales et par la publication d'ouvrages importants sur la chirurgie. L'un de ses livres^ Des luxations pathologiques, a été couronné l)ar la Société de chirurgie. Il est aujourd'hui Médecin- Major militaire et professeur à la faculté de Montpellier. L'avenir le plus brillant lui est réservé.

Distribution des racines motrices dans les muscles des membres, par le docteur E. Forgues, prosecteur à la faculté de médecine de Montpellier, ex- préparateur de physiologie (concours de 1880), Lauréat de la Faculté (concours 1879, concours 1880), Lauréat et membre de la Société de médecine et de chirurgie pratique de Montpellier (concours de 1882), (Thèse de doctorat 1883).

Thèse présentée au concours pour l'agrégation « Des septicémies gangreneuses (1886). » Section de chirurgie et d'accouchement par le même Lauréat de la Société de chirurgie de Paris (prix Demarquay, concours 1886). Médecin aide-major.

Des luxations pathologiques, leur pathogénie, in-8<', 1886. Délaye et Lecrosnier avec Maubral, par Forgues, médecin aide-major.

Essai critique et clinique sur le traitement des lésions traumatiques du crâne. Mémoire qui a obtenu le prix de chirurgie de Tarmée en 1888.

7 Novembre 1891. Installation solennelle du docteur

Forgues. nommé professeur de médecine opératoire à la faculté de Montpellier.

1892. A fait paraître un traité pratique de chirurgie. Deux gros volumes avec planches, chez Masson, éditeur, Paris.

Etudes cliniques de thérapeutique, in-8°, Montpellier. Goulet (G. Masson. 2 fr. Extrait de la Gazette hebdomadaire des sciences médicales^ par Forgues Emile, professeur à la faculté de médecine de Montpellier, médecin-major de l'armée.)

FROMENT Antoine.

Antoine Froment est le plus ancien chroniqueur du Briançonnais. Son livre, Essais sur Vincendie de sa patrie, publié en 1639, contient les détails les plus intéressants sur les hommes et les faits contemporains de l'auteur. Peu d'immixtion de l'histoire générale dans cette œuvre toute briançonnaise, toute locale; par là plus d'intérêt intime, plus d'attrait particulier pour ceux qu'intéresse l'histoire du Briançonnais.

Il faut reconnaître que ce livre, objet de critiques dédaigneuses de la part des historiens dauphinois, n'est point sans défauts. Point d'ordre chronologique, point de disposition logique dans Texposé des faits ; d'innombrables citations d'auteurs sacrés et profanes, quelquefois sans liaison bien saisissable avec le texte, arrêtent et déroutent le lecteur.

Il chemine avec quelque peine dans ce sentier qui disparait parfois sous la frondaison de cette végétation parasite.

et Mais, ainsi que je le disais dans la préface de l'édition du livre de Froment publié, à mon instigation, par mon ami Edouard Allier (l'éditeur de beaux livres dauphinois et savoisiens), ces défauts sont rachetés par l'intérêt réel que Froment a su donner à sa narration, intérêt qui ressort principalement des faits eux-mêmes, mais qui nait aussi, on ne saurait en disconvenir sans injustice, de tout ce que l'auteur a su mettre dans leur relation, de son patriotisme, de son inspiration, de son âme.

« Quoi de plus touchant, par exemple, de plus suave que

cette peinture attendrie de l'abandon delà maison paternelle en proie aux flammes !

« l^e père octogénaire quittant pour jamais le seuil de sa demeure, emmenant en laisse un petit troupeau d'agneaux qui suit docilement^ses pas ; la vieille mère et la servante emportant quelques vivres ; les deux vieux époux se retournant pour contempler une dernière fois cet asyle, si longtemps Tabri de leur doux hyménée ; Antoine Froment, le fils, égaré d'esprit, s'emparant, au hasard, pour les sauver, des meubles les moins précieux, abandonnant au formidable ennemi sa petite bibliothèque, ses tableaux, son luth favori^ toutes choses qui lui tiennent au cœur et qui sont, on le sent bien, les vrais dieux lares qu'il regrettera.

« Ces pages sont d'une poésie noble et pure, de bon aloi ; elles ouvrent, au fond de l'âme, toutes les sources de l'émotion. Par l'intensité de son regret douloureux, l'auteur s'y élève jusqu'à Téloquence.

« Combien d'autres passages palpitants d'intérêt, de style énergique et pittoresque dans la relation de l'incendie, dans la peinture, à ce moment néfaste, des emportements de l'intérêt personnel, des abus de la force vis-à-vis des faibles, des femmes, des enfants, des vieillards, des alternatives d'espérance, de terreur et de morne accablement de cette multitude affolée par les rapides envahissements du fléau ! ! Quels sombres et saisissants tableaux que les chapitres de 2a peste, des ravages des loups.

a Ce livre quoi qu'on en puisse dire, est marqué au coin d'une vive originalité, v

J'ai lu fort attentivement le livre de Froment; j'ai corrigé, tant bien que mal, les épreuves de la seconde édition. C'est avec conviction, en connaissance de cause que je répète ici ce que je disais dans la préface :

« Pour moi, j'exprime ici un sentiment tout personnel, j'aime ces pages qui disent le passé de mon pays natal.

a J'aime Froment parce que à côté de cette érudition qui s'affiche dans son livre avec une candide ostentation, s'afïirment les sentiments les plus purs de civisme et de famille; parce que sa narration a Texquise saveur de la

vérité; que le monde de son livre vit^ respire, agit, se passionne suivant la réalité ; parce qu'on trouve là la description des lieux connus et aimés, la vieille légende, la pensée des aïeux; qu'on y sent la palpitation de la vie puissante que donne à la petite cité le jeu d'institutions largement démocratiques; j'aime Froment parce qu'il ne se désintéresse de rien de ce qui touche à sa ville natale ; parce qu'il est briançonnais de la tète aux pieds ; je Taime surtout peut-être parce que la lecture de son livre fait vivre au loin de la vie briançonnaise tous les absents de la patrie. »

« On sait peu de choses sur la vie de Froment, disals-je dans la préface ; » j'en sais un peu plus aujourd'hui à la suite de minutieuses inv(;stigations dans les actes de Tétat civil de la ville qui remontent non à 1734 comme je le disais, mais à 1592, soit aussi dans les minutes des notaires de Briançon.

Quant à sa naissance, on ne peut en retrouver la date parce qu'elle est antérieure à 1592. Mais on peut la fixer par approximation par le fait qu'il prêta le serment professionnel d'avocat le 17 février 1711. 8i Froment, suivant les cas ordinaires, avait l'âge de 2i ou 22 ans lors de raccomplissement de cette formalité, il était né en 1589 ou 1590.

Pour sa mort, on peut, avec presque certitude, en fixer la date au mois de novembre ou de décembre 1657. Jusqu'à cette date et après le 30 décembre, nulle mention de son décès. Dans les acles de l'état civil, il existe une lacune en l'année 1657, du 20 novembre au 30 décembre , soit de 40 jours.

Un tiers environ de la page a été laissé à cette date en blanc, par le curé rédacteur des actes, et sans doute intentionnellement, pour y inscrire ultérieurement le décès de Froment et celui d'autres personnes. En tête de cette fraction de page réservée, a été écrit le mot Dominus^ qualification qui ne pouvait s'appliquer qu'à une personne de quelque importance.

En confirmation de cette hypothèse, une note autographe de messire Roll ou Roui, curé de Briançon, ainsi que ies indications d'un acte reçu M« Golaud, notaire, le 22 juillet

1659, nous apprennent que le 8 janvier 1659, sa sœur, Jeanne Roi, veuve d'Antoine Froment, ancien gradué au siège de Briançon, s'est remariée au sieur Nicolas Silvestre Rous, secrétaire de la ville; que le mariage d'Antoine Froment avait donné naissance à une petite fille, Jeanne Froment, pour lors âgée de 8 ans ; qu'une opposition d'intérêts entre cette mineure et sa mère ayant été créée par suite du convoi de cette dernière à de secondes noces, il a été nommé tuteur de sa nièce par une assemblée de famille. Nous voilà donc ramenés pour fixer la date de la mort de Froment aux probabilités suggérées par la lacune que nous avons ci-dessus signalée. Froment meurt fin novembre ou en décembre 1657. Sa veuve Jeanne Roi se remarie un an après. C'était une jeune femme. Elle était née le 16 septembre 1628.

D'après les données ci-dessus. Froment serait décédé à lage d'environ 68 ans. Sa fille était née le 18 février 1651 ; il s'était marié vers 1650, à Tâge d'environ 60 ans. La différence des âges entre les deux époux était presque de 40 ans.

Jeanne Froment, Tunique enfant d'Antoine Froment, mourut le 26 octobre 1662, à l'âge de onze ans.

« Froment^ disais-je dans la préface de son livre^ passa à Briançon la plus grande partie de sa vie. (Il avait fait ses études universitaires à Embrun^ au collège tenu par les Jésuites). Il exerça près du bailliage de Briançon la profession d'avocat. Cependant, ainsi qu'il nous l'apprend lui-même, il fit à Grenoble, avant de se fixer définitivement dans sa cité natale, un séjour assez prolongé. « Mon petit estude des montagnes, dit-il, lequel ne s'ouvrait qu'à la closture du parlement de Grenoble ou que comme un autre temple de paix, dùm claudereniur majores helli forensis portœ, estait jà, tellement abordé des feux, etc... »

« On peut conclure de là que le jeune avocat accomplit son stage près le parlement et qu'à sa cessation, il continua à suivre la carrière du barreau, à Grenoble, jusqu'à l'époque de l'incendie (1624), passant à Briançon les fériés ; ce qui porterait à douze ou treize ans la durée de sa résidence

au chef-lieu de la province. Il est à présumer que Vesprii de retour s'était singulièrement eiîacé dans les sentiment du jeune montagnard pendant ce long séjour dans une cité, où la nostalgie est pour les étrangers qui y résident quelque temps, une afTection du cœur inconnue ; qui exerce un si grand empire de séduction par lïncomparable beauté de la contrée qui l'entoure^ par la proverbiale urbanité de ses habitants et pour ceux qui aiment et cultivent les choses de l'esprit, par Tatticisme du goût littéraire, par le charme des relations sociales dans un tel milieu.

« Peut-ôtre faut-il placer, pour Froment, à côté de ces causes d'attrait, celle des débats judiciaires devant le parlement, débats plus solennels que ceux de son bailliage, plus relevés par l'éloquence des avocats, par le savoir de la magistrature. Ces éléments de vie intellectuelle et morale, sont pour certaines âmes les plus fortes attaches et il est vraisemblable qu'ils exercèrent sur cette période de l'existence de notre auteur une grande influence.

« Quelles circonstances rompirent le charme et rappelèrent le jeune transfuge dans son austère pays natal? C'est ce qu'il est impossible de savoir. Nous admettrions volontiers, étant donnés ses tendres attachements de famille racontés dans son livre, que la terrible catastrophe de Tincendie de 1G24, Tainiction des siens, l'importance des services que sa présence lui permettait de leur consacrer arrêtèrent dans son cœur une louable pensée d'abnégation et le rendirent irrévocablement à sa ville natale. »

Aucuns documents ne sont parvenus à notre connaissance qui auraient pu jeter quelque lumière sur la vie privée de Froment, sur sa situation au barreau du bailliage. Un mol mélancolique de son livre nous dit que son existence fut soumise peut-être à de dures épreuves. Il y parle du P. Laborée, jésuite, son ancien professeur au collège d'Embrun, comme d'un Saint et il ajoute ceci : « Mon devoir, heureux que je suis en mes maux, de l'avoir eu pour régent, me dispenserait d'en dire quelque chose au peuple de Tadvenir, mais ne l'ayant jamais vu que bien faire et bien dire

pour le ciel, à Tattente des lots immortels ou d'une éternité de récompenses. . . »

Ces maux dont Froment laisse échapper Taveu, de quelle nature étaient-ils? étaient-ce des chagrins de famille, des embarras d'argent ? était-ce la maladie et son triste cortège de souiTrances physiques et morales?

Il y avait peut-être de toutes ces causes dans l'existence tourmentée de Tavocat briançonnais.

On peut conclure des stipulations d'un acte aux minutes de M« Colaud, notaire, du 22 juillet 1659 que Froment mourut dans un état de fortune voisin de la pauvreté.

Cet acte renferme les conditions de la vente passée par le tuteur de la mineure Jeanne Froment^ ensuite de décision du bailliage, à l'apothicaire Bernardin Travail, d'une maison de rhéritage de Froment. Le prix de vente est modique (900 livres en capital et 12 livres d'étrennes). (Peut-être y eut-il dissimulation d'une partie du prix.) La vente des fruits des terres de Serre-Guignier, au pont de Gervières, dépendant de la même hoirie, ne donne qu'une somme de soixante livres. Ges diverses valeurs si restreintes quant à l'importance^ furent déléguées, pour la plus grande partie, à des créanciers du défunt.

Froment avait vu mourir, le 15 novembre 1653, son frère François auquel il était tendrement attaché, le parrain de sa fille, en qui il espérait pour elle un appui. Sa petite fortune était embarrassée ; Tâge avait sans doute amorti son activité et réduit sa clientèle. La mort dut être la bienvenue pour notre chroniqueur briançonnais qui ne fut peut-être ni un très habile écrivain, ni un avocat de premier ordre, mais qui posséda, son livre le révèle à chaque page, la maîtrise du patriotisme et de la probité.

BIBLIOGHAPHIE

Essais d'Antoine Froment, advocat au parlement du Dauphiné, sur Tincendie de sa patrie, les singularitez des Alpes en la principauté du Briançonnais, avec plusieurs autres curieuses remarques sur le passage du Roy aux Italies,

ravages des loups, pestes, famines, avalanches et embrasements de plusieurs villages y survenus de suite. Â Grenoble, chez Pierre Verdier, imprimeur du roy, en la salle du Palais, 1639.

OARNXER-PAGÉS Etienne-Joseph-Louis.

Garnier-Pagès Tainé, Tune des gloires les plus pures de la tribune française, était Briançonnais d'origine. Son père, Etienne Garnier, était né àSt-Blaise, commune de Briançon, le 27 août 1772. Ce fut Garnier-Pagès lui-môme qui apprit à Antoine Allier, député des Hautes-Alpes, cette origine de sa famille paternelle. Je tiens le fait du député Allier luimême et j'en fis part à Adolphe Joanne qui Ta consigné dans son guide du voyageur (Hautes-Alpes, etc.) On sait que les Garnier-Pagès étaient frères utérins, Tainé, fils de Garnier le Briançonnais, chirurgien de la marine, né en 1801, mort en 1841; le puiné, Louis-Antoine, fils de M. Pages, né en 1803. Les deux frères liés par le plus tendre attachement, unirent leur nom, leur fortune et leur destinée. J*ai connu Garnier-Pajçès Louis-Antoine le membre du gouvernement p7*ovisoire. Je Tai vu, dans Tintimité, chez mes amis Rallet à Biviers (Isère). Il me parlait de son frère aine avec attendrissement. Il m'apprit qu'il avait^ un jour, avec son fils, fait un pèlerinage à St-Blaise pour connaître et faire connaître à son fils le berceau de la famille d'un frère dont il adorait la mémoire. « Vous reconnaîtrez, me disait-il, que ce pèlerinage avait un caractère plus avouable, plus noble, que ceux dus aux écarts d'une superstition saugrenue. »

GUXLLEIEIN Paul.

Paul Guillemin est né à Sorin (Meuse), le 30 août 1847. Son père, Martin Guillemin, capitaine d'infanterie, était lorrain. Sa mère, née Adèle Glaverie, était la nièce du docteuf Pensens, qui a exercé honorablement la médecine à Briançon où il était allié à la famille Blanchard, lunedes plus anciennes et des plus importantes du pays. (Le beaupère du docteur Pensens, le notaire Blanchard, fut long-

temps maire de Briançon ; son beau-frère était le colonel d'artillerie Blanchard). La dame (Tuillemin avait passé sa vie à Briançon, jusqu'au jour de son mariage. Disons tout de suite, que le capitaine Guillemin vint, à sa retraite, se fixer à Briançon et qu'il y mourut le 28 octobre 1865 ; que sa veuve ne quitta plus sa patrie d'adoption; qu'elle y habita la maison patrimoniale des Blanchard achetée de ses deniers et qu'elle transmit à son flls à son décès en 1873; disons encore, en explication et justiflcation de la place que nous donnons à Paul Guillemin en cette biographie briançonnaise , qu'il a toujours regardé comme son pays, comme sa patrie, la ville où il avait ses amitiés, ses souvenirs d'enfance, la tombe des siens, les traditions de famille et son home où sa tendresse pour sa mère le fixa pendant plusieurs années de sa jeunesse.

Paul Guillemin a fait honneur à la patrie selon son cœur, la petite ville grand renom. Sa droiture, sa large et solide instruction, sa vaillance sans rivale comme alpiniste, l'irréprochable accomplissement des fonctions auxquelles il a été successivement appelé, lui ont concilié dans le Briançonnais où son nom est populaire, considération flatteuse et affectueux sentiments. Sa place était donc marquée dans le catalogue des Briançonnais dignes de mémoire.

Guillemin a fait ses études universitaires au Prytanée militaire de la Flèche dont il a été l'un des brillants élèves. A la mort de son père, à l'âge de 18 ans, il revint à Briançon auprès de sa mère. Pour ne pas la quitter, il consentit à être maître d'études dans le collège de la ville. Il passa de là au lycée de Grenoble où il était maître répétiteur ; il y suivait aussi les cours de l'école de Médecine avec assiduité. Ce fut en sa qualité d'étudiant en médecine qu'il fut, en 1870, requis à l'hôpital militaire de Briançon d'où il passa au H"" bataillon de chasseurs à pied. Inutile de dire quïci et là, il fit bravement son devoir.

11 entra, après la guerre, au lycée de Lyon en qualité de maître répétiteur^ remplissant intérimairement les fonctions de sous-censeur. Il occupa cette position jusqu'en 1879.

C'est dans la période de temps qui s'est écoulée de 1871 à

1879 que Guillemin, mettant à profit tous les instants de liberté que lui laissaient ses fonctions au lycée de Lyon, se lança, à corps perdu, dans TAlpinisme. Pressentant tout le bienfait moral et de régénération physiquedece sport qui eut dès Tabord le caractère d'une inspiration nationale, le cœur généreux de Guillemin en fit l'adepte le plus convaincu et le plus agissant. Il possédait, au premier chef, d'éminentes qualités pour être à la tête des plus courageux, des plus résolus. Corps solide et dur à la fatigue, fermeté d*âme, sangfroid, géologue, minéralogiste (il avait collectionné dans sa maison de Briançon plusieurs milliers d'échantillons de minéraux^, botaniste, cartographe émérite, familier de la montagne par ses pérégrinations de jeunesse, chirurgien au besoin^ Guillemin devait fortement marquer sa place dans la noble phalange des pionniers de Talpinisme. Aussi y a-t-il conquis une légitime célébrité : son nom est attache aux récits des premières explorations du Pelvoux, de la Meije, de la Barre des Ecrins, du Viso et des pics de moindre hauteur , satellites collossaux de ces sommités de première grandeur. Ha été Thistorien de ses ascensions. Ses publications sur la montagne et les glaciers ont un caractère particulier de précision comme pages descriptives, de vigueur et de simplicité dans la peinture des impressions morales. Le récit est d'une allure superbe lorsqu'il relate ces situations où la vie de l'ascensionniste, sur le bord des abimes, tient à un fil et n'est sauvée que par TetTort de la plus virile énergie. Les écrits de Guillemin tiendront toujours une place honorable dans cette littérature alpiniste qui parait être douée d'une forte vitalité.

De 1879 à 1882, Paul Guillemin fut chef de cabinet du préfet du Rhône et successivement chef du cabinet du préfet de police à Paris.

En 1882, il fut appelé aux importantes fonctions d'inspecteur général de la navigation et des ports de la Seine, situation élevée qu'il occupe encore aujourd'hui avec distinction.

(tuillemin a dû, dès lors, mettre un frein à ses entraînements de ij) impeur alpin ; adonné à de graves travaux

fonctionnels, Tardent touriste de jadis a peu de loisirs à consacrer aux ascensions. Il a presque divorcé avec la montagne. Dans quelques années, il sera le vétéran le plus chevronné de l'alpinisme.

Mais ses chères études sur le Briançonnais n'ont point été abandonnées. Guillemin a même étendu dans le Dauphinë entier ses recherches bibliographiques, ses investigations archéologiques ; les rayons nombreux de sa bibliothèque sont surchargés de livres, de brochures, de chartes, de parchemins, d'autographes, de gravures, de dessins, etc. Il y a là tout un monde de richesses intellectuelles, de curiosités historiques et artistiques.

Guillemin a trouvé le moyen de faire face à ces labeurs multiples et divers. Faisant revivre les traditions des vieux savants, nos aïeux, de ces jurisconsultes du temps jadis, penchés dès Taube sur les lourds in-f^'* et murmurant le vieil adage de la profession :

Vigilantibus, non dormientibns jura succurrunt,

Guillemin est debout au premier chant du coq (si tant est qu'il y ait de ces bruyants gallinacés dans son voisinage). C'est à ces heures-là. un bénédictin, lisant, écrivant, notant, classant les documents acquis de la veille ; au sortir du sanctuaire du bibliophile, le fonctionnaire est à l'œuvre durant le cours de la journée. Dans la soirée il est au repos, tout aux joies de la famille, surveillant l'instruction de ses fillettes et parfois aussi homme du monde partout bien accueilli, partout choyé.

Tel est Paul Guillemin.

[.Ascension du Mont - Rochebr une. Lyon, Bonnaviat. 1874, in-8«.

2. Ascensions dans les Alpes briançonnaises. Paris, Ghamerot, 1876, in-8«.

3. Deux mois dans les Alpes briançonnaises. Paris, Ghamerot, 1877, in-8".

4. Explorations dans les Alpes briançonnaises. Paris, Ghamerot, 1878, in-8°.

5. Album pittoresque des Alpes briançonnaises^ légende. Lyon, Portier, 1878, in-f».

6. Le Bacchu-ber, essai historique et archéologique. Lyon, Pitrat, 1878, in-S*». (Traduit dans la Newe-Alpenposi, 1878).

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