Lettre i mes commettants. Oap, J. Allieir, 1793, in
6. — Sunder jon Berard à ses concitoyens. Gap, Allier, 1793, in-8*.
7. — Entretien de S. B., curé jacobin, avec un maître d'école. Gap, Allier, pluviôse an IL
8. — Le décadi et les sans*culotides ou les fêtes républicaines (chanson politique). In-8®, 4 pp., Allier, s. d.
Une autre chanson politique intitulée : Hymne chaiy» tée le 30 ventôse (3 pp. in-8*i Allier, s. d.), a para sous le nom de Berard. Mais cette production marquée au coin d'une brutalité insensée, n'était pas, Dieu merci, son (Buvre. Ses amis la publièrent, lors de son incarcératioB, dans le but de ûiire prendre le change sur son compte, aux terrorist68| a ce moment, maîtres de tm TÎe,
0. — Mélanges phjrsico-mathématiques oa rectréfl'He mémoires contenant '1^ d^tffiption de plusienra machines et instruments noaYeaenL'&6*pïi[ysique, d'économie dômes- *tiqn^ ^etor, pttbli^ ^r ordr^ 'fln wM1n^e âë 4^ifléi4éar . f'mife, mèssiâer 'an 4X.
VO. ^^ Tr&fté deâ We^ore^ générales Ift •des lôcaftHés ta manuel pratique aAministriftff^ét 'élément. -fie 'ceitftrflmtiifn foncière. H^ etPariii, 1808, 2 Tcd. i&^^
11. — Opuscules mathématiques 'CoifleiJhtrt ifttrsietors •méthodes (DottYQfHeS'fie'Cem^ralre l'Sqmflâon '«uittftcélons coniques ; 'la di^dôuvefle d^une "propriété nouvelle de la lomière^ Hitte iMthrnoe alg^rique propre â trouver 9e8 tk- >ohies 'des équaltions itumériques de tous les deg^, été... f^ari^ 9v. (LiOtiie, 4M0,4n-S^ f66 'pi>.*ét 7 planVlM.
12. — Statique des voûtes contenatA fessai ^d'tfneYicfQ- ^^cffle ^Morie 'de la tpouasée et tm appendice mr te^ tfnses 4u ipinôur. ^«ris, •Oounier, ««fttîà îlaye, chez |t&»m«èl ««t<G^, ïi!brafP«6, iStA, tn^^^", 1160^., 3 planclree.
13. — Apfi^^on<da«oeacal (HfMr^iel^ HitfisAtârion et à la ^sonstracticm ^es ^qu^tiOM des lignes c<mMMS et surfaces courbes du second de^. ^^Cft^n^ B>itfnûo, f 8ÏS, •AefOOpp.
14. — Méthodes nouvelles pour déterminer les TMÎfiès des «ipérations vixrméi^iqties «t les iiftégrales éSthâS^ amples ou doubles. Ntmes, 1818, in-4^, de 1% pp. ^ 1 plimobd. 9«tisnâ-delle.
15. — Nombreux Mnéttiotres ptibftés -àan* ^ -Cùtret^ 'p0nd(Kno^ de VScote pytgtedhniqi»e, danlë les Alinales nmthémoiHque^, ^anfi fe Jam^nal êaçriculturû 'èês §ffa%0têè»^Atffe8.
Beraixl "était memlyre con^espMtànt 'de 7 A(»Mttfie 'des Sciences.
« fm éè géemèftres, dit la Biographie n&mrMe ^es fcwif <ffijW>fifttfi>, owt pnis 'oontirbtté a reculer ics ikwtos 4e h 8cie»ee. Ses tmvTA^ portoit f^Mipi^intér et igMe
teur fût privé de la lumière. Les Anglais ont eu leur nui^ tbéioatiiftien aKâii^l»..M0i3.ili^a plu#cd'iAXNa^Qii4ao9 li»s ouwMgea^ft Beraiïdiiqn^ dAKui^Qattx :d«tSiiodMti|OJb; u-
peuple à la Gonventioii nationale (paotoïkdîi BfoQdtji^r dft
BjBiftD9QA)>
6oDeLe^n4 aur Be^,, cg»WOII» dolftSaUa» miffK^ Ti^fM-^oe» ilrfutf pla<^ àt Tljma m qualité ^ d% coomii^ dtp^iUNx^moieBGe^ de lib»iii;iô teni) gar iin^sJM|]^<ShRaff;t0C, .
Doué de l'extéiieurr Ift^ ptew^ i^édtûmiktv iAiallîgs^ tt
lab^^w,,Boiielne.t«rda^p(>inti^9<t <»mlimV^nùt^.^ raAe9tiPBde>lA&iiûUi^(}i:avifSF^^^ ^mlqiMS aolk4e&^slllli» tat^^il, épijauwfcla flUe da.litoBajjge» M»d#i»aiwito> Qliw^' lottï» G^?ieri
{Irne^intau S(i9.Qà>. dacHm^^vt^a^im l»$i^r^]!i|y»iAN^ B<]»t^4iMiuBo)i|.iljoi(éa mMisftbijcpM^d«.<^iapewac 4%
feutre.
H était à-la. i4h^df^Q^Ui» iuàwAm. i Xvi^émmmUif^ h Biuol^tioi^.doiii' ils%moiKb«^ la paiiiiiaiit férina^^ ooar vainiMh tont.en profeasanti 1^^ roapiectdn latl($g«iité<re^-a» sa déctenioL contre les esag^tions et les reeomsSj à^la yiakii«e.
Borel ftat appela à commande? la> gaide national^ d» la SaUe« % qetla-qiialité'il asfiij^taiàla£Méi«ttott,dea99l^ nalioDalos^deayiUesdn Haiit*Dauphiaé> qui mk lieut le dimfiiMsb^^j^avTil 1790dap& la plaine des Grottes» soua Embrun^. Ij^-aprèale^témoignage unanime de sea oonlMipoBaîns^ Borel conquit en^ ce jouf»* uner notoriété- âaltonse dans^ leS' Hautes^Alpes*. Sa tadle; impjManti9>, U miîla beaulé de-rsea traita la. difetîoation natai* ella ot raflbMité detses-mmuépes le Aneninemarquei} d&t»us«
Barel; fu^j^romn* pins tard k l^adAÛnieti^tiont de la comf mune de la Salle. Il exerçait les.fomiliaiiada^pfN>ouiieiii^^
syndic du' district quand il fut élu à la Gonyentioii nation* nale .
A la Cônrention, Borel, ainsi que ses quatro collègues du département des Hautes-Alpes, Baretj, Izoard, Serres et Gazeneuve, siégea à la Plaine et, comme eux, dans le procès de Louis XVI, ilYÔta pour' la détention pendant la guerre et l'exil à la paix;
Borel fut violemment attaqué pour son Tote et pour sa modération par les représentants du peuple en mission dans les départements des Hautes et des Basses-Alpes, Barras et Fréron. Il fut éloquemment défendu i G^p, â Serres et surtout i Briançon, par son compatriote et ami le mathématicien Berard* (Sunderson).
'Borel se défendit lui-môme avec courage^ avec éloquence, dans quelques pages publiées sous ce titre : Borely ¥epréM€ntaut du peuple^ à ses commettante: Il fait justice des accusations portées contre lui, et l'indignation de l'honnête homme calomnié imprime â sa parole un caractère d'énergie ainsi qu'une puissance de persuasion remarquables :
c On-m'accnse, dit-il, d*étre tratire, d*avôir été ga- € gné; mais où sont tes preuves de ces allégations per-
< fides? par qui ai-je été gagné? quelle somme ai-je € reçue? qu'est devenu cet argent? ma fortune a-t-eUe € augmenté depuis que je suis à la Convention ? ma &-
< mille est-elle sortie de Thonnéte simplicité dans
< laquelle l'ont toujoui*s tenue mes principes et mes € moyens? Me voit-on insulter par un faste insolent anx € malheurs publics ? Que l'on consulte mes livres de
< commerce, que Ton fasse mon inventaire, et l'on se « convaincra que depuis quatre ans, toujours occupé des « affaires publiques , j'ai tellement négligé les miennes « particulières, que j'ai consommé un quart de ma mo- « dique fortune ; que l'on consulte ma correspondance € avec les corps administratifs et on pourra juger de mes % véritables sentiments
« Je veux la liberté, Tëgalité, rdliitë et llndiTisibilité € de la République; je veux que la souveraineté du peu- € pie ne soit paa illusoire; Je veux qu'il Ae délègue â "ses € mandataires que la portion de -souveraineté qu'il ne- « peut exercer 'lui-même ; je veux des lois douées et € sages; je veux que Ton respecte les personnes et leé^' « propriétés; je veux qu'après tant de convulsions^ le « peuple soit enfin heureux
Borel finit en ces termes : « Citoyens, je vous ai parlé € avec franchise et loyauté , dites-moi avec la même
< franchise si j'ai perdu ou si je conserve votre oonflanoe; € dans le premier cas, je quitterai sans hésiter le poste € OÙ vous m'avez .placé, et, fort de ma cohscience. Je me « rendrai de suite parmi vous; dans le second, j'aurai € le courage d!y rester, dussé-je y être immolé. >.
De chaleureuses adhésions de ses compatriotes, des adresses des -sociétés populaires, des Hautes-Alpes i-la CiûBventî()d[i contre les menées des accusateurs des députés du départen^ent, purent complètement rassurer Borel sur les effets des attaques dirigées contre ses collègues^' et contre lui.
Dans les premiers mois de- 1705, Borel est envoyé en mission avec les représentants Richard Boisset et Gadrois dans les départements de rAin,de risère,du Rhône, de la Loire et de SaOne-et-Loire.
Borel sut s'acquitter de sa mission avec intelligence et patriotisme. Les adresses des Lyonnais et des Grenoblois' à la Convention rendent témoignage de l'estime et de la confiance que Borel avait su inspirer.
€ Représentant du peuple, portait une adresse à Borel « des citoyens de Grenoble du 11 juin 1795 (insérée « au Moniteur)^ parlez, et bientôt l'intervalle qui nous « sépare des rebelles sera franchi . Nous jurons de ne « quitteries armes que losque la majesté nationale sera
< vei;gée. Que les factieux sachent que les habitants de « Paris ne sont qu'une section du peuple français; que
€ là; nepréiiwiOtiop .nalâQirfé appantiènt à la BépotaUqiie « ODtiène ;, que- cbiqiie dëpartBDMnt, isfaaqiie îmiiTiâB » « défttidjca jusqu*aa deroier soapîr la sûreté et la lîbarté «< de ses déiiJMcaiiont^ »
Bonri. mourui; à ParÎBvdans le tsouxant.de l'aanée ifTOB, tiiès--psu dftlempaagjpès raeoomplissainsBt d«*cettB ni»- Bian (<i)i
La table alphabétique da Moniteur (do iïïSTiuiTMl^ «a n%distinguaiit'painl'l0 ootUReatkmaeltBoreiy pepwtoeatMit dife'BiâaniBoniMJs^ dal*ua de saa hamoajaMSy.BoreL de roitft^ àifmU m Goas^ deaCiaçt-Cteat^ a été aaoa nal doute la soaro^^ des erreofs que l'oBr ooas^ie dana les iodisatioas* bibllografilûqiiea donnéea par M4 Adolphe Roahaa dana ^a Biograpihia4ii Daaphiné. .
Il n';> ayail àla GoAventioa qn'un seul d^ntéidii oom do-Borel^ oieelki le repvéseniant du BBiaa^omiaia, Hji^ ciotha-Marcellia Bonel ; au Conseil des Ginq*Geata en» tràireat deux dépnliés. du m4me nom : Bosel de l'Olsa et Barel-Yeenidres»
A Borel de rOise>, il faoA attribuer lea: poUioatioas suivantes rappelées par M. Rochas : Opinion sur- la régénération deê mœuTÂ par Borel. -~ Contre ieêcéii^ baigiii'es,^-^ Opimon 9wr le projet de réseloiioo relatif à la révocation, des conflsoations matatemies par l'art* 4 de la loi du 21 prairial an III.
Toutes les autres publications signalées par M. Rochas appartiennent à Borel le conveotionael.
Bibliographie.
1° Borel, représentant du peuple^ à ses commettant» (imp. Dufart, 1793, in-8% 8 p.
2^ Borel, député à la Contcention nationale, à ses commettants. Imp. Dufart^an III, in^^, ép.
(t) Son pallirfila- Léonidos Boiel^ négocianit à Naplet, y cal mont l'aapaaaéi. entouré de< la ooasîdéraUon siioécato»
3^ Compte^rendu par Boréi des receltes... faites dans le département de l'Ain. Imp. nationale, fructidor an III, in-8*, 2 p,
4^ Dlyerses proclamations aux Lyonnais (indiquées par M. Rochas), placards in-f*'.
BoulUet (Glaudb), né à la Grave (canton de la Grave).
Claude Bouillct était un pauvre cantonnier de la corn* mune de la Grave, qui a laissé la mémoire d'actes de dé* vouement marqués, à un éminent degré, par le courage, l'abnégation et la générosité.
En ISO'*^, il sauva, en l'emportant sur ses épaules, un militaire épuisé de fatigue et qui, par un temps de tour^ mente, était en péril de mort sur le col du Lautaret.
En 1812, le 8 janvier, il se jeta dans les eaux glacées de la tlomanche pour sauver, au risque de sa vie , un marchand colporteur italien qu'un faux pas avait précipité dans la rivière (1).
A la suite d'un rapport du préfet des Hautes-Alpes , Claude Bouillet reçut, en mai 1812 , du ministre dé l'intérieur, une médaille d'honneur eommémorative d'actions dont le caractère héroïquement généreux ne peut être justement apprécié que par ceux qui connaissent , pour y avoir cté exposés , les formidables périls du passage du Lautaret, dans les jours d'hiver où la tourmente multiplie sur les pas du voyageur les fatigues inouïes, les intolérables souffrances du froid et les amoncellements de la neige, bien souvent devenus son funèbre linceul (2).
(1) Journal d*agriculture des Hautes-Alpes, 1812, pages 82, 83 et 84.
(2) Dans la nuit du 31 octobre au l«r novembre 1859, venant de Briançon à Grenoble, nous fûmes surpris, deux voyageurs dans l'ascension du Lautaret que nous avions commencée dans lo tratueau attelé de 3 chevaux qui transportait les dépêches,
L'hupl^le cantonnier bravai^ ces ^rri^lçs d^ii^çni ; il risquait si| vie pour sauver ccllq d'hommes qui lui étaient inconnus, n'aspirant à d'autre récompense que )a nqbje joie d'une âme qui a dofinë carrière à ses grandes et généreuses impulsions. Ce nom p^ doit pas $tre oçiblié,
Charpe (André), né à la Grayç fcaoton ^9 ^^ Grave).
Marchand colporteur appartenant à la religion n^formée, Gharpe fut Tune de< victimes de la Sa|nt-6art{iélemy, à Ljôn (1). (27 août 1572.)
Flnat |[Glàudb), ^u Monêtier de Brlançon (cantQp du Monétie^).
Glaude Fin^t, ^é le 15 n:\ar;$ 1775, au Monêtier de Briançon , d'une famille de cultivateurs aisés , partit comme yolontaire ^ l'^q ( e ^ix-buit ans et fut earôlc (^ans 1^ baffillon desi chasspMrsdes Alpes le 23 août 1793. Incorporé bientôt dans les guides à piqdy il passa dans la carde co^^ulaire 4(^yenue plus tard la garde iniférialç.
Capitaine dans les voltigeurs de la garde le 5 avril |809, il fut élevé le 8 avril 1813, au grade de chef de bat^il^QQ au ^Q^ ré^ime^t des voltigeurs do la garde ; il ét^it déjà, lors de cette ç^e^nière proi^otion , officier de U Légion d*honnçur ; à sa ferm^ bravoure il devait cettq distinction ^psigne rarement conféré<& ayant Ti^vénement ^ux grades si^érieurs.
Glaiudç Fi^^t eût fourni sansi fiupun doute une bxdllante
par uno tourça^te terrible. NpJre yie fut çn danger; si ^Q^% la sauvâmes, ce fat autant grâce au courage et au dévouncpt de notre postillon, Louis Deje^n (du Villard-d'Arène}^ qu*a notre énergie personnelle. — À. A.
(1) Jean Crospin, Histoire des martyrs, .•^. p. 719. Gonoo, Histoire Imnentable^ .... p. 226.
carrière militaire , si la mort ne Tayail frappé à l'ftge de trent6*neuf ans^ à la bataille de Laon, en mars 1814.
Claude Finat avait assisté aux luttes les plus glorieuses de la grande épopée do la République et de TEmpire : campngne des A'piS, ans II et III ; dltalie, ans IV et V ; d'Egypte et Syrie, ans VI et VII; dltalie, an VIII; de la grande armée, 1806, 1807; d'Espagne, 1808; d'Aile* magne, 1809; d'Espagne, 1810; de Russie, 1812; d'Allemagne, 1813; de France, 1814.
Le colonel Gallice, dont nous allons esquisser la bio* graphie, était le neveu, par Anne-Marie Finat, sa mèrei du commandant Giaude Finat.
Galilée (Barthélémy), colonel du Génie en France, général (le la même arme eu Egypte, di Lauzet, commune du Monétier (canton du Monétior de Briançon),
A la descente du Laiitaret, du côté du Briançonnais , le premier village qu'un rencontre est celui du Lauzet^ situé un peu au^dessou^ de la route nationale, à 1,687m. au-dessus du niveau do la mer. Il fait paitie de la.com^ mune dti Monétier.
Blotties sur les bords du rui.^seau de Gh irdonnot , afIluLMt iîo la Guisai ne^ dans un éiroit e$pac<) de terrain , k'S habitations dj ce hameau, quoiqu'un pou pr tétées par les hosseluies du sol contre le souffle g.ucé de la bise et les violentes rafales de la lombarde (veat d'e.<)t), so t très-basses et s'enfoncent dans la terre, oomm« pour s'y cramponner solidement en vue de la tourmente el do l'avalanche.
A voir ce petit groupe de chaumières ainsi aventuré sur les confina des altitudes inhabitables, assez riant en été, par les fraîches prairies et les bouquets de frônes qui l'entourent, mais triste et morne durant les longs hivers , on se sent tout d'abord ému de compassion pour les rigueurs de cette existence sibérienne, rigueurs dans lesquelles l'idée d'extrême pauvreté se présente d'eUe-^ même à l'esprit à côté de la dureté du climat.
Et cependant ce ne serait point à bon escient que Ton 8*apitoierait trop vivement sur le sort des habitants du Lauzet. Les conditions matérielles de leur existence sont au moins au niveau de celles des autres paysans du Briançonnais, si elles ne sont meilleures. Sur les croupes herbues du Lautaret et dans les prairies pastoralesdela montagne de Ghardonnet, les habitants du Lauzet trouvent un fourrage abondant et de qualité sup<$r)eure, ce qui leur permet Télèvo du bétail ; ils ont à leur portée dû nombreuses carrières d'un anthracite de très-médiocre qualité , mais dont Textraction présente peu de difficultés et constitue leur occupation dans les heures les moins froides des journées de l'hiver.
Les habitants du Lauzet ont trouvé longtemps une source de petits profits dans les transports de marchandises par eux opérés à dos de mulet dans la traversée du Lautaret, comme aussi dans l'emploi de leurs chevaux et mulets comme renforts offerts aux voituriers et charretiers qui tentaient avec de lourds attelages l'ascension de ce col.
Il y avait donc une relative aisance dans la plupart des familles habitant ce petit viilage. On le reconnaissait bien du reste à voir le dimanche la dépense faite au cabaret par ces robustes montagnards.
Quels terribles buveurs ! et si Rabelais avait assi&té à une beuverie dominicale du Lauzet, il ne l'eût point trouvée indigne des vignerons de la Devinière et des buveurs de Ghinon. Du paysan du Lauzet il eût dit aussi : € A boire n'avoit point fin ni canon, car il disoyt que les < metes et bornes de bpire estoyent quand, la personne € beuvant, le liège de ses pantophles enâoyt en hault « dung demy pied. »
N'était-ce point des Gaulois du Lauzet que Diodore de
Sicile traçait ce portrait : € Aimant jusqu'à l'excès le via
\ < que les marchands leur apportent sans mélange , ils en
€ boivent si avidement qu'ils tombent dans un profond
€ sommeil ; aussi beaucoup de marchands italiens, pous-
< ses par leur cupidité habituelle, ne manquent-ils pas
< de tirer profit de l'amour des Gaulois pour le vin. Ils
< leur en apportent, soit dans des bateaux sur les rivières
< navigables, soit sur des chars. En échange d'un ton-
< neau de vin ils reçoivent un jeune esclave , troquant « ainsi leur boisson contre un échanson ! »? (1)
Dans la principale auberge du Lauzet, tenue par les mariés Barthélémy Gallice et Anne-Marie Pinat , est né le 25 février 1790, leur fils, Barthélémy Gallice, dont nous allons dire l'existence toute honorable et bien remplie.
L'enfance de Gallice se passa presque entière au Lauzet. Mener paître le bétail de la maison, conduire au col du Lautaret les chevaux de renfort, accompagner dans les ascensions du Galibier et du Ghardonnet les rares touristes, hôtes d'un jour de l'auberge paternelle, exercer, à tout bout de champ, son esprit et ses forces physiques dans cette dure existence du montagnard : telles furent les occupations du petit pciysan, tour à tour muletier, guide ou berger.
A 14 ans, le jeune Gallice entra à Técole secondaire de Briançon. Sous l'éminent professeur de mathématiques Sunderson Berard, Télève, fit des progrès rapides; à la distribution des prix de septembre 1807, il obtenait le premier prix de mathématiques (2). Gallice alla achever ses études au lycée de Grenoble, et, deux ans après, il entrait, le 1*' novembre 1809, à l'Ecole polytechnique où, dès le premier concours, le laborieux élève obtenait le n* 2. A la sortie de l'Ecole, il entra dans le génie militaire. Le jeune ofllcier allait faire bien vite un rude apprentissage de la guerre.
Lieutenant du génie dès 1812, Gallice prenait part, en
(1) Liv. 5, traduct. Hoefer.
(2) Journal d'Agriculture,,, des Hautes A Ipos, 1807, p. 184.
181r8, aax l^ataillds de Lvisen, Bttftsefn, Leipsick, Carisbacb, dà panage de TElbe, sous Dresde. Dans le monrement de retraite opéré par lé da<s de Ragnse, aprèsle combat de T<ma«wakle (20 aoftt 1818), GaTlice fut chaîné de faire sauter le pont de la Bober. Resf^ seul sur ce pont pour en achever la destruction, il fat renrer se un instant par un coup de mitraille. Cinq braves of9clers du 69* accoururent à son secours ; avec leur aide, il vînt à bout de sa périlleuse entreprise. A la suite de cette action d'éclat, le valeureux lieutenant ffft porté à Tordre du jour de Tarmée. Promu au gt&de de capitaine, le 4 décembre 1813, il prit part. Tannée suivante, à la campagne de France.
En 1819', le capitaine Gallice fut attaché à h place de Briançoft. Il se retrouva au milieu de ses compatriotes et se lia d'amitié avec ceux d'entre eux les plus distingués par Thonorabilité du caractère et la culture de Tesprit : MM. André Latour, décédé en 1852 président du tribunal civil de Grenoble; Benott Bouchié (de Colo) ; Victor Vincent, avoeat; le chimiste Chance], Tavocat Joachim Gbarbonnelle-Sane, Balthazard Albert, officier en ret. , etc.
Le passage de Gallice à Briançon a été marqué par les plans et devis qu'il dressa pour la construction de Thôpital militaire de Briançon, remarquable par son aspect momimental^ par Tart qui a présidé à sa distribution intérieure et par le choix de son emplacement dans le lieu le plus abrité contre la violence de la bise (vent d'Ouest) et de la Lombarde (vent d'Est). Il s'inspira quelques fols des conseils éclairés de son ami Barrillon, Thabile architecte de la ville de Grenoble. Il conçut aussi et fit exécuter les belles plantations d'arbres indigènes et exotiques qui entourent les remparts de la vjile.
En 1830, Gallice fut chargé de la difficile mission de faire embarquer à Marseille tout le matériel de Texpéditio» d'Alger. Il prit part lui-même au fiége d'Alger et se fit remarquer à la prise du fort de F Empereur. Nommé chef de balai Ion, le 13 décembre 1830, Gallice fut appelé
â là direction da parc dû génie, à Alger, où il demeara jusqu'au mois dé juin 1^31, époque à laquelle il fut liommâ sous-dirécteur et professeur de TÊcôle ^'application de Metz.
Le commandant Gallice enseignait a Metz les principes des fortifications de campagne; plusie'urs detses anciens <^lèye|^, à ce jour officiers supérieurs ou officiers généraux du génie et de rartillerie, ont gard^ de leur ancien professeur le meilleur souvenir. Savant et botij tel est le simple et véridiquc portrait qu'ils font du commandant gahion-farci (c'était le sobriquet emprunté à la terminologie de leurs études militaires que les jeunes souslieutenants de r£coIe avaient donné à leur excellent professeur^ dont la carrure athlétique semblait, du reste, légitimer le plaisant surnom ).
Le commandant Gallice, après un séjour de cinq ans à Metz, fut cnvojé C3mme chef du génie à Marseille, le 1*** mai 1836. Il demeura quatre ans ,dans cette ville, où de) attaches de famille (un de ses frères s'était fixé dans cette ville et y faisait un petit commerce) et de nombreuses relations d'amitié devaient le ramener à la un de sa carrière militaire.
Mais le commandant Gallice allait être appelé à faire preuve, â travers les mille obstacles d'une mission difficile, des remarquables connaissances spéciales qu'il avait acquises, d'une rare pénétration d'esprit, ainsi que d'une fermeté de caractère peu commune.
Le gouvernement français, en septembre 1840, envoya le commandant Gallice en mission en Egypte, auprès du vice-roi Mehemet-Ali, pour réparer et mettre en état les fortifications d'Alexandrie.
On était, à ce moment, en pleine Question d'Orient, La victoire de Nézib (24 juin 1839) remportée par Ibrahim-Pacha sur l'armée ottomane avait provoqué, d'une part l'hostilité de l'Angleterre qui, pour des vues faciles à pénétrer, ne pouvait tolérer l'afiermissement ni
d fortiori l'extension de la puissance de Mehcmct-All en Egypte, la contrée par elle tant convoitée, et d*autre part, la redoatable opposition de la Russie qui ne pouvait admettre la chute de TEmpirc turc au profit d'un rcf résentant de rislamisme aussi habile que le vice-roi d'Egjpte, événement qui eût groupé les forces morcelées do cet Empire bn un faisceau assez puissant pour déjouer dans Tavenir les tentatives de l'ambition moscovite sur Gonstantinople.
La France, dont Tintérét était d'empdcher la réalisation de toute intervention des deux grandes pois» ance5(, intervention avant-coureur d'envahissements redoutés, la France avait arrêté, dans sa marche conquérante, i*armée d'Ibrahim, ne voulant laisser aucun prétexte décisif à rimmixtion à main armée, dans le débat, de rAngleterre et de la Russie. Elle s'efforçait d'assurer le maintien de TEmpirj turc menacé par l'armée égyptienne et de sauvegarder d'autro part le pouvoir de Mehemet-Ali agrandi par la conquête de Syrie.
Il fallait surtout que le vice-roi fût mis i l'abri d'une soudaine attaque des puissants ennemis qui le menaçaient. La restauration et l'extension des fortifications d'Alexandrie étaient en première ligne au nombre des mesures de défense à organiser en vue d'une telle éventualité. Le commandant Gallice fut envoyé en Egypte pour diriger ces travaux de capitale importance.
La mission confiée à Gallice était hérissée de difiîcultés. Les obstacles apparaissaient do toutes parts et eussent paru insurmontables à tout homme qui n'eût pas été do capacité supérieure et d'une grande force de caractère.
Les idées reçues et les habitudes de populations réfractaires à toute innovation de provenance européenne, l'ignorance et la vénalité des fonctionnaires, l'absence de conducteurs de travaux possédant quelques sûres notions de l'art de la construction, les difficultés d'accès auprès
da chef de l'Etat, Temploi d'interprètes le plus souvent inhabiles à saisir et à exprimer des ordres d'idées pour eux peu intelligibles, parfois intentionnellement inâdèles traducteurs des paroles dites, la dilapidation par les familiers des princes ou les fonctionnaires de second ordre des ionds destinés aux travaux publics , ces dif3cultés constituaient de sérieux empôchements pour ringénieur français. Il faut en signaler deux autres peut-être plus graves encore ; en premier lieu, ces revirements de politique et de résolutions aussi soudains qu'imprévus, si fréquents dans les cours orientales et dus autant à une naturelle mobilité d'esprit qu'à l'influence du fatalisme. Malgré la hauteur de ses vues, Mehemet- Ali subissait, dans une certaine mesure, ces éternelles tendances de sa race.
Dès 1832, Lamartine disait (1) : « On connaît mal en
< Europe la politique de l'Orient : on lui suppose des « desseins, elle n'a que des caprices ; des plans, elle n'a
< que des passions ; un avenir, elle n'a que le jour et le « lendemain. On a vu dans l'agression de Mehemet-Ali
< la préméditation d'une longue et progressive ambition, € ce ne fut que Tentralnement de la fortune, qui, d'un € pas à l'autre, le mena presque involontairement jusqu'à « ébranler le trône de son maître »
En second lieu, il était de stricte obligation pour l'ingénieur militaire français de se dissimuler, de faire une grande œuvre à petit bruit, de ne pas laisser surprendre ] nr l'Angleterre la main de la France dans ces travaux qui pouvaient être un jour le boulevard de l'Egypte conlro les entreprises de l'ambition britannique (2).
(1) Voyage en Orient, t. H, p. Î12.
(2) Celte diflicullc de situation est indiquée dans un rapport du général du génie M. Dodc de la Bruncrie (ievenu niarcchal de France], pour lurs président du Comité de fortifications, sur les comptes rendus des travaux de Gallico adressés au duc
Tels étaient les obstacles. Le commândanf Ôallicene fut point au-dessous d'une tâche dont les difficultés eussent semblé, à tant d*autres, insurmontables et la responsabilité trop lourde. Fermeté et obstination de volonté, singulière finesse de montagnard, ressources et souplesse d*edprit dissimulées par une bonhomie pleine de charme, attitude calme, manières simples ci courtoises j telles étaient en outre des connaissances professionnelles de Tingéhieur français, les rares qualités d'intelligence et de caractère qui contribuèrent puissamment au succès de sa mission. Un autre éléziient de réussite fut sans contredit la confiance qu'il sut inspirer à Mehemef-Ati.
Le vice-roi n^avaît qu'à s'applaudir des services des Français appelés par lui aux plus éminehfes fonctions de son gouvernement, et ses plus habiles collaborateurs dans son œuvre do régénération politique et sociale de l'Egypte, tels que: Soliûian-Pacha (colonel Selve), major général de ses armées; Lambert, directeur de l'Ecole polytechnique ; Glot-Bey, l'organisateur du service médical ; Linant-Bey, l'ingénieur hydrographe ; l'industriel Jumel qui introduisit en Egypte la culture du coton à longue soie et tant d'autres. Gallice ne tarda point à inspirer au vice-roi une haute idée de ses talents et de son caractère.
de Dalniatie, ii:inis!ro do la guerre : « Il est facile de cornac prendre, disait M. Dode, que la position acluelie do Mebemct- « Ali h l'égard de l'Ànglelerre lui impose une grande réserve € relativement à la mise à exécution des projets de dcfeii&e « qu'il penl méditor et surtout do ne point laisser voir que c'est <( à des agents français qu'il confie le ^oîn de les diriger. » (Observations snr les lettres des l*' et 12 mars et 16 avril 1841 du commandant Gallice.)
( Le petit-neveu par alliance du maréchal Dode de ia Bruncrle, M. Albert de Rochas, capitaine du génie, qui traite, dans la presse locale, dos questions d'histoire, de topographie et de stratégie militaire avec tant de succès, a bien voulu me communiquer tous les rapports du maréchal Dode sur les travaux de Gallice.)
Au mois de fértiev 1843, Gallice réclamait avec instances an vice-roi un personnel d*ouvrîers plus nombreux; il lui demandait trois répments pour les travaux des fortifications. Mehemet-AIi lui promit de satisfaire â sa demande dans un délai rapproché : « Tu poux me € croire, lui dit-il en souriant, car dans quatre ou cinq « mois Tagriculture pourra se passer de mon armée. » Puis il ajouta : € Je sais que le gouvernement français € est mon ami ; qu'il m'a envoyé en toi un bon ingénieur € militaire ; aussi as-tu toute ma confiance, et comme je « n*enfonds rien aux fortifications, je ferai tout ce que tu « voudras â cet égard ; si ça va bien, tant mieux ; si le c contraire a lieu, Allah kérim (a). » (1)
L'appui du vice-roi permit à Gallice d'empôcherla démolition de la citadelle Gafarelli, dont des spéculateurs convoitaient le sol et les matériaux ; l'ingénieur français eut toutes les peines du monde pour empdcher cet acte inqualifiable de vandalisme qui eût compromisf l'ensemble de ses travaux de fortification.
A travers toutes ces difficultés, les ouvrages projetés s'exécutaient, et Mehemet-Ali, inspectant avec Gallice les travaux de fortification élevés à la porte de Rozette, disait à son entourage : € C*^s*«n^w/i>r, j'avais toujours € cru jusqu'à présent qu'Alexandrie éta't une place € forte. > (2).
Le colonel Gallice (Il avait été promu à ce grade le 18 avril 1844) se vit conféi'cr, par le vice-roi, en récompense de ses services, le grade de miri-Iiwa (général do brigade), et le 31 août 1844, il recevait du gouvernement français l'autorisartion d'accepter ce titre.
(a) Allah kérim. — Dieu est le maître.
(1) Lctt 0 du comilnandant Gallice au duc de Dalmnlie, ministre do la guerre, du 6 mars 1843.
(3) Lettre du 6 juin 184 i du colonel Gallice au général Dode de la Brunerie,
Le 18 mai 1845, un chef d*escaclron d*artîllerie de Tarmëe française, en mision en Egypte^ écrivait à Tun de ses amis en France, en ces termes qui dépeignent la brillante situation d'influence acquise par le colonel Gallico auprès du vice-roi :
« Le Pacha nous a reçus avec une grande bonté. Il nous € a fait asseoir sur son divan, à ses côtés, et nous a entre- « tenus plusd*une heure. Il a été très-satisfait d* apprendre « que j'étais une vieille connaissance du colonel Gallice...
€ Hier, nous sommes allés visiter la coupure qui joint € la grande rade au lac, ainsi que le fort en arrière. Sauf « quelques travaux de détail, ces ouvrages sont terminés... « ces travaux seuls sont immenses et d*une très-belle
< exécution... et si l'on savait tous les obstacles qu'il a € fallu surmonter pour arriver à de pareils résultats, on € ne saurait trop admirer la patience, la persévérance, la « force de caractère que le colonel a été obligé de déployer « pour arriver là (1). Ces travaux font Tadmiiation de € tous ceux qui arrivent à Alexandrie, et ils contrastent € tellement avec ce qui les avoisine, avec tout ce qu'on € trouve sur cette plage, que je ne suis point étonné de
< l'effet qu'ils produisent. Le Pacha les admire à tel point « qu'il en fait le but de ses promenades journalières et ils « ont valu au colonel Gallice la confiance entière de son « altesse, p
L'activité d'esprit du colonel Gallice s'exerçait encore en dehors des limites des travaux confiés à sa direction. Il étudiait toutes choses au milieu de ce peuple et sur ce sol en incubatio:i rapide de civilisation sons l'action de l'ardent génie de Mehemet-Ali. Ses dépêches au gouvernement français témoignent de la sagacité, de
(1) Dans l'une de ses dépèches (celle du 6 mars \8i6), Gallice (lisait : « L'imprévoyance, l'orgueil, rignoranec cl le fatalisme « exercent sur les cerveaux turcs un effet tel qu'on ne saurait « trop souvent les rappeler à ce qui leur est utile, n
Tesprit pratique et éclairé avec lesquels il appréciait tontes les questions alors à l'ordre du jour: constructions de ports, navigation intérieure, organisation de l'armée, agriculture, commerce, instruction publique, etc.
Le percement de l'isthme de Suez avait appelé l'attention de Gallîce, et dès le mois de mars 1844, il signalait la possibilité de l'établissement d'un canal direct.
M. de Lesseps rend témoignage du travail de Gallice (i) dans les termes suivants :
« Le général du génie Gallice-Bey, auteur et directeur € des fortiûcations d'Alexandrie^ avait, de son côté, pré-
< sente i Mehemet-Ali un projet de percement direct de
< l'isthme, conforme au plan proposé par Linant-Bey. » Le général Gallice invitait le vice-roi à exécuter luimême et par les bras de son armée cette immense entreprise et moyennant ce, il estimait que la dépense ne devait pas excéder le chiffre de trente millions de francs.
On le voit, Gallice mettait au service du vice-roi et croyant, en ce servir, sa patrie et T honorer en sa personne, toutes les ressources d'un esprit chercheur et éclairé :
€ Je serai heureux, disait Gallice au début de sa missioni € si je puis laisser de mon passage ici un témoignage
< honoiable pour l'habit que je porte. >
Gallice reçut de tous l'assurance et put se donner à luimême le témoignage que cette ligne de conduite si noble avait été, en tous points, suivie.
Il accomplit sa mission, sous Mehemet-Ali, sous ses successeurs Abbas-Pacha et Mohammed-Saïd et conduisit Jusqu'au parachèvement les fortifications d'Alexandrie. Nous retrouvons son nom dans le brillant entourage de Mobammed-Saïd tel qne le signalent les lettres sur V Egypte de M. Barthélemy-Saint-Hilaire (2) :
(i) Percoinent de l'isthme de Suez. Paris, Pion, 18 j5, p. 46. {i) P. 103.
H Saîd n eu le bonheur de s*cntourer do quelques per-
< sonnes qqi i^éritont toute sa confiance, les unes choisies
< par lui, les autres appelées dès longtemps en Egypte € pnr l^eh^met-Ali : Zulfik.ar-Pacha| son oompagnon
< d'éducation et son ministre des finances, Edhem-Pacha,
< son ministre actuel des air4ires étrangères, qu'il vient 4C de nommer gouverneur du Caire ; Sclim-Pacha, le gé*
< lierai en chef de la cavalerie et le plus habile des élèves
< du colonel Yarin; Soliman-Pacha > le chef d'état-major
< générî^l de Tarmée; M. Koenig-Bej dont je voos ai
< cW'ji p.iilé ; MM. Linant-Bey et Mongel-Bej, ingé* € nieurs eu chef de tous les tr;;ivaux publics î M, Oallice^ « Jieif qui a construit les fortification? d'Alexandrie; « M. Motlet-Bey... etc.
La mis'sion de Gallice était remplie quant à son principal objet (iii ruoins, l'établissement des fortifications d'Alexandrie. Malgré la résistance du gouvernement égvpticn, qui appréciait k leur haute valeur les services de l'ingénieur militaire fra( çais, ce dernier ob'int, vers lu fin de 1854^ de rentrer dan^ sa pâtre. Une pension de rétracte û's.éQ avec générosité lui fut octroyée par le gouvernement de Muhamcd-Saïd. Gallice^Bey &c rv'tira i Marseille et y passa auprès de sou frère les dv^ruièrcs années de sa vie.
Chaque année, dans le cours d^ cette dcnûéra période de ^011 existence, Galice gagnait, pendant Tété, la p ttoresquo vallée de la Guizanne, sou rude pays natal. Il y demeurait un moi:s, au milieu de ses parents, de ses amis, évoquant par le souvenir» à la vue de lieux aimes , les vives impressions de son enfance^ conversant en putoU avec ses compatriotes, leur prodiguant des conseils aux* quels son expcrience des hommes et des choses imprimait tant de sagesse, s'enquérant des besoins du village, da ses chemins, de ses écoles, des ressources du bureau de bienfaisance, ouvrant sa bourse avec générosité pour rendre possible la réalisation des desiderata d'intérêt public reconnus utiles.
M. Albert de Rochas, qui a passé son enfance dans le Briançonnais, vit un jour Galice-Bej assis devant la porte de Taubergre paternelle, au Lauzet, auberge tenue encore aujourd'hui par son neveu , Auguste Jourdan. Un sac d'ôcus était déposé sur une chaise à côto de lui. Chaque fois qu'un petit paysan venait le saluer du nom de purrain, le bon colonel .plongeait la main dans le sac et lui donnait un écu. Notons que Gallice était le parrain des neuf dixièmes de la jeunesse des deux villages du Lauzet et du Gasset.
Il est difficile de dire quel sentiment do sympathie instantanée inspirait à première vue cet homme excellent (1). Dans les hautes régions officielles qu*il avait traversées, Gallice-Bey n'avait point perdu une certaine rusticité de manières qui n'admettait , du reste, l'alliage d'aucune vulgarité. Ce lui était une grâce originale qui ajoutait au charme d'une physionomie singulièrement empreinte de finesse et de bonté.
Gallice-Bey, colonel du génie de l'armée française, miri-liwa, ou général au titre égyptien , commandeur de la Légion d'honneur (2) et dû l'ordre du Nicham , est mort à Marseille, le 26 mai 1862, d'une afTecticn organique du cœur, développée par le climat d'Orient,
Par son testament , il a légué à son village natal , le Laujzety une somme de vingt mille francs pour être em* ployée en Tachât d'une rente sur FEtat, dont le produit annuel devait avoir une multiple afiectation : secours aux pauvres, entretien de l'église et de la maison d'école, du four et du moulin banals, etc.
Il a fait don de quatre mille francs aux pauvres de? autres villages de la commune du Monéticr.
(1) Je garde le souvenir d'une affeclueuse causerie d'une demi-heure avec le colonel Gallicc, enoclnbrcl8i7, àMurscillo. C'é'.ailun ami de mon père; sou aceue.l fut des plus aimaMcs. — A. A.
(2) Décret ào S9 mai 18.U.
Tel fut Galiice-Bej, Tun des meilleurs, l'un des plus nobles enfants du Briançonnais.
Geudron (Glaude-Hënri) , du Monêtier-de-Briançon (canton du Monêtier).
Gendron est né au Monôticr-de-Briançon en 1746. Il s adonna au commerce. Homme intellifrent et plein d'initiative, il n été le premier à introduire au Monêtier une industrie fructueuse, la âlatureet le tissage du colon. lia été le plus aident et le plus heureux explorateur des gisements d*ânthracite dans la localité. Il obtint aus^i la concession des mines de plombagine du Ghardonnet et les exploila avec habileté et succès (i).
Il administra longtemps comme maire la commune du Monêtier. Il fut ensuite nommé percepteur des contributions directes, fonctions qu'il exerça jusqu'en 1816.
En 1815, lors de Tinvasion du Briançonnais par Tarmée austro-sarde, le général commandant Tarmée ennemie avait imposé une contribution de guerro à la commune du Monêtier, dont raccès lui était ouvert par la communication ]ion gardée du col de Buffère. Gendron fut unanimement désigné par ses compatriotes pour obtenir du génénéral Giâlcnga le retrait d'un arrêt fiscal qui frappait une commune d'une pauvreté notoire. Gendron se rendit i Névache, résidence du général, et y fut pendant quelques jours retenu comme otage. Mais il sut habilement accomplir sa mitsion et obtint du général la libération do la commune du Monêtier.
Gendron est décédé au Monôlier-de-Briançon le 8 mai 1826, à Tâgo de 80 ans (2).
(1) Histoire des Haules-Alpes, par Ladoucette (Edit. 1848), p. lo3. Lettres à Ëraste (1807), p. 169.
{i} Bien des renseignements m'ont été donnés pour ces esquisses biographiques par M. Gendron, petit-fils de Glande- Honoré, actuellement percepteur au Monclier-de-Driançon ; qu'il reçoive ici mes remerciements. «* A. A«
ttlm«4 (Bloi)i de SUGhaffrey, canton du Monétkr^ de-Briançon, né le 19 noveinbre 1787, mort le 25 mai 1865.
Simple paysan qui ne put ou peut-^tre ne voalut pas s'élever aa-dessus de sa condition, Eloi Giraud a qaelqnes titres à figurer dans la biographie du Briançonnais. Doué d'une yive intelligence, il fut dans sa Jeunesse un chas* aenr habile, et durant son Age mûr, un incomparable trappeur. Il serait difficile de nombrer les loups, les r^ nards, les aigles pris à ses pièges. Son industrie s'exerçait non-seulement dans sa contrée natale, mais dans une région étendue comprenant Tlsdre, la DrOme, TArdèche^ les Basses-Alpes.
n est Juste d'assigner un autre mérite à Giraud. Il s*était adonné avec succès à la culture des arbres fruitiers, et il était devenu un arboriculteur eipérimenté. Il eût été à désirer, soit dit en passant, que cet exemple eût trouvé de nombreux imitateurs, et que cette culture, rare et presque dédaignée dans le Briançonnais, j fût en honneur et en large mouvement de vulgarisation. Ce serait pour ces contrées déshéritées^ une source certaine d*aisanco.
Cest Eloi Giraud qui est dés'gné sous le nom d'Eloi Gaudry dans l'ouvrage intitulé : Episode de 1815 dans le Briançonnais (1). L*auteur de cet opuscule, M. André LjStour^ a amoindri et fait grimacer Toriginale et intelligente figure du trappeur brian^^onnais. Un auteur de génie y eût saisi peut-être et signalé des traits qui eussent rappelé le Marcasse de Georges Sand, et le Bas-^ie» Cuir de Gooper.
Déjà nous avons esquissé le caractère et les exploits
(i) Episode de 1815 dans le Briançonnais^ par Breistroff, pp. 17 à M.
cynégétiques d'Ëloi Giraud, dans des notes sar le livre de Froment (1).
Olraud (Jeân-Baptiste), de St-Chaffrej, canton du Monêtier-de-Briançon, né le' 6 novembre 1788, mort i LiUe en 1818.
Après avoir fait des études en vue des fonctions ecclésiastiques, J.-B. Giraud embrassa la carrière de l'enseignement primaire. Il fut instituteur à Tullins (Isère). Il fit, peu après, un voyage à la Martinique, voyage entrepris dans un but de commerce. Découragé par rinsuccès, Giraud revint en France, cl grâce à la protection d'un haut fonctionnaire de l'Enregistrement, il entra dans cette administration. Il mourut à Lille eu 1818.
On a de Giraud un recueil de fables et de poésies légères qui témoignent d'un esprit cultivé. Il s'excuse dans la préfacj de son petit livre, d'employer pour la diffusion des vérités morales, la forme littéraire de Tapologue ! ! Mais quels grands poëmes valent telle fable de Lafontaine ? Voici ce prologue en vers :
A quoi bon être moraliste?
La morale est^ dit-on, compagne de rcnnai
Il n'en faut pas suivre la piste,
Pour écrire au goût d'aujourd'hui.
li est vrai : cependant un livre sans morale
Est un meuble qui n*cst d'aucune utilité.
Que faire en cette extrémité?
Il faut joindre par intervalle,
Le conte à la moralité.
Bibliographie,
Fables et autres légers morceaux de poésie, par J.-B. Giraud. Morlier, imprimeur â Lille. In-16, 34 pages.
(I) Essais d'Antoine Froment, avocat au Parlemcrit du Dauphiaé. Préfaces et notes par Aristide Albert, pp. 3i5, 346 et
Qttrlie (Frânçois-Honoré), du Monêtier-de-Brian-* çon, né en 1768, mort en 1837.
Gurlie est né au Monétîer d'une famille de Yalloire (Sayoie).Il embrassa rétat'ecclésiastlque.A la révolution, il paf sa en Italie et abandonnant les ordres, il entra dans le commerce et se rendit à Palerme auprès de son beau* frère et compatriote, un sieur Chemin, riche négociant. A rentrée des troupes françaises à Naples> sous Ghampionnet, ce dernier fut expulsé de la Sicile et laissa son florissant commerce aux mains de Gurlie, auquel la résidence fut permise en sa qualité de fils do Savoj^ard et d'ancien prêtre émigré. Gurlie réalisa dans lès affaires une belle fortune. En 1820, il céda son commerce à son compatriote, M. Maurice Merle, et se retira au Monêtier, où il se fit bàiir une belle et confortable habitation (1). Gurlie résida au Monêtier jusqu'à sa mort, arrivée en octobre 1837, à Eiubrun, où il s'était rendu pour l'élection d'un député.
M. Gurlie, durant les 17 années de son dernier séjour au Monêtier, se montra le bienfaiteur généreux des pauvres, et se fit aimer de tous par la bonté de son cœur et par le dévouement le plus louable aux intérêts de son pays naial.
La reconnaissance do ses compatriotes s'est inscrite sur la tombe de Gurlie, dans les vers suivants qu'on y lit encore aujourd'hui :
Ci-gît François Gurlie^ enfant du Monêtier, Embrun l'a vu mourir, ces lieux l'ont vu pleurer; Pour rendre à ses vertus un Icgitiuie hommage. Sa famille a placé son tombeau sans splendeur Parmi tous ses amis; au milieu du village Le pauvre peut encor bénir son bienfaiteur.
(1) Histoire des Hautes-Alpes, par Laduurelte, p. iol, édition de 1848.
Hermll (Claude), de la Salle, canton du Monêtier-do-
Briançon.
Claude Hermil est né à la Salle, le 11 mars 1706. Il était issu d'une famille de Pi^agelas. Il entra dans la compagnie de Jésus en 1722. Exilé en 1764, il put rentrer dans sa patrie en 1765. A la suppression de Tordre des Jésuites (1773), Claude IIt?rrail, désormais prêtre séculier, fit Tacquisition d*un petit domaine, situé au Pinet, commune de Puy-St-Pierre. Dans cette gracieuse retraite, Hermil passa doucement ses derniers jours, consacrant ses loisirs à l'étude et à la composition d'un ouvrage sur rhistoire de l'église gallicane, ouvrage qui n'a point été publié, et qui attestait, au dire d'intelligents appréciateurs, une profonde érudition, ainsi qu'une remarquable indépendance d'esprit. Il mourut dans un âge avancé.
Voici les quelques lignes qui ont été consacrées à Claude Hermil, par Ladoucetle, l'historien des Hautes- Alpes.
« Hermil, jésuite, habitait le Bcz, commune do la « Salle, vers la lin du XVni" siècle. Il a composé en 14 « volumes inédits, chacun de 300 pages, V Abrégé porta- « tif de V Histoire de V église gallicane. L'auteur y a « fait preuve d'une immense érudition. Son style manque « d'atticisme et même de pureté, mais il est remarquable « par sa clarté et une certaine bonhomie qui le fait lire ^< volontiers. On y trouve une sorte d'esprit philosophi- « que, reflet de Tcpoque où il écrivait, et qui en em- « pruntant aussi la forme des pensées évangéliques, « ajoute, selon moi, à la bonne opinion que Ton prend « tout d'abord du père Hermil.
« Par contraste à cette œuvre sérieuse, il existe du « même auteur un recueil manuscrit de poésies fugitives, « où l'austérité des pensées et du langage n^est pas
€ en^ concordence avec Tëtat de Técrivain. » (1).
Les recueils de poésies fugitives mentionndes par Ladoucette, portent les titres de Ville et Village et Rapsodies d'un vieillard.
On trouvera de plus amples détails biographiques sur Claude Hcrmil dans un article inséré par nous dans la Revue dès Alpes du 30 avril 1859.
Le grand ouvrage d*Hermil en 14 volumes, qui por-' tait le singulier litre d'Abrégé portatif y est perdu. Cette perte est imputable à l'un de ses parents peu leltré, peu soucieux de la conservation dos œuvres d'un homme qui avait honoré sa famille.
Ixoard (Joseph-Etienne), du Monôtier-de-
Briançon.
Izoai'd, no au Mor.étier, le 7 octobre 17G6, entra dans les ordres. en 1789. Il refusa le serment de fidélité à la constitution civile du clergé, et il passa les jours d'orage de la Révolution dans le ti'ouble et los périls, ajant continué en secret le saint ministère, dans les montagnes du Briançonnais et de TOisans.
En 1804, Izoard partit pour la Chine en qualité de missionnaire apostolique. — Il demeura quelque temps à Macao, et fut diricré ensuite avec d'autres missionnaires sur la Gochinchine. Il apprit en peu de temps la langue du pays, et, par l'austérité de sa vie et sa piété, il exerça une considérable influence sur les populations dont il poursuivait la conversion. Il mourut, au cours do sa mission, le IG juillet 1808, laissant, au rapport de ses supérieurs, une grande réputation de sainteté (2).
(1) Histoire des Hautes-Alpes, édition do 1848, pp. 148 et
(2) Vie de J.-^. Izoard, missionnaire apostolique, par J.-B. Payan (des Paniianches). Briançon, Cliautard, Hbrairc, 1833, in-8<*, 193 pages.
Bibliographie,
Petit règlement de vie et avis spirituels pour les habitants de la campagne^ par Etienne Izoard, 24 pp. in-16. (Ouvrage faisant suite au livre biographique de M. Payan.)
Ii»areiiçoii (Léon), de Ghantemerle, canton da Monotier-de-Briançon, né le 16 octobre 1841.
La famille Laurenç^n, fixée dans le Briançonnais depuis la fin du siècle dernier, est originaire de la Haute-Loire. Par sa mère, Léon Laurençon appartient à l'ancienne et noble famille briançonnaise des Raby.
A Tachèvemcnt de ses études uiiiveriitaires , commencées au lycée âo Brest et finies à celui de Grenoble, Lanrençon a suivi les cours de la Faculté de droit dans cette dernière ville. A la suite de brillants examens, il a été reçu docteur en droit. Sa thèse sur Vextradition est un véritable traité ex professa sur la matière, et lui a valu, de gens compétents, des éloges mérités.
Laurençon a reçu très-jeune de ses compatriotes briançonnais de flatteuses marques d'estime. Il a été nommé membre du Conseil général du canton do La Grave, et quelques années plus tard, du canton du Monétier-de- Briançon. Il s'est conquis au sein du Conseil général une situation marquée par la confiance et reslimo de ses collègues, qui l'ont appelé, à plusieurs reprises, à faire partie de la Commission départementale.
Laurençon a fait partie do la commission d'enquête nommée pour donner son avis sur l'utilité d'un chemin de fer de Gap à Briançon. Nommé secrétaire de la commission, il en rédigea les délibérations d'une manière remarquable. Des remerciements unanimes furent volés â l'habile rédacteur du procès-verbal, sur la proposition du président do la commission, M. Tanc, maire de Gap.
Laurcnçon s'est fait inscrîre comme avocat au barreau de Lyon.
Bibliographie :
Etude sur r extradition y précédée de la théorie du Postliminium en droit romain. Grand in-8®, 315 pp. Grenoble, Allier père et fils, 1872.
Chemin de fer de Gap à Briançon. — Procés-verbal de la commission d'enqvfête. In-8°, 12 pp. Grenoble, Allier, 1874.
Mathonuet (Antoine), du Villard-d* Arène (canton de La Grave), né le 2 avril 1764, mort le 13 février 1849.
Mathonnet est entrd dans la douane en 1783. Il fut contrôleur à Aoste (Italie) et admis à la retraite le l®** février 1815. Dans ses incessantes courses sur les sommets des Alpes, Mathonnet s*('prit pour la Flore du Dauphiné d*uue vive admiration, et il ne tarda pas à devenir un botaniste distingué.
Nous avons esquissé, il y a longtemps déjà, la biographie de Malhomitt (1). Nous nous exprimions en ces termes :
M. Mathonnet était officier de la douane. Appelé, par l'exercice de sa profession, à ré^ider sur les lieux les plus élevés des Alpes qui sé[>arcnt la France du Piémont et de la Savoie, né du reste au pied du Lautaret, cette terre classique pour le botaniste, M. Mathonnet devait, ce semble, êire frappé tôt ou tard par la variété des richesses végétales constamnunt étalées à ses regards, et se trouver tout naturellement conduit par la curiosité jusqu'aux abords de la science. Lq^ joies sereines et douces attachées à ces travaux devaient faire le reste et pousser l'adepte jusqu'à l'initiation. Ce ne fut néanmoins qu'à l'âge mûr
(1) Essai ihsvripiifsur VOisans, pp. 99, ICO, 101, 102.
que H« Mathonnet s'aTisa de eharmer tsm loiaini par l'étude de la botanique. Bientôt cette ëtade le passionna an point qu'il y appliqua toutes les facultés d*nne nature énergique, patiente et active. Des communications fréquentes avec les nombreux botanistes qui, chaque été, Tont admirer et étudier la prodigieuse tariété des plantes alpines du Lautaret, donnèrent à ses oonnaissanœs plus de précision et d'étendue ; au bout de quelques années, M. Mathonnet était un botaniste distingué, un explorateur intelligent et heureux. Il découvrait des espèces nonvelles et attachait pour toujours son nom â la flore du Danphiné (1). Les botanistes qui allaient le visiter et deman* der des conseils à son expérience pour diriger lenr herborisation, trouvèrent toujours en lui le guide le plus complaisant, le plus doucement dévoué qu*on pût désirer. Son souvenir est demeuré cher aux nombreux jeunes savants auxquels il a fait les honneurs du Lautaret, et auxquels il distribuait si libéralement, au retonr des explorations, les trésors de son riche herbier. Nous extrayons d'un voyage botanique dans les Alpes, publié par M. Grenier, de l'académie de Besançon, les lignes suivantes, qui sont un hommage rendu an caractère de M. Mathonnet, en même temps qu'elles ajouteront quelques traits intéressants i cette courte notice biographique :
< Après la pénible traversée du col de la Cavale, Je donnai le lendemain A un repos richement productif pour mes collections. Je passai la journée entière avec M. BCathonnet, ce vieux doyen des botanistes, et qui, malgré ses quatre-vingts ans, gravit encore les plus hauts sommets du Yillard d'Arène ou du Lautaret. C'est toujours par centaines qu'il récolte les rares espèces qui végètent sur ces montagnes, et c'est par centaines qu'il les prodigue aux botanistes qui lui font visite.
(1) Voir MuM, Flore du Dauphiné; B. Chaix (de Briaoçon), Préoccupoitùm timtUtiqun^ etc., etc.
t Ancien donanier^ en retraite depaia pins de trente ana, M. Mathonnet n'a jamais habite qoe les plus hantei Alpes de France et de Piémont. Le goût de la botanique lui est venu alors qu'il avait dëjâ dépassé Soixante ans(l). Mais à cet âge il était encore si vigoureux» que les plus infatigables marcheurs de la contrée ne pouvaient lutter avec lui. L'amour de la botanique éclata chez lui comme une passion. Il se levait la nuit, prenait un morceau de pain et s'élançait sur les cimes voisines, au sommet desquelles il arrivait parfois avant le lever du soleil. Personne n'a plus que lui contribué i répandre les rares espèces qui croissent sur le Lautaret^ aux environs de Guiilestre et sur le mont Yiso. »
Nous avons eu dans les mains et lu avec intérêt la volumineuse correspondance avec Mathonnet des nombreux botanistes dont il avait, par des conseils bienveillants et éclairés^ facilité les recherches et rendu fructueuses les herborisations. Il s'exhale un parfum de res** pectueuse et vive affection, de délicate reconnaissance pour le vénérable vieillard, de toutes ces lettres signées d'une foule de noms connus par des travaux appréciés en botanique, tels que F. Clément, Puiseox, David, Bonjean, Orenier, Mutel, etc. Par une singulière coînddenee de pensée, plusieurs de ces correspondants, peut-être incoiH nus les uns aux autres, donnent àM. Mathonnet les mêmes titres de président du Lautarety de vénérable joatriarche de ia botanique. Ces appellations sont surtout inscrites en tête des missives de la plus récente date.
Quelques projets de lettre écrits de la main de M. Mathoonet, et les notes qu'il a laissées sur divers sujets, révèlent en lui des sentiments élevés, un jugement
^— i» I I II « I ■ Il - ■ ■ ■ ■!■ .11 III I.
(1) C'est une erreur. La correspondance de M. Mathonnet prouve qu'à cet kge il s'occupait déjà fort tctivement de bots* nique.
ferme et droit, une âme pleine de chaleur et de sincérité. Tels sont les principaux traits d'une existence modeste et peu connue, mais qu'il est juste d'entourer de la considération que méritent d'utiles travaux, ainsi que Félévation et la noblesse du caractère.
IVIcolas de IVicolaï ou Mleolay, ne en 1517,
mort en 1583.
Les auteurs sont en désaccord soit sur le lieu où il naquit en Dauphiné, soit sur celui où il mourut.
Guy-Allard le h'it naître à la Grave eu Oisans (Bibl. du Daupliiné), Chorier (Hist. géuér., t. II, p. 733), à St- Siméon-dc-Bressien, au hameau de Soissons. Les uns le font mourir dans la ville de Soissons en Picardie, d'autres à Paris. (Voir Rochas, Biojjraphie du Dauphiné >° IN'icoiaï.)
M. Rochas se lève contre la naissance dans la terre de Bressieu, en disant qu'il n'y a là aucun hameau du nom de Soissons.
Il y avait, en réalité, à St-Siméon-de-Bressieu une maison-forte du nom de Soisons ou Soizons, M. Pilot, qui m'a renseigné â ce sujet, m'a fait lire un acte d'Etienne Boliaton, notaire à Brcssieu, du 15 février 1573, dans lequel figure comme témoin un Micliel Nicolas, qui est dénommé rftc^ de Soisons j dans le corps de l'acte, et qui signe N. de Soisons.
Il y avait aussi à la même époque, à la Grave, suivant les recherches de M. Pilot, des Nicolas ou Nicolai.
On en est donc réduit â des conjectures sur le lieu de naissance du célèbre voyageur et géographe, tout aussi bien que sur celui de sa mort. Ce qui semble accréditer l'opinion de Chorier, c'est ceque Nicoîaïdit de lui-même, qu'il sortit du ventre du DaulpLin ; expression métaphorique qui s'appliquerait mieux, d'après les données géographique à la terre de Bressicu qu'à la Grave.
Quoi qu*il en soit^ nous extrayons de notre Essai sur VOisans Tesquisse biographique que nous y avions insérée sur Nicolas de Nicolaj :
D'une imagination vive et colorée, profondément frappée d'ailleurs par les récits merveilleux des découvertes récentes, Nicolas de Nicolay, cédant à un invincible entraînement vers les excursions lointaines, quitta sa patrie à l'âge de ving:-cinq ans, et après avoir pris part au siège de Perpignan, il commença le cours de ses voyages dans l'Europe, l'Afrique et l'Asie, voyages qui durèrent do quinze à vingt ans.
Dans la préface de l'un de ses livres, Nicolas de Nicolay énumère les contrées qu'il a parcourues ; après avoir dressé la nomenclaturo des explorateurs et navigateurs cclôbros qui l'ont précédé, et parmi lesquels figurent, assez bizarrement accouplés, Bacchus, Alcxandre-le-Grand, Christophe Colomb, l'auteur esquisse ainsi sa propre biographie :
« A l'exemple desquels vertueux, studieux et magnanimes personnagos, je, Nicolas de Nicolay, du Daulphiné, valet de chambre et géographe ordinaire du très chrétien roy, touché d'un semblable stimule, l'an de grâce 1542^ et de mon âge le vingt-cinq, sorti du ventre du Daulphin, et passé par la gueule du Lyon, commençai à entrer en mes voyages dès la guerre et biége do Perpignan, en la suite du vaillant et magnanime seigneur d'Andoin, au retour duquel siège, persévérant et continuant au désir et cffect de mes pérégrinations estrangères par l'espace de quinze à seize ans, es royaumes, régions et provinces de la haute et basse Germanie, Danemarck, Prusse, Lyvonie, Suède, Gothie, Zélande, Angleterre, Ecosse, Espagne, Barbarie, Turquie, Grèce et Italie, etc., etc. »
A son retour dans la patrie, l'infatigable explorateur, nommé valet de chambre et géographe ordinaire du roi, écrivit et publia la relation de ses voyages, donnant à son
Uvre (1)| déjà si plein d'intérêt, un prestige de pins pir l'addition aa texte d'an certain nombre de gravares roproduisant les divers types des peuples par lui Tisités, ainsi que leurs armes^ leur attitudi et leurs vêtements. Le dessin de ces gravures ëtait assez liablle, assez correct, pour qu*on les attribuât à cet époque au Titien, Tune des gloires de l'Italie.
Le livre de Nicolay eut, â son apparition, un brillant succès. Il eut plusieurs éditions et fut traduit en italien, en allemand, en flamand, etc.. Pour que rien ne manquât à la joie de Tautcur, le roi alla le visiter dans sa maison, honneur insigne alors, bien rarement accordé à un sujet par son souverain ; il s'extasia devant les merveilleux objets recueillis par le voyageur dans le coui*s de ses nombreuses pérégrinations; et, pour que rien ne fit défaut à sa gloire, l'auteur et le livre furent chantés par le poète le plus célèbre de ce temps, P. de Ronsard, et poète orgueilleuœ ^ comme rappelle Boileaii, mais non dépourvu de talent ni de génie, quoi qu'en dise le grand Critique.
Qu*on me permette de citer quelques fragments d'une assez longue épf tre adressée à Nicoiay sous le titre d'élégie :
Mais j'cBtime sur tous celoy le plus heureux Qui, devant que vcstir le cercueil ténébreux. Laisse par la verta, malgré la parque noire, D'avoir jadis vécu, quelque belle mémoire; A toi, Nicoiay, appartient ce bonheur, Qui as, dès ton enfance, aymo tonsiours l'Iiouneur, Aux armes t'adonnant, à la cosmographie. Aux dessaings, aux pourlrailz, à la géographie, Et â mille beaux arts que ton divin esprit Presque dès le berceau dh'incment apprit*
(i) Les navigations, pérégri initions et voyages faiels par Nicolas de Nicoiay, Dasiphtoois, seigneur d'Ârfeoillc. Aswen,
— fll —
Ronsard passe ensuite à Tanalyse et à Tadmiratioa du livre :
Qui or comme un enfant nouvellement eonceu. Est de tous à Tenvy, avec faveur receu^ Le roy le favorise et les terres estranges, HonoronI ta vertu de diverses louanges.
Car un si beau labeur mérite en tous endroits Le bon accueil du peuple et la faveur des roys.
Nicolas de Nicolay est encore Fauteur d'un ouvrage intitulé : La Navigation du roy dCEcosse^ Jacques V du nonij autour de son royaume, des isles Hébrides et Orcades, etc.... Il a traduit de l'espagnol VArt de naviguer^ de Pierre de Mcdine.
Bibliographie.
Voir dans la Biographie du Lauphinè de M. Adol* phe Rochas j les détails bibliographiques qu'il donne soit sur les livres publiés par Nicolas de Nicolaj, soit sur sm ouvrages manuscrits.
Il a été publié cette année (1875) un ouvrage (Moulins, 1875, beau volume in-4**) de Nicolas de Nicolay, non mentionné par M. Rochas. C'est la Description générale du Bourbonnais en 1369 (d*après le manuscrit original de la bibliothèque Mazarine).
Trois autres des ouvrages manuscrits de Nicolay dont deux mentionnés à ce titre par M. Adolphe Rochas ont été publiés depuis 1863 par les soins de M. Victor Advielle.
Pallias (Honoré) (canton de la Grave).
Honoré Pallias est né aux Terrasses, commune de la Grave, le 13 juin 1833 ; son père avait fondé i Lyon un important commerce de bonneterie. Il enunena son âls tout jeune dans cette grande eité.
Ho.oré Pallias *ût ses études au lycée de Lyon. Il devint ensuite l'employé et, plus tard, rassocié de sob
— espère. Au décès de ce dernier^ il demeara le seul chef de la maison de commerce très-connue à Lyon par l'expressive et pittoresque enseigne des magasins : Au Roi (TYvetot.
Or, cet habile négociant, très*poQctuel en affaires, réalisant avec une loyauté parfaite, et par un incessant labeur, de beaax bénéfice?, a toujours aimé les lettres, les a cultivées avec amour, avec fruit ; il s'est livré à Tétude dans ces instants de suspension des travaux professionnels qui amènent, pour les autres, les heures du repos, les distraction mondaines, les plaisirs.
Par ces habitudes de bénédictin, il a acquis des connaissances générales remarquables, et sur le Dauphiné, son histoire, ses traditions, sa topographie, des notions étendues; il a composé sur son pays natal, qui est demeure celui dosa prédilection, plusieurs ouvrages qui se recommandent par Texactitude des recherches, Térudition, la clarté et la correction du style.
Homme aimable et bon, ayant du bénédictin non Taustérité, mais l'amour de l'étude et la monastique régularité des occupations, l'heureux négociant-littérateur du lioi d*Yvetot voit s'accroître , chaque jour, sa fortune, sa réputation de lettré et les sentiments affectueux de tous ceux qui rapprochent.
Honoré Pallias a eu tous les genres de bonheur. Il en est un dont il a dû délicieusement goûter Texquise saveur : celui d'avoir eu pour biographe un écrivain dauphinois d*un vrai talent, d'un cœur haut placé, poète, critique, romancier, historien tour à tour, esprit et plume alertes : M"** Adèle Souchier (1).
Je détache de Tarticle biographique de M*^* Souchier les lignes suivantes :
« Disons que cette spirituelle enseigne (le Roi
(1) Le Dauphiné, n« du 13 octobre 1872.
(VYvetot) est celle d'un très-honorable commerçant, estimé de tous ceux qui ne se laissent pas envahir par la fièvre du jour, celle du négoce, et qui, après les labeurs de sa position, sait trouver, lorsque vient le soir, des moments pour le travail intellectuel qui ennoblit, encourage et console, qui fait que Ton se sent une âme audessus du prosaïsme des affaires et de la vie matérielle.
< Au milieu du mouvement et des distractions
d'une grande et magnifique cité, M. Honoré Pallias, se souvenant qu'il est Dauphinois, et Dauphinois dans l'âme, a voulu consacrer son érudition, sa plume élégante, ses meilleurs moments, comme ses plus chers loisirs, à cette belle province adorée, pour laquelle nous gardons un si sincère attachement. C'est cotte pensée patriotique, unie à un beau talent d'écrivain qui rayonne dans toutes les publications de M. Pallias »
Honoré Pallias appartient à une foule de Sociétés littéraires ou savantes. C'est son droit. C'est peut-être une petite faiblesse.
Mais qu'elle irréprochable faiblesse ! si l'on peut ainsi dire, et à combien de gen?, que d'ailleurs Ton estime, on en souhaiterait de pareilles !. . .
Voici le contenu de la carte de visite que j*ai reçue le l**" janvier 1873:
Honoré Pallias,
Président de la Société Littéraire ^
Historique et Archéologique de Lyon,
Membre de la Société Linnécnne et de la Société
d'Evonom'e politique de la même ville^
de la Société Française de \umisinalique et d* Archéologie ^
de V Académie DclphiniUe , de la Société de Statistique^
des Sciences naturelles et des Arts industriels du Dép^ de l'Isère^
de la Société d* Archéologie et de Statistique de la Drôme,
de V Académie Flosalpine^ de V Académie de la Val d* Isère ^
Lc la Société d* Histoire et d'Archéologie de la Maurienne^
de la Société Florimontane d'Annecy ^
etc., etc.
BibUoffraphie.
Souvenirs des Alpes : Le Lauiaret, iii-8**. Lyon, imprimerie d'Aimé Vingtriiiier , 1853 ^ par Honoré Pallias.
Les sept Merveilles du Dauphiné , iii-8^. Ljon , imprimerie d'Aimé Vingtrinier , 1854, par Honoré Pallias.
Souvenirs des Alpes : Uriage et Vizttle, Lyon, imprimerie d'Aimé Yingtrinier. In^-S^, 18B6, par Honoré Pallias.
Voyage en Orient au XVP siècle de Nicolas de Nicolay, dauphinois^ in^*. Grenoble, imprimerie Maisonville, 1857, par Honoré Pallias.
Ephimirides dauphinoises. Grenoble, imprimerie Maisonville, 1859, in-8*, par Honoré Pallias.
Chartes extraites du manuscrit de Philibert Bran, intitulé : Eclaircissements sur V Histoire du Lau^ phiné et de la Savoie. Grenoble, imprimerie Prudhomme, in-8^, 1866, par Honoré Pallias.
Honoré Pallias a publié quelques articles dans les Journaux dont les titres suivent :
La Revive du Lyonnais , -— la France littéraire, artistique, etc. . , — la Oazette de Lyon^ — le Progrès industriel ^ — le Courrier de Lyon, — la Revue des Alpes, — t Impartial dauphinois ^ — le Dauphinéj — le Progrès de Lyon, — le Salut public ^ — l'Avenir militaire.
Payan (Je an-Baptiste), dit Paysua-Clrallle,
(canton du Monétier-de-Briançon).
Jean-Baptiste Payan est né aux Pannanches^ hameau de la commune de La Salle, le 20 prairial aa VIL II a été longtemps instituteur primaire dans le Brian^onnais , et notamment dans la commune de L;i Salle, son pays natal. Plus instruit que la plupart des instîtateors pri-
mairesi Payan a composé des ouvrages qui attestent une intelligence active et des études sérieuses.
Il s'est fixé depuis de longues années à Hj^es (Var).
Bibliographie.
Abrégé de la Vie de Sainie^Luce^ 2"* édition, revue avec le plus grand soin par Tauteur. 1 vol. in-18, orné d'une jolie gravure en taille douce.
Arithmétique des Paresseux^ nouvelle édition, aognientée par Tanteur. 1 joli vol. in-32, satiné et orné de 4 gravures en taille douce.
Arithmétique élémentaire raisonnée^ S"»* édition^ considérablement augmentée par Tauteur^ notamment du sjstâme le plus complet qui existe sur les fractions communes, et d'un grand nombre d'opérations toutes achevées. Cette nouvelle édition peut satisfaire à toutes les conditions exigées, sur l'arithmétique, du postulant aspirant surnuméraire aux diverses administrations. 1 fort vol. in-12.
Aritmetica elementareragionata, da Giov.-Battista Pagano-Graglia , letterato francese , membro délia Societd normale per la propagazione ed 11 perfezionamento dell instrazione primaria in Francia, autore di piâ opère élementarie e scientifiche, P versione italiana. 1 vol. in-12.
Attributs des Divinités de la Fable ^ 3"* édition^ augmentée de plusieurs articles nouveaux^ d'un grand nombre de pièces en vers, et ornée de fort jolies gravures en taille douce. 1 vol. in-32.
Grammaire élémentaire raisonnée italienne^ basée sur les grammaires françaises de Ghapsal^ de fionneau, de Boinvilliers et des grammaires italiennes de l'Académie délia Crusca, de Francesco Soave, de Yanson, etc. avec le texte des deux langues en regard, à l'usage des Français et des Italiens. 1 fort vol. in» 12.
Ouide (le) en correspondance du militaire fiançais, 1'* édition, 3 roi. in-32 qui se vendent séparément.
— 2"^* édition, 1 fort Joli vol. in-18, renfermant les S parties de la première édition et ornée de gravures.
llerveilles (les) de Notre-Dame-de-Montabor et de Notre-Dame-du-Pillet. Première édition, terminée par une notice de Notre-Dame-de-Prorel. In-18.
Petit (le) Règlement de vie et avis spirituels etc., opuscule extrait de la Vie d'Etienne Isoard, par J.-B. Payan. 2"* édition, 1 vol. in-18.
Pétitionnaire (le) des Alpes Cottiennes^ première édition. 1 vol. in-8.
Précis de Géographie physigt^e, à l'usage des aspirants surnuméraires dans l'administration des douanes, des contributions directes, des contributions indirectes, etc.
Principes succincts d'Arithmétique élémentaire, i l'usage des écoles publiques communales. Nouvelle édition augmentée du calcul raisonné 1 vol. in-12 broché ou cartonne.
Principii sùccinti di Aritmetica elementare décimale, per Giov.-Batt. Pagano Graglia, letterato francese, professore di grammatica francese e italiana. 1 vol. in-i2.
Relation de V incendie des Pannanches (Hautes-Alpes) , opuscule in-8.
Secrets (les) de la pêche de la truite, opuscule extrait des Symboles des animaux. 2°^* édition, augmentée de la chasse du tarin à la ligne. 1 vol. in-18.
Symboles (les) des animaux, 3°^^ édition, considérablement augmentée et ornée de gravures en taille douce. 1 fort vol. in-32.
Verbes (les) français couleur de rose y avec la formation de tous les temps dans Tordre de la conjugaison. 2*** édition augmentée des auxiliaires, de Tanaljse des verbes, de l'analyse grammaticale et de l'analyse des participes, avec des exercices sur l'application des principes grammaticaux. 1 joli vol. in-32.
Verbes (les) italiens couleur de rose^ avec la formation de tons les temps dans l'ordre de la conjugaison italienne, la traduction française des yerbes en regard. 1 Joli yoI. iii-32.
Les deux opuscules précédents réunis. 1 vol. in-32.
Vie d^ Etienne Isoard^ missionnaire apostolique en Cochinchine, 2°^* édition, revue avec le plus grand soin et augmentée par l'auteur. 1 fort toI. in- 12, orné de 4 jolies gravures entaille douce.
Verbi iialiani inglisi colla formazione di tutti i tempi. Inglisi aud italiani verbi. 1 vol. in-18.
Verbes {les) français traduits en anglais avec la formation de tous les temps et les deux langues en regard. 1 vol. in-18.
Verbes {les) français traduits en italien avec la formation de tons les temps et les deux langues en regard.
Pie (Jban), né i La Grave (canton de La Grave).
Pic, ouvrier mercier, se trouvait à Lyon lors des massacres de la Saint-Barthélemj. Il appartenait à la religion réformée, et il fut l'une des victimes de l'horrible journée du 27 août 1572. Il avait 39 ans (1).
Poya de THerbey (canton de La Grave).
Poja de l'Herbej est né aux Hières, hameau de la commune de La Grave, vers 1758. L'un de ses oncles, Jacques Poja, agent de change^ l'emmena à Paris, lui ât donner une brillante éducation et lui transmit la terre et le titre de l'Herbey, qu'il avait acquis dans le baillage d'Issoudun,
Poja de l'Herbej fut envojé par le baillage d'Issoudun
(I) Jean Crespin^ Histoire des Martyrs,,, ^ p. 719. Gonon, Histoire lamentMe,,,^ p. 230.
aux Etats généraux en 1789. Il figure dans la Uste des membres de rAssemblée constituante comme député da tiers-état, et avec la qualité de lieutenant particulier au baillage d'Issoudun.
Sous le premier empire, Pûja de THerbey fut soussecrétaire d'Etat au ministère de la justice et successiTement procureur général à la Cour de Bourges.
Il est mort en 1843 (1).
Prat ( Balthazard ), canton du Monétier-de-
Briançon.
D'après les conjectures que nous croyons les mieux fondées, Balthazard Prat serait né dans la commune de La Salle, au commencement du XVP siècle. Tout ce que nous savons de lui est consigné dans un petit livre intitulé : Chronologie ou Mémorial des frères mineurs^ par le Y. P. Jacques Arbaleste de Beaune, récoUect. Lyon, 1656. Gorale, petit in-12.
Voici les mentions de cet opuscule relatives à Balthazard Prat :
1567. Sous le généralat d' Aloysius du Puis, 54'' général eslu au chapitre de Yalladolid.
« Entre les provinces de France oà les hérétiques ont « exercé leur cruauté contre les catholiques et religieux «: de Saint-François, le Languedoc doit tenir le premier « rang. C'est en cette province où le bienheureux Bal- 4c thazard Prat, Briançonnois, ohservantin^ religieux « admirable, prédicateur incomparable, qui, après avoir <x été provincial de la province de Saint-Louys, fut « demandé par le clergé et peuple de Nimes, pour être « gardien au couvent des Frères mineurs de leur ville, « où il fit des merveilles pour le bien de l'Eglise. Les
(1) Voir: Souvenir de» Alpeu U Lauiaret, par Honri Pallias,
p. ai.
« hérétiques ne pouvant supporter les dures réprimandes « que ce saint Père leur faisait en ses prédications^ le € prindrent et tourmentèrent avec toute sorte de cruauté. « Ils le poignardèrent par tout le corps^ luy fendirent la < teste par un coup de sabre et luj ouvrirent le gozier € avec un couteau, puis le traînèrent par toute la ville, « et, agonisant, le jeltèrent dans un puis, où il rendit son € âme â Dieu. »
Nous n'avons, malgré nos recherches, pu recueillir sur Balthazard Prat d'autres documents biographiques.
Prat (le général) (canton du Monétier-de-Briançon).
Le général Prat (Ferdinand), quoique né à Turin (en 1792), se rattache étroitement au Briançonnais par son père, Jean-Baptiste Prat, né à La Salle, et par sa mère, née Bonnardel (du Gasset, hameau de la commune du Monôtier- de-Briançon).
Ferdinand Prat a fait ses études à Briançon, où l'avait envoyé son père, riche marchand drapier fixé à Turin. Il a eu pour professeur l'éminent mathématicien Stmderson Berard.
Admis ensuite â l'Ecole polytechnique, il en sortit dans l'arme de l'artillerie.
En 1814, après les revers de la France, Prat entra dans l'armée sarde où, grâce à sa qualité d'ancien élève de l'Ecole polytechnique, grâce à son savoir, à des services incontestés , il obtint un avancement rapide et parvint au grade de général de division.
En 1859, le général Prat était président du conseil de guerre supérieur à Turin.
Il est mort au commencement de 1863.
Ferdinand Prat avait épousé en 1830 la fille de M. Coller, alors procureur général au Sénat de Turin , et qui est ensuite devenu premier président de cette haute Cour.
Prat n'a jamais oublie son origine briançonnaise, son enfance, sa jeunesse, passées à Briançon, non plus que les liaisons amicales qu'il j avait contractées.
A maintes reprises, il a visité ses parents, ses amis de Briançon, de La Salle, du Monôtier-de-Briaoçon. A l'annonce d'un incendie, d'une inondation, d'une calaniîté publique survenus dans son pays d'origine, il envoyait sur-le-champ sa généreuse souscription. Nous retrouvons encore son nom, dans les dernières années de sa vie, sur la liste de souscription ouverte à la suite du dernier grand incendie du Villard-Saint-Pancrace ( Annonciateur (journal des Hautes-Alpes), n* du 20 octobre 1860).
Les enfants du général Prat ont ajouté i son nom celui de leur famille maternelle : ils sont appelas, i ce jour, Prat^Coller.
— Un autre Prat, né à La Salle, parent, croyonsnous, du général, et, dans tous les cas, son contemporain, s'est fixé à Florence. Il eut , paratt-il , Thabileté de s'approprier la découverte de son parent, le chimiste J.-J.-L. Ghancel, qui avait constaté l'existence de l'acide borique dans les lacs de Toscane. Prat se bâta d'affermer ces lacs pour la fabrication du borax. Il réalisa dans cette industrie une fortune colossale, et fut anobli par le grand-duc de Toscane, qui Ini conféra le titre de marquis. Il s'était marié avec la nièce de M. Qurlie ( du Monôtier-de-Briançon ).
Le marquis de Prat est décédé à Florence il y a une douzaine d'années.
Raby (canton du Monôtier-de-Briançon).
La famille Raby est une des plus anciennes et des plus nombreuses de La Salle. Elle essaima à plusieurs reprises. Des branches de cette famille se fixèrent les unes â Oulx , les autres à Turin, à Grenoble. La branche grenobloise, dont le premier représentant fut Jean Raby, marchand
drapier, rit ses fils obéir, i leur toar, à ce besoin dMmigratioQ héréditaire dans leur famille. Ils furent colons â Saint-Domingue et j acquirent des possessions très-considérables : c'étaient Rabj du Moreau, Rabj des Combes, Rabj de Saint-Victor, Rabj de Saint-Denis, et celui d'entre eux qui réalisa la plus grande fortune, Rabj d'Amérique (Joseph-Claude).
Les noms de Rabj d'Amérique et de Rabj Saint- Victor sont inscrits au Musée-Bibliothèque de Grenoble comme étant ceux de fondateurs de la Bibliothèque publique de la ville.
Les diverses branches de cette famille furent anoblies par l'acquisition de diverses charges de magistrature, notamment en 1714, par Louis Rabj, d'un office de conseiller maître ordinaire de la Chambre des comptes ; par celle en 1758 d'un ofllce de secrétaire en cette Chambre par Etienne Rabj.
Antoine Rabj était capitaine-châtelain d'Oulx et subdélégué de l'intendance du Dauphiné. Il ât enregistrer ses armes (d'azur à la bande componnée d'or et de sable) dans V Armoriai des généralités en 1696.
Voir, pour détails plus étendus sur la famille Rabj : Archives départementales de V Isère j famille Rabj; — l'Armoriai du Dauphiné , par M. Rivoire de La Bâtie et l'intéressante brochure de M. Pilot : les Dauphinois à Saint-Domingue. Grenoble, in-8**, 1868.
Raby (Jean-Aoathon) (canton du Monestier-de-
Briançon).
Agathon Rabj, qui appartenait à l'une des branches de la famille dont il vient d'être question, est né au Bès, commune de La Salle, en 1805.
M. Agathon Rabj, après avoir résidé quelque temps à Paris, se fixa, comme ingénieur civil, à Sion (Suisse).
C'est là qu'il est mort, le 2 mai 1871, accablé par le
ohagrin qu'il ayaii ressenti de l'invasion prussienne dans sa patrie^ pour laquelle il professait l'amour le plus vif et le plus désintéressé.
Un journal de la localité, le Confédéré j organe libéral du Valais^ inséra, dans son n"" du 7 mai 1871, les lignes biographiques suivantes sur Agathon Rabj :
< On a enseveli, le 3 mai , à Sion, M. le professeur « Agathon Rabj, ingénieur des mines , originaire de € Briançon (France). Les lecteurs du Confédéré se sou- « viendront de quelques articles sur l'économie politique < qui ont paru dans ce journal et dus à la collaboration 4 de cet utile étranger. M. Rabj donnait, de temps à « autre, des cours qui n'étaient pas très-fréquentés^vu le « peu de goût de nos jeunes gens pour l'étude. Il est mort « pauvre et estimé de tous. ;►
M. Agathon Rabj méritait mieux, assurent ceux qui l'ont connu, que cet article nécrologique si écourte. Il a laissé des œuvres manuscrites sur l'économie politique, et publié , dans les journaux français et suisses, de nombreux articles sur cette science. II était membre correspondant de la Société des sciences chimiques e^ jihysiques de France.
Evaluation comparée du Revenu national et de la Production, par Jean-Agathon Rabj, ingénieur civil, membre correspondant de la Société des sciences chimiqiMS et physiqi*es de France. In*8^ de 40 pages. 1841. Paris, Rej, libraire.
Ration (Jacques). (Canton du Monétier-de-Briançon).
Ratton est né au Monêtier-de-Briançon, le 7 juillet 1736 (1). A l'âge de onze ans, il partit pour le Portugal
(1) Dans un livre qu il a publié, Ratton rappelle, avec quelques détails, à ses enfaats le lieu et la date do sa naissance :
et rejoignit A Lisbonne son père et sa mère, qui araient fondé, en association avec Jacques Ballon, son oncle maternel, des maisons de commerce dans cette ville et dans celle de Porto.
En 1758, Ratton père et Bellon, qui avaient acquis une belle fortune, laissèrent les deux maisons do commerce, par eux créées, aux mains de Jacques Ratton, alors âgé seulement de vingt-deux ans; deux Français furent associés au jeune négociant, l'un pour la maison de Lisbonne, Tautre pour celle de Porto. Cette société eut une courte durée.
Les parents de Ratton rentrèrent en France^ habitèrent quelques années Paris, où Ratton père acquit une charge de secrétaire du roi qui conférait la noblesse, et se fixèrent ensuite à Mâcon.
Quant au jeune chef des maisons de Lisbonne et de Porto, il ne tarda pas, à l'expiration de la société formée à la retraite de ses parents^ à donner de Textension à ses opérations commerciales, à créer ou à subventionner, comme associé commanditaire, diverses industries, i se mêler activement et au premier rang à tous les efforts tentés, sous le règne de Joseph P'', en vue de la régénération commerciale, ainsi que de l'initiation industrielle du Portugal.
D*une intelligence supérieure, doué des plus rares aptitudes pour le commerce, Ratton accrut dans de vastes proportions sa fortune, et il fut bientôt cité parmi
« Para vos inteirar, meus queridos filhos, de tuto quanto em < minha vida tenho passade, principiarei por vos dizer, que eu « nasci em França, a 7 de julho de 1736, na villa de Mon- « nestier-de-Briançon, na provincia de Dauphiné, hoje depar- « temento dos Altos-Alpes, baptisado na Freguezia de nossa « senhora da Assumpçaô ; e uuico fruto do matrimonio de 4. meus Pais, Jacome Ratton e Francisca BcUon... » (Recordaçoens de Jacome Ratton, p. 9).
les plas riches et les plus considérai négociants da Portugal.
Marié en 1758 à la fille dn consul de France i Porto, Ratton fut, en peu d'années, à la tête d'une famille rela* tivement nombreuse ; ses trois fils, Diogo, Henrique et José-Luiz, reçurent en Saxe dans un célèbre établis* sèment d'instruction fondé par le prince d'Anhalt- Dessau, la plus brillante éducation. Leur père Toalnt qu'ils parlassent et écrivissent correctement le français, l'anglais, le portugais et l'allemand ; ils se fixèrent, l'aîné en Portugal, le second en France, à Mâcon, le cadet à Londres.
Les trois filles de Jacques Ratton furent élevées à Mâcon, auprès de leurs grands parents. Elles demeurèrent en France et s'y marièrent dans les conditions les plus enviées de fortune et de haute position sociale (i).
Jacques Ratton avait été naturalisé portugais.
Dans les essais tentés par le marquis de Pombal pour soustraire le Portugal au vasselage commercial que subissait ce royaume par la nécessité de l'importation des produits de l'étranger, et pour doter le pays d'industries, de manufactures, des forces productives qui lui faisaient défaut, Jacques Ratton mit au service de sa nouvelle patrie et de son puissant ministre toutes les ressources d'un esprit plein d'initiative^ d'un discernement rapide et sûr. Il lui a été, en Portugal, rendu cette justice, que s'il déploya, dans la gestion de ses affaires personnelles, une habileté qui le mit à la tête d'une grande situation de
fortune, de crédit et de considération, il n'hésita jamais â prendre part, avec le plus louable et le plus sincère dé-
(1) L*uDe des petites-filles de Jacques Ratton épousa le général de Bourgon, mort depuis quelques années. Sa fille a été mariée au général Nayral, dont les obligeantes indications m'ont mis à même de recueillir les traits de cette notice, et qui m*a communiqué le curieux livre de Jacques Ratton.
sintëressement, aax soins de la chose publique, et qne l'on dot à ses conseils, â son action éclairée, la bonne direction et la réussite de mesures accomplies dans un intérêt national.
Ainsi, pendant vingt-sept années, Jacques Ratton fut , aprôsle décès d'un sieur Martin Torrés, dans l'intérêt du trésor royal et avec le désintéressement le plus absolu, l'un des liquidateurs de la fortune de ce négociant,débiteur de sommes très-considérables envers la nation portugaise. On sait que le marquis de Pombal avait poussé jusqu'à ses dernières limites, en vue du développement de l'in* dustrie nationale, le système protectionniste, en la commanditant largement avec les finances de l'Etat.
Par un décret royal, Ratton fut aussi porté aux éminentes fonctions de membre de la chambre de commerce, de l'agriculture, des fabriques et de la navigation ( real junta do commercio, agricultura, fabricas e navigaçaô), érigée en 1788 en tribunal suprême par la reine Dona Maria. Il exerça durant de longues années, sous la seule inspiration d'un sentiment très-vif de patriotisme, ces fonctions qui l'éloignaient du soin de ses affaires personnelles.
Ses fréquents entretiens au sujet des affaires de l'Etat avec les plus hauts et les plus célèbres personnages du Portugal, tels que le marquis de Pomba), le ministre des finances don Rodrigo de Souza Goutinho, etc., son immixtion spontanée ou réclamée dans les résolutions prises pour la gestion des plus hauts intérêts de l'Etat, journellement mis en discussion à cette époque d'ardente étude et d'élaboration des questions les plus vitales de commerce, d'industrie nationale, de navigation, d'extension du crédit public, caractérisent Ratton CDmme l'un des citoyens les considérables, les plus honorablement dévoués aux intérêts nationaux de sa patrie adoptive. Il a pu, sans immodestie, se rendre à lui-même ce témoignage qu'il avait été un homme de bien : c 0 meu
comportaménto publico durante os dou« reinados do senhor rei L,Joze,e da Raina n. s* que Deos guarde, foi tanto de homem de hem (l)...
Quant à l'existence de Ratton comme commerçant, comme industriel « il serait difficile de la dire en détail. Elle atteste, en cet homme, une prodigieuse activité, un esprit toujours en travail , de remarquables facultés.
Outre la direction de ses maisons de commerce de Lisbonne et de Porto, on peut citer au nombre de ses entreprises un établissement dans la ville de Thomar, en société avec un Français nommé Verdier, de filatures de soie et de coton. On lui doit aussi l'industrie de TimprecH sion des indiennes , celle de grandes tanneries pour le cuir de bœuf. Dans la ville d*Elvas, il établit une fabrique de chapeaux fins (industrie non encore existante en Portugal). Il fut l'organisateur d'ateliers de tissage de soie, de fabriques de faïence.
Eûfin, il établit le premier en Portugal une papeterie ; cette grande industrie n'existait pas encore dans le royaume.
Par les conseils et sur les instances de Ratton, son ami Antonio Joze da Gruz créa une usine pour la préparation du tabac râpé.
Dans ses Mémoires, Ratton expose longuement tout ce qu'il a ambitionné , provoqué ou tenté de conquêtes dans le champ immense et fécond du commerce et de Tindustrie.
Une revue mensuelle de Lisbonne, As Farpas (2), rappelait dernièrement les créations et les grands services rendus par Ratton au Portugal.
(1) Recordaçoens de Jacome Ratton, p. 33.
(2) As Farpas , chronica mcnsaX da politica d(u letras e dos costumes, (Marco a Abril 1876.) As Farpas (les découpures), ce titre rappelle celui d'une ancienne revue française : la Mosaïque lillcraire du Midi,
« Là plupart des industries qui existent actuellement « en Portugal ont été établies au temps du marquis de € Pombal par des familles françaises. ..
€ Jacques Ratton , fondateur de nos premières pape^ « teriesi organisateur de diverses fabriques de tissus, « introducteur en Portugal des appareils hydrauliques,
< habitait à Lisbonne, au temps du tremblement de terre, « un grand hôtel; il donnait des fêtes magnifiques, il
< recevait dans sa maison la meilleure société poi'tu- € gaise, contribuant ainsi efiioacement à la déinocratisa- « tien de notre noblesse. C'était un protecteur, un con- « seiller affectueux et illustre de nos artistes. Il nous a € donné un curieux livre de Mémoires qui sont d'un « précieux secours pour Thistoire de la société portu-> € gaise durant l'administration du marquis de Pom- € bal (1). »
Disons, en passant, que les rédacteurs de la revue As Farpas^ très-justes envers la nation française, rap-* pellent aussi avec éloge le nom de plusieurs antres négociants français, de Verdier (l'associé de Ratton), de Mathevon de Gurnieu, industriel et poète; des libraires de Lisbonne et de Goîmbre, Orcel, Rolland, Semiond,
(1) A maior parte das industrias que actualmente existem cm Portugal foram iniciadas no tempo do marquez de Pombal por familias francezas. . .
Jacome Ratton , fundador das nossas primeiras fabricas de papel, iniciador de varias fabricaçôes de tecidos, introductor de apparelhoa hydraulicos, habitava em Lisboa ao tempo do terremoto, un grande palacio, dava festas magnificat», recebia em sua casa a melhor sociedade portugueza, contribuindo por tal modo efficazmente para a democratisaçao da nossa nobrezza. Era o protector, e o conseilheiro affectuoso e illustrado dos nossod artistas. Deixou-nos um curioso livro de Memorias, que saô um subsidio precioso para a historia da sociedade portuguezia durante a administraçaô de marquez de Pombal. ( Af Farpcu^ tom. IV, pag. 8 et 9.)
Borel, les frérds Bertrand, ces derniers tous nés dans le Briançonnais.
A côté du grand industriel, de l'intelligent homme de commerce, nous devons encore signaler en Jacques Ration Tagriculteur habile, le fin spéculateur.
Dès son extrême Jeunesse, frappé du spectacle des reyirements de fortune qui se produisaient autour de lui, du caractère aléatoire des opérations commerciales, il avait songé à ac ]uérir, en Portugal, une fortune territoriale qui pût lui garantir, en cas de revers imprévus dans sa carrière industrielle, les éléments d'une large aisance.
Au commencement de l'année 1767, il accomplit, quoiqu'il fût à peine âgé de trente ans, cet acte de sage prévoyance. Il acquit, â proximité de Lisbonne, d'immenses terrains incultes, situés au sud de l'estuaire du Tage. Ces terrains, d'une considérable étendue (plus d'une lieue carrée portugaise)^ accessibles par eau et par terre, portaient et portent encore le nom de la Barroca d'AIva ; c'étaient, pour une fraction évaluée i un quart, des terres basses et marécageuses ; le reste présentait un sol sablonneux, utilisable, suivant les aménagements, pour des cultures fructueuses.
Jacques Ratton, agriculteur improvisé, donna sur-lechamp la mesure de sa vive pénétration d'esprit. Il devina plutôt qu'il n'apprit la science de l'agriculture. Sur certains points, il fit opérer des drainages, sur d'autres, des défrichements ; il sillonna ce sol de chemins, de fossés; il j fit construire, pour lui-môme et pour sa famille, une magnifique habitation. Des maisons plus modestes, demeures de nombreux agriculteurs, des bâtiments d'exploitation, une église, s'élevèrent comme par enchantement.
Peu d'années après l'acquisition de l'heureux spéculateur, les terrains de la Barroca d'AIva lui donnaient un revenu annuel considérable , qui , tout en assurant un intérôt élevé du capital dépensé , contenait en outrd les éléments d'un amortissement rapide du prix
d'acquisition. La vigne, roliyier> les arbres fruitiers, les céréales, les mûriers s'étalèrent sur ces terrains mouvementés, à reliefs assez prononcés pour admettre côte à côte des cultures variées et de notable rendement.
La Barroca d'Alva dépendait de Tancienne commanderle de Sant* lago d'Alcochette, appartenant à la couronne. Les descendants de Ratton, quifutanobli en 1803, ont pris le nom de cette bourgade et sont aujourd'hui les comtes et les barons d'Alcochette (1).
A ces résultats purement agricoles ne se borna point, pour la Barroca d'Alva, l'ambitieuse conception de l'acquéreur. Il voulut que cette immense propriété devînt dans l'avenir, pour sa famille, la source d'une grande richesse. La situation de Lisbonne, par rapport à l'Europe et à l'Amérique^ constituant, comme centre commercial plus que comme capitale d'un royaume, un gage assuré d'agrandissement, Ratton prévit que dans le mouvement fatal d'extension de cette ville, l'expansion de l'industrie et du commerce maritime dirigerait vers le sud de l'estuaire du Tage les entreprises de constructions, les établissements de villas, cette ceinture obligée des riches capitales, ainsi que les créations industrielles.
Pour hâter, en ce qui avait trait à la Barroca d'Alva, la réalisation du bénéfice du développement de la grande cité, Ratton, qui, dans les parties les plus rebelles à la culture, avait créé de grandes plantations de conifères, ce qui avait ajouté l'agrément d* ombrages recherchés aux autres conquêtes plus fécondes opérées sur le sol, établit vers le
(1) Un petit-fils de Ratton, le vicomte d'Alcochette représentait, il y a quelques années, le Portugal à Paris, en qualité de ministre plénipotentiaire. Uu fils de ce dernier, le baron d'Alcochette, commandeur de TOrdre du Christ, est attaché à la légation de Portugal à Paris. Il s'est marié au mois de juin 1875 avec sa cousine, la yeuve du général de division de Bourgon.
nord-est de sa propriété, dans la direction da Tage, une magnifique allée bordée d*arbres, mesure qui devait avoir pour résultat d'attirer de ce côté l'attention publique et le flot des promeneurs.
Toutes les prévisions et toutes les espérances de Jacques Ratton se sont réalisées ; tout ce côté de Testnaire du Tage est devenu peu à peu un immense faubourg de Lisbonne. On trouve dans la géographie du Portugal de l'espagnol don Isidore Antilion, du commencement de ce siècle, que 6 à 7,000 maisons de campagne embellissaient à cette époque les environs de Lisbonne. Dans la géogra* phie générale d'Elisée Reclus, qui est en cours de publication, on trouve sur l'agrandissement de Lisbonne les mentions suivantes, donnant la mesure de la justesse des prévisions de Ratton :
€ Au sud de Testuaire du Tage, la faible profondeur « des eaux, la nature sablonneuse du sol, les marécages
< qui bordent les ruisseaux, sont de grands obstacles i l'étape blissement de villes considérables. Ces plages seraient <sc trôs-probablement désertes si Lisbonne n'avait besoin « de i^e compléter sur cette i ive par des ateliers, des maga-
< sins, des chantiers, des embarcadères ; après Almada, « la ville de plaisance qui est déjà sur le goulet de Tes- ^ tuaire, plusieurs villages, Seixal, Barreiro, Aldea,
< Qallega^ Alcochette^ sont ainsi devenus des faubourgs « grandissants de la capitale. »
Ajoutons que dans la carte réduite du Portugal qui a été gravée dans la grande publication de M. Reclus, se trouve mentionnée la Barreca d'Alva , décisif témoignage de l'importance actuelle des terrains jadis mis en culture par Jacques Ratton.
Ge dernier affirmait que par cette entreprise conduite à bien, il avait non-seulement pourvu aux soins de ses intérêts personnels et à l'agrandissement de sa fortune, mais qu'il avait rendu à l'Ëtat un signalé service. Suivant les lois de l'économie politique, qui proclame utile â tous
la création de la richesse, raffirmation de Ratton était fondée.
Les suffrages les plus compétents ne manquèrent point à Ratton pour sa magnifique conquête sur une plage Jttsqae-U stérile. Les plus grands personnages du Portuga]> le secrétaire d*£tat Martinho de Mello, frère du marquis Pombal surtout, et le^ autres grands de la Gour, visitèrent avec curiosité et admiration la Barroca d'Alva, et dans une chasse dirigée vers le parc de Pancas, le roi montrant i la reine les belles cultures de la Barroca d'Alva, lui dit, en présence de nombreux seigneurs de la Cour, ces paroles qu'il n'est pas besoin de traduire : € Este he o nosso Rattcn o grande cultivador da Barroca > d'Alva. »
Ce témoignage du roi Joseph l" parut être à Ratton, très-attaché à sa patrie adoptive et à son souverain, la meilleure récompense de ses travaux.
Son palais â Lisbonne attirait aussi l'attention de tous. Une particularité de la façade prouvait que Ratton, en vrai Français, cultivait les jeux d'esprit. On y vojait dans un écusson un rat et un thon, — armoiries à l'enquerre^ qui disaient l'humeur facétieuse du riche propriétaire.
Anobli le 13 avril 1803 et créé Fidalgo cavalleiro da Caza réal^ décoré de l'ordre du Christ, accueilli, recherché par la plus haute société de Lisbonne, comblé d'honneurs et des dons de la fortune, Jacques Ratton, parvenu à un âge avancé, vojait sa famille, associée à sa prospérité, s'étendre et jeter en France, en Angleterre et en Portugal les fondements durables de situations élevées. Mais, comme l'a dit un poëte contemporain de Ratton, le premier poëte portugais du xviii* siècle, l'un de ses amis, Francisco Manoel (1) : « qui de nous, lancé
^^^— ^B^P— ^l^m-^m^K^^— ^^-ai-^^^-^^— •^^^^^^^■i^^— ^^v-^~^i^^^— ^^— ^^i— ^Bii__^>iB__^^i^^>a^»i^
(1) Quem de nés, no balanço dos succeasos
Deate màr empolado, e nau fragoao
sur cette mer soulevée et fertile en naufrages, peut dire sûrement : J'ai enfoncé un clou dans la roue de la Fortune? >
Jacques Ratton avait des envieux, et des envieux deviennent bientôt d'actifs et redoutables ennemis. En diverses occasions, il avait rendu à la France, sa patrie d'origine, de signalés services. De 1759 à 1762, époque, dit Ratton dans ses Mémoires , où les finances de la France étaient épuisées, où cet Etat était sans crédit, et le commerce de cette nation presque nul, ses vaisseaux marchands et môme ses vaisseaux de guerre étaient sonvent capturés par les Anglais et conduits, avec leur cargaison et leur équipage, dans les ports du Portugal. En ces circonstances, Jacques Ratton secourait ses anciens compatriotes de sa bourse, de son crédit, multipliait les démarches, intéressait à leur malheur le peuple portugais et jusqu'au roi Ini-môme. Notamment lors de la prise du vaisseau de guerre, le Courageux^ de 74 canons, vers la fin de 1761, Jacques Ratton dépensa pour ses compatriotes prisonniers, une somme considérable. Il fit, en outre, dans le monde commerçant de Lisbonne, une collecte dont le produit monta à 5,000 livres. Il obtint du roi 9,000 livres et put rapatrier, sur des navires firétés par lui, ses malheureux protégés.
D'autre part, lors de l'invasion du Portugal par l'armée française, commandée par Junot, et de son entrée à Lisbonne, au mois de décembre 1807, Ratton avait dû, de l'ordre de l'intendant général de la police, loger dans sa maison le chef d'état-major général de l'armée française, le général Thiébaud et ses aides-de-camp. Ratton s'était soumis à cet ordre et avait dû accepter ou subir des rela-
Pôdô dizer aeguro : « Puz um cravo, N& roda da Fortuna !
(Versos de Filinto Elisio (nom académique de Mauoel) ode as tiros d^el Rei D. Joze Primeiro.
tions polies avec son hôte ; à la même époque, il fut appelé à faire partie d'une commission composée des sept principaux négociants ou banquiers de Lisbonne pour réaliser une contribution de 40,000,000 de cruzades^ imposée au Portugal par Tempereur Napoléon et en opérer la répartition, charge ingrate et dont Taccomplissement forcément rigoureux par la fatalité des circonstances, devait soulever bien des récriminations et des haines.
Tous ces faits : les premiers, ceux de protection envers des Français, captifs des Anglais, honorables au plus haut degré ; les autres, les relations forcées avec les chefs de Tarmée française découlant des circonstances, dénaturés par la calomnie et présentées sous d'odieuses couleurs au gouvernement portugais, amenèrent l'arrestation, dans la nuit du 10 au 11 septembre 1810, de Jacques Ratton, impliqué dans une prétendue conspiration ajant pour but, suivant un article du Morning Post^ du 5 octobre 1810, de soulever l'armée anglo-portugaise, d'en massacrer les chefs et de diriger celte armée contre celle d^Vellington, dont Massâna compléterait la défaite.
Sur ces dénonciations dénuées de fout fondement, le malheureux vieillard (Ratton avait alors 74 ans) fut emprisonné, mis au secret et déporté, sans avoir pu soumettre sa justification à des juges, dans Tune des Açores, l'Ile de Terceira, et interné à Angra, capitale de Tlle. Mais il trouva là un généreux et puissant protecteur, lord William Stuart, commandant d'une frégate anglaise, qui connaissant de réputation le respectable négociant portugais, l'arracha à sa prison, lui ât délivrer d'autorité un passeport pour l'Angleterre et l'emmena à à Londres où Ratton put s'occuper du soin de se disculper auprès du gouvernement portugais des fausses accusations portées contre lui. Sur les instances de ses fils, il exposa sa vie entière et rappela tout le dévouement mis par lui, pendant un demi-siècle, au service de la nation portugaise, dans un livre qui porte le titre de : Recordaçoens de
JacofM Ration (Mémoires de Jacques Ratton), et qoi fat publié à Londres, à la fin de 1813.
Ge ne fut qu'en 1816, croyons •nous, qae Jacques Ratton, alors âgé de 80 ans, put obtenir justice du gonvemement portugais et rentrer dans ses dignités et dans ses biens. Sans retourner i Lisbonne, il se rendit â Paris, s*j fixa et y mourut en 1820. On a pu voir, par la citation donnée ci-dessup, des lignes biographiques consacrées i Ratton, dans une Revue portugaise {As Farpas)^ combien la mémoire de cet homme de bien, de cet honnête et habile négociant est entourée i ce jour, en Portugal, d*une juste considération.
Le livre de Jacques Ratton, ayant, par le fait des circonstances au milieu desquelles il a été conçu, le caractère, sinon la forme extérieure, d*un mémoire Justificatif, d'une supplique, place tout naturellement au 1'''' plan et en pleine lumière l'individualité de l'auteur, ses actes, ses intentions. Mais le moi n'a rien de choquant sons la plume de ce vieillard dont Texistence se révèle^ avec une puissance de sincérité qui s'impose au lecteur, laborieuse, pure, toute entière acquise aux devoirs sociaux et de famille. « L'adversité élève les caractères qu'elle ne dégrade pas, » a dit un moraliste. Cette réflexion est, de tous points, applicable à Ratton.
A voir, â chaque page de ce livre, la prédominance des sentiments sympathiques sur les préoccupations de l'intérêt personnel, â constater sa bienveillance dans l'appréciation des personnes et des actes, on se prend d'une singulière estime pour ce vieillard frappé, aux derniers jours d'une existence brillante, par les retours de la fortune et gardant, dans le malheur, la sérénité d'une conscience droite, la modération et la dignité.
Le livre de Ratton, d'une considérable étendue, contient des détails sur sa vie, sur son père, sa mère, sur ses enfants et les conditions de leur établissement, sur sa fortune, ses relations d'amitié, les emplois publics par
lai gratuitement remplis, sur les dignités qui lai ont été conférées.^i énamère avoc complaisance, entrant dans de longs exposés, ses entreprises indastrielles et commerciales. Dans resqaîsse biographique qui précède, nous avons donné de suffisantes indications sur ces divers objets. On trouve aussi, dans ce curieux ouvrage, des renseignements précieux sur les opérations financières du gouvernement portugais durant une période de près d'un demi-siècle, sur l'extension du commerce des nationaux et l'action initiatrice des commerçants étrangers dans ce développement des ressources et des forces vives du Portugal, sous l'administration du marquis de Pombal. Ratton fait connaître l'importance respective des diverses classes de la société ; il entre dans d'assez longs détails sur l'aristoeratie portugaise, sur les hommes mêlés i l'administration du i^ays.
Le récit du tremblement de terre de Lisbonne est plein d'intérêt sous la plame de ce témoin de cette catastrophe^ qui en fut la victime dans ses biens, s'il put sauver sa personne. Ratton raconte la renaissance de cette capitale, la réédiûcation des édifices publics ; il nomme les architectes (presque tous étrangers, italiens, français, allemands) qui dirigèrent ces travaux de reconstruction durant les trente années qui suivirent ce formidable bouleversement. Enfin et ce sont là peut-être les pages les plus attachantes de ce livre, Ratton met en scène Thomme extraordinaire qui fut le restaurateur de Lisbonne et le plus grand homme d'Etat du Portugal, le marquis de Pombal. Ratton qui avait connu personnellement le célèbre ministre portugais^ donne sur lui, sur son administration, des renseignements que ne devront pas ignorer désormais les auteurs de toute monographie historique sur cette époque pleine d'éclat de l'histoire du Portugal.
Alfieri, qui visita Lisbonne 15 ans après le tremblement de terre, porte sur les peuples portugais et espagnol ce
jngement qai honore ces nations, toat en flétrissant lenrs institutions : E benchê il buono vi sia quasi naufrago in un mare di storture di ogni génère che vi predo^ minano, io credo iuttavia quelpopolo ttna eccellente materia per potersi addirizar facilmente ad operar
cose grandi (1).
Sébastien-Joseph de Garvalho e Melo, fait plus tard marquis de Pombal, était aussi sous l'empire de cette conyiction de l'aptitude de la nation portugaise pour les grandes choses, aptitude déjà démontrée par leurs découYcrtes et leurs glorieuses expéditions au XV^ et au XVP siècles, lorsqu'il entreprit son œuvre de restauration. Gette œuvre il l'opéra avec une merveilleuse habileté, avec une énergie qui brisait tous les obstacles. Le despotisme fut dans ses mains une arme terrible et Ja hache du bourreau fut souvent employée par lui pour avoir raison des résistances. De ce souvenir, des reflets sinistres sur les grandes choses par lui accomplies. Le royaume soustrait au vasselage de l'Angleterreile drapeau portugais respecté de tous, l'agriculture encouragée, l'industrie créée, la navigation étendue et développée, renseignement public relevé, les grandes chaires del'Université de Goimbre occupées par d'illustres professeurs étrangers, la législation civile réformée; Lisbonne sauvée de l'incendie, de la famine, de la peste lors du tremblement du 1®' novembre 1855 (2) ; cette capitale reconstruite et embellie, tels furent, à grands traits, les résultats de l'administration du marquis de Pombal, qui porta à un haut degré la gloire du |;etit royaume Lusitanien et mérita d'être appelé, par le peuple portugais, le grand marquis.
(1) Vitta di Vittorio Alfieri. Firenze, 1822r, p. 189.
(2) <t Pombal pourvut à tout ; il fut incomparable par sa fermeté et sa présence d'esprit. » Michel Chevalier, Revue des Deux-Mondes du 1«' septembre 1870, p. 161.
Le caractère do marquis de Pombal et les actes de son administration ont été presque^ jusqu'à ce jour, l'objet des appréciations les plus opposées. L'expulsion des jésuites du Portugal, mesure politique exécutée par le marquis arec une extrême dureté, lui créa d'irréconciliables ennemis et, dans les rangs opposés, d'ardents apologistes.
Dans un ouvrage publié en 178i, écrit ou inspiré par les ennemis du marquis de Pombal et qui porte ce titre : Vit a di Sebastiano Giuseppe di Carvalho e Mello^ marchese di Pom^a/ (1), on trouve cette appréciation de sa vie politique. Ce langage est celui d'un acte d'accusation : « Nel suo lungo governo, violate aveva tutte le leggi divine e nmane, e i diritti piû sacri e inviolabili degli uomtni. » Des jugements aussi absolus ont été portés, en sens contraire, par divers historiens ou biographes ennemis de l'ordre des jésuites.
Il serait désirable, pour que de plus vives lumières fussent projetées sur cette période pleine d'intérêt de l'histoire du Portugal, que le livre de Ratton, aujourd'hui très-rare même en ce pajs, fût publié de nouveau et traduit en français. Ratton qui exprime l'opinion que le marquis de Pombal était un homme de génie et un grand ministre, raconte les faits et les actes de son administration, longtemps après les événements, avec une modération, un esprit de justice, qui sont une sérieuse garantie de vérité.
Recordaçoens
Le Jacome Ration,
Fidalgo cavalleiro da Caza Real, cavalleiro da ordem de Christo, ex-negociante da Praça de Lisboa^ e deputado do tribunal supremo da real ftmta do commerciOf agricultura^ fabricas e navegaçaô^
(1) Tom. V, p. 110.
Sobre occurrencian do seu tempo em Portugal durante o lapso de setenta e très annos e meio, alto* de maio 1747 â setembro de 1810 qtêe rexidio em Lisboa, — In-8" 450 pp.
Londres, impresso par H. Brjer-Bridge-Strcct- Black£riars, 1813.
Rey (Jban-Joskph) lVbbj:.
Jean-Joseph Rej est né le 2 octobre 1762 â Saint- Ghaffrey (canton da Monôtier-de-Briançon). Son père, propriétaire aisé et qui fat longtemps maire de la commune de Saint-Ghaffrej, lui fit faire ses études au collège de Briançon et successivement an séminaire d'Embrun. Le Jeune Rej se Youa à l'état ecclésiastique, suivant, en ce, les désirs de sa famille.
Après un séjour de quelques années dans le Dévoluj, à la restauration du culte catholique, comme curé de la paroisse de la Gluze, il fut nommé desservant de la petite succursale de Forville, dépendant de la paroisse de Briançon. L'abbé Rej, qui regardait comme le terme de ses ambitions terrestres la fixation de sa demeure dans ce ravissant hameau, situé à deux pas de Saint-Ghaffrej, sur la rive gauche de la Guisanne, y est demeuré jusqu'à la fin de ses jours.
Ladoucette a mentionné en ces termes le nom de l'abbé Rej :
« L'abbé Rej a composé de bons articles de topographie et d'agriculture (1). »
G'est là une indication bibliographique bien éconrtée !! L'abbé Rey occupe, dans la mémoire des populations du Briançonnais^ un rang honorable parmi les hommes qui ont en en souci la culture intellectuelle du pays et son bien-être matériel.
(1) Histoire des Haute$-A1pc8, p. 139, édition de 1848.
Pendant les années les plos orageuees de la Révolation, les forôU du Briançonnais, Jadis surveillëes et gardées avec un soin intelligent et jaloux parles consuls des( communautés, avaient été liyrées aux déprédations les plus funestes. Le sol cultivable des étroites vallées briançonnaises allait être exposé sans défense aux dévastations des torrents nés à la suite de cette dénudation des pentes supérieures. L'abbé Rej fut le premier i sonner le tocsin d'alarme, i réclamer avec instance des mesures de protection pour ce qui restait de nos richesses forestières ; par la parole^ par les écrits, il signala la nécessité du reboisement et donna de bons préceptes de sylviculture. Il prêcha d'ailleurs d*exemple^ et quoique réduit, pour vivre, à son modique traitement de succursaliste, il entreprit et meoa à bien le reboisement d*un mamelon nommé le serre de Reboul^ situé aux confins des deux communes de Briançon et de Saint^Ghaffrej, aux dernières assises de la montagne, la crête du Coq, qui appartient à la chaîne qui sépare la vallée de la Guisanne de celle de Névasche.
L'abbé Rej s'occupa aussi, avec la plus louable sollicitude, de l'instruction primaire dans le Biiançonnais. Ses écrits et les appréciations flatteuses sur ses travaux (non publiés et la plupart perdus aujourd'hui), consignées dans le Journal d'agriculture pour le département des Hautes^Alpes^ témoignent d'un esprit très-cultivé, d'une intelligence active et pleine d'initiative, ainsi que d'un vrai patriotisme. Le nom de l'abbé Rej est demeuré dans le souvenir des populations du Briançonnais, entouré de considération et de gratitude.
Il est mort à Forville le 23 novembre 1811.
Une notice biographique fut publiée sur l'abbé Rey dans le Journal d'agriculture des Haut es- Alpes, tom. VIII, pp. 319 à 321.
BlBLIOOSAPHIB :
Mémoire sur la nfppreMsion dés Jachères (1).
Mémoire sur les plantations et autres opérations agricoles dans le Briançonnais (2).
Lettre au préfet des Haùtes^Alpes sur Inorganisation de secours mutuels en cas ^incendie (22 février 1810) (3).
Les émigrations périodiques dans les Hautes^ Alpes (travail signalé par le Journal d'agriculture, tom. V, p. 206).
Traduction de la parabole de ï enfant prodigue par M. Rey, suivie d^ observations en forme de gram^ maire pour l'éttùde des patois des Hautes^ Alpes (4). Ce travail si plein d'intérêt, qui avait été adressé i la Société d'émulation des Hautes^Alpes^ s*est perda.
Borne (âhablb) — (canton de lia Grave).
Amable Rome est né & La Grave, le 13 juin 1781.
Il a été un médecin de notable réputation en Dauphiné. Apres avoir suivi, avec des succès remarqués par le préfet Ladoucette, les classes de latin du Collège de Briançon, il étudia la médecine à Grenoble, sous la direction des D'* Bilon, Fournier (5), Billerey, habiles professeurs, et subit à Paris les épreuves du doctorat, en 1806.
En 1807, à l'âge de vingt^six ans, il fut^eppelé â dit iger le service de santé deThOpital civil et militaire de Brian-
(1) Journal d'agriculture et des art» pour le département tUs HautcS'Alpcs^ tom. II, pp. de 97 à 105.
(2) Journal d^agHculture, tom. III, pp. de 186 à 190 (il n'y a qu^une analyse de ce mémoire).
(3) Journal d'agriculture, tom. Vï, pp. 262 à 265.
(4) Lettres d*Eraste à Eugène ou Aanuaire du département des Hautes- Alpes pour 1808, p. 183.
(5) La thèse médicale du Dr Rome a été dédiée à M. Four^ nier.
çoo. Il était en même temps ÎDspectear des eaux tbeismaies du Monôtier de Briançon.
L*ancien préfet des Hautes-Alpes, M. Ladoucette, qui ayait été appelé à administrer le département de la Roër^ voulut avoir auprès de lui le D' Rome, pour lequel il professait une singulière estime. Il le ât nommer médecin diï Dépôt de la mendicité de la Roër. Pendant son séjour â Cologne, le D' Rome se lia d*amitié avec le célèbre Alexandre de Humbold.
Le séjour de Rome à Cologne fut assez court. Il vint se fixer, se marier et exercer la médecine à Voreppe (Isère).
En 1816, le D' Rome fut appelé aux fonctions de médecin de TAsile des aliénés de Saint-Robert. Il était aussi, dans cet établissement, professeur d'accouchement pour les élèves sages-femmes de Tlsère, et directeur du service de la maternité. Il exerça ces multiples fonctioDs à l'Asile de Saint-Robert, de 1816 à 1830, avec un dévouement au-dessus de tout éloge, avec un talent professionnel qui étendit sa réputation. En 1830^ le D** Rome, ne voulant pas prêter serment au gouvernement issu de la Révolution de 1830 et sacrifiant ses intérêts aux inspirations d'un sentiment de droituie bien honorable, abandonna^ malgré les efforts du préfet Gasparin, ses fonctions à l'Asile de Saint-Robert et se retira â Voreppe, sans plus rechercher ni accepter aucunes fonctions publiques.
A dater de 1830 jusqu'en 1850, époque de sa mort, le D' Rome, fixé à Voreppe, mais se rendant deux fois par semaine à Grenoble, où l'attendaient, comme l'ange de la délivrance, de nombreux malades, n'eut plus qu'une volonté, qu'un couci, se consacrer à l'exercice de son art, avec cœur, avec désintéressement, avec vaillance. Il n'était question à Oronoble, à cette époque^ que de ses cures merveilleuses, de sa bonté envers les pauvres, de son dévouement pour tous. « Si, comme médecin, disait son
c excellent ami M. Darand Tatné (1), il était admirable c de zèle et de prudence, il étiit, comme homme, d^ane f délicatesse et d*ane générosité des anciens temps. Il € portait des aliments, des remèdes aux pauvres qa*il « était appelé à secourir ; ses mouchoirs bandaient lears « plaies. Une fois nous l'ayons rencontré gagnant sa de- € meure par des chemins détournés ; il avait donné sa € chemise pour envelopper un nouvean-né! >
Jamais M. Rome ne tint compte de ses visiteSi de ses consultations, des soins qu'il donnait. « J'ai peu de me- « moire, disait-il. Je pourrais ne point mentionner l'arec gent reçu, et mes héritiers réclameraient une chose « indue. » Le discret et bon docteur n'ajoutait pas que c'était aussi un moyen d'oublier la dette d'une clientèle en général peu aisée.
Le D' Evrat, l'éminent médecin aliéniste, l'ancien directeur de l'Asile de Saint-Robert, me traçait un Jour en ces termes le portrait du D' Rome : f Aussi instruit qu'il
< est modeste ] plus charitable qu'il n'est modeste et « qu'il n'est instruit ; homme vénérable qui, seul, ignore « qu'il est pour tous un modèle d'honneur, de dévoue- « ment à ses semblables, de désintéressement et de tolé»
< rance. »
Cet homme de bien par excellence, ce médecin distingué, cet héroïque soldat du devoir professionnel mourut sur la brèche. Il se mit au lit au retour d'une visite faite chez des malheureux, par une pluie battante et froide.
Il mourut le 19 mai 1850, à Yoreppe.
Sources biooraphiqubs :
Le Courrier de F Isère j n** du 23 mai 1850. Le Patriote des AlpeSy n* du 21 mai 1850. L'Oisans^ par Aristide Albert, pages 103 i 108.
(l) Courrier de Vhère du 23 mai 1850. Article nécrologique sur le D' Rome.
Bibliographie :
Dissertation sur les mamelles, ou appareil lacti^ fère considéré exclusivement chez la femme, présentée et soutenue i l'Ecole de médecine de Paris, le 8 février 1806, par Amable Rome, de La Grave (Hautes- Alpeii), membre de la Société d*ingtrnetion médicale. Paris, Didot jeune, 1806, in-4°, 17 pages.
Bomyeo (Benoit), né au Yillard-d'Arènes (canton de La Orave).
Ouvrier monteur en corail, Romjen, appartenant i la religion réformée, s'était retiré à Genève avec sa femme et ses enfants. Dans un voyage entrepris au mois d'avril 1568, dans un but commercial, il fut arrêté à Aix en Provence, sur la dénonciation d*un marchand désappointé dans une tentative d'acquisition à vil prix de l'un des articles de la précieuse marchandise du colporteur. La poursuite pour cause d'hérésie eut lien i la réquisition du sieur Laurin, conseiller an Parlement d'Aiz, gendre du président d'Opède, Tun des sinistres promoteurs du drame lamentable de Gabrières et de Mérindol. Romyeu confessa sa foi religieuse. Il fut condamné par la Gour d'Aix à être brûlé vif. Gette cruelle sentence reçut son exécution (1).
Salle (les frères), de La Salle (canton du Monôtierde-Briançon).
«MM. Salle frères ont établi, au mois de vendémiaire, € an XIV, divers ateliers dans la maison centrale de dé- « tention d'Embrun . Les objets fabriqués ne sont encore € que des essais» mais tout annonce que rien ne man- « qnera à leur perfection, lorsque les détenus auront ac-
(1) Histoire des martyrs^ de Jean Crespin, pages 421, 422,
« qnis one plus longue expérience. On en jugera par les « rubans de laine, les cotons filés et les fils de chanTre « que MM. Salle ont adressés. » Extrait du Moniteur. — Ministère de rintérieur. — Industrie nationale. Notice sur les objets envoyés â Texpositlon des produits de Tindustrie française (i).
En note, les rédacteurs du Journal cT Agriculture ajoutent :
< Les sieurs Salle fcnt maintenant carder et filer la
< bourre de soie dans la maison centrale. C'est une bod- « Telle branche d'industrie. >
Dans le livre intitulé Yffonneur français (Paris, 1808), on lit, t. II, p. 223 :
< A tous ces noms recommandables, nous devons join- « dre ceux des fabricants qui sont venus au secours des
< malheureux dans les moments critiques de notre révo-
< lution, et dont les ateliers ont été des a8ile8 offerts aux « indigents. Dans cette classe si utile à la société, nous
€ distinguerons MM. Salle frères, fabri-
€ cants à Briançon (département des Hautes-Alpes). >
(1) Journal d*agricuUure des Haut-es-Alpes, n^' du l'** novembre 1806, t. III, p. 181.