‹ Biographie d'Abbeville et de ses environsChapitre 12 sur 12 · S*8 BIOGRAPHIE · texte numérisé non relu

S*8 BIOGRAPHIE

P0UTR1N COURT ( Jean DE BIENCOURT ,

gieur de ), gentilhomme, né à Abbeville (*), partit de cette ville en 1 6o/f , avec deux vaisseaux; l'un de 120 tonneaux et l'autre de i4o, et se rendit en Amérique, accompagné de plusieurs familles qui s'étaient attachées à sa fortune. Après avoir doublé le cap de Sable, il entra dans la baie française , où il fonda la colonie de Port-Royal , à vingt lieues de la rivière Saint-Jean , et bâtit un fort dans File de Sainte-Croix, Il revint en France peu après, et retourna , en 1 606 , dans son établissement de Port-Royal, qu'il fortifia ; mais les guerres de France l'obligèrent de l'abandonner quelque temps après. On a plusieurs ouvrages sur l'histoire de cette expédition , entr'autres : 1° Voyage des sieurs de Monts et de Poutrincourt, en la N ouve lie -France % en 1604. Cette relation se trouve dans l'histoire de la Nouvelle^ France, par Marc Lescarbot, livre l\ r 2 0 Noya Francia : Description de la Nouvelle-France ei du Voyage de MM. de Monts , de Pont gravé et de Poutrincourt % en Acadie , traduit du français en anglais , par P. Erondell , Londres ,

(*) Histoire des Mayeurs , page 757. — Bibl. du P. Lelong , tome 3.

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în-4° ; 3° La Conversion des Sauvages qui ont été baptisés dans la Nouvelle -France cette année 1G10, avec un brief récit du sieur de Poutr incourt , par Marc Lescarbot , Paris, 1610, in-8° ; Relation dernière de ce qui s est passé au Voyage du sieur de Poutrincourt , en la Nouvelle-France, depuis vingt mois en ça , par le même, 1612, in-8\ Lescarbot était d'autant mieux instruit qu'il avait été l'un des principaux mobiles des premiers établissemens français dans ces contrées. 5 a Lettre missive touchant la conversion du grand Sagamos de la Nouvelle-France, qui en était, avant l'arrivée des Français , le chef et le souverain^

QUIERET (Htjgubs), grand amiral de France, était seigneur de Tours en Vimeu (*). Une lutte sanglante régnait entre la France et l'Angleterre. Nos marins étaient peu nombreux et peu habiles. Philippe de Valois engagea à sa solde des navires espagnols , et quarante galères de Gênes et de Monaco , commandées par un

(») Sa famille , admise parmi la bourgeoisie d'Àbbcvillc , fut honorée de la magistrature municipale peu de temps après l'établissement de la commune^

aOO BIOGRAPHIE

fameux corsaire, Barbavara , de Porto^-Venere. Il joignit à ces vaisseaux tout ce qu'il avait pu trouver de bâtimens français dans les ports de Bretagne , de Normandie et de Picardie ; donna le commandement de cette flotte à Hugues Quieret ; mit sous ses ordres Bahuchet , trésorier de France^, et le chargea d'intercepter tous les convois anglais qui se rendraient en Flandre. Quieret se dirigea vers l'Angleterre , observa ses différens ports , et ne voyant aucun armement prêt à mettre à la voile, surprit Soupthampton un dimanche matin ; égorgea les hommes , abandonna les femmes aux outrages des soldats , et se rembarqua à la hâte sur ses vaisseaux chargés des dépouilles de la ville. L'année suivante ( i3/|0 ), Philippe , instruit des préparatifs immenses qui se fesaient en Angleterre et dans les Pays- Bas , équipa une flotte de 1 20 gros vaisseaux , et de 25o autres bâtimens environ , portant quarante mille hommes, aux ordres de Quieret. Cette flotte devait intercepter Édouard à son passage , et cingler vers l'embouchure de l'Escaut. Le grand amiral n'avait aucune expérience de la mer , et Bahuchet n'était pas plus habile. Barbavara leur donna des avis qu'ils ne voulurent point suivre. Celui-ci n'était à

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leurs yeux qu'un misérable pirate peu digne d'être écouté . Ils avaient choisi entre Blankenberg et l'Ecluse , sur une cote entourée de bancs de sable, une anse étroite où leurs vaisseaux se touchaient presque , et ne pouvaient manoeuvrer. Ils s'y crurent en sûreté. Barbavara s'efforça vainement de leur représenter le danger de cette position. Ils s'obstinèrent à rejeter ses conseils , et refusèrent de le suivre au large. L'escadre anglaise , commandée par Édouard , se dirigea contre la flotte qui lui barrait le chemin de l'Écluse ; prit l'avantage du vent et du soleil , et vint donner sur elle à pleines voiles. Les archers anglais commencèrent l'attaque ; des deux côtés les vaisseaux s'abordèrent et s'accrochèrent ; des deux côtés on déchirait les voiles avec de longues faulx et de larges flèches, tandis que des plongeurs perçaient sous l'eau les bâtimens. On se battit avec acharnement depuis six heures du matin jusqu'au soir. La fortune était encore indécise , lorsque l'escadre des Flamands

(') M. Simonde de Sismondi , dans «on Histoire des Français , tome 10, page 167, dit que l'insolence aristocratique avec laquelle ces deux amiraux avaient traité les matelots Tannée précédente , en avait fait déserter la plus grande partie , et que l'irritation de ceux ci contre la noblesse , fit éclater à leur retour à Gônw une révolution qui dépouilla cet ordre de ses prérogatives.

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vint se joindre aux Anglais, et nous faire perdre la victoire. Quienet périt les armes à la main ; Bahuchet fut pris et pendu par les Anglais au grand mât de son vaisseau. Le seul Barbavara » qui s'était tenu au large , échappa avec sa division , tandis que les autres bâtimens français ne pouvant iii manoeuvrer ni s'éloigner , tombèrent au pouvoir de l'ennemi ou furent coulés à fond. La France perdit dans ce terrible combat , s3o voiles et 3o,ooo hommes.

On y comptait douze bâtimens d'Abbeville , montés par 1677 hommes, y compris 192 arbalétriers; quatre vaisseaux de Saint-Valeri , portant 5 i6 hommes , et 66 marins du Crotoy.

RAMBURES ( David , Sire de ) , grand maître des arbalétriers de France , d'une noble et ancienne famille du Vimeu , dont on croit que l'origine se rattache à celle des comtes de Ponthieu (*) , servait en i4<>5 en Picardie, et fut fait prisonnier à l'attaque du château de Mercq,

(*) Cette famille s'est éteinte dans les mâles, au 17»» siècle. L'héritière de ce nom en porta les droits dans la maison de Fontenille*.

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près Calais. Rendu à la liberté , il alla combattre en Guyenne, puis vola au secours de Boucicault, que la révolte des Génois venait de mettre en danger; purgea la Champagne et la Bourgogne des partis qui ravageaient ces deux provinces ; combattit glorieusement à Azincourt , et y fut tué avec Jean , Hugues et Phi-

»ures , ses trois fils.

mm

RAMBURES ( Adrien de ) , seigneur de Dompierre , Drucat , Plessiel , etc. , combattait , en 1421, contre les Anglais, auxquels il enleva Saint-Riquief , Pont-Remi , Gamache , Rue , et presque tout le Ponthieu. En i4s4> il se jeta avec trois mille hommes dans la ville de Verneuil, y fut investi par l'ennemi, après la funeste bataille de ce nom ; capitula le troisième jour faute de vivres, et en sortit avec armes et bagages. En i43o, assiégé par les Anglais dans le château de Dammarle, il fut fait prisonnier, conduit en Angleterre, et ne rentra en France qu'après dix ans de captivité.

RAMBURES ( André de ) , chambellan du roi, sénéchal et gouverneur du Ponthieu, fonda en 1 499 , le couvent des Minimes d' Abbeville ,

mourut le 8 avril i5i3, âgé de quatre-vingts ans, et fut inhumé dans l'église de ce monastère, où Ton voyait son mausolée en marbre, par Blasset. Il y était représenté couvert de son armure, un lion sous les pieds, sa femme à ses côtés ( Jeanne de Halluin, Bœur de Févêque d'Amiens , de ce nom ) , dont il eut quatorze enfans, tous dénommés et figurés sur le tombeau. Ce monument a disparu en 1793.

RAMBURES ( Charles de ) , maréchal-decamp, gouverneur de Doullens §t du Crotoy, surnommé le Brave, était à la journée d'Arqués , où il fit des merveilles; à celle d'Ivry, au siège d'Amiens. Il mourut le i3 janvier 1 633 , des suites de ses blessures. Il avait épousé la fille du maréchal Montluc de Balagny , et en secondes noces , Rénée de Boulainvillers. Il avait été gouverneur de Bergerac pendant les guerres de religion.

RAMBURES ( Jean de ) , son fils , servit, en 1627 , dans l'armée royale de la Rochelle , puis en Italie , où il commandait le régiment de son nom ; et ensuite en Flandre , en qualité de mestre de camp. Il fut blessé mortellement

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au siège de La Capelle, en 1637. Son portrait a été grave par Moncornet.

RAMBURES ( François de ) , fils du précédent, chevalier , comte de Courtenay, mestre de camp d'un régiment , etc. , gouverneur de la ville et château du Crotoy , fut tué , en a 642, en combattant vaillamment près d'Honnecourt, sur la frontière de Picardie et d'Artois. Son portrait a été aussi gravé par Moncornet (*).

RIBEAUCOURT (Pierke de ), pharmacien, membre du lycée des arts et de la société d'agriculture de Paris , né à Abbeville , le 28 janvier 1 759 , suivit le penchant qui l'entraînait vers l'étude des sciences naturelles , et se rendit à Paris pour y apprendre la chimie et la pharmacie, sous le célèbre Rouelle; puis revint à Abbeville exercer sa profession. Quelques années après, il retourna dans la capitale, a fin de perfectionner ses connaissances,et de s'y livrer

(•) L'hôtel de Rambures , situé rue St. -Wulfran , entre les n« 66 et 74, fut reconstruit en 1499, sur l'emplacement d'un autre hôtel beaucoup plus vaste, où le premier maire d'Abbéville, Gontier-Patin, avait fait sa résidence au ia«« siècle.

entièrement à son goût pour l'étude. On a de lui : i° Èlèmens de Chimie docimastique f à l'usage des orfèvres, essayeurs et affineurs , ou Théorie chimique de toutes les opérations usitées dans l'orfèvrerie; Tart des essais et t affinage pour constater le titre de lor et de T argent, Taris , 1786, in-8°; 2° un Mémoire sur les Caractères distinctifs des diverses terres vitrifia aies , pièce couronnée par l'académie de Rouen , en 1785; 3° un autre Mémoire sur la Tourbe et sur son Extraction, qui fut imprimé aux frais et par ordre du conseil des mines ; 4° une Dissertation sur la Nielle des Blés.

Il avait précédemment partagé avec M. Hecquet d'Orval , le double prix que l'académie des sciences avait ofFert pour le meilleur mémoire sur l'indigo. Ribeaucourt était directeur d'une manufacture de couperose , située près de Milhau (Aveyron) , lorsqu'il mourut le 17 septembre 1806.

RIQUIER ( S* ), vivait au commencement du 7 mo siècle. Les uns le font naître pauvre , obscur ; d'autres disent qu'il était fils d'Alquaire, comte de Ponthieu; et son origine se ratta-

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cherait alors à celle des rois Mérovingiens; mais cette illustration est contestée (*). On ignore les premiers évènemens de sa vie , jus-» qu'à l'époque où deux prêtres irlandais arrivèrent à Centule , sa patrie , pour y prêcher la foi. Leurs discours firent une profonde impression sur son cœur ; il abjura le culte des faux dieux , et fut élevé au sacerdoce , avec la sainte mission de répandre l'évangile sur les bords de la Somme. 11 s'embarqua ensuite pour l'Angleterre, y contribua puissamment au triomphe de la religion chrétienne , puis revint dans le Ponthieu recommencer ses courses apostoliques. Son éloquence et ses vertus lui gagnèrent tous les cœurs. Il réunit ses nombreux disciples, et fonda, l'an 62 5, un monastère qui fut richement doté par Dagobert. On sait que ce prince vint plusieurs fois à Centule, heureux d'y obtenir et les faveurs du ciel et le salut de son âme. Saint Riquier lui reprocha son immoralité , son luxe , ses cruautés, le meurtre des Bulgares, l'assassinat de Bernulfe , son oncle maternel ; il lui rappela les devoirs de la puissance et de la religion, le redoutable arrêt de la justice divine; et

(*) Voyez Mabillon , Aeta Sandi Benedicti , tome a> page 176,— Baiilet, Fies des Saints, — Giry, ibid.

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Dagobert , en proie à ses remords, l'écouta en silence, et s humilia devant lui. Son monastère, comme le désert de Subiaco , où Saint Benoît s'était retiré un siècle auparavant , était devenu le point de réunion d'un foule avide de le voir et de l'entendre. Les ducs et barons de France y accouraient de toutes parts. Mais effrayé de sa gloire, il quitte son cloître , et va se soustraire à tant d'hommages , au centre de la forêt de Crécy, dans une retraite profonde, inhabitée (*). Deux hommes d'une haute naissance , Gislemar et Mauronte , lui proposent en vain de quitter sa solitude; il n'abandonnera point sa cabane de roseaux { arundinea ), et le monastère de Forêt-Montier , que leur piété veut lui consacrer , ne sera bâti qu'après sa mort. Le saint anachorète trouve sa quiétude et son bonheur dans ses méditations, dans cette vie solitaire, dans cette humble cellule où la prière et les austérités de la pénitence partageront ses derniers jours. Il ne mangeait, diton, que deux fois la semaine , le dimanche et le jeudi. Les faibles liens qui le retenaient encore vers la terre , se brisèrent bientôt : il expira sous les vieux chênes de la forêt , sur son

{*) On montre encore aujourd'hui ce lien dans la forêt \ on It nomme l'Hcrmitaç*,

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lit de paille, le 26 avril Tan 645 (*). Peu de temps après, son corps fut transporté à Centule , qui dès-lors prit son nom. On avait tant de vénération pour sa mémoire , tant de prodiges illustraient son tombeau , que Ton y venait de toutes les parties de la Gaule solliciter des grâces, apporter des offrandes, dont le produit chaque année s'élevait au-delà de quinze cent mille francs de notre monnaie actuelle.

Ses reliques, que Charlemagne avait placées dans une châsse d or , furent enlevées deux fois par Arnoul , comte de Flandre , et transportées à Montreuil. Hugues-Capet le somma de les rendre , alla lui-même les chercher, les prit sur ses épaules , la tête découverte et les pieds nus , fit ainsi huit lieues , et vint les déposer sur l'autel de l'abbaye, le 3 juin 981. Cette translation a été décrite en vers, par Enguerran, abbé de Saint-Riquier , dans le 11"" siècle , et peinte à fresque , dans l'ancienne trésorerie du monastère. Cette peinture, que l'on voit encore, ne date que du commencement du 16™ siècle; mais elle retrace un fait où la religion servit la politique , et ce fait sans doute est mémorable. Le trône appartenant par droit d'hérédité à

(•) L'an 674 , wloo d'iutre».

jjgo BIOGRAPHIE

Charles , duc de la Basse-Lorraine , frère de Louis d'Outremer on publia partout que saint Riquier avait révélé au duc de France , que la couronne lui serait déférée, et que la royauté se perpétuerait éternellement dans sa famille (*) ; chose remarquable , et que la France , au 1 9"° siècle , peut regarder encore comme prophétique ! La vie de cet illustre cénobite a été écrite par Alcuin, à Centule même , suivant les désirs de Charlemagne, à qui Fauteur Ta dédiée, et sur d'anciens mémoires qui ont été perdus (**). On révère encore dans le sanctuaire de sa belle église , les restes de ce fondateur d'une abbaye célèbre , de cet apôtre de la Gaule et de l'Angleterre , dont un grand homme invoquait les oracles , et devant qui les rois de la terre venaient déposer leur orgueil. Les amis de la religion et de l'histoire nationale, savent que c'est le digne pasteur de Saint-Riquier , M'. P. Callé , qui les sauva de la profanation de 1 793,

(*) Velly, Histoire de France, tome a , page a63. — Histoire ecclés. (T AbbeviUc— Marchangy, Gaule poétique, tome 5, page 4- — Mabil- Ion, ActaBcnedicti, tome a, page ai3-ii> v ^ ^

(**) On a plusieurs autres vies de saint Riquier, qui paraissent avoir été -copiées sur" celle d'Akuin , et dans lesquelles on ne s'est

pas fait scrupule d'insérer beaucoup de fables.

d'abbeviixe* jjgi

RIVERI (Louis), cultivateur et négociant à St.-Valeri, fut député à la législature et à la convention , ou il vota la détention de Louis XVI. Il protesta ensuite contre le 3 i mai 1 793 , et ne fut cependant pas compris parmi les soixante - treize députés proscrits pour avoir signé cet acte. A la fin de 1 794 , il fut un des commissaires chargés d'examiner la conduite de Carrier , et se déclara contre cet agent sanguinaire. Devenu membre du conseil des Cinq Cents, il en sortit en mai 1797 , devint alors administrateur du département de la Somme , et fut réélu deux ans après au même conseil.

Riveri siégea dans cette assemblée jusqu'à la révolution du 18 brumaire. Il est mort à Amiens, il y a quelques années.

RUMET ( Nicolas) , sieur de Beaijcaurroy , lieutenant-général de Montreuil, maître des requêtes et intendant d'Amiens sous le règne de Henri II , d'une famille de robe connue à Abbe ville depuis le i3" e siècle (*) , a laissé des manuscrits pleins de recherches savantes 5

a - - { • te. «y 1 '

(*) Voyez Bistoirt des Mayeurs éAbbtvillt, page 801.

BIOGKÀPHIE

i° Historia Picardiœ, in^f», qui passa de la bibliothèque du chancelier Séguier dans celle de Saint-Germain; 2° Chronique du pays et comté de Pont/iieu , augmentée et continuée jusqu'en i 9 par François Rumet , son fils , et dont on trouve un extrait dans le 1 8" e volume des manuscrits de Duchesne , qui sont à la bibliothèque royale. 3° Quatre volumes m-lf sur la Jurisprudence. Ce magistrat mourut le 23 avril i595.

RUMET ( Louis ) , théologien , de la même famille que le précédent, fut chanoine de Notre- Dame de Paris , curé de Saint-Leu , et doyen des chanoines de Saint-Thomas du Louvre.

H allait être auditeur de Rote à la cour de Rome, lorsqu'il mourut en 1627. 11 a fait imprimer à Paris divers ouvrages, entr'autres : i° Sacra Scripturœ Viridarium , Littérale et Mysticum; a* Torus immacula tus Contra Nororum itigum infidelium; 3° Sacrorum bibliorum arboretum morale.

; SACHY ( Jean-Baptiste MAURICE DE ), né à Abbevjjle , en 1 702 , est auteur d'une His~

d'àbbeville. 293

toire des Evéques a* Amiens t Abbeville, 1770, in- 1 2. Il avait travaillé à une Histoire des Hom mes Illustres du Ponthieu, qui fut annoncée comme étant sous presse, et qui n'a point paru.

SANNIER D'ABRANCOURT ( Jean ), lieutenant-particulier de la maîtrise des eaux et forêts, mort en 1776, a publié : i° Remarques sur Quentowick, ancienne ville du Ponthieu , détruite parles Normands ; Journal de Verdun, janvier 1758. Ce port célèbre, sous nos premier rois, n'est, selon Fauteur, ni Quend-le- Vieil, ni Saint- Josse-sur-mer ,. ni Berk; mais la Britannia , que Sanson place à Abbeville ; 2 0 Lettre sur le lieu de la bataille que Louis III livra aux Normands , à Saucourt en Vimeu, en 88 1 , ibid. , avril 1 758 ; 5° lettre sur quelques faits faussement allégués par l'auteur de V Almanach de Picardie ( le P. Daire ) , ibid., mars 1761. 4° Observations sur Abbeville et le Ponthieu, ibid. septembre 1769. Sannier d'Abrancourt a encore laissé plusieurs manuscrits sur l'histoire locale r qui sont maintenant dans la bibliothèque de M. de Bommy.

2g4 BIOGRAPHIE

SANSON ( Jacques ), plus connu sous le nom de P. Ignace Joseph-de-Jésus-Maria , naquit le 10 février 1 5g6 (*). Après avoir achevé ses études à Paris , il fit profession dans l'étroite observance des Carmes. Peu de temps après on lcnvoya à Limoges , d'où on le rappela pour lui donner la charge de sous-prieur du couvent de Paris. Il fut ensuite maître des novices à Charenton , puis à Toulouse , enfin nommé confesseur de Madame Royale de Savoye, et supérieur des Carmes déchaussés de Turin ; fonction qu'il exerça encore à son retour en France dans le couvent de Paris. Il fonda deux maisons de son ordre ; Tune à Abbeville , l'autre à Amiens ; prit une grande part à l'établissement des Carmélites en France , et détermina M*" de La Peltrie à fonder un couvent d'Ursulines à Québec, au Canada. Cette jeune et riche veuve partit avec trois sœurs hospitalières, et dépensa cent mille francs pour y établir une maison qui subsiste encore (**). Ces actes de ferveur , si méritoires et si glorieux alors , ajouta Il se fait connaître lui-même, page 83o de l'Histoire des maycurs , où il donne la généalogie de sa famille.

(**) Voyez Charleroix , Histoire de la Nouvelle France. — John Lambert, Foyage dam le Canada, en 1806, 7 et 8,

d'abbeville. agS

tèrent un nouvel éclat à la réputation que le P. Ignace avait acquise par la sainteté de ses mœurs, et il devint l'objet d'une telle vénération^ que le peuple lui attribua le pouvoir d'opérer

des miracles. On a de lui : i° Histoire ecclésiastique d % Abbeville et de l Archidiaconè de Pont/iieu, Paris, 1646, in-4° (*) ; 2° Histoire généalogique des Comtes de Ponthieu et des Majeurs d? Abbeville , où sont rapportez les privilèges que les roys leur ont donné; leurs actions héroïques , leurs armoiries , et ce qui s'est passé de plus remarquable durant leur magistrature dans le pays de Ponthieu et de V imcux.... depuis ï an io83 jusquen i656 (**), Paris, 1657, in-f°. Ces ouvrages , devenus rares , sont diffus et fatigans à lire. L'auteur, extrêmement circonspect, n'y a mis en lumière qu'un petit nombre de faits. 11 s'y montre érudit , plein d'imagination , mais entièrement dénué de critique et de méthode : des réflexions mystiques et

(') La Vie de ta mère Gabrielle , fondatrice des religieuses de saint François-de-Pattle , qu'on trotife dans cet ouvrage, a été imprimée a part, Paris ,.i 646, in-S°.

(**)U parait qu'il a puisé les matériaux de cet ouvrage dans une Histoire du Ponthieu, 4 gros volumes in-f° , par Pierre Wagnart, avocat. On ne sait ce qu'est deveoue cette histoire, qui appartenait au couvent des carmes. Wagnart, mort en 16S1 , a encore laissé d'autres manuscrits.

ag6 biographie

de longues digressions s'y rencontrent ji chaque page. 3° Récit des Vertus d Antoine Leclerc, sieur de la Forêt, avocat au parlement de Paris, et commissaire provincial de T artillerie de la prorince de. Picardie, Paris, 1647, ^8*. Le P. Ignace avait été son directeur (*). 4° Martyre du P. Denys de la Nativité ( nommé dans le monde Berthelot), mort pour la joidans les Indes, ibid, 1648 , in-8° ; 5° Vie de saint Maurdes Fossés, suivi d'un Traité des Miracles du même saint , et de Y Histoire de la Fondation de la Chapelle de Notre-Dame des Miracles + bâtie joignant le cloiire de ce monastère, ibid. , 1 6/5 o , in-8 D ; 6° Vie de sainte Austreberthe ; 7 0 Vie du vénérable P. André de Jésus-Maria, son compatriote et son ami ( Voyez ce nom ). Il a laissé en manuscrit : V Histoire ecclésiastique du diocèse d Amiens ; la Vie des Saints de ce diocèse ; la Chronique des Carmes déchaussés de France; Préparation à la mort, et quelques autres ouvrages dont on trouve les titres dans la Bib/iot. Carmelitana de Cosmes de Vijliers , page 708 et suivantes* Il mourut dans le couvent des carmes , à Charenton , le 1 9 août 1 664. la communauté des

(♦) II est parlé de cet ouvrage dons le livre intitulé le Séculier Parfait y Paris, i(*44> in-8».

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carmélites d'Âbbeville possède son portrait d'après nature ( Voyez Mathieu ).

SANSON ( Nicolas ) , le créateur de la géographie en France, naquit le 20 décembre 1600 (*). Des titres généalogiques le font descendre, ainsi que le précédent, d'un officier béarnais , qui , par suite des évènemens de la guerre , vint se fixer è Abbeville au commencement du I5" 1 * siècle (**). Sa famille, honorablement connue , était depuis plus d'un siècle admise aux charges municipales (***). Son père,

(*) Il nous a été impossible de découvrir la maison où ce célèbre AbbeTillois reçut le jour. Nous n'avons pas été plus heureux à l'égard de Philippe Hecquet et de quelques autres ; mais ai nos recherches ont été infructueuses , espérons du moins que la ville s'empressera de réparer l'oubli dans lequel elle a laissé long-temps ses plus dignes citoyens, en donnant leurs noms à plusieurs de ses rues. Pourquoi ne pas rendre hommage à ceux qui nous honorent, et ne pas rappeler nos titres à l'estime nationale ?

(") Voyez Histoire du Mayeurs a* Abbeville , page 8aa.

(***) Cette famille , déjà illustrée par Nicolas Saoson , reçoit de nos jours un nouvel éclat. M. Sahson db Pohgbbvilli (Jean- Baptiste-Antoine-Aimé ), l'un des hommes qui contribueront le plus à notre gloire littéraire, est né à Abbe ville quelques années avant la révolution. Il habitait la terre de Neuilly-L'hôpital, qui appartenait à son père, et depuis l'âge de dix-huit ans, il demeura alternativement à Paris ou dans cette commune. 11 venait de terminer plusieurs ouvrages qu'il destinait au

à qui Ton doit quelques ouvrages de géographie

théâtre, lorsque le poème de Lucrèce lui tomba entre les mains. Ce poème devint aussitôt l'objet de son enthousiasme et de son admiration. C'est a Neuilly que le jeune littérateur forma le hardi projet de le traduire en vers; c'est là que nous l'avons vu lutter avec tant d'avautage contre les excessives difficultés d'une entreprise que les maîtres de l'art jugeaient insurmontables, et <|ue , soutenu dans ses travaux par les encooragemens et les couseils d'un père, Voué au culte des lettres, et plein de goût et de talent, le traducteur parvint au milieu de sa longue et honorable tâche. Il fit imprimer à Abbevillele cinquième chant du poème, et l'envoya au secrétaire perpétuel de l'Académie Française. M. Raynouard, frappé du talent supérieur que révélait ce premier essai, lui répondit que l'Académie l'engageait à poursuivre avec zèle et courage la traduction du poëme entier. « Je vous invite au nom de vos succès futurs , à venir passer quelque temps à Paris, » disait l'auteur des Templiers , en terminant sa lettre. M. de Pongervillc quitta Neuilly bientôt après ( décembre 1B1S) , et^ermina dans la capitale , après quinze ans de travaux , cette traduction de Lucrèce , l'un des plus beaux morceaux de la poésie française. Nous croyons faire plaisir en rapportant ici les ▼ers que notre compatriote reçut alors d'un écrivain célèbre.

Dans l'Élysée on prétend que Lucrèce A Virgile souvent se plaignit de Lutèce; J'y fus , dit-il , blessé des traits d'un cardinal ; En voulant me venger Lagrange aigrit mon mal : Mon nom reste oublié dans cette illustre ville ; Le tien , plus fortuné , renaît , grâce à Delille ; Paris , avec transport , répète encore tes chants !. . . — Je le sais, lui répond Virgile , Mais Paris aujourd'hui te paie un juste encens , lit tu renais dans Pongerville.

Excité par l'accueil extraordinaire fait à son ouvrage, M. de Pongerville rentra bientôt dans une carrière où le triomphe avait

d'àbbeville. 299

sur l'Allemagne, l'Afrique, etc., souhaitait que ses cnfans cultivassent cette science, pour laquelle il était passionné; mais Nicolas fut le seul qui répondit à ses vues. Les autres prirent le parti de 1 église. Après avoir achevé ses humanités avec succès au collège d'Amiens , il revint dans sa famille , et se livra tout entier à l'étude de la géographie, vers laquelle il se sentait entraîné par un attrait irrésistible. Doué d'un génie particulier pour cette science, il la porta bientôt à un degré de perfection inconuu jusqu'à lui, et se plaça parmi les grands hommes du siècle de Louis XIV. Il avait à peine seize ans lorsqu'il parvint à dresser une carte de •l'ancienne Gaule, supérieure à celles d'Ortelius et de Mercator. Cependant il en retarda la publication afin de la perfectionner, et dans la crainte qu'on ne l'attribuât à son père , nommé Nicolas comme lui. S'étant marié de bonne heure , son

accompagné «es premiers pas. Les Amours mylhotogiques , traduits des Métamorphosa s d'Ovide , ont obtenu le plus brillant succès. On ne saurait porter plus loin l'éclat et la magniGcence du style ; ^illustre écrivain s'y retrouve tel qu'il s'était montré : poëte admirable et traducteur exact. Avant d'achever les métamorphoses,

l'une* des productions les plus attrayantes de l'antiquité, M. de Pongerville s'est occupé de traduire Lucrèce en prose. Cet ouvrage vient de paraîtreet de fixer sa réputation dans un nouveau genre. Les muses ont pour jamais attaché son nom a la gloire immortelle de Lucrèce et d'Ovide.

300 BIOGBAPUIE

peu de fortune le força de prendre un état pour subvenir aux besoins de sa famille, et il embrassa le commerce (*). Mais le temps qu'il employait à l'étude l'empêchait de suivre ses affaires ; il fit des pertes considérables , céda ce qui restait à ses créanciers , et vint à Paris en 1627, apportant sa carte de la Gaule. Le succès qu'elle obtint lui mérita la protection du cardinal de Richelieu. Il fut présenté à Louis XIII , qui voulut recevoir de lui quelques leçons de géographie , et le gratifia du brevet d'ingénieur en Picardie. Il se rendit aussitôt à sa destination , visita les différentes villes de la. province , et revint à Abbe ville , dont il fit réparer les fortifications. Ses nouvelles fonctions ne ralentirent point son zèle pour la géographie. Persévérant dans ses goûts, il consacrait toute son existence à sa science favorite, et publiait chaque année de nouvelles :artes. Louis XIII vint, en i638, en Picardie pour suivre les opérations de l'armée, et sur-

(*) Sa femme , Éluabeth Lemoitier , lui donna trois fils , dont on parlera ci-dessous, et deux fille*, dont une, Marie, épousa Denis Guérin , docteur-régent de la faculté de médecine de Paru ; l'autre, Françoise, mariée Pierre Moulard de Visé Mareta, donna le jour à Pierre Moulard Sanson , géographe du roi , dont la famille subsiste encore à Montreuil-sur-mcr , en la personne de M. le baron de Torcr.

D' ABBE VILLE. 3oi

veiller les Espagnols concentrés à Hesdin. Pendant le séjour qu'il fit à Abbeville , il logea dans la maison de Sanson , auquel il témoigna toute son estime, et le cas particulier qu'il fesait de ses talens. Sanson accompagnait le roi dans ses excursions militaires, et plusieurs fois on l'appela au conseil. Ayant à se plaindre de Melchior-Tavernier , qu'il avait chargé de la vente de ses cartes , il s'établit , vers 1 64o , à Paris, pour en surveiller le débit, qui fesait sa principale ressource. Il reçut peu de temps après le brevet de géographe ordinaire du roi, avec un traitement de 2,000 francs , et fut nommé conseiller d'état ; mais il n'en prit point le titre, dans la crainte que ses enfans ne s'en prévalussent pour se dispenser d'étudier la géographie. Attaqué par le P. Labbe , dans le Vharus Galliœ , critique aussi amère qu'injuste de la description de la Gaule, Sanson, à qui Labbe avait emprunté ce qu'il y a de mieux dans son ouvrage, lui répliqua vivement. Il se proposait de suivre son examen pour relever en détail les nombreuses méprises de ce jésuite, quand le chancelier Séguier les réconcilia, et détermina Sanson à jeter son manuscrit au feu. Nicolas Sanson , épuisé par ses longs travaux , mourut à Paris le 7 juillet 1667, après deux

ans de souffrances , et fut inhumé dans la chapelle basse de Saint-Sulpice. Il avait refusé les offres de plusieurs souverains étrangers qui voulaient 1 attirer chez eux, et reçu pendant sa maladie les plus honorables marques d'intérêt.

Outre ses trois fils, il a formé plusieurs élèves , parmi lesquels nous citerons Duval , son neveu , et le pèrë du célèbre Guillaume Delisle. C'est lui qui a élevé l'édifice de la science qu'avait commencé l'érudition d'Ortelius et l'habileté de Mercator ; mais quoiqu'il ait rendu les plus importans services à la géographie, on lui reproche d'avoir suivi trop exactement le» longitudes de Ptolomée , et méconnu les rapports de toutes les mesures itinéraires anciennes et de la plupart des modernes. Mais ne deyrait-on pas considérer que ces rapports, pour les mesures anciennes , ne sont encore qu'imparfaitement déterminés, et qu'ils ont donné lieu à de savantes discussions de la part des Gosselin , des Barbié du Bocage, des Walknaër, des Letronne, des Boissonnade , etc. ? ne saiton pas que les cartes générales , incontestablement les plus exactes , sont , pour les terres , celles qui proviennent de réductions de cartes topographiques , et pour les cotes , anses ,

d'àbbeville. 3o3

ports, etc. , de réductions de cartes hydrographiques ? on ne procédait point ainsi du temps de Sanson. Ses cartes n'ont été dressées que d après des textes, des itinéraires et de vieilles cartes hien plus fautives que les siennes. On lui reproche aussi d'avoir travaillé avec trop de précipitation , et de n'avoir pas assez profité des découvertes astronomiques, pour donner à ses cartes le degré de perfection dont elles étaient susceptibles. Ce tort tient à sa pauvreté. Il fallait qu'il se dépéchât pour vivre. Melchior- Tavernier s'enrichissait avec ses cartes, et le payait fort mal.

Pour juger Sanson , il faut se reporter au temps où il travaillait ; mettre à part les progrès de la géographie pendant le 1 8 me siècle , et les découvertes des navigateurs qui, depuis, ont soumis le globe à leurs explorations ; se rappeler l'imperfection des instrumens astronomiques dont on se servait alors ; le déplorable état dans lequel était la science , et les immenses progrès qu'elle doit à son génie.

Fréret a signalé les défauts de ses cartes dans deux lettres sur Guillaume Delisle, insérées, l'une dans Le Mercure, mars 1 726; et l'autre dans le tome 10 , deuxième partie des Mémoires de INiceron. La seconde est une réponse à la no-

3o4 BIOGRAPHIE

tice sur les Sansons , dont Fauteur prend là défense (*). On a de Nicolas Sanson : i° Galliœ aniiquœ descriptio géographica , 1627 , in-f\ en 4 feuilles , et deux de supplémens (**) ; 2 0 Grœciœ antiquœ descriptio géographica , i636, in-P, avec cartes; 3° L'Empire Romain , 1637, en quinze cartes ; 4° Briiannia , ou Recherches sur Ï antiquité d!AbbevUle , 1 636- 1 637- 1 638 , in-8°. Dans cette dissertation savante et curieuse, Sanson cherche à prouver qu'Abbeville est la Britannia de Strabon ( Voy. Géog. Lib. 4 ) , et qu'elle a fourni la première colonie qui s'est établie dans la Grande-Bretagne , pays auquel elle a donné son nom. Il y traite en passant des voyages de Pythéas et de l'antiquité de Marseille. 5° La France, 1644-1726 , in-f\ en dix cartes , cinq latines et cinq françaises ; 6° Tables méthodiques pour les divisions des Gaules et de la France, i644> reproduites par ses fils, en 1696, et avec des corrections et des additions par Robert de Vau-

(•) On attribue cette notice & Moulard-Sanson. L'abbé Perrier, disciple et ami de» enfans de l'illustre géographe abbevillois, avait rédigé une* nouvelle réplique qm n'a point paru ( Voyez Niceron , tome i5 , page auo-35.— Moréri * Suppl. ).

(«) Toutes les cartes antérieures à l'année iC>7 ont él « Publiées par son père.

d'abbeville. So5

gondy , en 1742 (*). 7 0 L Angleterre, T Espagne, V Italie et l'Allemagne, i644>* n- f\ quatre cartes; 8° Le Cours du Rhin, en neuf cartes , avec une table alphabétique des villes , qu'il dédia à Mazarin ^ 1 646 , in-f°. *)° In Pharum Galliœ antiques PhiL Labbe disquisitiones geographicœ , Paris , 1647-48* in-i 2. Ces deux premières parties , les seules qui aient paru , ne contiennent les remarques de Sanson que sur les deux premières lettres de l'alphabet , et cependant il relève plus de quatre cents erreurs ou plagiats de son adversaire. io° Remarques sur la carte de V ancienne Gaule , jointe à la traduction des Commentaires de César, par Perrot d'Àblancourt, 1647 ou i65i , in-4°; elles sont savantes et instructives. 1 1° L Asie , en quatorze cartes , 1 65 2-5 5-5 8-67 , in-4°; 1 2° Index geographicus , i653, in- 12 ; i5* Geographia sacré ex veteri et novo iestamento descripta et in tabulis quatuor concinnata , 1 653-1 665, in-f*, avec des notes de Jean Leclerc, 1704. Les dissertations géographiques ont été traduites en français , et

(*) B. de Vaugondy annonça de bonne heure son goût ponr une science que Nicolas Sanson , son aïeul , avait cultivée avec tant de succès. Son oncle , Pierre Moulavd-Sanson , ayant résolu d'abandonner les affaires, lui fit la remise de son fonds délivres et de cartes géographiques , que Robert augmenta d'une manière très-remarquable.

3o6 BIOGRAPHIE

insérées dans l'édition de la bible de Sacy, 1717, in~f°. Robert de Vaugondy a profité du travail de Sanson dans sa Géographie sacrée. iltfL'AJrique i 1 656, in-4% avec dix-neuf cartes ; 1 5° L'Amérique, en seize cartes. On conserve, à la bibliothèque du roi et à Abbeville , une Dissertation manuscrite de Sanson, sur le Portas Itias , qu'il' place à Boulogne. On voyait aussi dans la collection de l'abbé de Tersan , un Dessin du monde ( ou mappemonde ) , en huit feuilles , dessiné par N. Sanson , avec une grande netteté , et sans confusion , quoique les méridiens et parallèles y fussent tous tracés de degré en degré jusqu'au dixième du pôle ; ce qui n'a été exécuté jusqu'à ce jour , sur aucune mappemonde gravée. Les nombreux ouvrages qu'il a publiés sur la géographie ancienne et moderne , et l'immense quantité de cartes qu'il a faites, ne peuvent être indiqués ici. Les curieux peuvent consulter le Catalogue des livres et traités de Géographie des sieurs Nicolas Sanson, géographe du roi; Nicolas, Guillaume et Adrien Sanson , ses fils ; mis au four par les soins de Pierre Moulard*Sanson y petit- fils de Nicolas ; Paris, 1702 , in-12; la Méthode pour étudier la Géographie , par Lenglet Du Fresnoy , et le premier volume de la Bibliothèque jrançaise

d'abbevillê. 5o^

du P. Lelong. Son portrait a été gravé par Jean Édelinck , in-4° , et a àervi de modèle au buste que M» Sauson de Frières , son parent , a fait exécuter à Paris en 1824, et déposer dans la bibliothèque publique d'Abbeville ( Voy. Robert Cordier ).

SANSON (Nicolas ), l'aîné' des fils du pré-< cèdent , fut blessé à mort à la journée des barricades, le 27 août 1648. Le chancelier Séguier , chargé de Tordre d'interdire au parlement toute discussion sur les affaires publiques, était poursuivi par une troupe de Parisiens armés. Sanson apprend que ce magistrat s'est réfugié dans l'hôtel de Luynes, et il accourt pour le défendre. Il était parvenu à le faire monter dans le carrosse de M. de Bellièvre , et le ramenait chez lui avec la duchesse de Sully , fille du chancelier, et Picaut, lieutenant du grand prévôt de l'hôtel, marchant à la portière le pistolet à la main; mais comme la voiture passait devant la statue équestre de Henri IV , on tira , des maisons qui sont en face , plusieurs coups de fusil , et Sanson eut la cuisse cassée (*). Il mourut le lendemain au moment de l'amputation. Il n'était âgé que

<C) Laduchessc de Sully fut blessée tu bras, et Pîcaùt blessé à mort.

3o8 BIOGRAPHIE

de vingt-deux ans , et venait d'obtenir le titre de géographe du roi. On lui attribue : Traité de l'Europe , en discours, in-4°, avec vingt cartes françaises et neuf latines. — Guillaume SANSON , le cadet des trois frères , continua, de concert avec Adrien, le commerce des cartes et des livres de géographie. Outre de nouvelles publications des cartes de son père> on lui doit : i° Introduction à la Géographie , Paris , 1681 , in- m , trois parties ; réimprimée avec de nouvelles cartes et des explications plus détaillées, 1690-1705-1714 , in-4° «* 5 2 ° In Géographiam antiquam Mich. Ant. Baudrand , disquisitiones geographicœ , ibid., 1 683, in- 12. 11 y défend la mémoire de son père contre les attaques de Baudrand, et relève en même-temps les nombreuses erreurs de ce géographe ; il en signala jusqu'à six cents dans la première lettre de son dictionnaire. 3° Dissertation sur ce que Dominique Cassini dit des conquêtes des Gaulois, dans son traité d'astronomie. 11 y prétend prouver , contre Cassini , que la Celtibérie et la Galatic n'étaient point des pays maritimes , et qu'il n'a jamais existé sur les rives du Pont-Euxin de peuples appelés Celto-Scythes. Cette pièce n'a pas été publiée , mais on en trouve un extrait assez étendu dans le Journal des SamnsijiDJiée 1697*

d'àbreville. 009

4° lettres sur les changement qui se trouvent dans la carte de lAsie , mise au jour par De Fer; Journal des Savans, 1697. Guillaume mourut le 1 5 mai 1 703. Il a laissé des remarques en manuscrit sur la notice des Gaules de Valois. — Adrien SAN SON, géographe du roi, né à Abbeville comme ses deux frères, eût part aux différons ouvrages de Guillaume, Il cultivait aussi la philosophie et les lettres avec quelque succès. Dreux du Radier a recueilli dans ses Récréations historiques, un Sonnet d'Adrien, qui renferme de bons avis pour le bonheur^ et qui mérite d'être rapporté :

N'être n'y magistrat, ni marié, ni prêtre , Avoir un peu de bien , en faite un bon emploi ? Et sans prendre le ton d'un docteur de la loi , S'étudier bien plus à jouir qu'a connaître ; N'avoir, pour son repos , ni maîtresse ni maître ». Ne voir que rarement et la cour et le roi ; Même à- son ennemi ne pas manquer de foi ; Se contenter du rang où dieu nous afait naître ; Avoir l'esprit purgé des erreurs du vulgaire ; De ta religion respecter le mystère ; Être bou citoyen , profiter du présent , Des regrets du passé n'avoir point l'âme atteinte ; Ferme sur l'avenir , l'envisager sans crainte , Fait attendre la mort partout tranquillement.

Adrien mourut le 7 septembre 1 7 1 8 , laissant son fonds de cartes et ^ livres géographiques,

5lO BIOGRAPHIE

à Pierre Moulard-San$on , son neveu (*). Moulard mourut le 3o juin i^3o. Les fils et petitsfils de Nicolas Sanson , n'ont , dit-on , reproduit ses cartes qu'avec de faibles changemens , et sans égard pour les observations astronomiques qui se multipliaient de jour en jour. En 1692 et 1695, Lahire etrCassini leur avaient déjà fait ce reproche , qu'on a renouvelé plusieurs fois depuis,

SANSON (Jacques), missionnaire, mort curé de Fontaine, apprit avec facilité les langues arménienne , turque et persanne, et partit, jeune ^ encore, pour la Perse , en i683. Il alla d'abord à Casbin, et y resta huit mois occupé de son ministère. Il se rendit ensuite dans la basse Assyrie, y séjourna huit autres mois, et traversa

(•) Depuis Sanson et ses enfans; depuis leurs dignes émules Briet et Duval , un seul Abbetillois de nos jours , M. Swoa Mbbmx, a fait des sciences géographiques sa principale étude. La Revue Encyclopédique ; le Bulletin universel des Sciences ; les Annales Maritimes et Coloniales ; le Journal des foyages et Navigations modernes , et plusieurs autres recueils périodiques le comptent parmi leurs rédacteurs. On a de lui un grand nombre de rapports sur diirércns ouvrages et plusieurs écrits sur la science qu'il cultive. M. Sueur Merlin est membre de la commission centrale de la société 4P géographie , et de plusieurs autres sociétés savantes.

d'abbkvillï. oit

en différens temps , les royaumes de» Élamites et de Suze. 11 employait ses loisirs à étudier le» mœurs, les antiquités, etc.; se présenta à la cour de Shah Séphy, roi de Perse, et y fut admis en qualité d agent européen. «J'avais, dit Sanson, lesentrées au palais, qui ne sont accordées qu'aux grands seigneurs de Perse ; j'assistais à toutes les audiences que le roi donnait, et j'avais ma place à ses festins. Ce prince m'a envoyé ici pour présenter au roi (Louis XIV) une lettre de sa part. S. M. m'a fait l'honneur de m'ordonner de recueillir ce que j'avais de mémoires touchant la Perse, je l'ai fait pour obéir à ses ordres ; on a jugé que le public me saurait gré de les imprimer. » Ces mémoires sont intitulés : Voyage ou Relation de V état présent du royaume* de Perse-, par M*** Sanson; Amsterdam, suivant la copie de Paris, 1695, un vohnne in- 12. L'auteur y donne de curieux dé-

tails sur le prince régnant, sur son caractère, sa magnificence , son autorité ; il y trace avec beaucoup d'exactitude et de soin le tableau de l'organisation et de l'administration de l'état ; traite des finances, de l'armée, de la justice civile et criminelle , des usages, du climat, de la religion , de ses ministres , etc. , et mêle à ses observations des récits historiques et queK

3l2 BIOGRAPHIE

ques anecdotes. Le voyage de Sanson peut encore être lu avec intérêt , même après ceux de Chardin et d'Olivier.

TAGAULT (Jean), célèbre chirurgien du i6 m * siècle, naquit au village de Bulleux^où sa famille existe encore dans un état très-misérable. Il vint à Paris pour y étudier la médecine , et bientôt sa réputation s'étendit jusqu'à la cour. Le cardinal Du Belley ; Louis de Bourges, premier médecin de François I* r ; Capellanus le père , et Guillaume Millet, médecins de la cour, engagèrent Tagault à s'adonner spécialement à la chirurgie. On croit qu'il fut avec VidusVidius, célèbre médecin florentin, un des premiers professeurs nommés pour l'enseignement de cette branche essentielle de la médecine, très-peu connue alors, et surtout très-négligée. Tagault s'appliqua particulièrement à enseigner aux chirurgiens le traitement des fractures et des luxations; car , dit cet habile homme dans son épître dédicatoireauroi, vous n'avez pas un grand nombre de chirurgiens dans votre royaume, capables de guérir les blessures , les fractures , et de remédier au dé-

I>'à.BBE VILLE. 3l3

placement des os. Tagault était lié avec les plus célèbres médecins de son temps, tels que Sylvius, Fernel, Hollerius, etc. Il est regardé comme le restaurateur de l'art chirurgical en France , qui dès lors fit beaucoup de progrès. On lui doit : 1 0 Commentariorum de purgantibus me die a mentis simplicibus , libri duo, 1 537. Le premier de ces livres sur les purgatifs simples , comprend les lois ou canons universels de Jean Mesué, concernant la pharmacopée ; le second, l'exposition des purgatifs simples d'après Tordre de Mesué, qui, dans le 9 m * siècle, ouvrit à Bagdad une école d'où sortit un grand nombre de médecins renommés parmi tes Arabes. 2 0 De Chirurgicâ insiitutione , libri quinque , Paris, i537i543, in-folio; Lyon, 1 547 » Francfort, 1620. Ces cinq livres sur la chirurgie lui ont fait beaucoup d'honneur. Ceux qui les consultent de nos jours y puisent encore des idées utiles. 3* Metaphrasis in Guidonem deCauliaco y ou Commentaire des œuvres de Gui de Chauliac , 1 545. Il n'y a pas encore cent ans que les éçrits de ce fameux docteur étaient le livre classique, le guide fidèle des chirurgiens. Tagault était doyen de la faculté de médecine en 1 555 ; il mourut au mois d'avril 1 545,

THOMAS ( Adhien-Marti al) , vicomte de Saint- Henri , commandant de la légion d'honneur et chevalier de Saint-Louis, naquit le 8 août 1 767. Il partit comme volontaire , en 1 792 ; fut nommé officier d'état-major la même année , capitaine au 7°" régiment de hussards peu de temps après, et promu au grade d'adjudant-général par le général Hoche, en 1795. Après avoir déployé sa bravoure dans la Vendée , et ses talens dans différentes missions près des ministres de la guerre et de la marine , il passa aux armées d'Italie, du Rhin et du Danube, et fut décoré d'un sabre d'honneur par les états du Vorarlberg (*). • Nous vous prions de l'accepter, disaient les représentans de ces états, comme un témoignage de notre reconnaissance, un signe des vertus martiales que vous avez montrées , et de la protection dont vous avez honoré le Vorarlberg , en vous opposant aux abus multipliés que la guerre entraîne d'ordinaire après elle. » Les mêmes magistrats avaient déjà dit à Moreau , que les qualités du général Mar-

(*) Il commandait alors la droite de la division Molitor, et oc^ cupait le poste important de Feldkirck, qu'il avait déjà vaillamment défendu l'année précédente.

d'àbbêviixe. 3i5

tial Thomas, son affabilité, son désintéressement, son zèle empressé à ménager leur pauvre pays , leur laissaient pour ainsi dire ignorer s'ils avaient parmi eux un ennemi vainqueur ou un ami intéressé à adoucir leurs maux ; et que la mémoire de ce digne chef resterait toujours dans la plus grande vénération dans tout le pays du Vorarlberg (*).Le général Thomas servit comme chef detat-major dans la 2^ m ' division militaire à Wesel , dans Tannée de la Gironde , en Italie et en Espagne. Il était à la bataille de Baylen, et à la tête* des braves qui , sous le feu] d'une batterie et de douze à quatorze cents Anglais, escaladèrent les formidables rochers de File de Caprée (**). En 1812, il était chef detat-major du 1 er corps de cavalerie de la grande armée, et se distingua au passage de la Wilia, en chargeant à la tête d'un régiment prussien, qu'il. avait sous ses ordres, et qui, sur son rapport , obtint plusieurs décorations. Le grade de général de brigade fut la récompense de sa belle conduite. Il fît la campagne de 1 8 1 3, et fut, en 1814, envoyé en mission à Maëstricht par S. A. R. Monsieur. Des commissaires prus-«

(*) Document officiels.

C*) Fictoires et Conquêtes , tome 19.

3l6 BIOGRAPHIE

siens, saxons et hollandais se disputaient là possession de cette place. Les premiers offrirent cinq cent mille francs au général Thomas pour le déterminer à leur livrer sa nombreuse artillerie et tous ses magasins , évalués quatre millions ; il rejeta cette offre , et remit la ville au prince d'Orange , à condition que tout le matériel resterait à la France. Au mois de juillet de la même année , il reçut Tordre de se rendre en B ohême et en Moravie, en qualité de commissaire du roi pour l'échange des prisonniers de guerre. Au mois d'octobre suivant, on le chargea de la même mission en Russie. Arrivé àBialystock, il trouva plusieurs colonnes de prisonniers qui refusaient de reconnaître Louis XVIII. Il parvint à gagner la confiance des officiers et des soldats, leur fit jurer obéissance, et les rendit à leur patrie. L'empereur Alexandre, instruit par le maréchal prince Barclay de Tolly , du zèle et de l'activité qu'il avait déployés en cette occasion, le nomma chevalier de l'ordre de S te -Anne , de la seconde classe, endiamans. Le général Martial Thomas , nommé commandant du département de la Seine-Inférieure , et par intérim , de la 1 5 mo division militaire, en 1816, était commandeur de l'ordre de Saint-Léopold ( Autriche ) ; de la couronne de fer ( Italie ) , et des

Deux-Sicfles ; de Tordre de Guillaume des Pays- Bas ; grand-croix de celui des quatre empereurs ( Allemagne ) ; chevalier de l'éperon-d'or ( Italie ) , etc. , etc. Il fut mis en non activité en 1817 , revint à Abbeville quelque temps après, et se retira ensuite à Montreuil , où il mourut le 19 juin 182g. Malgré l'obscurité de ses derniers jours, pouvions-nous oublier cet ancien ami de Hoche , ce vieux compagnon d'armes de Moreau, de Mathieu Damas, de Molitor, deBcritadotte , et de tant Vautres chefs illustres.

THOMAS ( Louis-Charlemagne ), graveur , élève et cousin de Beauvarlet , était le frère du précédent. 11 a long-temps aidé son maître dans plusieurs de ses planches , et a fait aussi quelques vignettes d'après Marillier. Contraint d'abandonner son art pour voler à la défense de la patrie, en 1792, il devint capitaine dans le 5 ma bataillon de Paris, et mourut sur le champ de bataille aux avant-postes d'Aix-la- Chapelle , le i* r mars 1793.

VALERAND DE LA VARANNE ( Valerandi Varani), docteur en théologie de la faculté de

5l8 BIOGRAPHIIS

Paris , natif d'Abbeville , florissait sous le règne de Louis XII. Ses ouvrages sont : i° De Gestis Joannœ Virginis egregiœ , libri quatuor versa hèroïco, Parisiis, Joannis de Porta, i5i6, in-4°- Ce poëme est dédié à Ch. de Gentis , évêque de Noyon , et à Georges d'Amboise , archevêque de Rouen ; on le trouve aussi dans le recueil de Jean Ravisius Textor , intitulé : De Claris Mulieribus, Paris, i5ai et 1629, in-fV L'auteur y fait recevoir Jeanne d'Arc par l'Université de Poitiers , qui ne l'agrée qu'après bien des difficultés, et en conséquence des preuves que la reine de Sicile donne de sa virginité. Ce poëme, dont toutes les fictions sont bien éloignées du genre noble , contient plus de trois mille vers héroïques ou prétendus tels. 11 commence à la naissance de Jeanne , et finit à. sa mort; c'est, comme on le voit, un poëme sinon parfait , du moins complet. 2 0 De inclilâ Caroli octavi Francorum régis , in agro Fornoviensi victoriâ , carmen ; cum aliis quibusdam Valarandi car minibus t Parisiis, Murât, i5oi ; 3° De Expugnatione Genuensi , cum muitis ad Gallicam historiam pertinentibus ,ibid., i5o7, in-4°. Valerand a encore publié une Ode sur le mariage de I^ouis XII avec Marie a" Angleterre , célébré à Abbeville l'an i5i4; divers

d'abbeviixe. 3l()

morceaux sur l'Hôtel-Dieu de Paris ; sur la vénération de la croix ; sur la faculté de théologie , et une épigramme sur les commentaires que Badius Ascensius a joints aux poésies de Pierre Burrus , chanoine d'Amiens. Il fut inhumé dans la chapelle du collège des Cholets , à Paris (*).

VALERI ( S*. ) , né en Auvergne de parens pauvres , vers le milieu du 6"° siècle , quitta le troupeau qu'il gardait sur les montagnes , et se retira dans un monastère pour s'y faire instruire. Il alla ensuite dans celui de Luxeuil , où son mérite le fit remarquer du fondateur de cette maison célèbre , saint Colomban , qui le chargea de tous ses pouvoirs pendant son séjour en Italie. Mais Valeri ne trouvant pas assez d'aliment pour son zèle dans la conduite d'un cloître , vint avec Walmoden , autre disciple de Colomban, prêcher la foi dans la Neustrie, puis dans le Ponthieu, où Clotaire II, père de Dagobert , qui gouvernait alors cette partie

* O Le cardinal Jean Cholet, fondateur de ce collège , était originaire d'Abbeville ( Voy, fut. des Mayeurs , pages 46 et a*4 ).

320 fclOGKAPniE

de l'ancienne France , lui donna la terre de Leucone, à l'embouchure de la Somme, lieu désert et sauvage , qui devint sa Thébaïde. 11 y construisit une chapelle, et continua pendant plusieurs années ses saintes prédications. Voyant son but rempli , et pressentant sa mort, il se retira dans son agreste solitude, où se privant de nourriture afin de se sanctifier , il cessa bientôt de vivre, le 12 décembre 622 , d'autres disent le i er avril 63o. Au bruit de sa mort et de ses miracles , Blitmond , qui avait été son disciple ( voyez Blitmond ), quitta son cloître en Italie , et accourut en France pour consacrer un monastère à sa mémoire, pieux hommage auquel Clotaire II voulut s'associer en donnant tous les fonds nécessaires. Le corps de saint Valeri avait été inhumé au pied d'un arbre , sur la colline où il allait prier ; Blitmond le transporta dans le monastère. Le grand nombre de pèlerins qui se rendaient de toutes parts à son tombeau ; les uns pour acquitter un vœu , les autres pour obtenir des grâces , firent naître la cité qui prit le nom du saint. Il en fut de même de Saint-Valeri-en-Caux, où Richard, duc de Normandie, transporta ses reliques en 1 197 , après avoir détruit la ville et le monastère de ce nom sur le bord de la

d'àBBEVIXLE. Sa ï

Somme» En 902, Arnoul, comte de Flandre, les avait déjà enlevées et transportées à Sainte Orner , dans l'abbaye de Saint-Bcrtin , où elles 1 restèrent jusqu'en 981 , époque à laquelle Hugues Capet les fit rentrer dans leur premier asyle ( Voyez Eiquier ). On vit alors se rerioiw vêler dans le Ponthieu l'un des miracles de l'Écriture , disent les anciennes chroniques i la Somme retira ses flots devant le nombreux cortège qui rapportait la châsse, et lui livra! passage. Ce miracle , qui s'opère encore tous les jours , lorsque le reflux de la mer découvre et laisse à sec le large lit du fleuve , est retracé sur un tableau qu'on voit encore dans la chapelle de Saint-Valeri ; on lit au bas :

Voye* Hugues le-Grand, conducteur d'une armée » Pour dégager ses os par le» foudres de Mars , Qui ne s'étonnerait ? la mer inanimée Leur fait la révérence et se fend en deux parts»

WALLOIS ( Isidore), chef de bataillon a* corps royal du génie , chevalier des ordre* royaux de Saint-Louis et de la légion d'honneur , né à Abbeville le 3 mai 1 775 , entra au service comme soldat dans le premier bataillon

ai

322 BIOGRÀPIIIE

des volontaires de la Somme , et fît les campagnes de 1792 et 1793 dans la Belgique. Il passa ensuite dans le corps du génie , entra à 1 école de Metz, et reçut, en 1795, Tordre de se rendre au siège de Luxembourg. Après la prise de cette redoutable forteresse , il fut appelé à Calais, où il obtint le brevet de capitaine, puis au Hâvre , à Rouen et à Dieppe , et bientôt à l'armée du Rhin; au blocus d'Ulm , à celui d'Ingolstadt. On le chargea ensuite de défendre cette dernière place , dans laquelle il commandait en 1801 , et peu de temps après on lui donna Tordre de la faire sauter ;) entreprise périlleuse où Tun de ses officiers reçut trente-deux blessures en s'immortalisant par un acte héroïque (*). En i8o3, le brave capitaine du génie Wallois sé trouvait à Boulogne , et y construisit lejort de la Crèche, sous le feu des Anglais. C est encore lui qui a terminé tous ceux qui devaient défendre ce port et la flotille. L'excavation du bassin d'Anvers , qu'il fut spécialement chargé d'exécuter , les lignes de fortifications qu'il a élevées avec les terres provenant de cette excavation (**) , rappellent Tune

(*) Yoyez Trophées des Armées françaises,

(•*) Il eut.à sa disposition pour ce iravail 800 voitures et environ /«oo ouvriers,

d'abbeville. 353

des plus grandes entreprises de notre époque , et doivent y associer àon nom. Ces importons travaux lui valurent le grade de chef de bataillon. Wallois commandait à Maubeuge en i8i4« Ses talens y brillèrent bientôt d'un nouvel éclat. Cette place avait pour tous défenseurs un bataillon de gardes nationaux du Pas-de- Calais, un de douaniers, une compagnie de canonniers , une de sapeurs , prises Tune et l'autre parmi les habitans , et trente hommes de cavalerie ; le tout formant à peine mille corabattans. Toutes leâ ressources de cette petite garnison consistaient dans sa seule valeur. En effet, Maubeuge était ouvert sur plusieurs points; diverses brèches le rendaient d'un accès facile. L'infatigable activité de Wallois parvint à le sauver. Il le mit en état de défense sous les yeux même de l'ennemi. Partout on voyait ce digne commandant, à la tête des sapeurs bourgeois, dit l'auteur des Trophées des Armées françaises (*), se porter sur tous les joints ; rendre les brèches inaccessibles ; créer au dedans de nouveaux moyens défensifs ; ruiner au 'dehors les travaux des assiégeans , et montrer ainsi tout ce qu'on peut attendre du patriotisme

(*) Tome 6, page 375,

d'une poignée de citoyens, lorsqu'ils sont guidés par un chef d'une bravoure intelligente. La ville , assiégée par le duc de Weimar, fut inutilement bombardée, le 23 mars, depuis cinq heures du matin jusqu'au soir. L artillerie de la place ayant démonté la moitié des pièce»

des assiégeans, détruit plusieurs batteries, et fait sauter un magasin à poudre , le prince de Weimar leva le siège. Le 24, à la pointe du jour, la garnison repoussa l'arrière-garde saxonne ,* tandis que le brave commandant du génie Wallois à la tête des sapeurs bourgeois , ruinait les travaux des assiégeans. Wallois mourut à Lille, le 22 septembre 1820. Il avait épousé la fille du baron de Lerchtenfeld , grand bailli d'Ingolstadt ; ses deux fils servent comme officiers dans le 9"* régiment d'infanterie de ligne.

YATABLE ou WATEBLÉ (François), le restaurateur de la langue hébraïque en France , naquit à Gamaches , y commença ses études , qu'il acheva à Paris , et fut d'abord curé de Bramet, dans le Valois. C'est là que, profitant du loisir que son ministère lui laissait , il se perfectionna dans la connaissance des langues *

DABBEVILLE. 3*5

qui Font rendu célèbre. François I* r le nomma professeur d'hébreu au collège royal, qu'il venait de fonder. Ses leçons attirèrent un trèsgrand concours d auditeurs ; les Juifs mêmes venaient l'entendre. On prétend que Bertin , son disciple , recueillait ses notes sur l'Écriture* Sainte pendant ses leçons publiques, et que Bertin communiqua ses notes à Robert Étienne, qui les imprima dans son édition de la nouvelle Bible latine de Léon de Juda, 1 545, 2 vol. in-* S*; mais ces notes ayant été altérées par cet imprimeur, soupçonné d'être calviniste , elles furent condamnées par la faculté de théologie de Paris. Il paraît certain que Robert Étienne mit sous le nom de Vatable des lambeaux pris à plusieurs écrivains protestans , et que cet imprimeur, qui avait de grandes relations avec des réformés étrangers, emprunta d'eux ces notes, aussi bien que la version; ne se servant du nom de Vatable que pour ne pas irriter contre lui la Sorbonne. Quoiqu'il en soit , Vatable , que les protestans s'efforcèrent vainement d'attirer à leur parti , fut dénoncé comme suspect d'hérésie pour avoir interprêté en français lea livres saints. Le parlement lui fit défense de lire et d'expliquer aucun livre de la Sainte Écriture en langue hébraïque ou grecque. Les doc-

3fi6 BIOGRAPHIE

teurs de Salamanque, moins susceptibles que ceux de Paris , firent reparaître la bible de Va-* table, avec approbation, tandis que Robert Étienne, retiré à Genève, la défendait avec beaucoup de chaleur, et la rendait encore moins orthodoxe en la réimprimant. Vatable n'était pas moins savant dans le grec que dans l'hébreu. On lui doit une excellente traduction des traités d'Aristote , intitulés : Parva Naturalia , que l'on trouve dans l'édition de ce philosophe , par Duval. Ce fut à sa sollicitation que Marot entreprit la traduction des psaumes. Vatable l'aida dans ce travail en lui traduisant le texte ; mais Marot s'en écarta dans plusieurs endroits, et la faculté de théologie censura ces psaumes , en interdit la vente. Vatable a formé plusieurs sa-* vans disciples, parmi lesquels nous citerons Bertin, né à Étaples , qui lui succéda; le laborieux Jean Mercier , auteur du gros dictionnaire hébraïque qui porte son nom , et Jacques Toussain , célèbre helléniste , qui mourut le même jour que Vatable ( le 16 mars i5^7 ) , comme si , dit de Thou ( livre 3 ) , il n'avait pu se séparer un moment de celui qu'il avait eu toute sa vie pour collègue et pour ami, Vatable laissa vacante , par sa mort, l'abbaye de Bellozane, qui fut donnée au célèbre Amyot,

VER ( Firmin Le ), prieur de la chartreuse d' Abbeville , où il était né d'une famille qui subsiste encore , et dont le nom se rattache aux époques les plus intéressantes de nos annales (*) , a composé un Dictionnaire latinfrançais, beau manuscrit sur vélin, de 94a pages in-f° , parfaitement bien écrit , à la suite duquel est un abrégé de grammaire. Cette production précieuse pour l'histoire de notre langue , fut achevée en 1 44° > a P rès vin g t ans de travaux (**). Elle est maintenant dans la bibliothèque de M. le marquis de Le Ver de Gonseville , arrière-neveu de Fauteur , qui se distingue par son goût pour les sciences historiques , et qui possède les plus riches documens) sut Abbeville et le Ponthieu.

(*) Hugues te Ver, échevin , en n84> a souscrit la charte d' Abbeville. — Colart Le Ver , qui gouvernait la même ville , en qualité de mayeur , lors de .l'invasion des Anglais , en i346, le» forç a de s'éloigner de ses murs , se mit à la tête des troupes municipales # et s'avança dans les plaines du Vimeu , où il atteignit un de leurs-détacbemens. Deux cents ennemis restèrent sur le champ de bataille , et les vainqueurs revinrent à Abbeville avec des prisonniers , des chevaux et des bagages ( Voyez Histoirè des Majeurs f —du Comté de Ponthieu ; — M. Maras , Vies des Grands Capitaines.

' (••) On y lit à la fin ces mots : • Ego Firminus VerrU de vitta AbbatUvitla in Pontivo , etc.... per vigenii annorum eurr'tcula et ampïiuscum maximà penâ et labore infmito congregavi , compHavP et conscrifjsi. »

VIOLETTE, fils du brave contre - amiral de ce nom , né à Saint-Yaleri (*) , se trouvait , en i8o5, comme aspirant de marine , à bord de la frégate la Poursuivante, et fut tué dans le terrible combat que ce bâtiment soutint contre les vaisseaux anglais l'Arrogant et le Victorieux, après y avoir développé toute la bravoure et le gang froid d'un officier consommé.

VIS ( Catherine de), entra dans l'association des filles du tiers ordre des minimes , et devint correctrice de la première maison de cet ordre , fondé à Abbeville par Gabrielle Foucquart.

Avant de se réfugier dans le cloître , elle avait déjàsignalé son zèle pour la religion et son amour four l'humanité , en allant dans les hôpitaux braver le danger de la peste, qui lui avait ravi tous ses parens , afin d'y prodiguer ses soins aux malheureuses victimes d'un mal si redoutable. Son noble dévouement fut partagé par sa jeune

, (*) Le contre-amiral Violette , commandait , en qualité de capitaine de vaisseau , le Majestueux , de lao canons » en février i8o5, ct.&sati partie de l'escadre de Rochefort, Il habite aujourd'hui l/oiicnt.

d'abbeville. 339

sœur Marie , comme elle orpheline à 1 7 ans , et comme elle aussi modeste héroïne de la charité , morte à la fleur de l'âge sous le cilice et sur la cendre. Catherine de Yis expira le 29 septembre 1 634 , âgée de cinquante-cinq ans* 11 y eut un concours immense de peuple à ses funérailles. Le bruit courut que par son intercession, des aveugles avaient recouvré la vue; des sourds, l'ouïe; des malades, la santé; et son tombeau fut journellement entouré de dévots , qui y accouraient de toutes parts. On alla même jusqu'à l'invoquer dans un exorcisme fait à Guise , en i685 ; et « le démon fut contraint d'avouer, dit le superstitieux auteur de sa légende , que c'était par la force des mérites de cette bienheureuse , qu'il sortait du corps d'une jeune fille , possédée depuis treize ans. » La vie de Catherine de Vis a été écrite par le P. Simon Martin, minime , et . son portrait gravé par Regnesson , in-8°. Le P. Giry lui a consacré une notice dans ses Vies des Saints, tome 2, col. {2009. Il y fait une remarque si singulière et si outra r géante pour cette pauvre religieuse , que nous nous abstiendrons de la rapporter. Respectons ga mémoire et respectons le lecteur.

VOYEZ ( Nicot as-Joseph ), graveur , né à Abbeville en 1 742 , apprit son art chez Beauvarlet. On a de lui : la Servante congédiée, d'après Greuze ; le Ramoneur, pendant de la précédente, d'après le même ; le Vieillard en réflexion , d'après G. Dow ; six Têtes d'expressions 'différentes, d'après Lebrun, excellens morceaux.

Quelques pièces dans la Description de F Egypte, entr'autres : une Femme du peuple, un Palefrenier. On lui doit encore le portrait du prince Henri de Prusse ; Bacchus et Ariadne , etc. — Son frère , François , né en 1 746 , a aussi gravé plusieurs sujets , parmi lesquels nous citerons : la Fille grondée , d'après Greuze ; la Mère pacifique , d'après le Nain, etc. Nous ignorons auquel des deux frères Voyez on doit attribuer spécialement : Josué arrêtant le Soleil, d'après Parrocel; F Essai du Bain , d'après Pater; la Mort de Clorinde ( Carriera ) ; Carême prenant ( Scheneau ) ; la Bacchante surprise , et plusieurs autres morceaux désignés dans le catalogue de la vente de Beauvarlet, leur maître. La daté de leur mort ne nous est pas connue.

d'abbeviixe.

WULPHY ( S*. ) , patron de l'ancienne ville de Rue , y reçut le jour au 6 mo siècle. 11 s'était voué d'abord à la prêtrise ; il rentra dans la vie civile , se maria , devint père ; puis , revenant à son premier projet, obtint le consentement de sa femme pour se séparer d'elle ; se fit inscrire parmi les clercs ; fut élevé au sacerdoce , et desservit l'église de Rue. Malheureusement , l'amour reprit ses droits, le prêtre 6 oublia , et le scandale fut grand. Le repentir suivit la faute. Wulphy abandonna sa femme, ses enfans , sa patrie , se rendit à Jérusalem , y pleura ses péchés , reprit le chemin de la Gaule, et vint finir ses jours , solitaire et repentant , prèsdeRégnière-Écluse, dans l'épaisseur des bois ( 7 juin 63o ). Son corps resta dans l'abbaye de Forêt-Montier jusqu'à la fin du 9 mc siècle. On le transporta ensuite à Montreuil , pour le mettre à l'abri des ravages des Normands. En i634 , divers habitans de Rue sollicitèrent l'évêque d'Amiens , M. Caumartin, qui se trouvait alors à Montreuil , de leur envoyer quelques fragmens des reliques de leur patron. Le prélat, cédant à leurs désirs , ouvrit la châsse du saint, et en tira des os. Le bruit de cet événement se répand dans la ville ; on

35a BIOGRAPHIE fr'ÀBBEVILLl.

l'indigne , et le tumulte est à son comble. Le tocsin sonne, on prend les armes.... L'évêque, poursuivi , maltraité, n'eut que le temps de se réfugier dans l'abbaye de Saint-Saulve , où îl se tint caché. Les principaux moteurs de cette émeute furent arrêtés et traduits devant le présidial d'Abbeville , qui en condamna six à être pendus, et vingt et un au bannissement; mais M. de Caumartin fit commuer la peine en une amende de 1600 francs , pour être distribuée selon les ordres ; elle fut payée de suite , et l'interdit, dont il avait frappé la ville, fut levé. La vie de saint Wulphy a été écrite par J.

Brousse , Paris , i644 9 in- 12 ; par le P. Simon, Martin , minime , et par PL François , d'Amiens, 1736, in-8°. ;

AILLY ( Pierre d' ) , cardinal. —L'histoire du comté de Ponthieu désigne le village d'Aillyle-Haut-Clocher , comme le véritable lieu de la naissance de ce prélat célèbre ; mais tous les biographes le font naître à Compiègne , de parens obscurs. 11 n'était donc pas de l'illustre famille d'Àilly (*), ni du village de ce nom, à trois lieues d'Abbeville. Les auteurs du tableau de l'Hôtel-de-Ville ( Voyez Collenot et Choquet ) * n'auraient pas dû admettre une assertion entièrement dénuée de preuves , et

(*) Cette maison fut long-temps célèbre en Picardie. Robert d'Ailly, par son mariage , en i34* , avec Marguerkte de Picquigny, devint lui-même seigneur de Picquigny, et Tidame d'Amiens. Ce ▼idamé resta dans la famille d'Ailly jusqu'en 1619 , époque k laquelle le maréchal duc de Chaulnes, gourerneur de la Picardie» épousa la riche héritière d'Ailly, à condition que lui et sa postérité prendraient le nom t les armes et le cri de la maison d'Ailly. Voltaire « immortalisé ce nom dans sa Henriade ( chant 8 ).

tout- à -fait contraire à l'opinion reçue, dï plaçant ce cardinal parmi les hommes dignes de mémoire, nés dans le Ponthieu.

B AILLON ( Emmanuel ) , naturaliste , premier correspondant du muséum d'histoire naturelle , ex-inspecteur des domaines et bois du comté de Ponthieu , était né à Montreuil en 1 744 > et résidait à Abbeville , où il est mort en 1 802 (*) . Nul ne préparait avec plus de grâce et de dextérité les oiseaux pour les collections d'histoire naturelle. Celle qu'il avait formée, et que l'on voit encore à Abbeville , chez son fils , qui l'a considérablement augmentée , se distingue par sa richesse. Tous les ans , il envoyait à Paris quantité d'oiseaux aquatiques vivâns , que l'on élevait au jardin du muséum. Ce magnifique établissement lui doit une grande partie de ceux qui habitent le rivage de l'Océân, et particulièrement les côtes de Picardie, dont plusieurs sont très-rares, et n'étaient pas connus. Il s'attacha à les décrire, et communiqua ses observations à Buffon , qui le cite avec

[ (•) Il est inhumé à Quend , village du Ma rquen terre.

éloge. Il a publié deux mémoires d'un grand intérêt , sous les rapports de l'agriculture et de l'économie rurale : l'un, sur les Causes du Dépérissement des Bois, et les Moyens d'y remédier, 1791 , in-4% remporta le prix que la commune de Paris avait proposé sur l'invitation de l'assemblée constituante ; l'autre, sur les Sables mouvons qui couvrent les côtes du département du Pas-de-Calais, et les Moyens de s'opposer à leur invasion. Pour fixer les sables des dunes j et parvenir à les rendre propres à la culture et aux plantations d'arbres , il propose d'y cultiver le roseau des sables , nommé vulgairement hoya. Il a encore donné un autre mémoire, dans lequel il fait la description la plus exacte de l'oiseau nommé bernache.

BECQUET ( Thomas ) , archevêque de Cantorbcrry , primat d'Angleterre , tirait son origine , suivant l'abbé Carlier , d'une ancienne famille du Vimeu, qui possédait la terre du Plouy, paroisse de Vismes (*). L'archidiacre

(•) Sous le règne de Charles VIII , cette terre passa de la malsoD de Bec que t dans celle d'Acheux. o J'ai extrait cette particularité , dit l'abbé Carlier, d'un mémoire manuscrit. » ( Voycs Histoire du Puchê 4fi Valois 3 tome premier , page Sq8.

J. Levasseur , né dans cette paroisse en 1 5.7 1 f dit (*) que ce célèbre personnage y reçut le jour , ét qu'une vieille tradition , religieusement conservée dans sa famille et dans le village , le rapportait ainsi de son temps ( Voyez Jacques Levasseur ). Nous ignorons d'après quelles autorités les légendaires donnent à Thomas Becquet l'Angleterre pour patrie ; il est certain que sa famille existait encore dans le Yimeu dans le i7 ma siècle. Mais supposé qu'elle vint seulement s'y réfugier après l'exil prononcé contre elle en Angleterre , l'an 1 1 64 , il n'en serait pas moins vrai que ce nom de Becquet , dont quelques auteurs modernes ont changé l'orthographe (**) , est bien évidemment français. Plusieurs familles de ce nom existent encore dans le pays de Vimeu. Nous ajouterons que Becquet, menacé en Angleterre , vint chercher un asyle à Abbeville , où il séjourna quelque temps, et qu'il se réfugia ensuite dans l'abbaye de Bommartin , où l'on montrait le vêtement sacerdotal qui le couvrait lorsque quatre nobles Anglais , dévoués à Henri II , le massacrèrent au pied des autels , le 2Q décembre 1170.

(•) Annales de l'église de Noyon , Uv. 3 , chap» a6 , page 90b ; —Histoire &c(ésiasli<juc a" Abbeville , page 1Ô8.

(**) On lit Bekei dans la Biographie Universelle*

SUPPLEMENTAIRES. 337

BEROALDÇ ( Mathieu ), neveu de Vatable, par sa mère (*) , naquit , suivant tous les biographes , à Saint-Denis, près Paris; mais Collenot prétend qu'il reçut le jour à Hoc quel us, village du Vimeu. Ce fait peut être vrai , sans que nous puissions le prouver, puisque Collenot , selon sa coutume , ne dit pas le motif sur lequel il fonde son assertion. Bornons-nous donc à remarquer que Beroalde était théologien , mathématicien , philosophe et historien ; qu'il embrassa la réforme de J. Scaliger et d'autres savans ; qu'il fut précepteur de Théodore Agrippa d'Aubigné , et qu'il a publié : Chronicon sacrœ Scripiurœ autoriiate Comtitutum, Genève, 1670, in-f° ; ouvrage plein de bizarreries incroyable».

"BL ASSET ( Nicolas ) . VAlmanach de Picar- ' die , année 1754, dit que cet habile sculpteur était d'AbbevilIe , et que s'y trouvant peu occupé, il vint à Amiens pour exercer son art. Le P. Daire renouvelle encore ailleurs cette assertion (**) ; mais si l'on s'en rapporte au même

(•) Voye* Mémoires de Niceron , tome 34 , page aai.

(**) TabU hitt, des S ci (net s et Arts, dans t* province de Picardie > page 202»

558 notés

auteur , dans un passage de son Histoire littèraire d* Amiens, tome 5 , page i x 3 , Blasset suiyaiat ce passage, qui paraît décisif , aurait reçu ïe Jour à Amiens, en 1587. On ne s'est donc fondé sur rien de bien certain , ea plaçant cet artiste parmi les Abbevillois illustres. Cependant fesons remarquer qu'il y avait naguère à Abbe- Ville une famille Blasset , et que cette circonstance peut laisser, sinon quelques doutes , au moins la présomption qu'il en était originaire. Les productions de Blasset décorent lpi cathédrale d'Anciens.' Npus ne citerons que le petit enfant qui pleure sur le tombeau de Guillain Lucas , derrière ïe maître-autel , et que tout le monde admire. Après cette composition d'un ordre vraiment supérieur, nous indiquerons comme plus particulièrement dignes de remarque les mausolées de la famille de Lannoy, dans l'église des cprdçliers d'Amiens , et des Ramburcs , dans celle des minimes d'Abbeville: ce dernier fut détruit en 1795, Le portrait de Blasset a été gravé par J. Lcnfant , dont le burin a reproduit les traits de plusieurs hommes de marque, nés à Abbe ville.

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SUPPLÉMENTAIRES. 33o

BLÀVET (*) Jeàn-François-Antoine ) , né à Saint-Yaleri le 26 avril 1753, de Simon Blavet, capitaine de navire , et de Catherine - Flore Ravin , entra dans la marine marchande , où il obtint, dès l'âge de dix-neuf ans , le grade de capitaine. En 1778 , la France ayant déclaré la guerre à l'Angleterre, Blavet se rendit à Brest, et s enrôla dans la marine royale. Il fixa bientôt l'attention de ses chefs , et f vit embarqué comme lieutenant de frégate, sur la corvette ÏHirondeAle, de dix-huit canons. Cette corvette, destinée pour Cayenne , fit de nombreuses captures sur les côtes de la Guyane, et y sou tint l'honneur de notre pavillon dans plusieurs engagemens; notamment contre deux bricks anglais, armés chacun de quatorze canons. Lorsque la paix fut conclue , Blavet prit le commandement de la P alla s, de cinq cents tonneaux, et navigua pour le commerce, en Amérique et aux Grandes-Indes. Les habitans de Saint-Yaleri , qui avaient apprécié toute sa valeur, le nommèrent, en 1795, capitaine de vaisseau. Il partît aussitôt pour Brest, où on lui confia le corn-

O Les renseigne m en* que nous attendions sur Blavet , nous

sont parvenus trop ta/d pour que nous ayons pu insérer cette notice dans le corps de l'ouvrage.

3/jO NOTES

mandement de la frégate la Proserpinc , avec laquelle il fit un grand nombre de prises. En 1794 , il commandait le vaisseau le Juste , qui fesait partie de la flotte aux ordres du viceamiral Villaret de Joyeuse , et se distingua par des prodiges de valeur dans le combat terrible et à jamais mémorable du i ,r juin ( i3 prairial an 2 ). Placé à l'arrière-garde avec cinq autres gros vaisseaux de ligne, il fut toujours aux prises avec les Anglais, qui avaient porté de ce côté tous leurs efforts. Entouré d ennemis , rempli d eau dans sa cale, entièrement démâté,rasé comme un ponton, hors d'état de gouverner, le Juste combattait encore. Le carnage y fut affreux , le sang -inondait les entre-ponts ; sur six cents hommes d équipage qu'il portait, quatre cents étaient tués , et beaucoup d'autres hors de combat.

Blavet lui-même avait été grièvement blessé à la poitrine et au bras gauche. N'espérant plus de secours, et se trouvant abandonné , il tenta vainement de regagner le port de Brest, en plaçant une petite voile sur les débris de son mât de misaine; il fut enfin obligé d'amener. Rendu peu après â la liberté, il revint à Saint- Yaleri, où ses blessures , qui n'avaient pu se fermer , le conduisirent au tombeau, le 22 octobre 1796. Blavet , doué d'un caractère vif et d'un ardent

courage, avait des formes athlétiques, et maintenait sur son bord la discipline la plus sévère. Quelle brillante carrière n'eût pas fournie ce marin , qui réunissait à un si haut degré les qualités morales et les plus rares talens nautiques ?

BREGUET ( Abraham-Louis ) , horloger de la marine royale , membre de l'académie des sciences, du bureau des longitudes, etc. , naquit à Neufchâtel, en Suisse, en 1747; mais il était originaire d'Abbeville, il le disait luimême. Sa famille professait la religion réformée, et avait été forcée de quitter la France après la révocation de ledit de Nantes. On sait que Breguet est l'inventeur des ressorts timbres , qui ont donné naissance aux montres, cachets, tabatières , boîtes à musique , et qu'il a perfectionné les montres perpétuelles 9 qui se remontent d'elles-mêmes par le mouvement qu'on leur donne en les portant. Nous renvoyons à Y Annuaire nécrologique de M. Mahul, et aux Biographies contemporaines , ceux qui voudraient connaître la quantité prodigieuse de perfecllonncmens et d'inventions , soit pour

l'utilité , soit pour l'agrément , que B reguet a introduits dans l'horlogerie , et dont il a enrichi la science de la mesure du temps , appliquée à l'astronomie, à la navigation et a la physique.

CARRON ( ), d'Abbeville, sculpteur et

architecte , fut le maître de François et Michel Anguier , sculpteurs célèbres , nés dans la ville d'Eu , vers les premières années du î?"** siècle. Ces deux frères , qui ont réuni leurs talcns dans les mêmes ouvrages , quittèrent son atelier pour se rendre à Paris ( Voyez Musée de Peinture et de Sculpture , page 5ia , in-8° ),

COURTILZ DE SANDRAS ( Gatien de ), auleur d'une très-grande quantité de romans , publiés sous le titre d'histoires, naquit à Paris, où ses parens se trouvaient en 1 644 ; mais H tirait son origine de Buigny-les-Gamaches. Son père , d'abord valet de chambre , puis receveur du cardinal de Bentivoglio , abbé commendataire de Saint-Valeri , était né dans ce village ,

SOPPliMENTAIKlS. 343

et y fesait sa résidence. Il s'était marié à Paris, et alla s'y fixer après la mort du cardinal. La 1 fortune qu'il avait acquise tui ayant permis de procurer à son fils les avantages d'une bonne éducation , celui-ci ne tarda pas à se produire dans le monde, et à y prendre un titre , en* ajoutant à son nom celui de Courtilz, mot picard , qui signifie plant d'une maison de campagne. Tel est du moins le récit de Collenot ( Yoyezccnom ), qui , sans doute, a connu les faits, par tradition , et qui cite à l'appui de ses assertions , un acte daté de 1 705 ou 1 706 ; tnais il n'en rapporte aucun passage , et ne dit pas où il l'a trouvé.

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DURET ( Edmond- Jean-Baptiste ) , savant bénédictin, qui fut associé pendant deux ans aux travaux littéraires de Mabillon , et qui a publié plusieurs écrits justemeritestimés, mourut à S'- Riquier , le 23 mars 1768, âgé de quatre-vingtsept ans. Une courte inscription placée dan* le clottre de cette abbaye , indiquait l'endroit où ce modeste et pieux savant fut inhumé.

Duret était né à Paris en 1671. On lui doit l'édition du Traité de la Prière publique d&

l'abbé Duguet; k traduction du Chrisiiani cordis genitu soliloquia , de Hamon , qu'il fi t paraître sous le titre A' Entretiens dune âme avec Dieu , et plusieurs autres écrits. On ferait au moins douze ou quinze volumes de ses lettres.

FONTAINE ( Marie - Louise - Chablotte PELARD DE GIVRY , comtesse de ) , n'était point née à Abbeville, ni dans lesenvirons ; mais elle a droit à notre souvenir , puisqu'elle avait épousé le comte de Fontaine, d'une des plus anciennesetdesplus illustres familles duPonthieu, né en 1GG0 , et mort le 26 mai 1719 (•). Cette

O Voici l'iiscription de son tombeau dans l'église de Wiry •

« Ici repose haut et puissant seigneur Nicolas, comte tîc Fontaine , seigneur de la Neuville-au-Bois , Wiry , Vron ; maréchalde-camp des armées du Roi , chevalier de l'ordre royal et mi-

htaire de Saint-Louis.

En fondant l'abbaye d'tfpagne , en ,,8o, et le chapitre de en 1190, ses ancêtres signalèrent leur religion : leur dans tous les siècles; Jérusalem vit com^ j5; Azincourt vit mourir Enguerrand , en.

>Jcs Anglais furent défaits par Renault x 'liés à la couronne. Héritier de leur vrai , peu courtisan , après trente.

dame a publié trois romans : la Comtesse de Savoye , Aménophis , et le Prince Bibi. M"" de Fontaine était fille du marquis de Givry, ancien commandant de Metz , qui avait favorisé rétablissement des Juifs dans cette ville , et à qui les Juifs , par reconnaissance, avaient fait une pension transmissible à ses enfans. Cette circonstance explique les derniers vers d'une pièce adressée par Voltaire à M™ de Fontaine.

Adieu : malgré mes épilogues , Puissicz-vous pourtant tous les ans Me lire deux ou trois romans , fA taxer quatre synagogues.

FREYTAG ( comte de ) , lieutenant-

général des armées du Roi , grand-croix de l'ordre de Saint-Louis, originaire d'Allemagne, et né en Alsace, entra au service à l'âge de' quatorze ans , sous le maréchal de Saxe. 11 fut aide-major dans le régiment de Bentheim ; il

campagnes , Romerzem mit le comble à sa gloire , en 1689

priez Dieu pour lui. •

La généalogie manuscrite de la maison de Fontaine , a été rédigée par dom CaOiaux. — Voyez Histoire des Mayeurs d'Abbéville , page 58 ét suivantes j — La Morlièrt , Antiquités d'Amiens^

se trouva à la célèbre retraite de Prague; il combattit en Flandre ; assista à tous les sièges , et notamment à la prise de Berg-op-Zoom. Le corps où il servait en qualité de capitaine-aidemajor, fit toutes les campagnes de la guerre de Sept-Ans. Après la paix de 1 763 , il fut fait major du régiment royal Suédois ; en 1 766 , il fut nommé lieutenant-colonel du régiment de la Marck ; il commanda en chef ce corps dans les campagnes de la Corse. En 1781 , il passa aux Grandes-Indes, où il servit en qualité de major-général de l'armée. Il contribua particulièrement à l'issue de la bataille de Gondelour , et il arracha des mains des ennemis quatorze pièces de canon , qu'ils avaient enlevées à l'armée française. 11 donna l'exemple d'un grand dévouement à la patrie, en plaçant , dans cette même bataille , son fils unique, âgé de dix -sept ans, au poste le plus périlleux. Il y eut la jambe fracassée, et fut fait prisonnier. Malgré son jeune âge , Louis XVI, pour récompenser son intrépidité , le décora de la croix de Saint-Louis. Le comte de Freytag fut fait maréchal-de-camp en 1 784 , dans l'Inde ; et à son retour en France , le roi le nomma commandeur de Tordre de Saint- Louis et inspecteur des regimens allemands. A

l'époque de la révolution , les infirmités que ses services aux Grandes-Indes lui avaient causées , le forcèrent de rester à Abbeville , dans sa famille. Lorsque Louis XVIII passa dans celte ville, en 1814, ce monarque le nomma grand-croix de Tordre de Saint-Louis et lieutenant-général. Il mourut à l'âge de quatrevingt-dix ans , dans les premiers jours de janvier 1 8 1 8 , et fut inhumé à Arrest , après avoir reçu tous les honneurs funèbres dus à son rang, La fille de l'honorable et vertueux comte de Freytag a épousé M. Duliège d'Àunis , maire d'ÀbbevUle, et chevalier de la légion d'honneur.

GERVIN ( S*. ) , abbé de Saint-Riquier , né aux environs de Reims, était parent du pape Léon IX , et l'un des hommes les plus distingués de son siècle par ses lumières et ses vertus. . Entre les années io4o et 1046, il partit pour la Palestine, accompagné de sept cents fidèles, et parcourut tous les lieux consacrés par le passage de Jésus-Christ sur la terre. Ce pélérinage , entrepris avant l'époque de la première croisade , offre des traits curieux qu'on trouvera dans Hariulfc ( Voyez ce nom ). A son re-

tour , il fut nommé au gouvernement de l'abbaye de Saint-Riquier , à laquelle il donna les reliques qu'il rapportait de l'Orient. En io5o, il assista au synode de Rome. Durant son absence , il fut accusé de prêcher , de confesser et de s'arroger ainsi des droits qui ne lui appartenaient pas. Le pape , informé de cette affaire, l'autorisa à continuer ces fonctions , et à en prendre les marques distinctives , qui consistaient à porter des sandales ; motivant particulièrement sa décision sur ce qu'il avait découvert que Foulques, évêque d'Amiens , s'occupait, non du salut des âmes, mais de prendre des oiseaux et daller à la chasse (*). Gervin avait enrichi la bibliothèque de Saint-Riquier de trente-six volumes , et anathêmatisé quicon- , que les soustrairait. 11 mourut dans son monastère , et y fut enterré.

GERVIN II , neveu du précédent, lui succéda dans le gouvernement de l'abbaye de S*.- Riquier. Une accusation de simonie , et des plaintes de la part des moines de son abbaye , l'obligèrent à se rendre deux fois à Rome. Il en revint triomphant ; mais peu de temps

(') 0 allia chriftiana.

SUPPLÉMENTAIRES. 34j>

après , il fut déposé par le pape Urbain II , au concile de Clermont , en Auvergne. La sentence porte qu'il avait exilé les moines qui s'opposaient à ses excès , et prodigué leurs trésors pour acheter le siège épiscopal d'Amiens. Gervin se garda bien de révéler cette décison. Mais les moines de Saint-Riquier, en ayant eu connaissance , le forcèrent d'abdiquer. Il quitta ensuite son éveché , se réfugia à Abbeville , puis alla faire pénitence dans l'abbaye de Marmontiers-lès-Tours , où il mourut le 10 janvier 1 104.

GRÉBAN ( Simon), moine de Saint-Riquier, natif de Compiègne, est le principal auteur du Triumphant Mystère des Actes des Apôtres, composé tout en vers, divisé par livres , et représenté pour la première fois en 1 Sojfà Paris , sur le théâtre de la Passion. Ce drame fut imprimé , et eut plusieurs éditions. La plus complète , petit in-f° de 778 pages , contient l'Apocalypse de saint Jean , par Louis C hoquet. Il paraît certain que ce poète était d' Abbeville (*),

(*) Extrait d'un acte découvert par Collenot : « Louis

Choquct maistre es mystères et en science gaye demeurant à Paris hqstel de Flandre , paroisse de monsieur S 1 . Eustache , fils et

55o NOTES

et que les deux auteurs se sont connus. On sait que le Triumphant Mystère , commencé par Arnoul Gréban , fut achevé par son frère, dans l'abbaye de Saint-Riquier. Le fond de cette pièce est la vie des apôtres. L'auteur y accumule tous les prodiges qu'une imagination bizarre peut enfanter. On y voit des mariages , des morts subites, des possédés, des diables, des bourreaux. Dans le chaos delà scène, s'agitent plus de 48o personnages , parmi lesquels figurent Dieu , Jésus-Christ , la sainte Vierge, des empereurs , des rois , des courtisans , des bas bouffons. Aux expressions de la dévotion la plus

cohéritier de feu Pierre C hoquet, maistre pàternotier et imagier et de Marie Lcnfant, cède , transporte et abandonne à Jean

• Jacques Chôquet, son frère, demeurant en cette ville d'Abbeville , rue du Puits à la Chaîne , paroisse de monsieur S 1 Georges, toutes les parts et portions aux quelles il a droit dans les successions de sesdits père èt mère , moyennant 3oo écus d'or de 64 au marc,

- etc. » Cet acte , passé devant M». Honoré Leblond , notaire # porte la date du 17 juillet 1549.

Aucun biographe n'a indiqué le lieu de la naissance de Loois Choquet , si l'on en excepte le P. Daire , qui le dit natif d'Amiens. Le mystère qu'il a composé fut représenté , lors de son impression , à l'hôtel de Flandre , à Paris , par les confrères de la pas» sion. Il contient environ neuf mille vers aussi plats que ridicules. On en trouve l'analyse dans l'Histoire littéraire d'Amiens , dans celle du Tltéâtre Français, tome 5. Bayle en cite aussi plusieurs passages. On ne connaît aucune particularité de la vie de l'auteur* La monnaie dit seulement qu'il était prêtre.

mystique , succèdent souvent de grossières et ridicules paroles dont l'indécence étonne; ce qui n'a pas empêché l'ouvrage de jouir long-temps d une grande estime, et de faire les délices des spectateurs.

HENRI IV , roi de France et de Navarre , vint visiter les Abbevillois le 18 décembre i5p,4 # Le maire lui adressa un discours auquel il répondit, quil avoit volontiers entrepris son voyage pour deux obligations qui l'y convoient, sa qualité premièrement , et pour ce qu'il avoit été engendré a Abbeville ; qu'il reconnoissoit quil devoit nous voir des premiers; quil nous seroit bon roi. etc. (•). Ce qui explique ces mots qu'il adressait aux Amiénois : Je suis Picard dâjait et défection ; mots que l'on a rappelés tout récemment ("). En effet, Henri se plaisait à dire qu'il avait été conçu à Abbeville. Hardouin de PéréRxe s'est donc trompé en disant que ce fut à La Flèche , en Anjou. Des documens

0) Archives de ta ville.

D l*** de l'inauguration dit portrait de S. A. R. Madamk, duchesse de Berry , à Amiens , au commencement de l'année i8j 9 .

35a notes

particuliers nous apprennent qu'Antoine de Bourbon et Jeanne d'AIbret , son épouse , habitaient alors à Àbbeville l'hôtel d'Ailly ( Voyez ce nom ) , situé grande rue Notre -Dame-du- Châtel, sur remplacement des maisons neuves au nombre desquelles est à présent la poste aux lettres (*). « Il est certain, ditPéréfixe, que la première fois que la princesse de Navarre s'aperçut de sa grossisse et qu'elle le sentit remuer, elle était au camp , en Picardie , avec son mari, qui était gouverneur de cette province , et qui y était allé de La Flèche , pour commander une armée contre Charles Quint. »

HOUARD ( David ), l'un des quatre avocatsgénéraux du clergé de Paris, de l'académie des inscriptions, et associé de l'institut, né à Dieppe en 1725, mourut à Abbeville, où sa famille s'est en partie fixée , le i5 décembre 1802, et fut inhumé dans le cimetière de Lheure. Ce savant jurisconsulte s'était appliqué à débrouiller le chaos de nos anciennes lois, et les principes du

(*) Une partie de cet hôtel existait encore en 1740. La maison d'Ailly a fait construire une chapelle dans l'église 4c Saint-Wulfran.

droit public chez nos aïeux, dans deux ouvrages remplis de la plus profonde érudition , 'et qui présentent des monumens d'histoire et de lé* gislation curieux et long-temps inconnus. L'un est intitulé : Anciennes Lois des Français , conservées dans les coutumes anglaises , recueillies parLittleton, 1766, 2 volumes in-4% réimprimé en 1779 ; l'autre ; Traité sur les Coutumes anglo-normandes, pub liées en Angleterre dans lè onzième siècle , avec des remarques sur les principaux points de T histoire et de la jurisprudence française, antérieurement aux ètablissemens de ôaint-Louis , 1781 > 4 volumes in-4°-

LEPRÊTRE ( Pierre ) , abbé de S f .-RiquierV né à la Vacquerie-ie-Boucq , en Artois , reconstruisit les murailles et la plupart des édifices de Saint -Riquier, que les Bourguignons avaient détruits ; mais de nouvelles invasions suspendirent ses travaux , et le forcèrent d'abandonner cette ville. Réfugié à Saint-Omer , il y mourut en i479« H a laissé des Chroniques abrégées des Rois de France , qui ont été transcrites, par son ordre , en 1 477- ^ e manuscrit , grand in-4° 5 relie en bois , et enrichi de notes auto-

graphes , précieuses pour l'histoire du Pon^ thieu, appartient à M. de Bommy. Pierre Leprêtre avait eu de vifs démêlés aveç Louis XL

LEROI ( Pierre ) , l'un des principaux auteurs de la Satyre Menippée, étai chanoine de la cathédrale de Rouen , et devin* aumônier du cardinal de Bourbon. « C'est à cj peu de détails, dit la Biographe Universelle , que se borne ce que Ton sait de la vie d'un homme qui joignit à beaucoup d'esprit , toutes les qualités d'uu excellent citoyen. » Collenot s'est assuré par le cartulaire du chapitre de Rouen , dont il a levé un extrait, que Pierre Leroi était natif d'Àbbeville ; mais il ue donne pas cet extrait.

MONTRELET ( Enguerrànd de ) , le plu* célèbre chroniqueur français après Froissart , était un gentilhomme de Picardie (*) , et nous avons lieu de croire qu'il naquit dans le Ponthieu , l'une des subdivisions de cette ancienne

(*) Simondc de Sûmondi, Voyez Bcvut encyclopédique , janvier i8*&

province. M, Farez , secrétaire perpétuel de la Société d'Émulation de Cambrai , dans un rapport fait à cette société , en 1 808 , pense avec raison qu'au lieu de ces mots : né de bas lieu, qu'on lit dans la relation des obsèques de l'illustre historien, il devait y avoir né de Ponihieu, contrée où se trouve la terre de Monstrelet. Il faut ajouter, à l'appui de cette opinion, que la chronique de Monstrelet renferme le récit des évènemens dont cette petite contrée fut le théâtre au 1 S"* siècle ; et que l'auteur semble écriré sur les lieux , avec tout l'intérêt qu'on porte à sa patrie. Du reste, on ne sait rien de lui , sinon qu'il passa la plus grande partie de sa vie dans la ville d'Amiens, ou dans celle de Cambrai, où il occupa plusieurs emplois, et qu'il mourut en i453, à l'âge de soixante-cinq ans environ (*).

NAUDÉ ( Gabriel ) , savant bibliographe, ef médecin de Louis XIII, qui se distigua entre

(*) Un manuscrit de 17^ 9 noué apprend qu'un Abbr.villois , nommé Jean Dumetx, a continué Y ouvrage dé Monstrelet. La Biographie Universelle ne cite pas J. Dumelz parmi ses continuateurs; mais nous y voyons que différent éditeurs , par d'autres continuations, font prolongée jusqu'en liiG,

t,ous les hommes de lettres du 1 7"* siècle , par nombre d'ouvrages remplis d'une érudition profonde et d'une critique sage , entr'autres , par son Apologie des grands Personnages accusés de magie, xnourut à Abbeville , le 29 juillet i653, en revenant de Suède, où la reine Christine l'avait fait appeler. Son convoi fut accompagné du commandant de la garnison , marchant seul entre le premier président et le maire en charge , à la téte des médecins , portant chaperon et chausse de deuil ; les plus jeunes tenaient Jes coins du poêle , et les apothicaires jermaient la marche* Le corps fut présenté à Saint-Georges , et inhumé dans la nef , où l'on> voyait son épitaphe,

NICOLAS D'ABBEVILLE , religieux de l'ordre de saint Dominique, fut, en 1020, envoyé à Carcassonne en qualité d'inquisiteur. Les habitans de cette ville , qui partagaient les opinions des Albigeois , et que frère Nicolas fesait emprisonner et mettre à la torture, s'insurgèrent contre lui. Un moine mendiant se mit à leur tête , et Nicolas d'Abbeville s'enfuit. 11 porta plainte à Home , et obtint auisilôt un bref pour

informer contre les coupables. Les habitans de Carcassonne , épouvantés , invoquèrent la protection de Ferdinand , fils du roi de Maroc , et lui offrirent la souveraineté de leur ville ; mais le terrible inquisiteur ne tarda pas à s'emparer des principaux conjurés , qui furent jugés et mis à mort. ( Voyez Moreri , au mot Dcliticux; Histoire de Languedoc, tome 4 , livre 29 ).

PASCHAL ( Charles ) , seigneur et vicomte de La Queute (*) , né à Coni , dans le Piémont , le 19 avril i547 ? d' une famille noble, vint en France dans le dessein d'y parcourir la carrière des emplois. Le fameux Gui de Pibrac l'accueillit, le favorisa dans le monde, et il ne tarda pas à être choisi pour différentes négociations importantes en Pologne , en Angleterre et dans le midi de la France, que désolait alors la guerre civile. En récompense de ses services, on le nomma conseiller d'état, et en 1604 ambassadeur en Suisse , où il demeura pendant dix ans. Une attaque de paralysie l'ayant privé d'une partie de ses facultés, peu de temps après

(•) Dépendance du village de Francicrcs , près d'Abberillc*

aôn retour en France , il se fit transporter dans son château de La Queute, et y expira le 25 décembre 162 5. Il fut enterré au milieu du chœur de l'église de Saiitt-Wulfran , où chaque année on célébrait cinq messes pour lui (*). Il avait épousé Marguerite Manessier ( Voyez ce nom ) , riche veuve d'Abbeville , dont il n eut point d'enfans; mais cette dame avait un fils qu'il aimait tendrement. 11 voulut l'adopter, lui acheta les charges de président et de lieutenant criminel d'Abbeville, et l'institua l'héritier de ses grands biens, à condition de relever son nom et ses armes. C'est ce Philippe Paschal dont il est parlé dans son épitaphe.

Charles Paschal a publié différens ouvrages, parmi lesquels on remarque principalement :

1° Vin Fabricii Pibrachii rita , Paris, i584* in- 12. Ce livre très-curieux a été traduit en français par Gui Dufaur , l'un des descendant de Pibrac. On y trouve des aventures surprenantes , et qui semblent tenir du roman, quoique très-véritables. 2 0 Coronœ, opus distinctum

(*) On lisait cette inscription sur sa tombe : Caroto Pasealiô tquiti Cultes victeomiti , hic condito , beaiam resurrectiomm ex* pectanti , posait Philippus filius Hispaniœ dominus , Abbaviltm prœscs ( Voyez le récit de ses obseques daos Y Histoire des Mayeurs tTAMtviUe, page 799 ).

indécent libros , etc.; ibid., 1610, in-4*. C'est un traité complet des couronnes , et de leurs usages chez les anciens. 3* Legatus, Rouen, i5o8, in-8°, plusieurs fois réimprimé. Les uns disent que Paschal y parle des devoirs du négociateur en homme qui savait les connaître et les remplir ; d autres prétendent que ce livre eut un succès qu'il ne méritait pas. On trouve la liste des ouvrages de Paschal dans Y Histoire ecclésiastique a*Abberille , par le P. Ignace , et dans les Mémoires de Niceron , tome 1 7, page

PERREAU ( Edmb ) , prieur de S'.-Riquier, né à Paris en i6"5, se distingua dans le mi* nistère de la chaire , et publia , contre la bulle Unigenitus > divers écrits qui le firent exiler. Il était à cette époque curé de l'enclos de Saint- Germamrdes-Prés. L'ouvrage intitulé : les Appelons célèbres, contient un abrégé de sa vie. Dom Perreau mourut à Saint-Riquier, le 19 octobre 1741 9 après avoir gouverné ce monastère pendant cinq ans, et fut inhumé dans le rond-point de l'église, derrière le maître^ autel , suivant cette inscription que Ton voit

56o NOTES

encore ( f 19 octobris 1741 ). Ce savant bénédictin a travaillé au Traité philosophique et thèologique de la Vérité, par Dupin, et s était fait remarquer par ses succès dans ment.

PIOGER ( Eugène-François-An dké de ) , che~ Valier des ordres royaux de Saint-Louis , de Notre-Dame du mont Carmel et de Saint- Lazarre, ancien chevau-léger de la garde du roi , ancien mayeur-commandant d'Abbeville , conservateur de la bibliothèque publique, et secrétaire de la Société d'Émulation de cette ville , naquit à Rétonval ( Seine-Inférieure ) , le 6 juillet 1750, Entièrement voué aux lettres, son goût le portait principalement à composer des fables et autres petites pièces, qui se fesaient remarquer par leur malice. Quelquesunes ont paru dans différens recueils , et il en a laissé un très-grand nombre qui, vraisemblablement , ne seront pas mises au jour. M.

de Pioger possédait les langues anciennes , et presque toutes celles de l'Europe moderne.

11 avait entrepris la traduction de plusieurs ouvrages, et se livrait encore, avant de mourir,

au culte consolant des arts qu'il avait constamment aimés. La Société d'Émulation , qui vient de reprendre ses travaux, le compte parmi ses fondateurs. Il mourut septuagénaire , à Abbeville , au mois d octobre 1820.

RADBERT ( Pàscha«e ) , abbé de Corbie au 9"' siècle , théologien profondément versé dans les langues grecque et hébraïque , et célèbre auteur du livre intitulé : De sacrarnento corporis et sanguinis dumini Jesu-Christi, dans lequel il établit le dogme de la présence réelle, vint, en 85 1 , passer le reste de ses jours dans la prière et dans l'élude, à l'abbaye de Saint-Riquier , où il composa plusieurs de ses sâvans ouvrages. Il était né à Soissons ou dans le voisinage, et mourut à Corbie , Tan 865.

VERT ( Dom Claude de ) , savant bénédictin , né à Paris en i645, passa les treize dernières années de sa vie dans l'abbaye de Saint-Pierre d'Abbeville , dont il était prieur, et y mourut le \ tT mai 1708. On lui doit plu-

56a note*

sieurs ouvrages Justement estimés. Le plus célèbre est son Explication simple , littérale et historique des Cérémonies de ï Eglise t Paris , 1^97-1709-1715, 4 volumes in-8% qu'il composa à Abbe ville ^ et dont il avait conçu le projet dans la capitale du monde chrétien. L'auteur y a consigné quelques faits particuliers aux églises d'Abbeville et des environs. C'était un homme d'une piété exemplaire et d'une érudition profonde ; plein de douceur et de politesse, aussi affable dans le cloître que dans la société. Sa mort fit une vive impression dans la ville qu'il habitait. Deux Abbevillois, MM. Buqi et, chanoine de Saint-Wulfran, et Lefebvre, professeur au collège de cette ville, honorèrent sa mémoire par deux épitaphes latines , qui ont été imprimées dans le troisième volume des Cérémonies de l'Église. La notice biographique , qui est en tête de ce même volume , a été rédigée sur des documens envoyés d'Abbéville, par. un ami de l'auteur. Le portrait de dom Claude de Vert a été gravé par Le fille uil, in-8°.

WULFRAN ( S*. ) , archevêque de Sens, et patron d'Abbe ville , né au 7"" siècle , à MiDy»

en Gâtinais, était fils d'un officier- général du roi Dagobcrt. Il embrassa l'état ecclésiastique , au lieu de suivre la carrière des armes , dans laquelle ses aïeux s'étaient illustrés , passa quelques années à la cour de Clotaire III, et de sainte Bathilde , sa mère* , qui le chargea des affaires de l'église, et fut élevé, en 682, sur le siège de Sens. Après avoir rempli strictement les devoirs de l'épiscopat pendant quelques années , il résolut d'aller dans la Frise, pour y prêcher la foi. Il se rendit d'abord à l'abbaye de Fontenelle ou de S^WandriHe , en Normandie , échauffa le zèle de quelques moines, et partit avec eux. Sa mission fut heureuse. Il instruisit un grand nombre de Frisons , parmi lesquels se trouvait le fds de Radebod , duc de ce peuple idolâtre , et leur donna le baptême. Bien accueilli par le père du jeune prince, Wulfran se flattait de le convertir. Ce chef barbare était même entré dans le baptistère avec d'autres catéchumènes. Mais au moment d'abjurer le culte des faux dieux , il demanda à Saint-Wulfran dans quels lieux existaient les âmes du duc son père , de tous ses aïeux et des guerriers dont la Frise honorait la mémoire. — Au fond des enfers, répondit l'apôtre , et là , ils expient leurs coupables

erreurs , plongés dans des flammes éternelles. ~- Ce n'était pas de leurs souffrances que" je m'informais, répliqua le vieux guerrier; je voulais savoir le lieu qu'ils habitaient ; et là où ils sont, là je veux aller aussi. — A ces mots, il sortit brusquement du baptistère. Wulfran revint en France peu de temps après. Il- pouvait se replacer au rang des princes de l'église; il préféra l'obscurité du cloître, et passa le reste de ses jours dans le monastère de Saint- Wandrille, où il mourut le 20 mars 720. On croit que ses reliques furent transférées à Abbeyillc, dans le cours du 1 1°" siècle ; on les révère encore dans l'église de son nom.

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