F. C. LOUANDRE
ALEGRIN ( Jean ) , Cardinal, naquit à Abbeville , d'une noble et ancienne famille , qui alla s établir à Paris dans le 1 4* siècle , et qui se glorifiait d'avoir donné au royaume deux chanceliers sous les règnes de Louis-le-Jeune et de Saint-Louis, un évèque de Soissons et un historiographe de France. Alegrin fit ses études à Paris, et, après les avoir terminées, revint dans sa patrie, où il obtint un canonicat et la place de chantre dans la collégiale de Saint-Wlfran, puis la charge de doyen de la cathédrale d'Amiens, qu'il quitta bientôt pour s'élever successivement aux plus hautes dignités de l'église. Il occupait le siège archiépiscopal de Besançon , lorsque la mort du patriarche Mathieu vint causer à Constantinople les mêmes troubles que son élection y avait fait naîtrev
Il fallut s en rapporter au Pape pour le choix d'un successeur. Honorius, de l'avis des cardinaux, choisit Alegrin; mais il paraît qu'il resta peu de temps sur le siège de Byzance. On prétend même qu'il ne quitta son diocèse que pour se rendre à Rome auprès du nouveau pape Grégoire IX , qui l'attacha à son conseil , le créa cardinal en 1227, et l'envoya en Espagne en qualité de légat. Les motifs de cette mission étaient d'examiner d abord la validité du mariage de Jacques 1°, roi d'Arragon, avec Éléonore de Castille , sa cousine germaine ; ensuite d'exciter les peuples a déclarer la guerre aux Maures pour les chasser de toutes les provinces qu'ils avaient envahies. Le légat assembla un concile à Tarragone. Jacques I er y soutint la nullité de son mariage , contracté sans dispenses malgré sa parenté avec Eléonore, tandis que celle-ci plaidait le contraire. Alegrin déclara que le mariage était nul ; que le Roi et la Reine pourraient disposer d'eux-mêmes, mais que l'Infant don Alphonse leur fils , serait reconnu légitime, et héritier présomptif de la couronne. Cette décision, qui intéressait vivement les deux royaumes , ne fut pas plus tôt rendue que le légat commença la croisade.
Saint-Raymond, qu'il s'était associé, le devan-
b'abbeville. 9
çait partout , annonçait son arrivée , et préparait les peuples à prendre les armes. Les véhémentes exhortations du cardinal soulevèrent la multitude ; et la guerre , que Ton appela sainte, se fit avec succès. De retour à Rome, il en attribua l'honneur à Saint-Raymond.
Alegrin fut ensuite chargé de terminer les violentes altercations qui s'étaient élevées entre le souverain Pontife et l'empereur Frédéric H; mais celui-ci refusant de fléchir sous l'autorité de l'impérieux et vindicatif Grégroire IX, le cardinal dAbbeville reçut l'ordre de promulguer l'excommunication contre l'Empereur , et de délier ses sujets de leur serment de fidélité ; déclaration funeste qui répandit partout la discorde, et inonda de sang le monde chrétien. Alegrin mourut en 1240. On ne connaît de lui, comme écrivain, qu'un Commentaire sur les psaumes de David, des Expositions sur les épitres et les évangiles des dimanches , qui ont été imprimés à Paris , en l5ai ; des Sermons et des Panégyriques , dans lesquels il cite une si grande quantité de passages de l'Écriture Sainte, qu'il est difficile de concevoir comment il a pu les recueillir tous et les retenir par cœur. Ce cardinal protégea de tout son pouvoir l'institution des
lO BIOGRAPHIE
Cordeliers (*) , dont Ja première maison en France fut établie sous ses auspices à Besançon , et la seconde, à Abbe ville, en 1229.
ALÏÀMET ( Jacques ), graveur, naquit à AI> beville, le 3o novembre 1726. Il montra dès son enfance les plus heureuses dispositions pour le dessin ; ses parens ne contrarièrent point sa vocation. Il eut pour maître, Lcfebvre , de l'école duquel sont sortis un grand nombre de nos graveurs. Après dix-huit mois d'études et de progrès rapides chez cet excellent maître , celui-ci le conduisit lui-même à Paris, et le fît entrer chez le célèbre Lebas , qui l'associa à ses travaux. Carie Vanloo , avec lequel il était lié, lui fît connaître F. Boucher, professeur de
(•) Un de ces religieux , nommé Jean de la JJale , se proposait d'honorer la mémoire d'Alegrin par la publication de ses œuvres ; mais la mort arrêta ce projet. De la Haie , que les biographes font naître à Paris, en i5q3, était d'Abbcville; on s'en est assuré par l'examen des registres du couvent des Cordeliers, où il avait fait profession. Il est fort connu par deux ouvrages , l'un intitulé Mb lia magna, i643, cinq vol. in-folio ; l'autre, Mb lia maxima, 1660 , dix-neuf vol. in f". Il était prédicateur ordinaire de la reine Anne d'Autriche , et paraît avoir eu quelques liaisons amicales et littéraires avec le P. Ignace , qui parle de lui dans son Histoire ecclésiastique d' Abbeville , page 488. Il est mort en 16G1 , à 68 ans.
d'abbeville. 1 1
1 école française. Tous deux le sollicitèrent de se présenter à l'académie de peinture ; mais Aliamet qui ne s'était encore fait connaître que par des vignettes charmantes et quelques autres petits sujets gravés avec goût, avant de se faire inscrire parmi les plus célèbres artistes, crut qu'il devait se montrer digne de marcher leur égal , et il établit sa réputation par des ouvrages plus importans et fort estimés , tels que ses estampes d'après Berghem , Vernet , Wouwermans , et deux des seize planches qui représentent les batailles des Chinois contre les Tartares. Sa belle gravure du Port de Gènes lui fit le plus grand honneur ; elle prouva la justesse de son coup-d'œil , la magie et le moelleux de son burin , et lui ouvrit les portes de l'académie de peinture, en 1760. La malveillance répandit sourdement que le port de Gênes n'était pas entièrement de lui. Aliamet repoussa cette calomnie en produisant de nouveaux chefsd'œuvre , et successivement il fit paraître : Le Départ pour le S abat et l'Arrivée au Sabal (David Teniers) , les A musemens de l'Hiver, les Quatre H eures du Jour, les Vues du Levant, les Italiennes laborieuses. Ces derniers morceaux le firent admettre à l'académie impériale de Vienne. On a encore de lui : Le Rachat des Esclaves ,
la Chasse au Cerf, le Rivage auprès de Tivoli, le Massacre des Innocent , le Baptême de Jésus- Christ, et plusieurs autres charmantes pièces. Aliamet gravait à la taille sèche avec une supériorité de talent , une perfection si grande , que son maître Lebas ne put même y atteindre. Il blâmait les graveurs qui poussent au noir , et il les comparait aux acteurs qui , au lieu de rechercher les suffrages des gens de goût par la naïve expression de leur jeu , font des grimaces qui ne plaisent qu'au bas peuple. Nul ne sut conserver plus savamment l'harmonie des teintes. Cette harmonie se fait remarquer jusque dans ses plus petits ouvrages.. On a de lui des paysages où il développe un goût exquis et un éclat de lumière qu'on trouve rarement dans les tableaux de 1 école anglaise. Aliamet mourut à Paris, le3i mai 1788. Son portrait a été dessiné par M. John Delegorgue> d'après le buste de Boizeau.
ALIAMET (François-Germain), frère du précédent , né en 1734, aussi graveur, a travaillé long-temps à Londres pour Boydell , d'après les anciens maîtres ? et aussi d'après quelques
d'abbeville. l3
peintres anglais. On a de lui une Adoration des Bergers f d'après Carrache; une Circoncision, d'après Le Guide; la Reddition de Calais à Edouard III , et plusieurs autres sujets. Il avait du mérite , mais non pas le goût, la pureté de dessin, la touche fine et spirituelle qui distinguent son frère. On ignore l'époque de sa mort.
ANDRÉ DE JÉSUS-MARIA, carme déchaussé qui a laissé un nom célèbre dans les annales de son ordre , naquit le 7 février 1 598. Son nom de famille était Boulanger. 11 fit de bonnes études , embrassa l'état monastique, et se voua à toutes les rigueurs de la pénitence la plus austère- Couvert de cendre et de haillons , la corde au cou , une tête de mort entre les mains ; armé d'une discipline , ensanglanté , meurtri,
on le voyait tantôt aux pieds des autels, le front dans la poussière , passer le jour en extâse , en prières; tantôt remplir les offices les plus vils ; ou retiré dans un coin obscur, silencieux et les yeux baignés de larmes , observer la plus rude abstinence , mêler l'absinthe à sa nourriture , enfin consumer sa vie dans les plus sombres et les plus douloureuses macéra-
l4 BIOGRAPHIE
tions. Son excessive mysticité frappa tous les esprits ; peu s'en fallut qu'il ne partageât l'apothéose desSiméonStylite et des Pacôme. André de Jésus-Maria, victime de son exaltation religieuse , mourut à 28 ans , dans le couvent de Charenton, le 19 novembre 1626. L'auteur des Annales des Carmes déchaussés lui a consacré dix pages in-f* de son volumineux ouvrage. Le P. Ignace a écrit sa vie , qui a été imprimée. C'était son plus intime ami; ils avaient fait profession le même jour dans le même couvent. (Voyez Jacques Sanson. )
AN GILBERT , d'une famille illustre dont la résidence est inconnue, était le plus aimable et le plus spirituel des grands de la cour de Charlemagne (*). Il fut élevé dans le palais de ce prince , instruit par Alcuin , puis envoyé en Italie pour y remplir la charge de premier
(*) Angilbert , suivant l'auteur de Y Essai Statistique et Topogra phyquede Boulogne-sur-mer, serait né au village de Saint-Inglevert, près Calais. Les uns le font naître en Neustrie , d'autres en Picardie. On n'a aucune notion précise à ce sujet ; mais il est certain que sa famille possédait de très-grands biens dans le Ponthieu. (Voy. Histoire manuscrite des Comtes de Ponthicu, par Ducange. )
d'abbevillb. l5
ministre auprès du roi Pépin. Il quitta ce monarque au bout de quelques années , et revint en France, où il séduisit Berthe, fille de Charlemagne (*) ; il en eut deux enfans ; Harnild , dont on ignore la destinée, et Nithard , qui a écrit Thistoire de son temps. Quelques historiens prétendent que Berthe devint secrètement son épouse; d'autres ne parlent point de ce mariage. Quoi qu'il en soit , Angilbert eut le gouvernement militaire des côtes de France depuis la Seine jusqu'à l'Escaut , et établit sa résidence au monastère de Centule. Les barbares dévastaient ces côtes; il marcha contre eux, en fit un grand carnage; et cette victoire complète et décisive fut mise au nombre des miracles. Atteint d'une maladie dangereuse , il fit vœu , s'il recouvrait la santé , de renoncer au monde et de mourir en cénobite.
11 accomplit sa promesse, et fut abbé de Saint- Riquier ( 791 ). La fille de Charlemagnc , repentante et désolée, se couvrit de la tunique bleue et du voile blanc que revêtaient les princesses en se vouant au Seigneur , et s'ensevelit près de lui dans le même cloître : Loco cou-
(*) On sait qu • les filles de Cbarlcmagne troublèrent son repos par la facilité de leurs mevurs et leur* amours coupables.
gruenii intra cœnobium Centulensc. Anscher , abbé de Saint-Riquier dans le 1 2* siècle, prétend qu' Angilbert (dont il a écrit la vie) était déjà prêtre quand il épousa Berthe. « Ce trait , dit Gaillard , n'est pas aussi dépourvu de vraisemblance que la décence des usages actuels pourrait le faire croire. Les mariages des prêtres n'étaient pas rares alors; ce fut Charlemagne qui abolit cet usage comme un abus introduit à la faveur des guerres et de la licence. Mais il pouvait en avoir profité pour réparer l'honneur de sa fille; et lorsque les prêtres eurent été rappelés à la loi du célibat, Angilbert aura cru expier et son mariage et ses galanteries en se lésant moine » ( Hist. de Charlemagne , tom.
1 er , p. 1 14. ) Angilbert fit construire à Saint- Riquier trois églises , dont la dédicace fut célébrée par 1 2 évoques. On y comptait 45 cloches et Un nombre infini d'ornemens.
Celle du monastère , pavée de marbre et de porphyre , fut décorée de tout ce que les arts produisaient de mieux alors. 11 y fit sculpter en ronde-bosse divers traits de la vie du Sauveur ; le tout représenté par de nombreuses figures en plâtre , et embelli de dorures et de mosaïques. On y remarquait 1 5 châsses d'argent, ornées de pierres précieuses, des vases d'or, et
DABBEVILLE. 1 7
deux autels de la plus grande richesse , revêtus d'images d'animaux et de figures humaines en bas-reliefs. C'est de cette époque qu'il faut dater l'établissement de l'école gratuits de Saint-Riquier , école célèbre qui fut longtemps florissante sous ses successeurs , et à laquelle il joignit cette curieuse et riche bibliothèque de 200 volumes que le feu a consumée à différentes reprises, à l'exception d'un livre d'Evangile in-f*, sur vélin pourpré et en lettres d'or, que Ton conserve encore, et que l'on croit avoir été donné à Àngilbert par Charlcmagne luimême. Ce monastère parvint alors à un si haut degré de splendeur , qu'on y comptait 4oo religieux, et qu'on y nourrissait chaque jour près de 5oo pauvres. Angilbert protégeait ainsi les arts * répandait ainsi la lumière et les bienfaits autour de lui, quand les besoin s de l'Église et de l'État vinrent le replacersur la grande scène du monde. En 792, on le chargea de conduire à Rome Fé- 1 lix, évêque d'Urgel, qui renouvelait en Espagne les erreurs du nestorianisme , et qu'on voulait contraindre à abjurer son hérésie. Deux ans après , Charlemagne l'y envoya porter au pape Adrien les actes; du concile de Francfort, avec les livres Carolins. Au commencement de l'année 796, il y fit un troisième voyage pour aller,
)8 BIOGKÀNIIE.
de la part du même prince , féliciter le pape Léon III sur son exaltation , recevoir le serment de fidélité des Romains , offrir au Saint-Père une grande partie des dépouilles des Huns , et lui donner des conseils sur la conduite qu'il aurait à tenir. Les motifs de ce voyage sont longuement détaillés dans l'Histoire Ecclésiastique de Flcury. Angilbert retourna encore une fois à Rome pour y assister au couronnement de l'empereur , qui eut lieu le jour de Noël , l'an 800. Avant de se rendre en Italie , pour y recevoir la couronne des Césars, Charlemagne avait eu soin d'assurer la tranquillité de la France , et c'est surtout contre les Normands qu'il cherchait à la prémunir. C'est par ce motif qu'il visita les côtes de la Flandre et de la Picardie. Tout le temps qu'il séjourna sur les bords de la Somme , il demeura chez le comte Angilbert , son gendre , dans le monastère de Saint-Riquier (*). On sait qu'il y tint cour plénière , et qu'il y solennisa les fêtes de Pâques , Fan 800 , avec tout l'appareil du rang suprême. Délivré de tout soin temporel , Angilbert rentra dans son monastère, où il
(*) Les généraux chargés de défendre les rivages de l'empire contre les hommes du Nord, furent appelés successivement : Prœfuli crœ tnarilimw y Comité* litlorum , Comitcs maritimi.
d'àBBEVILLE. îg
mourut le 18 février 814, vingt-deux jours après Charlcmagne, dont il avait souscrit le testament. Désabusé, comme tant d'autres, à ce terme fatal , de toutes les grandeurs du monde, il voulut qu on Tinhumât devant le portail de l'église de Centule, pour y être foulé aux pieds par les passans, et expier ainsi les torts de la puissance , et cette vaine gloire dont il s'était jadis montré jaloux. Yingt-huit ans après, on transporta ses restes à la porte du chœur. Les Normands ayant détruit l'abbaye et les trois belles églises qu'il avait fait construire et décorer avec tant de luxe et de magnificence , sa tombe disparut sous leurs ruines. Ce ne fut qu'après le rétablissement du monastère, sous Hugues Capet, qu'on retrouva sa dépouille mortelle , enveloppée d'un taffetas vert. On ne savait ce que ces restes étaient devenus, lorsqu'on i685 , ils furent retrouvés de nouveau en travaillant à l'église * et mis, par les soins de M. d'Aligre , dans une superbe châsse d'argent. Une pierre de marbre a été depuis placée au même endroit; on y lit aujourd'hui ces mots:
Corpus sancii Angilberti hic reconditum, anno Domini DCCCXiv; elevatum est nono septembris MDCLxxxr. Angilbert était de l'Académie du Palais, dont Charlemagne fesait partie, et que
5t) BIOGRAPHIE
ce prince avait fondée pour faire renaître en Europe l'étude des lettres , des sciences et des arts. Chaque académicien prit un nom littéraire : Charlemagne s'appela David ; Eginard , Calliope; Théodulphe, Pindarc; Alcuin, Flaccus-Albinus; Adelard, Augustin; Angilbert eut un surnom bien plus glorieux , il s'appela Homère ! Il joignait encore â tous ses titres ceux de Silentiaire (*) , de Secrétaire d'Etat et de Maitre de la chapelle. Mabillon a publié dans les Annales de S*. Benoît , la relation qu' Angilbert a écrite de son monastère , pendant qu'il en était abbé. On a encore de lui, dans le recueil de Duchesne : l'un petit poème de 68 vers , adressé à son beau-frère Pépin , roi d'Italie (**). C'est un compliment qu'il lui fait sur la joie qu'avaient eue son père , la famille impériale et toute la France , de le revoir après une absence de plusieurs années. Cette pièce fut vraisemblablement composée à l'occasion du voyage que Pépin fît en France , en 796 , après avoir remporté une victoire signalée sur les Huns. 2 0 Un autre poème en l'honneur des
(*) Les S ilenliaircs étaient des hommes savans et habiles, que l'on chargeait des négociations secrètes et délicates.
(•*) Pépin était fils de Charlemagne et d'Hildegarde , et parconséquent bcau-frcic d* Angilbert.
d'àbbeville. ai
saints Éloy et Riquier, qu'il composa lors de la dédicace de la grande église de son monastère, en 801. 11 y prie Jésus-Christ de bénir cette église, et d exaucer les vœux que les fidèles lui adresseront. Il existe une Histoire des premières Expéditions de Char le magne pendant sa jeunesse cl avant son règne , composée pour /'//?struction de Lquis-lk-Débonnaire , ouvrage dAngilbert, surnommé Homère; 1741 , in-8°.
Ce n'est qu'un roman dont l'auteur est Dufresnes de Franchcville , né à Doullens.
Les ossemens de cet illustre ami d'un héros, de ce nouvel Homère, mis au rang des saints par l'Eglise, sont encore exposés aujourd'hui à la vénération publique, dans le sanctuaire de S. '-Riquier.
ÀNSCHER, abbé de St.-Riquier, naquit on ce lieu dans le château de la Ferté , qui appartenait à son père, et dont les ruines existent encore. Ami de St. Bernard, avec lequel il entretenait un commerce de lettres, il eut quelque influence sur les affaires du siècle. Les chefs de la seconde croisade, prêts à partir pQU* l'Orient , sollicitèrent le secours de ses Uk
mièrcs, et l'appelèrent à leur conseil. Il entra, jeune encore, dans l'abbaye de S*.-Riquier, et en fut élu abbé malgré les intrigues de Gervin II , qui gouvernait alors ce monastère ( Y. Notes ôupplém. ). Prélat laborieux et zélé, il recueille et met en ordre tous les titres de sa maison ; fait restituer les terres envahies par les seigneurs voisins , et notamment par Gui , comte de Ponthieu ; jette les fondemens de l'Hôtel- Dieu de Saint-Riquier ; relève les murailles de cette ville, la fortifie de bonnes tours ; répare son monastère, et y construit ou rebâtit, l'an ino, trois églises sous l'invocation de S**. Marie, de S*. Benoît et de S*. Nicolas. L'an 1 1 26, il obtint de Louis-le-Gros , que ce prince viendrait à S*.-Riquier , pour rappeler à leur devoir les habitans de ce lieu , qui , se* prévalant du droit de commune qu'on venait de leur accorder, méconnaissaient son pouvoir temporel et sa domination. Louis accueillit seê plaintes, et contraignit la commune de lui donner des ytages. Cette ville et son monastère furent entièrement réduits en cendre ou ruinés sous ses yeux, l'an 1 1 3 1 , par Hugues de Camp d'Avesnes , comte de S'.-Pol. Ses habitans l'abandonnèrent et vinrent se réfugier à Abbcville, qui dès lors s'agrandit, et cessa d'être une ville obscure. Le feu
grégeois qui alluma ce terrible incendie, dévora tout , les ornemens sacrés , les chartes , les manuscrits. Le vénérable abbé survécut cinq ans à ce malheur, qu'il tâcha de réparer autant qu'il put à laide de son propre héritage et des libéralités de sa famille. On a d'Anscher une Vie d'Angilbert, en deux livres, dédiée à Raoul, archevêque de Reims. L'auteur cite pour témoin des miracles de cet abbé, toute la ville de S 1 .- Riquier. Mabillon a fait imprimer dans l'appendice du 5™* tome de ses annales , l'éloge d'Anscher en vers latins, par Hariulfc.
ANSEAU DE CAYEU ou CAHIEU, régent du Bas-Empire après la mort de Jean de Brienne et pendant l'absence de Beaudouin II , dernier empereur latin de Constantinople , descendait d'une ancienne Tamille qui possédait la terre et seigneurie de Caycu près de S 1 . -Valéry. Le plus renommé de tous les guerriers français en Orient, il deTint l'époux d'Eudoxie , fille de l'empereur Lascaris et d'Anne Comnène. Tandis que le successeur de Jean de Brienne , Baudouin , sollicitait en Occident les secours des princes chrétiens , An seau chercha à donner quelque
force à son trône menacé d'un côté par Valace , empereur Grec, maître de rAsie-mineurc ; et de l'autre, par Théodore, despote d'Epire, en contractant une alliance avec Asan , roi des Bulgares. Mais ce prince rompit le traité presque aussitôt. Constantinople à l'extrémité manquait d'hommes , d'argent et de subsistances pour se défendre contre les Grecs et le redoutable Asan. Le Régent fit enlever le plomb de la couverture des églises , pour en faire de la monnaie; mais cette ressource étant insuffisante, il en vint à sacrifier, dans de si pressantes conjonctures, les objets les plus précieux, et jusqu'à la couronne d'épines encore teinte du sang du Sauveur, qui fesait la principale richesse de la chapelle du palais des empereurs. Il l'engagea pour une somme considérable aux Vénitiens , à condition que si on ne la retirait de leurs mains dans un temps donné , elle leur demeurerait en propre. Un vaisseau la transporta à Venise, en présence du peuple assemblé sur le rivage (*). L'aliénation de cette sainte relique émut vivement la chrétienté; l'imminence du danger enflamma les rois d'un nouveau zèle ,
(*) Baudouin ayant recouvré cette couronne, en fit présent à S'. -Louis. Elle était encore à Paris dans la Sainte-Chapelle , au fuoment de la révolution.
d'abbeviixe. a5
et Baudouin , à la tête d'une nombreuse armée , , arriva enfin à Constantinople , où il se fit solennellement couronner en 1 239 (*). Le nom d'Ànseau paraît avec honneur dans toutes les guerres de cette fatale époque. En 1 206, il commandait à Bizye , Tune des dernières villes qui restassent aux Latins , après les succès de Joannice , roi des Bulgares. La même année, il se distingua dans les combats que l'empereur Henri, frère de Baudouin, eut à soutenir contre Lascaris.
En 1 207 , il commandait une partie de la flotte qui mit en fuite ce prince et son amiral, lorsque ce dernier entra par rHellespont dans la Propontide , avec 1 7 galères , pour attaquer Exquise par mer, tandis que Lascaris l'assiégeait du côté de la terre. 11 défendit l'empire contre les attaques de Blandras , régent du royaume de Thessalonique, qui s'était révolté, et défit, sur les bords du Nestus , les Lombards qui appuyaient sa trahison. Il fut blessé grièvement d'un coup de lance à la gorge, en s'avançant contre Théodore d'Épire, qui répandait partout la terreur de ses armes. Enfin , il commandait à Zurule, en 1247. Cette ville, située à l'entrée
(•) Guillaume de Caycu est cite parmi les caefs les plus dislin^ gués de l'armée de Baudouin.
de la presqu'île de Thrace, était la clef de l'empire. Les Français et les Grecs s'en disputaient sans cesse la possession. Anseau lavait mise en état de défense; mais trop faible pour résister, et sans espoir d'y tenir long-temps , il se retira à Conslantinople, lorsqu'il apprit la marche de \atace, de ce mémo Yatace qui lui avait fait obtenir la main d'Eudoxie, et il laissa cette princesse dans Zurule. C'était à son avis une sauvegarde assurée , Eudoxie étant sœur de l'impératrice Irène , que Yatace avait tendrement aimée; mais l'Empereur grec , peu susceptible de céder à ces considérations domestiques , attaqua la ville, l'emporta , et renvoya sa belle-sœur à Conslantinople. Dés ce moment , le nom d' Anseau ne paraît plus dans l'histoire.
ÀSSÉGISE, moine de S.-Riquicr, recueillit les capilulaircs de Charlemagne et de Louis-le- Débonnaire, qui n'étaient auparavant que sur des feuilles volantes , et en forma quatre livres : e premier et le troisième contenant ceux de Charlemagne , sur les matières civiles cl ecclésiastiques; le deuxième et le quatrième, ceux de Louis, sur les mêmes sujets. Ce recueil a clé
d'abbeville. 37
imprimé par les soins des frères Pithou ; Baluzc en a donné une édition en 1677 , deux vol. inf\ Amégise fut tiré de son cloître par Éginard, secrétaire de Charlemagne, et appelé au gouvernement de plusieurs abbayes ; notamment à celle de S^Wandrille , qu'il fit reconstruire avec magnificence, et décorer par Madalulfe, fameux peintre de ce siècle. Anségise , honoré comme un saint dans le monastère de SZ-Wandrille, y expira en 854- On ne doit pas le confondre avec un archevêque de Sens, du même nom.
BAIL ( Louis ) , docteur de Sorbonne, curé de Montmartre, sous-pénitencier de Paris, Anglais d'origine, naquit à Abbeville en i6o5, et mourut à Paris en 1669. Il a publié : i° Summa Conciliorum; Paris, i645-5o-59~72, deux vol. in-f\ Dans la préface de cet ouvrage, Fauteur se permet de critiquer les fameuses Lettres provinciales; 2 0 De TripliciExamim ordinandor. confessor. et pœnitentium , dédié à M. de Gondi, archevêque de Paris , i65i , in-8°, dans lequel il y a quelques principes peu exacts; 5° Thêo~ logla ajf e cliva 9 1671-72, deux vol. in-f*; 4«° De Bcncficio Crucis, 1 653 , in-8% où il se montre
très-opposé aux sentimens de Jansénius , sur la grâce et la prédestination; 5.° Bibliothèque des Célèbres Prédicateurs qui ont excellé depuis T origine du monde jusquau commencement du \ 7 mc siècle , imprimé en latin sous ce litre singulier : Sapientiajoris prœdicans, 1666, in-4°; (>.° Consolation d'un cœur affligé, tant pour les peines corporelles que pour les peines spirituelles, 1G61 ; 7. 0 Opuscules divers pour servir de conduite à la piété ej de prélude à la théologie ; 8.° Additio adsummam conçiliorum y Paris 1 645 ; 9. 0 Supplementum thcologiœ ajject'wœ* Bail, dont les cheveux se hérissaient au seul nom de Port- Royal, et qui avait toute sa vie ajouté une foi entière à tout ce que les jésuites publiaient contre cette maison, fut nommé supérieur et directeur de ce célèbre monastère après l'expulsion des confesseurs qui le dirigeaient auparavant. On ne pouvait guère choisir un homme plus prévenu contre les Jansénistes. Bail , très-dévot d'ailleurs, et qui avait fort étudié les casuistes, après avoir interrogé toutes les religieuses, observé leur conduite pendant deux mois , fit un rapport flatteur de leur doctrine et de leur régularité ; ce qui contrariait les jésuites , qui lavaient chargéde cette commission,etmcttaitau jour leurs calomnies. «Pour consoler ces pauvres.
d'abbeville. 2Q
religieuses dans l'affliction où il les voyait, dit Fauteur d'Athalie , il leur apportait quelquefois des cantiques spirituels dont il avait fait les airs et les paroles, et voulait les leur faire chanter à la grille » ( Yoy. œuvres de Jean Racine, HisL de Port-Royal, 2 mc partie). Les ouvrages de Bail, peu lus aujourd'hui , lui ont fait dans le temps beaucoup de réputation.
BAILLEUL ( Jean de ), roi d'Écosse vers la fin du 1 3 mo siècle, naquit au village de Mons en Yiraeu (*). Il possédait, de riches domaines dans le Ponthieu, (**) qui appartenait alors à
(') On croit que Bailleul tirait son origine de la maison de Picquigny.
(**) M. Traullé, auteur de plusieurs Mémoires archéologiques , qui lui assignent un rang distingué parmi ses concitoyens , nous a communiqué un titre qui commence ainsi : € Nous Jehans par la grâce de Dieu , rois d'Escosse et sire de Bailleul en Fïmmcui fesons savoir a tous chiauz qui ches présentes lettres verront o oiront qùe pour plusieurs entrepresures méfiais et trespas de gens li Senes-
saus de Pontbieu nous accuîsoient et nos gens avoir
fats en nostre terre de Heliscourt et appartcnanch.es seans en Vimeu, lequel nous tenons en fief de très excellent prinche notre chier seigneur Edouard par la grâce de Dieu rois d'Engleterre et comte de Ponthieu etc. »
Cette pièce, qui range incontestablement Bailleul parmi les hommes célèbres du Ponthieu , et fixe un point ignoté dans l'his-
Édouard I er , roi d'Angleterre. Le trône d'Écosse était vacant par la mort d'Alexandre III. David, comte de Huntington , seul rejeton du sang royal , avait laissé trois filles mariées à de simples gentilshommes. Ces filles n'existaient plus ; mais elles avaient donné le jour à trois rivaux , Bailleul , Robert Bruce et Hastings. Ils se disputèrent la couronne. Edouard, que les barons d'Écosse choisirent imprudemment pour arbitre, fit examiner les droits des prétendans. Les commissaires chargés de discuter la question , décidèrent , conformément aux principes en matière de succession, que le petit-fils de l'aînée devait être préféré au fils de la cadette. Or Bailleul était petit-fils de l'aînée des filles de David. Sa mère, qui vivait encore, lui cédait tous ses droits. Édouard se prononça pour lui, et le nouveau roi prit possession du trône. Pour
mm
IMl
Édouard exigea de lui des actes d'hommage et de servitude, qui révoltèrent l'orgueil des Écossais. Bailleul indigné résolut de briser ses liens, et de ne plus subir le joug de la vassalité. La guerre qui s'alluma dans ce même temps
toire , fut rédigée • lan de grâce mil ecc treize le quatre jour du mois de mareb. t Elle est trop longue pour trouver place ici, et n'a d'ailleurs aucun rapport avec l'objet qui nous occupe.
d'abbeviixe. 3l
entre la France et l'Angleterre , lui fit espérer que la conjoncture était favorable. 11 envoya des ambassadeurs auprès de Philippe-le-Bel, dans le but secret de s'unir plus étroitement avec ce prince , par le mariage d'Édouard son fils , avec la fille du comte de Valois, frère de ce monarque (*). Dès que l'alliance offensive et défensive avec la France fut ratifiée, il déclara par un manifeste que les hommages qui lûi avaient été arrachés par la violence, étaient nuls, et qu'il allait prendre les armes pour obtenir l'indépendance et venger ses injures. Cette vigoureuse déclaration fut le signal d'une guerre qui devait durer 70 ans , et d'une haine entre les Anglais et les Écossais , qui aujourd'hui , malgré la réunion des deux peuples , n'est pas encore tout-à-fait éteinte. La victoire parut d'abord favoriser Bailleul; 18 vaisseaux anglais furent coulés bas par sa flotte , et ses soldats pénétrèrent dans la province d'Yorck. Ces succès ne firent qu'animer Edouard à la vengeance; et comme il y avait en Écosse deux factions dont l'une soutenait les intérêts de Bailleul , et l'autre ceux de Bruce , il offrit la couronne à ce dernier,
(*) Bailleul assigna le douaire de la princesse sur les terres de Dompîerre, Ercourt , Hornoy, Bailleul, qu'il possédait autour d'Abbeville , et sur plusieurs autres en Écosse.
pourvu qu'il se déclarât contre Bailleul.. Bruce accepta cette offre et se rangea sous les drapeaux
tisans. Le monarque anglais vint fondre sur l'Ecosse avec toutes ses armées ; s empara de J3erwick par stratagème, et livra cette malheureuse ville à la fureur de ses soldats , qui égorgèrent les habitâns. Les historiens écossais voulant donner une idée de ce massacre épouvantableront écrit que des moulins auxquels l'eau manquait, avaient été mis en mouvement par les flots de sang répandu. Édouard gagna bientôt la bataille de Dumbar, où Bailleul perdit 25,ooo hommes , malgré le courage de ses troupes , qui disputèrent long-temps la victoire. Sans donner le temps à ses ennemis de reprendre haleine, le vainqueur continua sa. route ; s'empara d'Édimbourg , et généralement de toutes les places considérables. L'infortuné dont le royaume se trouvait entièrement envahi , vint avec son fils , une verge blanche à la main , en signe de soumission, se prosterner aux pieds d'Édouard, et lui remettre à discrétion sa vie et celle de- ses sujets. Le farouche guerrier le reçut avec mépris dans un cimetière, comme s'il l'eût jugé indigne de fouler la terre des vivans. Il le fît charger de fers , ainsi que son fils , et les envoya
d'abbeyillê, 55
a la Tour de Londres. Mais dans la suite , a la recommandation du pape , qui sollicitait leur élargissement , ils eurent la permission d'aller à Qxford r où le monarque détrôné fonda un collège , encore existant , qui porte son nom. Ayant appris qu'Édouard songeait à le renvoyer régner, il lui écrivit qu'il. préférait à la splendeur de son ancienne couronne , , la condition paisible , obscure , dans laquelle il était rentré-, et lui demanda comme une grâce de renouveler son abdication entre ses mains. Ce fut donc sans regret qu'il alla aveç son fils passer le reste de ses jours en France , « où étant, dit le P. Ignace, il vendit, du consentement du roi , aux mayeur, échevins , et à toute la communauté d'Abbeville , tout ce qu'il avait en içelle ville et en rivière de Somme, pour raison de travers (*) , de coutume et de rente, comme il appert par un ancien titre que j ai yu. et qui se garde dans l'argenterie de l'échevinage, auquel pend le sceau du dit Jean de
(*) Droit de navigation qne certains seigneurs perceraient en établissant des chaînes sur les fleuves. Les bateaux chargés de marchandises ne pouvaient franchir ces barrières sans acquitter ce droit. Ce fut en i5o4 9 que Bailleul vendit à la commune d'Abbeville celui qu'il avait sur les barques chargées de vin ; • et c'est ce qu'on nommait encore avant la révolution , l'Acquit de Bailleul*
Bailleul , qui continua de porter le titre de roi d'Écosse en son pays de Vimeu -, où il s'était retiré, et y mourut , selon Polydore. » (Vojr. Hist. des Mayeurs d Abbeville , page 2^1 et 263 ).
$6n souvenir dans sa patrie s est éclipsé com* me ses grandeurs. Dix^sept villages relevaient de la puissante châtellenie de Bailleul, disent les gens du pays ; mais aucun d eux ne sait Qu'elle fut le domaine d'un roi. On s'est trompé en avançant que Bailleul alla finir ses jours en Normandie , dans sa seigneurie de Château- Gaillard , près d'Andely. Duplessis ne s est pas moins trompé en disant qu'il était né à Anger*ville-Baitieul.
BAILLEUL ( Édou ap>d de ) , fils du précédent, ressaisit le sceptre de l'Ecosse trente-deux ans après l'abdication de son père. Cette abdication n avait point profité à Edouard 1 er . Robert Bruce, -issu de celui qui avait disputé la couronne à Jean de Bailleul, avait reconquis l'indépendance de sa patrie, et fait valoir ses droits. L'orgueilleux Edouard III n'attendait qu'un moment favorable pour soumettre à sa puissante autorité les deux peuples qui partageaient la Grande-Bretagne* Edouard de Bailleul , fut jugé propre à ses desseins. Un gentilhomme écossais , réfugié en An*
d'abbeviixï. 55
gleterre , vint en France, ou ce fils d'un taonai* que déchu goûtait le bonheur de la vie privée, et lui apprit que l'occasion se présentait pour s'asseoir sur le trône usurpé par les Bruce.
BailleuHse laissa séduire , et se rendit en Angleterre. Edouard lui prêta 6,000 Anglais , qui , réunis à une poignée de Normands, descendis rent sur un point de l'Ecosse , où les anciens amis de sa maison vinrent le joindre. Il renvoya aussitôt ses vaisseaux pour fermer le chemin de la retraite à ses troupes , et ne leur montrer de salut que dans la victoire. Il prit des villes, gagna des batailles, passa au fil de l'épée 1/4,000 Ecossais, et dans la même année se fit proclamer roi. « Edouard de Bailleul , dit la Biographie Universelle, pouvait faire oublier les torts de son père, reconquérir ses droits, et fonder une dynastie glorieuse et bienfaisante sur les suffrages d'un peuple généreux et reconnaissant; mais il ne sut que livrer ce peuplé à l'ambition d'Édouard III. » Celui-ci ne paraissait avoir aucune liaison avec le compétiteur du jeune Bruce ; il ne tarda pas à lever le masque , et vint avec sa redoutable armée soutenir ses efforts , écraser ses ennemis. Bailleul, maître de toute 1 Ecosse, après la mémorable victoire d'Hallidoswn , ne se contenta
point de marquer sa reconnaissance à Édouard par un servile hommage ; il lui livra toutes les places et forteresses du royaume. Les Écossais indignés, (résolurent de secouer le joug d'un roi qui trahissait si ouvertement les intérêts de leur malheureuse patrie ; et de toutes parts ils coururent aux armes pour la délivrer. La guerre dura vingt-deux ans, pendant lesquels le roi d'Angleterre traîna six fois Bailleul à la conquête de son royaume, que les fidèles Bruciens ne cessaient de défendre contre lui avec autant d'ardeur que de persévérance. Au mo* ment de s'en voir chassé de nouveau, il abdiqua solennellement entre les mains d'Édouard, Je 20 janvier 1 356 , moyennant une pension de 2,000 liv. On ne sait plus ce que devint Bailleul depuis cette époque. Sa retraite et l'époque de sa mort sont ignorées.
BARBAY (Pierre), l'un des plus célèbres professeurs de l'Université de Paris, où il mou-
au
pendant quatorze ans au collège de Beauvais* Il fit imprimer, à Paris, son cours sous les titres suivans : In universam Aristotelis philosophiam
DABBE VILLE. 5j.
introductio, 1700; Commentarius in Aristôteiis Zogicam, 1676 ; In Aristôteiis Physicam 1684? Commentarius in Aristotelis Morale m, 1676?
In Arislotelis Metaphysicam Commentarius , 1676, plusieurs fois réimprimés. Barbay fut inhumé dans l'église de Saint - É tienne - du- Mont ; on y voyait son épitaphe*
BASSVILLE ( Nicolas - Jean HUGOU de ) , naquit à Abbeville , dans Une maison de la ruef des Tenturiers, le 7 février 1753. Il se livra d'abord à renseignement, et devint, à l'époque de la révolution, avec M 11- Keralio, Carra, Masclet et autres , l'un des rédacteurs du Mercure National, ou Journal d Etat et du Citoyen, dont le ^premier n° parut le 3i décembre 1789, et le dernier, le 29 mars 1791. Les talens de Bassville le firent nommer, en 1792, secrétaire de légation à Naples , d'où il passa à Borne , en qualité d'envoyé extraordinaire de la république. La France avait alors des ennemis déclarés dans tous les pays de l'Europe. L'emblème de la république, substitué à l ecusson royal sur la porte de l'Académie de France, â Rome, 1 fit éclater une grande rumeur. Le treize janvier
1793, à quatre heures après midi, une voiture ouverte, dans laquelle se trouvaient Bassville , un officier de marine et quelques autres personnes portant la cocarde tricolore, aussi bien que le cocher et les domestiques , traversa la place Colonne : une des personnes de l'intérieur de la voiture tenait à la main un petit drapeau républicain (*) ; la populace excitée , dit-on , hua, cria, menaça, lança des pierres; un coup de fusil tiré par un soldat augmenta le tumulte, et la voiture alla se réfugier dans l'hôtel du banquier provençal Moutte. Le peuple la suivit en criant : Vive St-Fierrc! Vive le pape! Il pénétra dans la maison après elle , monta dans les appartemens , et attaqua les Français. Ce fut alors que Bassville , en se défendant, fut assassiné par un perruquier, qui lui porta dans le bas-ventre un coup do rasoir, dont il mourut trente-quatre heures après. La relation publiée par le gouvernement romain (**) , porte que le pape fit soigner Bassville par son propre chirurgien , et chargea la police de découvrir le meurtrier. 11 fournit à l'épouse et au fils de la victime,
(♦) Relation de la mort de Bassville ; Rome, 1795, à l'Inipri. naeric de la vénérable Chambre apostolique.
Lieu cité.
d'abbsvilli?. 39
les. moyens de se dérober à la fureur clu peuple, en se rendant à Naples; et il leur donna 20 écus ( 074 f- 5° c * ) pour frais de route. Mais quoique l'assassinat de Bass ville fit gémir le cœur* du souverain Pontife, un des meinbres du sacré collège, qui avait embrassé hautement les intérêts de l'Autriche contre la « France, fut accusé de n'avoir pas été étranger à cet événement. Le célèbre jurisconsulte Barberi , fiscal du gouvernement papal , prévoyant combien cet attentat pourrait devenir funeste à sa patrie, publia un écrit dans lequel il en rejette la cause sur le zèle fanatique du peuplq pour la religion ; et en effet, plusieurs écrivains assurent qu'on n'avait pu ni prévoir ni. arrêter cet excès de la fureur populaire. Cependant la mort de Bassville allûma le courroux de la Convention, et Bonaparte en manifestait encore son ressentiment lorsqu'il écrivait, en 1797, à l'ambassadeur de la république à Rome : « Si le pape est mort , et qu'il n'y ait aucun mouvement à Rome , de sorte qu'il n'y ait aucun moyen d empêcher le pape d'être nommé, ne souffrez pas que le cardinal Albani soit nommé ; vous devez employer non-seulement l'exclusion , mais encore les menaces sur l'esprit des cardinaux, en déclarant qu'à l'instant mê^
lue, je marcherai sur Rome; ne nous opposant • pas à ce qu'il soit pape, mais ne voulant pas que celui qui a assassiné Bass ville, soit prince.» (*) Correspondance inédite de Napoléon Bonaparte, suite dè Venise, page 202.
M. Salvi a publié un poème italien dont Bassville est le héros ( Milan , 1 798 ). Un auteur français, Dorat-Cubières , avait long-temps au* paravant fait imprimer la Mort de Bassville, ou la Conspirai ion de Pie VI dévoilée, 1 793, in-8°. Cinq cents exemplaires de cet ouvrage , imprimés aux frais de la commune de Paris, furent envoyés dans les départemens. On y lit que Bassville, mortellement blessé, fut arraché do l'hôtel du banquier Moutte, traîné par les che* veux jusque dans le corps-de-garde de la rue Frattina ; que l'infortuné, couvert de sang , assailli de coups, retenait avec ses mains ses entrailles près de s'échapper.... Qu'on l'étendit dans lé corps-de-garde , sur un lit de soldat , et qu'il y mourut dans les bras dé quelques
(•) Il répétait encore à Ste-Hélène : « Albanl était une créature de l'Autriche ; il avait du tact , de l'usage , un extérieur fait pour séduire , il pouvait être dangereux, je n'en voulu* pas. Je ne m'opposais pas a ce qu'il fût évCque ; niais je ne devais pas reconnaître comme prince l'assassin de Bassville. »
( Mémoires du docteur Antomrnarçhi, i$me a , page 43 )}
d'abbeville. 4 1
prêtres , au milieu des vociférations de la po^ pu lace. Le célèbre Monti a aussi chanté, en vers italiens , la mort de Bassville. Ce poëme a été traduit en français par Joseph Martin; Paris, 1817, in-8°, avec le texte en regard. * M. Monti étant Romain, dit le traducteur dans une note, peut avoir eu des motifs particuliers de présenter les évènemens politiques, en ce qui concerne Bassville , dans un jour peu conforme à la vérité historique (*). J'ai dû m'efForcer de rendre les expressions du poète , sans garantir en aucune manière l'exactitude des faits historiques. » Bassville était membre de plusieurs académies, et professeur d'histoire et de littérature. 11 a publié les ouvrages suivans : l° Élémens de Mythologie, avec l'analyse d'Ovide , des popmes d'Homère et de Virgile , 1784-89, un vol. in-8°, composé pour un de ses élèves; 2° Mélanges èrotiques et historiques , 1784, in-18; 3° Précis sur la pie de François Le fort, citoyen de Genève et ministre de Pierre- * le-Grand , 1784-85-86, in-8°. L'auteur combattant l'opinion de Voltaire , qui fait honneur à Pierre-le-Grand de tous les changemens arrivés en Russie , s'écrie : « Les princes ne sont-
(•) Monti dit que Bassville avait inutilement tenté d'exciter le peuple à la révolte.
ils pas assez flattés pendant leur vie , faut-il encore les poursuivre au fond de leurs tombeaux pour les louer de ce qu'Us n'ont pas fait? »
4° Mémoires historiques , critiques et politiques de la Révolution française , avec toutes les opérations de l'Assemblée nationale , 1 790, 2 vol. in-4° ou 4 vol. in-8*. Cet ouvrage, où les ardens principes de 1789 sont exprimés ériergiquement ,
est devenu très^are. 5° Le Cri de la Nation à ses Pairs, ou rendons les prêtres citoyens , P 'aris, 1 789, in-i 2. 6° Mémoires de Madame de Warcns et de Claude Anet t pour servir de suite aux Confessions de J.-J. Rousseau, Paris, 1786, un vol. in- 12. Suivant M. Barbier, ces mémoires auraient été publiés par le général Doppet ; mais nous savons qu'ils sont de Bas s ville. Cet écrivain publia en outre, et présenta à la Convention nationale > un ouvrage de Borelli, sur les moyens de former la constitution et les lois sans tumulte, sans confusion et avec toute la décence qui doit caractériser des législateurs. Il a laissé en manuscrit des mémoires secrets
sur la cour de Berlin, et quelques poésies fugitives. 1
d'abbeville. 43
BEAUVARLET -CHARPENTIER ( Jjsan- Jacques) , né à Abbe ville, en 1730 (*), fut Tua des plus célèbres organistes du dernier siècle* « Au doigté le plus net, à l'exécution la plus brillante à la fois et la plus expressive, dit la Biographie Universelle, Beauvarlet-Charpentier joignait une connaissance profonde de l'harmonie; nul ne modulait avec plus de grâce, avec plus de facilité; nul ne possédait mieux que x lui Fart des transitions; tous les styles semblaient lui être également familiers; mais il excellait surtout dans la fugue. » Beauvarlet demeurait à Lyon , lorsque J.-J. Rousseau, qui passait par cette ville, eut l'occasion de l'entendre. L'illustre auteur du Devin du Village fut ravi de son talent, et le signala par ses éloges. M. Montazet, archevêque de Lyon, donna à Beauvarlet l'orgue de S'.-Victor de Paris, dont il était abbé ; et l'année suivante cet artiste obtint celui de S*.- Paul, que son père avait précédemment obtenu i et qu'il conserva jusqu'à la révolution. Le culte ayant été supprimé, Beauvarlet-Charpentier
tomba dans la détresse, et mourut en mai 1 794. Il a laissé pour l'orgue et pour le clavecin , un nombre considérable d'oeuvres d'un mérite
(') Il était fils naturel de Philippe Bbauv ahibt , organiste de la paroisse de SVPaul , à Paris, ne à Abberillc le 17 décembre 170».
éminent. Son fils occupe un rang distingué parmi les organistes de la capitale ; c'est lui qui a fait la musique de la plupart des romances de Millevoye , et il est auteur de plu-
Sieurs compositions musicales estimées.
BEAUVARLET ( Jacqles-Firmin ), graveur, né à Abbe ville , le 25 septembre 1732 , reçut dans cette ville les premières leçons du dessin et de la gravure , d'Hecquet et de Lefebvre ; il alla ensuite à Paris , où il se mit sous la direction de Ch. Dupuis et de Laurent Cars. Co fut au sortir de cette école célèbre qu'il exécuta ces quatre grandes estampes : Acis et Galalhée , le Jugement de Pâris , l'Enlèvement des Sabines et F Enlèvement d^Europe , d'après Luc Giordano , dans lesquels on reconnaît le bon goût de cette même école. Ces estampes le firent agréer à l'académie en 1 7G5. Les plan-* ches de Beauvàrlet font plus d'honneur à ses talens comme graveur , qu'à son goût dans le choix des sujets. On regrette qu'il se soit plus attaché à travailler d'après des composition* médiocres, que d'après celles des grands maîtres. Quoi qu'il en soit, ses premiers ouvrages assurent à son nom un rang éminent parmi
d'abbeviixb. 4i
ceux des graveurs du dernier siècle. Mais, « le désir d obtenir de la vogue et de se conformer au goût du public , alors fort corrompu , dit la Biographie Universelle , Jui fit abandonner la bonne route qu'il avait prise , et substituer à un faire large, à une manière savante , un gpût mesquin, un servile arrangement de tailles, auxquels il sacrifiait jusqu'aux formes des tableaux qu'il traduisait. Habitué à graver d'après des dessins qu'il avait copiés , oubliant que le graveur doit être un traducteur fidèle, il changeait tout ce qui pouvait contrarier le brillant de son burin , ou l'agencement composé de ses hachures. On l'a vu même, surtout dans la suite d'Esther, d'après Detroy, agrandir les yeux de ses figures de femmes, et rapetisser les bouches d'une manière ridicule, croyant les rendre plus jolies. » Beauvarlet, né avec les plus grandes dispositions, ne se serait point créé un genre que tous les connaisseurs con* damnent, si la dépravation du goût , qui était alors à son apogée, ne l'eût, forcé de suivre l'impulsion générale, et de se plier, aux circonstanr ces (*). La Lecture et la Conversation Espagnole,
O La première moitié du 1 8- « siècle n'offrit à l'imitation du graveur aucun talent original en peinture. Une certaine lassitude du grand et du beau avait jeté le go&t dans la recherche affectée
d'après Carie Vanloo, moins maniérées que la plupart de ses autres productions , seront toujours recherchées par le soin et l'extrême fiiii qu'on y remarque. C'est Beauvarlet qui a fait la tête de M ,u Clairon , représentée en Médée dans l'estampe de Vanloo , dont Louis XV fesait les frais. Cette tête avait été mauquée "par Cars , S-Àubin et Jardinier. M 11- Clairon , qui n'était pas très-jolie , et à qui le rôle de Médée ne prêtait pas de charmes , ayant demandé à Cars quel serait le sujet qu'il croirait le plus capable de rendre cette tête si difficile et si rebelle au burin des plus célèbres artistes, Cars lui avoua que Beauvarlet s'était vanté d'y réussif . L'actrice se rend aussitôt chez Beauvarlet. « Vous vous êtes vanté, lui dit-elle, de bien rendre la tête de mon portrait; il est de votre honneur de vous en acquitter , sinon tout Paris saura que ce n'est qu'une vaine jactance ; ce tjui serait le comble de la honte pour un artiste qui aspire à la célébrité. » Beauvarlet accepta , sous la condition qu'on lui compterait 100 louis; que les estampes porteraient son nom , et ne
d'un mécanisme d'effet puéril, et qui n'allait qu'à plaire aux yeux. Tel fut à peu près le sort de la gravure , jusqu'à ce que le retour au goût de l'antiquité et de ses imitateurs , eût remis en honneur les écoles du îG»» siècle ( Notice sur (a vie et (es ouvrages do Bervic , par M. Quatïemère de Quincy ).
Digilized
d'abbevilxe. 47
seraient vendues et débitées que chez lui ; ce qui fut exécuté. Il ne se montrait si fier que parce qu'on lui avait déjà confié cette planche , €t qu'on la lui avait retirée le lendemain en exprimant des doutes sur le succès de son en* tre prise. On lui doit encore un très-grand nombre de gravures, parmi lesquelles nous citerons : le Combat de Persée , l' Annonciation du Christ, ou les filles de Louis XV figurent en anges; la Toilette pour le Bal, le Retour du Bal, Suzanne au bain , la Chasteté de Joseph , la Sultane , Télémaque dans Vile de Calipso , le Bourgmestre , les En/ans de France , le Portrait du marquis de Pombal, les sept sujets de l histoire dEsther, etc.
Beauvarlet était d'un caractère doux et modeste. Peu énorgueilli de ses succès , il les attribuait plus aux ouvrages qu'il traduisait , et aux bontés du public , qu'à son propre mérite. Catherine-Françoise Deschamps et Marie-Catherine Kiollet, ses épouses, douées des mêmes talens que lui, le secondèrent dans plusieurs de ses ouvrages (*). Ses estampes ont eu une trèsgrande vogue, et ses épreuves avant la lettre
(*) Marie-Cathciine Riolict a gravé avec succès des paysages d'une touche spirituelle , le Mouvait Riche , d'aprèa Téniers, etc.
sont montées de son vivant à des prix excessifs, qui ont beaucoup diminué depuis sa mort, arrivée à Paris le 7 décembre 1 797. 11 a laissé de nombreux élèves , parmi lesquels on distingue : Levasse ur , les deux Danzel , les frères Voyez, Elluin , Dennel, Hubert, Thomas, ses compatriotes , et plusieurs autres habiles artistes, tels que Malœuvre, Jourdheuil, Binet, Dugoulx, Audouin et le fameux Porporati, etc. Son buste en terre cuite , par Boizeau , a été donné par M. de Bommy à la bibliothèque publique*
BELLE VAL ( Charles-François DUMAISN IEL DE ) , né en 1 ^53 , s appliqua à l'étude des plantes , et parvint à connaître et à déterminer presque toutes celles qui croissent spontanément autour d'Abbeville. 11 paraît qu'il avait
le projet d'en donner une flore , ou du moins le catalogue. Un de nos plus savans compatriotes, à qui ces matériaux ont été confiés, s'est chargé de la continuation de ce travail , et Fa complété. On doit a M. de Belleval des observations intéressantes sur les ouvrages des principaux botanistes ; des notes sur les plantes de Picardie, sur les coquilles et les lithophytes.
D ? ABBE VILLE. 4g
Il a fourni à l'Encyclopédie quelques articles d'histoire naturelle. Il a encore laissé une notice sur les insectes d'Àbbeville, divisée en sept cahiers, suivant la méthode Geoffroy, et une suite de tableaux météorologiques non intcrrom^ pus depuis Tannée 1771 , jusqu'au 2S septembre 1 789. H avait un tact particulier pour saisir les principaux caractères d'une plante , et rien ne peut mieux donner une idée de sa patience , de son application , que les tables qu'il avait ajoutées aux traités de botanique de sa collection. La plupart de ses cahiers sont restés manuscrits. Sa trop grande persévérance dans le travail , altéra sa constitution naturelle* ment faible et délicate, et il mourut le 3o avril 1790 , âgé de cinquante-sept ans. Le célèbre Jussieu Ta cité dans ses ouvrages.
BELLOY (Cécile d$), naquit dans le Ponthieu, le 18 novembre 1 583, d'une ancienne famille qui a donné de notre temps â l'église un de ses plus dignes pontifes, l'évangélique cardinal de Belloy, archevêque de Paris. M»*. deBelloy montra de bonne heure une très-grande vocation pour la vie monastique. Après avoir
habité plusieurs couvens dont l'observance trop relâchée blessait l'austérité de son caractère, elle résolut de seconder madame de S u .-Beuve dans l'établissement de la nouvelle congrégation que cette dame voulait fonder; congrégation connue sous le nom d'Ursulines de Paris , et qui se composa dans la suite de plus de cent vingt monastères. W\ de Belloy entra la première dans la communauté de Paris, fut nommée supérieure de cette maison , et vint peu de temps après former un établissement semblable à Abbe ville, puis à Amiens, et successivement dans d'autres villes. Son zèle l'ayant conduite à Montargis, elle y mourut le ai août t i63g, âgée de cinquante-six ans. La communauté des Ursulines est rétablie à Abbeville depuis plusieurs années , dans l'ancienne et belle abbaye de S'.-Pierre.
BERNARD ( Saint ) , abbé de Tyron , naquit en io46, à Abbeville, où il paraît que ses parens occupaient un rang distingué , puisque les maisons de Montcavrel, de Rambures, de Monchy , de S'.-Blitniont et de Bovinet se glorifiaient de lui être alliées. Après avoir paru avec
d'abbevillè. 5i éclat dans la célèbre école de SURiquier, Bernard , suivi de trois compagnons d'étude , alla s'ensevelir dans le cloître de S'.-Cyprien de Poitiers. Il y prononça ses vœux ; mais quelque temps après , les moines ayant formé le projet de Félire abbé, il prit la fuite, et se retira dans une solitude du Maine, puis au fond de la Bretagne, sur le bord de la mer, après avoir pris soin de changer de nom. Il y vécut trois ans sans eu , et sans aucun commerce avec les hommes , ne se nourrissant que des herbes qu'il cueillait dans les forêts. Cette vie sainte et solitaire , ces habitudes sauvages, l'éclat qu'elles produisirent, trahissant son humilité , le firent découvrir au fond de sa retraite, d'où l'on vint l'arracher pour le rendre à son cloître et lui donner la mître. Sa réputation acquit bientôt un nouveau lustre. Il assista au concile de Poitiers , assemblé Fan 1 1 oo , au sujet des troubles qu'occasionnait le divorce de Philippe I er . Il y tonna contre le scandale public que causait le monarque, et contre les violences de Guillaume, duc d'Aquitaine , qui déclarait qu'on n'excommunierait point Philippe en sa présence. Le duc voyant que ses représentations étaient inutiles, et que les légats irrités voulaient renouveler l'excommunication contre le roi, sort en courroux
5^ BIOGHANIIE
de rassemblée , suivi de quelques prélats et de plusieurs seigneurs (*). Les évoques qui étaient restés, commencent à prononcer l'excommunication. Alors la multitude s'emporte; elle lance, du haut des galeries du temple , des pierres contre les cardinaux. Un écclésiastique est immolé par la rage populaire. Les membres du concile fuient épouvantés. Au milieu de cette terreur générale, Bernard de Tyron, Robert d'Arbrisselles et les deux légats demeurent seuls intrépides, ôtent leurs mitres pour montrer combien ils craignent peu les pierres qui volent sur leurs têtes , triomphent par leur courage de la colère du peuple, et la fatale sentence est prononcée. Bernard se joignit ensuite à S*.
Vital et à Robert d'Arbrisselles pour faire des missions évangéliques en Normandie. « Ils marchaient tous trois nu-pieds par les villes et les villages, dit Fleury, invitant les pécheurs à la
(*) Le duc d'Aquitaine avait intérêt à jae pas souffrir les •censures, car il avait répudié lui-même sa femme. Un des pères du concile , que l'on croit être Bernard d'Abbcville ou Robert d'Arbrisselles, résolu de l'excommunier, prononçait déjà la formule. Guillaume tirant son épée : « Tu vas mourir de ma main , lui crie-t-il , si tu ne me donnes l'absolution.* Le Prélat .feignit d'avoir peur , demanda un instant de loisir , et acheva les paroles fatales. «Frapper, maintenant, ajouta-t-il, je suis préi. » Le due lui répondit froidement : «Je ne t'aime pas assez pour t'en- Foyer on paradis. •
DABBEVlLLE. 53
pénitence; prêchaient avec un grand zèle contre le concubinage des prêtres qui avait passé en coutume dans toute la Normandie : ensorte qu'ils se mariaient publiquement , et juraient en présence de parens de ne jamais quitter leurs femmes. Ils laissaient leurs églises à leurs fils comme par droit héréditaire , et souvent les donnaient en dot à leurs filles. Nos saints missionnaires mirent leur vie en péril en s opposant à ces abus ( Hist. ecclès. tome i4, p. 18, édit. de 1720 ). » Il partit peu après pour Rome, où il alla défendre son monastère contre les prétentions des moines de Cluni , jaloux de ses privilèges, et qui, voulant les lui ravir, lavaient contraint de renoncer à ses fonctions. Bernard gagna sa cause auprès du pape Pascal II, qui, frappé de son mérite, lui offrit le chapeau de cardinal. Il refusa modestement de revêtir la pourpre, et revint se fixer, loin de l'éclat et des grandeurs, dans son ancien désert du Maine, ne consentant pas même à reprendre la dignité claustrale qu'on venait de lui restituer. Chassé de sa solitude par des pirates , il s'enfonça dans l'épaisseur des bois , et choisit ceux de Tyron pour son dernier asyle (*). Il
(') Village entre Chartres et Nogent-lc-Rotrou. Il y avait un collrge arec uo pensionnat au moment de la révolution.