‹ Biographie d'Abbeville et de ses environsChapitre 3 sur 12 · W\ BIOGRAPHIE · texte numérisé non relu

W\ BIOGRAPHIE

y jeta, Tan 1 109, à laide des libéralités de Rotrou, comte du Perche et de Mortagne, les fondemens d'un monastère qui devint le cheflieu d'un nouvel ordre. Les disciples de Bernard étaient habillés de gris , pour les distinguer des autres bénédictins , ce qui les fit nommer moines gris (*). Ils vivaient dans une pauvreté absolue, pratiquant des austérités presque incroyables. Cette congrégation, fort répandue en Angleterre et en Écosse , comptait en France cent prieurés; et il faut le remarquer, car la construction d'un monastère était alors le commencement d'un village , d'un bourg ou d'une ville. Le nom de Bernard retentissait dans toute l'Europe, Henri I er , roi d'Angleterre , lui envoya des députés pour le prier de venir le voir dans ses états de Normandie , s excusant de ne pouvoir aller le trouver lui-même , par des motifs extrêmement puissans; et le saint céda à ses prières. 11 eut la même condescendance envers Louis-le-Gros, qui, recouvrant la

(*) On rapporte que les habitans du pays, surpris de l'habillement de Bernard et de ses compagnons, au nombre de plus de 5oo, les prirent pour des Sarrasins, qui étaient venus chez eux par des souterrains pour s'emparer de la province. Mais quaud on vit qu'ils ne bâtissaient ni tours ni châteaux , mais seulement de petites cellulles de bois, la défiance se changea, eu vénération,

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santé après une maladie dangereuse, lui attri- * bua sa guérison. Ce prince donna a l'illustre abbé des marques spéciales de sa reconnais-* sance , dans un diplôme du 1 2 avril 1 1 20 (Voy. Hist. littéraire de France, tome 1 1 , p. 666 ). Cette pièce, datée de Tyron môme, nous fait connaître qu'il y offrit son fils à Dieu dans l'église de ce monastère. Foulques , comte d'Anjou et roi de Jérusalem, vint aussi le voir dans sa cellule, ainsi qu'une foule d'autres grands seigneurs. David , qui régnait en Écosse , voulant lui rendre un noble hommage, et partager le trésor de ses ^ bénédictions, partit du fond du Nord avec une suite nombreuse et l'équipage le plus brillant, mais le saint était mort quand il arriva. J.-B. Souchet, chanoine de Chartres, a publié la vie de Bernard sous ce titre : B, Be mardi fundatoris êt primi abbatis S. S. trinitatis de Tironio ord. S. Benedicti, rita, autore Cœtaneo Gau- Jrido Grosso, nunc primùm prodita in lucem , opéré et studio J.-B. Soucheti S. T. Doct. et Car nul, Canon. ... Paris , 1649, î n -4°- très-rare. Cette vie, composée par Geoffroi-le-Gros, est le seul ouvrage qui nous ait transmis l'histoire de la célèbre abbaye de Tyron, qui fut aggrégée à la congrégation de S*. -Maur, l'an 1 629. Bernard était trèa-lié avec le fameux Yves de Chartres*

BERNARD D'ABBEVILLE, évêque d'Amiens, acheva, en 1 369 , la superbe Cathédrale de cette ville , à l'exception des deux tours qui flanquent le portail, et qui ne furent élevées que cent ans après (*). Il descendait de l'ancienne maison d'Abbeville , dite de Boubers , issue des comtes de Ponthieu. En 1275, il apposa sa signature à la lettre que l'archevêque de Reims écrivit au pape Grégoire X, au sujet de la canonisar tion de S*. Louis, et mourut au mois de Mars

BERNARD D'ABBEVILLE,religieux capucin, mort selon toutes les apparences vers les premières années du 18"^ siècle, est connu par une traduction en français de l'excellent ou? vrage de Bernardin de Péquigny , son oncle , sur les épitres de S*. Paul , sous le titre^de Triple Exposition etc. , 1 705 , inrf\ Cette traduction , 4

(*) Evrard de Fouilloy en avait jeté les fondement en îsio, d'après le pian de Robert de Luzairhes. Elle fat continuée ?ous l'évéque Geoffroy , successeur d'Evrard , par le même architecte ; après la mort de celui-ci , elle fut élevée jusqu'à la voûte par Thomas de Coi mont , et enfin achevée sous l'évCque Peroard, par Regnaulr, fils de Thomas,

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vol. in-12, 1714 , est peu recherchée , et elle est loin de valoir l'original latin.

BERTIN ( Marie-Jeanne ) , née à Abbeville, le 2 juillet 1 747 , de Nicolas Bertin , cavalier de la maréchaussée, et de Marie-Marguerite Méquignon , garde-malade, fut justement célèbre par la prédominence qu'elle donna aux modes françaises, et par les services signalés qu'elle rendit 'au commerce. Son goût et ses talena ont été chantés en beaux vers par Delille :

......Dans un amas de tissus preucui,

Quand Bertin fait briller son goût industrieux, L'étoffe obéissante, en cent formes se joue, Se développe en scnall, en ceinture se noue ; Du pinceau , de l'aiguille , emprunte les couleurs , Brille de diamans , se nuance de fleurs, En longs replis flottans fait ondoyer sa moire , Doudc un voile à l'amour, une éc harpe la globe* Ou , plus ambitieuse en son brillant essor , Sur l'aimable Vaudcbamp va s'embellir encor.

(L'Imagination, tome i* r . )

Les parens de M u \ Bertm, après lui avoir donné une éducation médiocre, mais suffisante pour les vues qu'ils avaient sur elle , prirent la résolution de l'envoyer à Paris , où elle fut

placée chez M 110 . Forgel, au Trait galant, qui tenait alors le sceptre de la mode. Une circonstance heureuse la fit connaître de deux princesses du sang , et, grâce à leur protection qu'elle dut non moins à la régularité de ses mœurs qu'à l'élégance de son talent, elle vit s'accomplir }a brillante fortune que, suivant ses mémoires, une Bohémienne lui avait prédite. M u \ Bertin, qu'on appelait à Versailles, M u *. Rose, devint marchande de modes de la reine, et par une conséquence nécessaire, des plus grandes dames de la cour. C'était elle qui prononçait les oracles du goût , et pendant vingt ans l'art de la toilette en France n'eut pas d'autre législatrice. Mais on doit convenir que si les modes inventées parM" 0 . Bertin se ressentirent de l'heureuse révolution qui s'opéra dans les arts au commencement du règne de Louis XVI, elles n'eurent aucun caractère de grandeur ni de magnificence. « Le costume changea successivement , et les coiffures parvinrent à un tel degré de hauteur par l'échafaudage des gazes, des fleurs et des plumes, dit madame Campan dans ses mémoires , que les femmes ne trouvaient plus de voitures assez élevées pour s'y placer, et qu'on leur voyait souvent pencher la tête ou la placer à la portière. D'autres prirent le parti de s'agenouiller

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pour ménager d'une manière plus sure] le ridicule édifice dont elles étaient surchargées. Si F usage de ces plumes et de ces coiffures extravagantes se fût prolongé, il aurait opéré une révolution dans l'architecture. On eût senti la nécessité de hausser les portes et le plafond des loges de spectacle, et surtout l'impériale des voitures (*). » ( Mémoires de madame Campan , tome 1 er , p. 95 ). On n'aurait pas cru que M 1Ie . Bertin se serait jamais occupée des évènemens les plus sérieux de l'histoire , mais c'est pourtant ce qu'elle a fait en^écrivant des Mémoires sur la reine Marie- Antoinette f qui ont été publiés dans la Collection contemporaine des frères Bossange , avec des éclaircissemens et des notes, Paris, 1824, un vol. in-8°. M IU Bertin déclare en débutant , qu'elle dira peu de choses d'elle, et seulement ce qui sera nécessaire à l'intelligence des sujets dont elle parlera. Elle donne ensuite quelques détails sur l'état de ses parens , qui feraient croire qu'elle a voulu cacher son origine , ou que ces mémoires~ne sont pas d'elle. Cependant ils paraissent authentiques. On y trouve beaucoup de faits intéressans sur son auguste bienfaitrice, à laquelle la plus

O Les Mémoires de mada me Campan contiennent encore d'autres particularités relatives à M»'. Bertin, et nous y renvoyons.

grande, et sans contredit la meilleure partie de ces mémoires est consacrée. On en trouve d'autres sur les circonstances et les personnes qui ont amené le premier acte du grand drame de la révolution ; mais l'auteur les juge assez mal. Ces mémoires renferment aussi de nombreux détails sur cette affaire du collier qui a tant tourmenté les dernières années de l'inforunée reine, et dont les véritables auteurs ont été découverts et punis par la justice. M"\ fiertin quitta la France en 1791, et se rendit en Angleterre; elle se réfugia ensuite en Allemagne. Sa vie privée offre une foule de traits dignes d'occuper une place dans les annales de la vertu. Un homme de lettres, qui en fut le témoin, les avait recueillis, et devait les publier ; nous ignorons si son livre a paru. Cette ingénieuse modiste mourut le 22 septembre 181 3, dans sa maison d'Épinay, à l'âge de 66 ans, vivement regrettée par tous ceux qui l'avaient connue. Le sceptre de la mode, qu'elle a teni| si long-temps dans ses mains , fait moins d'honneur à sa mémoire que toutes ses bonnes actions. Son portrait a été gravé par F. Janinet.

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BLÉ VILLE ( Jean-BàpïIsîe-^Thomàs ) , né à Àbbcville, le 1 1 novembre 1692, mort le 2 juillet 1783, a laissé : i* le Traité des Changes, ou Comptes jaits, 1754, in-8°; 2 0 Traité du Toisé, 1 758, in-i 2 ; 5° Le Banquier et le Négociant universel, 1 760 , deux vol. in-4°. Tous ces ouvrages furent bien reçus , et sont encore utiles.

BLITMONT ( Saint ) , naquit (Tune famille noble , dans un château situé sur les bords de l'Isère. Il était bien jeune encore quand une maladie cruelle vint le priver de l'usage de ses membres, et menacer ses jours. C'était un bruit fort répandu alors, que des malades qui ne laissaient aucun espoir de guérison, avaient été miraculeusement sauvés par les prières de saint Valeri. Au récit de ces prodiges , les parens de Blitmont quittent le Dauphiné, et viennent à Leucone (*) , accompagnés de leur fils mourant. Pleins de foi et d'espérance , ils le présentent au saint abbé , qui

(*) Ancien nom de Saint -Vajeri.

le considère avec douleur , invoque le ciel , et le guérit. Vivement ému , Blitmont veut consacrer à Dieu la vie qu'on vient de lui rendre ; ses parens ne s'opposent point à ce dessein , et il embrasse la vie religieuse dans le monastère de Saint-Valeri. Sa piété et sa douceur le firent chérir de ses confrères , qui le choisirent pour chef, après la mort du vénérable fondateur, l'an 63o. À peine avait-il pris le gouvernement de la communauté, que les Normands inondèrent la province. Il abandonna Leucone, se réfugia avec ses moines dans le Milanais , et ne revint dans le Ponthieu qu'après la fin des troubles et des ravages. Son monastère n'existait plus quand il arriva; l'herbe couvrait ses ruines. Il s'empressa de le rétablir, et de défricher la plaine qui l'entourait ; s'associa quelques-uns de ses disciples, qui étaient en grand nombre, pour prêcher la foi au peuple de la contrée , où le paganisme régnait encore sur quelques points , fit de nombreux prosélytes , et parvint à extirper entièrement l'erreur. Il mourut le 5 janvier; mais] on ne sait pasjprécisément en quelle année. Son nom a été donné à un village du Vimeu, et s'est perpétué jusqu'à nos jours dans une famille

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dont l'antique origine , dit-on , se rattache à la sienne (*). Les religieux de Saint-Yaleri avaient placé ses reliques dans une superbe châsse d'argent.

BLONDIN ( Pieibe ) , botaniste, né à Vaudricourt, dans le Vimeu, le 18 décembre 1682, de parens qui vivaient dans l'aisance , fit ses études au collège de la ville d'Eu , vint à Paris en 1 700 , et y suivit avec une extrême assiduité les leçons de botanique de Tournefort. Il fit ensuite plusieurs voyages en Normandie, dans rile-de-France , en Picardie , et trouva dans cette dernière province seule , cent vingt plantes qui n'étaient pas même connues au Jardin du Roi. Fontenelle dit dans son éloge , que Tournefort , qui connaissait son talent , le chargeait de remplir sa place de démonstrateur au Jardin Royal, lorsqu'il était indisposé ; et qu'il n'aurait pas fait un tel honneur à quelqu'un qui n'en aurait pas été digne. Blondin avait le plus grand zèle pour la recherche des plantes ; il herborisait même sur les toits des églises. On n'a de . -

(•) Voy. Giry, Fies des Saints > tome î*', col. i5S.

lui qu'un seul écrit , où il a changé; à 1 égard de quelques espèces de végétaux, les genres sous lesquels Tournefort les avait rangés. On prétend que ce n'était qu'une tentative , et qu'il méditait un système des plantes différent de celui de son maître. L'historien de l'Académie ajoute qu'il a laissé des herbiers fort amples et fort exacts , une grande collection de graines et quantité de mémoires curieux en bon ordre. On ignore si quelqu'un en # a profité; mais ils sont perdus pour la réputation de leur auteur. Blondin avait des connaissances très-étendues en botanique médicale, et savait composer des remèdes , dont les succès lui avaient acquis la réputation d'habile médecin. Il mourut d'une maladie de poitrine , le 1 5 avril 1 7 1 3 , âgé de trente et un ans. 11 avait été "reçu à l'Académie des Sciences, un an auparavant. ,

BOMMY ( ) , naquit à Abbcville, au

commencement du î?" 16 , siècle* Après y avoir travaillé sous un peintre médiocre, il partit pour Paris, malgré ses parens , en 1629 , et entra chez Vouet , qui le distingua bientôt parmi ses autres élèves. On dit qu'il parvint à imiter

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tellement la manière de ce maître chez lequel il demeura deux ans , que l'amateur éclairé confondait quelquefois ses tableaux avec ceux de Vouet lui-même. Celui-ci étant mort , Bommy revint dans sa patrie. Il peignit pour l'église de S'.-Wulfran , une Vierge et une Assomption; pour le couvent des capucins , plusieurs tableaux représentant quelques traits de la Vie de saint Félix ; pour les moines de Saint-Pierre 7 saint Benoit, ressuscitant un enfant : c'était un de ses meilleurs morceaux. On ajoute que Lebrun avait demandé Bommy pour l'aider dans les travaux que Louis XIV fesait exécuter au Louvre et à Versailles ; mais rien ne put déterminer ce peintre à quitter sa famille , auprès de laquelle il mourut en 1666. Ce que nous avons vu de lui , ne mérite pas l'éloge qu'on a fait de ses talens.

BOUFLERS. Cette noble et ancienne famille du Ponthieu tire son nom et " son origine d'une terre qu'elle y a possédée depuis le 1 1 mi siècle, jusqu'au commencement du i8 mo (*).

(•) Elle possédait aussi la'terre de Vironchaux : Béatrix de Bouflers la doona , pour une messe , à l'abbaye de Saiut-Saulve > de

BOUFLERS(Gcillaum«deJ, accompagna , en 1266, Charles d'Anjou dans son expédition contre le royaume de Naples, et contribua au succès de la bataille de Bénévent , dans laquelle ce prince défit Mainfroi^ l'usurpateur du trône des Deux-Siciles. Les Graves Picards que Bouflers commandait, eurent particulièrement l'honneur de cette journée. — Aléauke , son fils, combattait encore à leur tête à la bataille de Mons-cn-Puelle.

BOUFLERS ( Louis de ) , guidon de la compagnie de gendarmes de Jean de Bourbon , duc d'Enghien, fut célèbre au îô™* siècle, par sa force extraordinaire, qui le fit comparer à Milon de Crotone , à Nisocrate et à Marins le Gaulois. Loisel , La Morlière , Varillas en rapportent des particularités surprenantes. 11 terrassait les hommes les plus vigoureux; enlevait de terre un cheval, et le portait dans ses bras. Il franchissait, tout botté, les fossés les plus larges ; il sautait, armé de toutes pièces , sur son cheval , sans mettre le pied à l'étrier ; il devançait à la course un cheval d'Espagne , pourvu que la carrière ne fût pas trop longue. Son adresse n'était pas

Mootreuil.— La Morlière, Antiquités tfjmicn* , page a 19. —Le P, Anselme , tome 5 , pag.,77.

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moins remarquable. Il tuait à coup de pierres les quadrupèdes et les oiseaux. Ce formidable athlète périt au siège de Pont-sur-Yonne , en i553 , à l'âge de 19 ans.

BOUFLERS ( Adrien de ) , frère de Louis , gentilhomme de la chambre de Henri III , porta les armes fort jeune , et se trouva aux journées de Saint-Denis et de Montcontour , à la défaite des Reîtres , à Anneau , où il conduisait l'arrière ban de la noblesse du Beauvaisis. En 1 582 , Henri III créa en sa faveur la charge de grand bailli de Beauvais , pour le récompenser de sa fidélité au parti royaliste , qu'il ne quitta jamais. Ce prince ayant été. assassiné , il s'attacha à Henri IV. Les ligueurs dévastèrent ses biens , et le firent prisonnier ; mais Henri paya sa rançon. H a publié : Considérations sur les ouvrages du Créateur, et plusieurs histoires et autres choses mémorables, tant anciennés que modernes , ou Mélanges historiques, Paris, 1608, in-8°. L'auteur y raconte qu'un de ses ancêtres donna pour gage de sa parole , aux Anglais qui l'avaient fait prisonnier à la bataille d'Azincourt , une partie du chef de S'. Mauguille ( Voy. ce nom ) , qu'il avait en sa possession, et que ce loyal et pieux chc-

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