‹ Biographie d'Albert CohnChapitre 17 sur 54 · ÉTAT DE LA COMIMUNAUTÉ DE PARIS · texte numérisé non relu

ÉTAT DE LA COMIMUNAUTÉ DE PARIS

à l'époque où Albert Cohn vint à Paris, elle était encore sans véritable organisation et sans cohésion.

Albert Colin songea,^ dès les premiers moments, à se rendre utile. On a yu qu'il avait offert au Consistoire de faire des conférences dans les temples, mais que cette demande ne put être accueillie. Plus tard cependant, après son retour d'Italie, il fut admis h faire des conférences religieuses aux enfants des écoles et des lycées, et il consacra à ces cours plusieurs heures par semaine pendant douze ans, jusqu'en 1852. C'est de 1850 environ que semble dater son influence bienfaisante sur les affaires de la communauté Israélite de Paris et sur les différentes institutions qu'elle a créées. L'activité qu'il déploya dans ces années de vigueur et de jeunesse est incroyable. Peu à peu, grâce à son application, à son intelligence^ à son zèle, à sa situation enfin auprès de la famille de Rothschild, il fut à la iête de toutes les œuvres Israélites de Paris et l'âme de toutes les fondations pieuses.

Albert Cohn dans les institutions Israélites de Paris. — Comité de bienfaisance, centre de Tactinté d'Albert Colin. — Hôpital de Rothschild, maison de retraite pour les -sleillards, Incurables, — Orphelinat Salomon de Rothschild. — Société de patronage des apprentis et omTiers Israélites. — Talmud-Tora. — Diverses institutions ou sociétés de bienfaisance. — Sociétés scientifiques, Conférences religieuses. — Consistoire central. Alliance Israélite universelle. — Écoles Israélites de Paris.

Le centre de son activité était au Comité de bienfaisance. Ce Comité avait été d'abord une espèce de Héhra, comme toutes celles que créent les communautés israélites. Il fut constitué d'une manière régulière en 1809. C'est la plus ancienne institution de la communauté israélite de Paris. Il reçut plus tard le nom de « Comité consistorial de secours et d'encouragement », et en 1852 celui de « Comité de bienfaisance ». Il s'occupait des secours en espèces et en nature à accorder aux indigents, des malades, des inhumaiions, des distributions de pains azymes. Tous les ans, à peu près, il pu-

bliait un tableau de ses recettes et dépenses. En 1843, il imprima pour la première fois, avec ce tableau, un compte rendu moral et financier. Albert Cohn en fut nommé trésorier en 1848, président en 1853, et il inaugura son entrée en fonctions par un don de 20,000 francs, qu'il versa en deux moitiés, en 1852 et 1854, pour une caisse de prêts aux ouvriers. Cette caisse a existé pendant quelques années, mais le capital en fut promptement dévoré.

Sous la direction d'Albert Cohn, le Comité de bienfaisance prit un développement extraordinaire. Les recettes, qui en 1841 étaient de 47,000 francs environ, se montaient en 1871 à plus de 212,000 francs, et l'on peut se faire une idée de la grandeur de l'institution en examinant seulement la liste des différents services qu'elle renferme ^ : ce sont les services de secours et assistance en argent, en nature, en loyers et chauffage; secours extraordinaires aux indigents non inscrits, aux pauvres à l'époque des fêtes, aux détenus, aux femmes en couches; secours pour les enfants abandonnés, pour frais de voyage aux pauvres étrangers, pour les Maççot^ le fourneau alimentaire, l'ha-

1. Compte rendu général des travaux du Consistoire (isr. de Paris). Période de 1866 à 1871. Paris, 1873, p. 20.

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billement des enfants des écoles, celui des initiés, les inhumations, les pensions aux anciens employés du Comité, les subventions à l'hôpital, au personnel administratif, aux écoles consistoriales et aux écoles libres, au Talmud- Tora; enfin les dépenses de l'orphelinat. Albert Cohn a certainement contribué en grande partie, durant sa longue présidence, à la création de plusieurs de ces services et à leur extension. Il contribuait également, dans une large mesure, à procurer des ressources au Comité de bienfaisance. La générosité des Israélites de Paris est connue, quelquefois cependant elle a besoin d'être stimulée et sollicitée. Albert Cohn avait presque seul assez d'autorité pour obtenir, en dehors de la famille de Rothschild, les sommes nécessaires; il guettait les bonnes occasions : naissances, mariages, initiations. La tâche n'était pas toujours facile, mais aucune difficulté ne l'arrêtait. Les journaux nous ont raconté encore dernièrement ^ comment il obtint un don de 20,000 francs de feu Fould, et quelle présence d'esprit il déploya dans cette circonstance. On est foii;

1. Israelitùche Bote (de Cologne) du 4 octobre 1877, d'après les Archives Israélites.

quand on parle au nom des pauvres et qu'on a au cœur le feu de la charité.

Le Comité de bienfaisance plane au-dessus d'une foule d'autres institutions de bienfaisance qui se rattachent à lui plus ou moins directement et qui se meuvent pour ainsi dire dans son orbite. Albert Cohn était de toutes ces œuvres, il n'y en a pas une qui ait échappé à son action féconde.

La première et la plus importante est l'hôpital de Rothschild. Cette institution fut fondée par le Comité de bienfaisance et inaugurée le 1" avril 1842. Ce n'était d'abord qu'une (( modeste maison de secours » établie rue des Trois-Bornes, n" 25, et contenant 15 à 20 lits. La dépense annuelle ne dépassait guère, encore en 1846, la somme de 12,000 fr. Le 26 mai 1852, l'hôpital fut transféré rue Picpus, n°^ 76-78, et installé dans une maison nouvelle construite aux frais du baron James de Rothschild i. Albert Cohn fut un de ceux qui prirent la parole pendant la cérémonie d'inauguration. A partir de cette année, Thôpital se détacha du Comité de bienfaisance et eut

1. Inauguration de l'hôpital fmidé par M. James de Rothschild. Paris, 1852. On y trouve le discours prononcé par Albert Cohn.

une administration séparée. Albert Cohn en fut jusqu'à sa mort le secrétaire-trésorier. Il est permis de lui attribuer une part dans la fondation de cette maison et dans les développements que lui a donnés la famille de Rothschild. En 1873, le nombre des lits y était de 174, et il n'a fait qu'augmenter depuis. A côté des anciens services, on y a créé, vers 1865, le service des enfants malades, celui des femmes en couche et celui des nourrices. Dès sa fondation, il contenait une section attribuée aux vieillards.

La famille de Rothschild a construit plus tard une annexe spéciale, servant de maison de retraite aux vieillards et pouvant recevoir cinquante pensionnaires. Cette maison était occupée par des blessés pendant le siège de Paris, les vieillards en ont pris possession depuis. C'est pour eux qu'Albert Cohn avait donné, après son premier voyage en Orient, la somme de 10,000 fr. Enfin Mme la baronne James de Rothschild vient de construire, dans la cour de l'hôpital, en mémoire de son fils Salonnm et du baron James de Rothschild, un magnifique asile pour les incurables. C'eût été une joie pour Albert Cohn d'assister à l'inauguration de ce bel établissement. 11 allait voir au moins une fois pas semaine les malades et leur appor-

tait des paroles d'encouragement. Ils attendaient ses visites avec impatience. Un rayon de joie et de consolation entrait avec lui dans la maison.

Il accordait également ses soins à toutes les autres institutions. Il visitait régulièrement l'orphelinat Salomon de Rothschild, fondé en 1857 par un legs de 200,000 fr. du baron Salomon et par une donation de 5,000 fr. de rente de la famille de Rothschild. Cette institution, établie d'abord rue des Rosiers, 4 Ms^ dans une maison occupée aujourd'hui par l'école de travail, a été transférée depuis dans la rue Lamblardie. La belle maison où elle est installée et qui a été construite aux frais de Mme la baronne James de Rothschild, a été inaugurée le 3 juin 1874 i.

Albert Cohn était président de la Société de patronage des apprentis et ouvriers israélites de Paris -, et tout le monde se rappelle les

1. Zadoc Kahn, Sermmis et allocutioiis adressés à la Jeunesse israélite. Paris, 1878, p. 169.

2. Cette Société a été fondée en 1860. Elle a été précédée 1° de la Société des amis du travail, fondée par 0. Terquem en novembre 1823, reconnue parle gouvernement en 1825, et qui s'est dissoute en 1833 ; 2° vers 1854, de la Société des jeunes gens Israélites de Paris pour le placement des apprentis, présidée par M. le baron Alphonse de Rothschild, et

belles allocutions qu'il prononçait tous les ans ans à la distribution solennelle des prix de cette société.

Il a été trésorier du Comité de la Société du Talmud-Tora, fondée en 1852. Les sociétaires se souviennent que dans les assemblées générales, tenues ordinairement le dimanche de Hanoucca, Albert Cohn avait l'habitude de faire une conférence sur l'Année littéraire dans le judaïsme, et ces improvisations savantes étaient toujours écoutées avec le plus grand intérêt.

Enfin Albert Cohn a dirigé plusieurs autres fondations ou a pris part à leur direction. Il était secrétaire de \di Société pour l'établissement des Jeunes filles Israélites, fondée(avant 1844) et présidée par Mme la baronne James de Rothschild ^ ; secrétaire de VŒiivre des femmes en couches, fondée vers 1864 et présidée par Mme Joseph Halphen ; secrétaire-trésorier de la Société des bons livres, fondée vers 1854, et qui a publié tant de livres utiles (la Bible des familles^ le Dictionjiaire liébr eu- français de MM. Sander et Trénel, etc.); membre de

ayant Albert Cohn pour secrétaire {Archives Israélites, 1854, p. 176). La Société de patronage vient d'être reconnue d'utilité publique par décret du 15 avril 1878.

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