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Il mourut à Presbourg en 1787, à l'âge de 107 ans

2. Albert Cohn dit, dans ses Lettres Juives, que les juifs de Huningue furent expulsés, mais c'est probablement une erreur.

de la Moravie. Albert Cohn fut digne de ses ancêtres.

A l'âge de douze ans, il se rendit à Vienne, où, de 1826 à 1834, il suivit les classes du lycée et, à l'Université, les cours de la Faculté de philosophie. Ses parents le destinaient à la carrière médicale, la seule des professions libérales qui fût ouverte aux juifs, mais il lui fut impossible de vaincre la répugnance qu'inspirent aux débutants les dissections anatomiques. 11 abandonna ces études pour celles des langues orientales.

Les juifs de Vienne étaient soumis à cette époque aux règlements de police les plus durs et les plus iniques. Un bureau spécial, dit bureau des juifs, était chargé de les surveiller. Cent vingt-quatre familles Israélites avaient seules le droit de domicile. Il était défendu à tout autre Israélite, même autrichien, de séjourner à Vienne plus de quarante-huit heures. Passé ce délai, le juif avait le droit de prolonger son séjour en payant 2 florins par quinze jours, mais il ne pouvait user de ce droit que trois fois de suite. Pour les juifs étrangers, le prix du droit de séjour était encore plus élevé. Une exception était faite cependant pour les étudiants : ils pouvaient rester une année scolaire

entière en payant seulement 3 florins 1/2, ce qui s'appelait « séjour gratuit; » seulement la plupart des Facultés et surtout celle des langues orientales à l'Université leur étaient fermées. Yoici le certificat de droit de séjour accordé à Albert Cohn :

Le gouvernement impérial-royal de la basse Autriche a daigné accorder, par décret du 28 novembre 1833, n° 64,284, à Albert Gohn, né à Presbourg (Hongrie), âgé de dix-neuf ans, le séjour dans cette capitale pour l'année scolaire 1833-1834, jusqu'à la fin de septembre 1834, pour suivre le cours de la dernière année de la Faculté de philosophie, dans les conditions ordinaires, gratuitement. Cette haute résolution est communiquée à Albert Cohn, sous la condition que celui-ci voue son temps avec assiduité à la faculté qu'il a choisie, en s'abstenant de tout commerce où négoce; qu'il se conduise conformément aux lois existantes ; qu'il informe la police chaque fois qu'il changera de domicile, et apporte à la fin de l'année scolaire les certificats de progrès, pour demander soit la faveur d'une prolongation de séjour pour continuer ses études, avec certificat de l'autorité de sa ville natale constatant qu'il a de quoi vivre et se subvenir pendant ce temps, soit le billet de départ de cette capitale.

Pour la direction impériale-royale supérieure de police, RUNDNER.

Vienne, le 15 décembre 1833.

Ne pouvant suivre, comme juif, les cours de l'Académie orientale de Vienne, Albert Cohn fit des études philologiques et archéologiques sous la direction du D' Saalschùtz, prédicateur et professeur extraordinaire à l'Université, sans négliger les études talmudiques, qu'il continua sous M. Horwitz, rabbin à Vienne. Il passait la plus grande partie de son temps à la bibliothèque Impériale, où il étudiait seul, à coups de dictionnaires, l'arabe et le syriaque. M. le professeur AVenrich, un orientaliste distingué, auteur de travaux sur l'histoire et la littérature des Arabes, le voyant acharné à sa tâche ingrate et fastidieuse, eut pitié de sa peine et lui donna des conseils. M. Wenrich était professeur d'archéologie et de géographie sacrée au séminaire protestant, et il trouvait que ses élèves ne faisaient pas assez de progrès, parce qu'ils ne savaient pas bien l'hébreu. Le professeur d'hébreu savait à peine lire l'écriture hébraïque. Il fut convenu qu'Albert Cohn le remplacerait gratuitement et que le titulaire continuerait à toucher ses émoluments. « Quel bonheur pour moi! » s'écrie Albert Cohn. Le voilà, à vingt ans, professeur extraordinaire d'hébreu, et cela dans un séminaire chrétien. Tous les pasteurs protestants qui sortirent de

ce séminaire depuis novembre 1834 jusqu'en mai 1836 furent ses élèves et lui témoignèrent constamment les sentiments les plus sympathiques.

M. Wenrich dirigea dès lors les études d'Albert Cohn en arabe, en persan et en sanscrit. 11 le recommanda au baron de Hammer, bien connu par son Histoire de l'Empire ottoman, qui mit toute sa bibliothèque au service d'Albert Cohn et l'aida dans ses travaux.

Un jour qu'il lui expliquait quelque passage d'un commentaire arabe du Coran, il s'interrompit subitement et lui dit : « Vous ne pouvez que végéter à Vienne, il faut aller à Paris. Là, toutes les écoles vous seront ouvertes : vous étudierez le persan sous Sylvestre de Sacy, le sanscrit avec Burnouf; je vous donnerai des lettres pour Reinaud ; je parlerai au prince de Metternich pour qu'il vous recommande à notre ambassadeur, le comte d'Apponi, qui est d'ailleurs de Presbourg, comme vous; je parlerai au baron Salomon de Rothschild pour qu'il vous fournisse les moyens de faire le voyage de Paris; moi aussi je contribuerai à vos frais pour 50 florins. » Albert Cohn ne 'se sentit pas de joie ! La France était alors pour les Israélites du continent, et je crains bien qu'elle ne le soit

encore aujourd'hui, le pays de la délivrance et de la liberté, la terre promise. Albert Cohn se souvenait que ses ancêtres y étaient nés, et la considérait comme sa patrie. Il n'allait point en France comme un étranger, il y retournait.

Son parti fut bien vite pris. L'idée du baron de Hammer fut approuvée de ses parents et de ses amis. Il fit ses paquets, alla dire adieu à sa mère, et partit de Vienne le samedi soir 11 juin 1836, muni des recommandations du baron de Hammer, de M. Wenrich et du D^ Mannheimer, le célèbre prédicateur Israélite. Les élèves du séminaire protestant lui adressèrent, la veille, une lettre de remercîments des plus touchantes : « Jamais nous n'oublierons, dirent-ils, ces heures délicieuses pendant lesquelles vous nous avez procuré la connaissance de la langue la plus vénérable. Nous ne nous souviendrons jamais de vous qu'avec une reconnaissance pleine d'émotion. » Ils l'accompagnèrent tous à la gare. Son père était venu de Presbourg pour lui donner sa bénédiction.

En passant par Francfort, Albert Cohn eut le bonheur d'y rencontrer le baron Salomon de Rothschild, à qui le baron de Hammer l'avait recommandé. Toute la famille de Rothschild était réunie pour le mariage du baron Lionel

de Rothschild, de Londres. Albert Cohn fut présenté à Mme la baronne James de Rothschild, de Paris, fille de Salomon de Rothschild. Elle Taccueillit avec la plus grande bienveillance, fit appeler immédiatement sa fille, âgée de onze ans, et annonça qu'à son retour à Paris, Albert Cohn donnerait à l'enfant des leçons d'instruction religieuse. La baronne donna à Albert Cohn une lettre de recommandation pour M. Berger, de Paris, qui Taccueillit a avec une complaisance toute française. »

Il arriva à Paris le vendredi 1" juillet 1836 et descendit dans un petit hôtel de la rue Vivienne. Il s'installa plus tard dans l'hôtel d'Angleterre, de la rue Montmartre, qui a été longtemps le rendez-vous des Israélites étrangers à Paris, etily resta jusqu'à l'époque où il fit son voyage en Italie (octobre 1838). Plus tard, il demeura au n° 42 de la rue Richer, au n"* 14 de la rue Bleue et enfin au n° 17 de la rue Maubeuge.

Une nouvelle vie commença pour Albert Cohn. Il était enfin dans le pays de la liberté et de la tolérance religieuse. Les cours publics, les facultés, les bibliothèques lui étaient ouverts. Il se jeta à plein corps dans ses études favorites. Il avait véritablement le don des

langues : il les apprenait toutes très rapidement et les parlait avec une grande facilité, sinon toujours avec une entière correction. Quoiqu'il fut promptement détourné de l'étude par d'autres occupations, il garda toujours de ses travaux de jeunesse cette merveilleuse facilité de s'assimiler les langues étrangères. Il parlait sans difficulté l'allemand, le français, l'anglais, l'espagnol, l'italien, l'hébreu et l'arabe. Dans les voyages qu'il fit plus tard en Orient, il prenait plaisir à communiquer avec les gens du pays dans leur langue maternelle, et plus d'une fois il adressa à ses coreligionnaires des discours en plusieurs langues.

Pendant deux années , Albert Cohn se livra à l'étude sous la direction de Sylvestre de Sacy, E. Quatremère, Eugène Burnouf,A. Desgrauges, Reinaud et Jouannin. Il fut une année entière l'unique auditeur du cours de persan de Sylvestre de Sacy, avec lequel il passa, suivant sa propre expression, des heures délicieuses. Il vivait de leçons et il en avait assez pour être utile encore à ses parents. Le temps qui lui restait, il le passait à la Bibliothèque, où il copia le commentaire alors inédit de R. David Kimhi sur la Genèse ^ et le texte

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