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Affaire du Père Thomas

quel progrès ! Albert Cohn, dont rimagination saisissait vivement ces contrastes, ne manqua pas de signaler celui-ci à ses auditeurs et il est impossible que ses paroles n'aient pas produit sur eux la plus vive impression.

Dans une des pierres de fondation, Albert Cohn plaça une monnaie à l'efflgie du Sultan. Il donna à Técole une somme de 2,000 ou 2,500 francs, au nom du baron James de Rothschild, et annonça que l'Alliance israélile contribuerait pour une somme de 1,000 francs par an aux dépenses courantes. Il distribua enfin 500 francs aux pauvres ^.

Revenu à Paris, Albert Cohn ne cessa pas un instant de porter son intérêt sur les israélites de rOrient. En octobre 1865, il signa, avec d'autres, un appel de M. le grand-rabbin Isidor en leur faveur. La peste, le choléra, la famine faisaient des ravages effrayants à Smyrne, à Gonstantinople et à Jérusalem. Au mois de juin 1866, il fut sur le point de partir pour Jérusalem, où sévissait de nouveau le choléra,

1. Pour tout ce chapitre voir : Univers Israélite, XX, p. 12 (lettre d'Albert Cohn, datée de Jérusalem, 13 juillet), 13 et 51; XXI, 90, 234. Archives israélites, 1864, p. 539, 677, 715 ( lettre d'Albert Cohn, datée de Jérusalem, 15 juillet) et 751.

et il ne renonça sans doute à ce voyage qu'après avoir reçu de meilleures nouvelles de l'Orient i. Son dernier pèlerinage est de 1869.

Il alla cette fois directement à Constantinople^ en traversant l'Allemagne, l'Autriche, la Serbie, la Roumanie, le nord de la Turquie. Son voyage à travers l'Europe fut une continuelle ovation. Partout il fat reçu avec les plus profonds témoignages de respect et d'admiration -.

A Vienne, il vit les ministres M. de Beust et M. Hofmann ; à Pesth, le comte Andrassy et le baron Eotvos. Le consul général de France à Belgrade le conduisit chez le régent, M. Repnic. Albert Cohn intercéda -auprès de ce dernier en faveur des Israélites serbes. Il fit une démarche analogue à Bucharest auprès du président de la Cour de Cassation, le prince étant absent. Les communautés Israélites lui tirent partout un accueil enthousiaste et écoutèrent sa parole avec avidité. Un des

1. Univers Israélite, XXI, p. 90 23-4. Archives Israélites, 1876, p. 414.

2. Sur ce voyage, voir Univers Israélite, XXV, p. 121, 187, 196, 217, 243 (lettre d'Albert Cohn, datée de Jérusalem, 15 novembre; et 249. Archives israêliies, 1869. p. 750 (lettre d'Albert Cohn, Jérusalem, 15 novembre).

principaux thèmes qu'il développa dans les synagogues ou dans les réunions qui furent faites en son honneur, c'était l'action de V Alliance Israélite universelle, les liens de solidarité et de fraternité qu'elle établit parmi les Israélites, les heureux résultats de son activité en Orient. Albert Cohn, par les œuvres de toute sa vie, appartenait de droit à cette société et il venait d'être nommé membre du Comité central qui la dirige. Il en parla principalement à Vienne (16 octobre), à Pesth (19 octobre), où il créa en faveur de V Alliance un mouvement qui s'est continué pendant plusieurs années. Un des membres de l'Alliance fondée beaucoup plus tard à Vienne, a encore récemment attribué cette nouvelle création à l'influence exercée par la parole d'Albert Cohn en 1869 i. Les communautés Israélites de Belgrade, de Roustchouk, de Varna, lui offrirent des fêtes brillantes, il les récompensa en répandant sur elles les flots de son éloquence. Il arriva à Constantinople, comme porté en triomphe, le vendredi 29 octobre.

Le lendemain, il est déjà à la synagogue ita-

1. Réunion en faveur des Israélites de V Orient tenue à Paris en décembre 1876, 2^ édition. Paris, 1877. Toast de M. Singer, p. 81.

lienne, qui retentit de sa parole chaude et entraînante. Il visite ensuite les écoles Israélites, celle de Haskeui, dirigée par M. Schmoll; celle de Couscoundjouk, dirigée par M. Cohn ; celle de Balata, l'école de jeunes filles de ^F^ Mizrahi, et enfin les élèves Israélites^ au nombre de trente environ, du [jcée de (lalata-Séraï. Le 2 novembre, il s'embarqua pour Jérusalem. A Jaffa, il rencontra M. Charles Netter, qui y venait, avec un dévouement sans exemple, fonder, au nom de V Alliance israéliie universelle, cette école agricole à laquelle son nom restera attaché.

L'empereur d'Autriche était alors Jérusalem. (( L'empereur, écrit Albert Cohn, a visité l'hôpital et lui a donné des éloges, et en a donné des preuves dans la personne du D'" London (le directeur), qu'il a nommé chevalier de l'ordre de François-Joseph... Il a visité la synagogue espagnole et l'école Herz... L'école des jeunes filles est un véritable bijou... L'école Blumenthal, de 60 élèves, l'école Herz, de 40, rendent de véritables services.... L'école de travail, l'institution des femmes en couches de M""^ James de Rothschild, continuent à relever la partie pauvre (de la population).

«... Nous avons eu aujourd'hui une céré-

monie touchante à la synagogue de rhôpital. Après avoir parlé samedi au grand temple espagnol et aujourd'hui (15 novembre) à celui du rite allemand, j'ai allumé le nèr iamicl dans deux lampes envoyées par M"^ de Rothschild, pour feu son mari et son oncle Anselme... 4,000 fr. donnés aux pauvres au nom de M°^^ de Rothschild et de ses enfants, 2,000 fr. aux malades et employés de l'hôpital et de l'école, ont répandu quelque bien-être dans cette population. L'empereur d'Autriche a bien voulu laisser 1,000 fr. à une synagogue en construction, et 1,000 fr. aux maisons d'habitation à construire. J'eus l'honneur d'être reçu par lui en présence de tout le clergé catholique et de lui expliquer le BirUat Cohanim i, le seul privilège qui reste encore aux descendants d'Aaron... Il était ému, me remercia profondément, me fit savoir qu'il avait nommé également chevaliers de l'ordre François-Joseph le Hakhambachi, R. Abraham Askenasi, et le chef (de la communauté portugaise ?) Valero. Le comte Cadoga fit appeler immédiatement M. Funk, capitaine de frégate, lieutenant-colonel, aidede-camp de Tamiral Tegetthoff. Comme coreli-

1. Formule de bénédiction prononcée par les prêtres. Albert Cohn n'oubliait pas qu'il était cohen.

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gionnaire, je fus heureux de voir un Israélite aussi haut placé dans la suite de l'empereur. » Ce fut le dernier voyage d'Albert Cohn en Orient. Son nom y sera éternellement respecté comme celui d'un des plus grands bienfaiteurs de cette région, et dans cette synagogue de l'hôpital de Jérusalem, les fidèles, dans leurs prières, n'oublieront jamais, en bénissant la mémoire des membres de la famille de Rothschild, la mémoire d'Albert Cohn.

Les ISRAÉLITES EN ALGÉRIE. — Lciir liistoirc. — Les juifs algériens pendant la conquête française. — Services rendus par le juif Durand, bravoure d'Isaac Lévi, de Léon Ayas et d'autres. — Les juifs pendant l'expédition de Constantine. — Population Israélite en Algérie. — Les écoles israélites. — Situation légale des Israélites algériens depuis la conquête française jusqu'au décret de naturalisation de M, Ad. Crémieux, du 24 octobre 1870.

La première colonie j uive qui s'établit au nord de l'Afrique, y fut amenée de la Judée, en l'an 320 avant Tère chrétienne, par Ptolémée I", après l'expédition de ce roi contre Jérusalem i. Les juifs demeurèrent principalement à Alexandrie, dans le district de Léontopolis, dans la Cyrénaïque et la Lybie. Depuis cette époque, un continuel courant d'émigration amena sans cesse les juifs de TAsie en Afrique. Ils y cherchaient un refuge contre les persécutions syrienne et romaine, contre celles des Arabes après le triomphe de Mahomet. A l'extrémité

1. Il est possible cependant qu'il y ait eu des juifs en Egypte depuis Alexandre ou même auparavant.

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opposée, les juifs d'Espagne, maltraités d'abord par les rois wisigoths, plus tard par l'inquisition, Tinrent également chercher un asile dans les provinces africaines qui constituent aujourd'hui le Maroc, l'Algérie, la Tunisie, la principauté de Tripoli. La vaste persécution que subirent les juifs espagnols en 139L leur expulsion en 1492, chassèrent en Afrique un très grand nombre d'Israélites. Il est difiScile de déterminer le chiffre de la population juive de ces contrées dans ces temps anciens, mais il dut être très-élevé.

La situation des juifs africains fut d'abord florissante. Encore dans les premiers siècles de l'ère chrétienne, des docteurs comme Tertullien. saint Cyprien, saint Augustin, sentent la nécessité de combattre, dans des écrits spéciaux, les progrès de la religion Israélite. Les juifs eurent des écoles florissantes à Caïrouan, à Fez et ailleurs; des rabbins célèbres comme Husiel, Hanannel, R. Nissim ; des médecins remarquables comme IsaacB. Soléiman, auteur d'un grand nombre de traités de médecine, et Dounaschb. Tamim. Les nomsdeMaïmonide et d'Isaac Alfassi sont inséparables de ces contrées. Dans l'Algérie, les rabbins Isaac b. Schéschet Bar fat (Ribasch) et Simon b. Cémah Duran

sont restés célèbres et leurs décisions font encore autorité aujourd'hui i.

Cependant les juifs de ces contrées furent soumis à de nombreuses et pénibles épreuves. Le fanatisme des Arabes et des Turcs leur imposait de continuelles humiliations. Ils étaient assujettis, comme dans tous les pays musulmans, à l'impôt territorial (fiaradj) et à l'impôt de capitation {djéziah) ; il leur était défendu de«porter le fez, le burnous blanc, les belles babouches ; de monter à cheval, de passer avec une chaussure aux pieds devant les mosquées. Les princes les rançonnaient continuellement. De 1509 à 1543, ils eurent à souffrir des expéditions des Espagnols à Oran, Bougie, Tunis, Tripoli. En 1669, ils furent expulsés d'Oran par les Espagnols et n'y revinrent définitivement qu'après le départ de ceuxci en 1792. Au Maroc, leur sort n'était point

1. Voir sur ces faits : De Boissi, Dissertations pour servir à r Histoire des Juifs. Paris^ 1785 ; dissertation VIII : De Vétat des juifs en Afrique^ tome II, p. 143. — Abraham Cahen, Les Juifs dans l Afrique septentrionale. Constantine, 1867. — Sur Isaac Barfat et la pierre commémorative de sa mort encastrée dans le mur du rempart d'Alger, voir Archives israélites, 1865, p. 131, notice de M. Abraham Cahen. — Sur les médecins juifs de l'Afrique, voir Carmoly, Histoire des médecins juifs.

meilleur. Cependant ils rendirent souvent de grands services aux rois de ce pays, et ceux-ci envoyèrent quelquefois des juifs comme négociateurs ou ambassadeurs dans les cours étrangères (1684, en Hollande ; 1750, dans le Danemark).

L'état d'abjection dans lequel étaient tombés les juifs de l'Algérie au commencement de ce siècle était affreux. Malgré les ressources financières dont ils disposaient et dont les deys ne se faisaient pas faute de profiter, malgré les services qu'ils rendaient comme négociants et comme artisans i, ils subissaient journellement les plus cruels outrages. Le mépris général, écrit un témoin de leurs souffrances, pesait sur eux. « Le rouge

1. Ils exerçaient un grand nombre de métiers utiles : ils étaient maçons, menuisiers, ferblantiers, brodeurs d'or et de soie, vitriers, doreurs et tireurs d'or, bijoutiers en métaux ou en corail, armuriers. Ceux de Constantine avaient dans la fabrication des cardes une grande industrie manufacturière. Uyiivers Israélite, I, 10; Archives Israélites^ 1840, p. 269, et 1841, p. 45 et 104, extraits de l'Algérie, du baron Baude, 2 vol. in-8, Paris, 1841. « Leurs enfants, dit ce dernier, fréquentent nos écoles, parlent notre langue, prennent notre costume... Ils deviennent clercs d'avoués, de notaires, employés d'administration. Ils sont déjà initiés à notre législation, et les indigènes n'ont pas d'autres avocats consultants. »

leur était défendu (dans leurs vêtements) ; au lieu de turban, ils ne pouvaient porter qu'une cravate de soie noire. Passaient-ils devant une mosquée, ils étaient obligés de prendre leurs souliers à la main et de se courber ou de ramper jusque après l'avoir dépassée. La dernière place aux fontaines leur était assignée ; le cheval leur était défendu comme une trop noble monture, ils ne pouvaient même pas entrer en ville montés sur un âne. Une législation sanguinaire les menaçait à chaque instant du dernier supplice. Le dey voulait-il s'emparer de la fortune, du bien d'un juif, il lui suscitait une querelle quelconque qui l'envoyait à la mort. Tandis qu'un esclave recevait la bastonnade, pour le même délit, un juif était brûlé ou pendu 1. » C'est de cette horrible situation que les tira la conquête française.

Les juifs de l'Algérie ont été mêlés de différentes manières aux expéditions françaises dans ce pays. L'origine même du conflit qui éclata, en 1830, entre la France et le dey d'Alger était une ancienne dette du gouvernement français, pour fournitures de céréales, envers deux juifs algériens, Busnach et Bacri, et qui remontait aux dernières années du

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