Archives Israélites, 1860, p
rope.Fuad-Pacha, qui venait d'être nommé commissaire extraordinaire de la Porte en Syrie, aurait mis en prison un grand nombre de musulmans de Damas et quelques juifs compromis. En outre, il aurait exigé des musulmans une amende de 25 millions de piastres, et des juifs une amende de 4 millions de piastres. Peu à peu la vérité se fit jour. Loin d'avoir pris part au désordre, les Israélites de Damas avaient rendu au gouverneur les objets que des pillards avaient jetés dans leurs maisons. Les quatorze Israélites arrêtés furent tous reconnus innocents. L'un d'eux mourut en prison, douze autres furent mis en liberté au commencement de novembre. Un seul, Mardochée Askenazi; resta en prison sous accusation de meurtre, mais une sentence du 11 mai 1861, sanctionnée par Fuad-Pacha, le renvoya absous ^
Avant que cette solution si favorable fût connue en France, le Consistoire Central s'était ému des bruits calomnieux qui circulaient contre les juifs de Damas. Le colonel Cerfberr, président du Consistoire, dans une lettre du 7 septembre adressée au Journal des Débats,
1. Univers israélite, XVI, p. 26, et couverture du no 11. Archives israélites, 1860, p. 723, Âllgemeine Zeitung, d. /., 1860, p. 542, 601, 628.
protesta contre ces accusations et annonça qu'une enquête serait ouverte sur les lieux pour rétablir la vérité. Albert Cohn, qui revenait à peine d'un voyage au Maroc, mais dont le dévouement était infatigable, fut chargé de cette mission. Le maréchal Randon, ministre de la guerre, et M. de Thouvenel, ministre des Affaires étrangères, le recommandèrent à leurs subordonnés II fut sur le point de s'embarquer à Marseille le 16 septembre, veille de Rosch- Haschana, lorsqu'on apprit que la lumière était faite et que l'enquête devenait inutile. Il revint à Paris, et il put bientôt communiquer aux journaux la bonne nouvelle que l'innocence des juifs de Damas était reconnue. Les témoignages en leur faveur arrivaient de toutes parts. Le D'' Wetzstein, consul de Prusse à Damas, le seul consul européen qui n'eût pas quitté cette ville, écrivait à Albert Cohn, à la date du 17 octobre : « ... La majorité des juifs s'était réfugiée dans les quartiers musulmans, et le reste n'osait pas se montrer hors des maisons. L'assertion que les juifs de Damas pourraient avoir participé au saccage du quartier chrétien est donc aussi ridicule que calomnieuse- Heureusement la masse de la population chrétienne est indignée des incriminations
auxquelles vos coreligionnaires ont été exposés... »
Le général Beaufort, commandant du corps expéditionnaire français de Syrie, interrogé par Albert Cohn, répondait en même temps que, n'ayant pas été à DamaSj il ne pouvait dire rien de certain, mais que dans tous les cas les faits avaient été exagérés. Abdel-Kader, qui demeurait alors à Damas et qui s'était noblement dévoué pour sauver les chrétiens, écrivait qu'il n'avait rien appris « qui fût contre les juifs, » qu'il avait été trop occupé des chrétiens pour être au courant de ces détails. Enfin M. James Briant, consul d'Angleterre, dans une lettre adressée au grand-rabbin de Damas, confirmait pleinement les paroles de M. le D^ Wetzstein. Les Israélites de Damas, si injustement accusés, étaient entièrement réhabilités devant l'opinion publique i.
1. Uîiivers Israélite XVI, p. 170 à 173. Archives Israélites, 1860, p. 577. Educatore, 1860. p. 366.
Troisième et quatrième voyages en Orient (1864 et 1869). — Yisite.à Alexandrie et au Caire. — 3^ visite à Jénisa-' lem. — Voyage à Damas, fondation d'une école avec le concours de l'Alliance Israélite universelle. — La peste et la famine en Orient, 1865. — 4^ et dernier voyage à Jérusalem. — Passage triomphal à Vienne, Pestli, Belgrade, Roustchouk, Varna, Constantinople. — Rencontre avec M. Charles Netter, fondateur de l'école agricole de l'Alliance Israélite, à Jaffa. — L'empereur d'Autriche à Jérusalem. — Mémoire d'Albert Cohn à Jérusalem.
Il y avait huit ans qu'Albert Cohn n'avait pas été à Jérusalem. Soit que sa présence y fût réclamée, soit qu'il eût la nostalgie de la Terresainte, au commencement de juin 1864 il se prépara à y retourner. Il y était dans les derniers jours de ce mois. A Alexandrie il eut la satisfaction de trouver dans un état prospère les écoles qu'il avait fondées. Il fut reçu par l'Institut égyptien de cette ville, devant lequel il fit une conférence sur « l'Orientalisme à Paris. > Au Caire, il releva les écoles Israélites, moins florissantes que celles d'Alexandrie.
Rien de nouveau ne s'était passé à Jérusalem. L'administration de l'hôpital ne laissait rien à désirer. « Il n'a point d'égal dans tout l'Orient, » dit Albert Cohn, en s'appuyant sur de récents témoignages de M. Renan et du prince de Galles. L'œuvre de mise en apprentissage portait ses fruits et il sembla à notre voyageur, si ouvert aux belles illusions, que l'avenir de la population Israélite était plein de promesses. Un esprit de tolérance paraissait souffler sur la Ville Sainte. Le gouverneur général Yzzet-Pacha témoignait la plus grande bienveillance aux juifs. Ceux-ci étaient quelquefois exposés à des insultes dans les rues voisines de l'église du Saint-Sépulcre, les enfants les y poursuivaient à coup de pierres. Le Père Joseph Carlotti de Cœldi, vicaire de Terresainte et pénitentiaire apostolique de Jérusalem, donna des ordres, en présence d'Albert Cohn, pour que ce scandale ne se renouvelât plus, et afin de convaincre la population qae cette mesure était sérieuse, Albert Cohn et M. Altaras, de Marseille, qui visitait également la Palestine à cette époque, se rendirent en plein jour à l'église du Saint-Sépulcre. Avant de partir, Albert Cohn célébra à Thôpital un service funèbre en mémoire du baron Salomon
de Rothschild et distribua à cette occasion 6,500 francs de secours aux indigents.
II n'avait jamais pénétré dans l'intérieur du pays. Cette fois il résolut d'aller visiter la communauté Israélite de Damas. Le 29 juillet, il posa, dans cette ville, la première pierre d'une école pour laquelle un des notables habitants, M. Chemaya Angel, avait fourni le terrain et, en grande partie probablement, les frais de construction. Cette inauguration se fit en grande pompe, en présence du gouverneur, Méhémet-Ruchdi-Pacha, de M. Hecquard, consul de France, M. Makef, consul de Russie, et M. Elias, gérant du consulat d'Autriche. Albert Cohn, selon son habitude, prononça plusieurs discours, l'un en arabe, pour le gouverneur, l'autre en français, pour les consuls, le troisième en hébreu pour les Israélites. Un souvenir douloureux s'imposait pendant cette cérémonie à tous les esprits. Vingt-quatre ans auparavant, la population juive de Damas avait été victime du plus odieux acte d'intolérance, et certains consuls eux-mêmes s'y étaient associés i. Aujourd'hui ils assistaient à une fête juive et témoignaient de leur éclatante sympathie pour la communauté. Quelle différence et