‹ Biographie d'Albert CohnChapitre 37 sur 54 · Nemoiu'.s · texte numérisé non relu

Nemoiu'.s

2. Les juifs avaient averti le colonel de Montagnac que le goum le conduirait dans un guet-apens, mais il ne tint pas compte de cet avis. Univ. isr.; XX, 567. Suivant VUniv. isr., II, 444, Isaac Lévi aurait été blessé et fait prisonnier, mais non mis k mort,

ments : il traita les juifs avec dureté, Durand et trois autres Israélites furent même obligés d'adresser une plainte contre lui à la Chambre des députés. Cependant les esprits impartiaux reconnaissaient à quel point la situation des juifs pendant la guerre était délicate et difficile, de quelle utilité ils étaient pour l'expédition. Les sympathies des juifs étaient naturellement acquises à des armées qui leur apportaient la liberté. Les arabes ne s'3^ trompèrent pas, et ils firent partout expier aux juifs leurs échecs et leurs défaites. Des centaines de familles Israélites tombèrent yictimes des ressentiments des vaincus. A l'approche des troupes françaises, les juifs étaient obligés de fuir pour ne pas être massacrés par les populations. Lorsqu'en 1837 les Français attaquèrent Constantine, les Arabes quittèrent la ville,, mais les juifs furent obligés de rester, sous peine d'être mis à mort. On dit qu'ils étaient au nombre de 2,000 enrôlés dans l'armée. Ben Aïssa, le lieutenant du bey Ahmet, les obligea à travailler, sous le canon français, aux brèches de la ville. Dans la même année, Abd-el-Kader ayant repris Mascara, les juifs de cette ville s'enfuirent à Oran et à Tlemcen, et ils y arrivèrent dans un dénûment si grand,

que le baron James de Rothschild, de Paris, leur envoya un secours de 10,000 francs. En 1841, après la prise de Tlemcen et de Mascara par les Français, Abd-el-Kader obligea un grand nombre de juifs de ces villes à le suivre dans l'intérieur du pays. Beaucoup d'autres furent massacrés par les Arabes, tous leurs biens furent pillés. Poursuivi par les Français, l'émir se vit forcé, dans sa fuite, d'abandonner ses prisonniers juifs, mais ceux-ci furent rencontrés par une colonne composée de Français et d'Arabes soumis, qui les prirent pour des ennemis et en tuèrent un grand nombre. Au commencement du mois d'avril 1842, environ 4,000 de ces pauvres captifs vinrent à Oran, mourants de faim et de fatigue i. Partout les juifs durent payer de leur sang leurs sympaties pour la France, partout ils se montrèrent attachés au pays qui les délivrait de l'oppression. Dès les premiers temps, ils demandèrent à faire partie de la milice algérienne.

1. Voir, sur tous ces faits, Allgemeine Zeitung cl. J., 1837, p. 185, 221, 325; 1842, p. 374, et surtout 354, 417, 458; 1845, p. 697. Régénération, II (1837), p. 160. Archives Israélites, 1843, lettres de M. J. Cohen, p. 23 à 418; 1845, p. 915 et suiv. Durand vint à Paris en mars 1838, en qualité d'interprète de Ben-Aratsch, envoyé d' Abd-el-Kader, Allgemeine Zeitung, 1845, p. 165 et 529.

Ils signèrent, en 1837, la pétition demandant que le duc de Nemours fût nommé vice-roi de l'Algérie ; ils apprirent rapidement le français, leurs enfants s'empressèrent de venir aux écoles du gouvernement, et un rabbin d'Alger, Abraham Belays, put dédier à plusieurs reprises des travaux poétiques et scientifiques à la famille royale i.

A l'époque de la conquête française, la population Israélite de l'Algérie n'était pas considérable. Le baron Baude l'estimait, d'après les recensements de 1838 et 1839, à lc,867 âmes, réparties comme suit :

Alger. 6.065. Recensement de 1838.

Oran 5.637 » )>

Bône 421 » 1839.

Bougie 10 » 1838.

Mostaganem. 698 ^> »

Constantine. . 3.036 » »

M. Joseph Cohen, en 1845, l'estimait à 10,962 âmes. Ces chiffres sont évidemment

1. Belays offrit au roi 1° un épithalame pour le mariage du duc d'Orléans {Allgeyneine Zeitung, 1837, p. 85) ; 2o Ode hébraïque traduite en français... à l'occasion de la prise de Constantine, Paris, 1837 ; 3» Beèr lâchai Roi, Recueil de morale, avec traduction française, italienne et allemande. Vienne, 1838,

trop faibles. Les recensements étaient sans doute incomplets i. Très-certainement ils ne comprenaient pas ces singulières tribus juives qui vivaient sur un pied d'égalité avec les Arabes dans la province de Constantine, le pays des kabyles, chez les Mazania, les Beni- Mezab, etc., et menaient la vie nomade et guerrière de leurs compatriotes musulmans ^. Quoiqu'il en soit, le chiffre de la population israélite en Algérie, constamment accru depuis par les transfuges du Maroc et de la Tunisie, est aujourd'hui le double de celui qu'on indiquait dans les premiers temps. Les recensements de 1872 et de 1876 ont donné, pour les Israélites, les résultats suivants ^ :

Province d'Alger 11.177 12.053

» d'Oran 14.618 12.493

» de Constantine. 8.779 8.950 Total 34.574 33.496

L'ordonnance du 10 avril 1834 avait réglé la situation civile et politique des Arabes et des

1. Sans compter que l'Algérie française de cette époque était moins étendue qu'elle ne l'est aujourd'hui.

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