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La seule plainte qui ait été exprimée publiquement

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journée était consacré aux autres devoirs de sa charge et à ceux qu'il se créait par surcroît. Il allait visiter les écoles, le fourneau, l'hôpital, assistait en bon et pieux Israélite aux mariages et aux enterrements auxquels il avait été invité, à toutes les cérémonies publiques du culte, faisait mille démarches en faveur de ses protégés. Il avait le droit de se reposer le soir, il ne le voulait pas. Les séances des administrations le réclamaient, et pour rien au monde il n'y eût manqué. La ponctualité était devenue pour lui une vertu. Il ne manquait pas une réunion, pas une visite aux établissements d'instruction ou de charité, pas un office dans la Synagogue. Il y arrivait toujours à l'heure exacte, avec une précision et une régularité admirables chez un homme aussi accablé de soins divers. Son dévouement suffisait à tout.

Il avait reçu de la nature des qualités remarquables : physiquement disgracié, comme Mendelssohn, il en avait été amplement dédommagé par les dons intellectuels. Sa figure était belle, aux lignes fortement accentuées, d'un type

contre lui est celle d'un rabbin Jonathan Alexanderssohn, de Czaba (Hongrie) qui, après une pénible aventure, était venu à Paris et avait montré de singulières exigences. Voir Archives. 1862, p. 182 et 359.

oriental très-mâle; l'œil brillant, d'un éclat extraordinaire. Quand il parlait, tous ses traits s'animaient, sa voix était chaude, vibrante, et il s'exprimait dans un grand nombre de fangues avec une facilité remarquable , sinon avec une entière correction. Il avait quelques-unes des plus hautes qualités de l'orateur : une imagination brillante, colorée, qui saisissait rapidement la poésie des choses; une mémoire étonnante, où se réveillaient en un clin d'œil les souvenirs intéressants, les analogies et les contrastes historiques, et jusqu'aux dates les plus précises; des sentiments élevés, des passions très- vives pour le bien, et un grand besoin d'activité et d'expansion. Il parlait volontiers, dans les temples, dans les séances des sociétés, dans les réunions publiques. Le flot pressé de ses pensées et de ses sentiments semblait faire soudain irruption et briser toutes les digues. Il s'élançait alors d'un mouvement large et puissant qui ne manquait jamais d'entraîner et d'enlever Tauditoire.

Llmagination dominait quelquefois en lui et emportait toutes les autres facultés. Il avait cependant les plus hauts dons de l'esprit, une intelligence élevée, ouverte, féconde en inventions bienfaisantes, en avis utiles et sages, très-

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modérée dans le fond sinon toujours dans la forme. En général, il ne se défiait ni des hommes ni des choses. Son optimisme allait si loin, qu'il pâlissait lorsqu'il entendait dire du mal de quelqu'un ou lorsque les rapports administratifs qu'il recevait n'étaient pas satisfaisants. Il croyait facilement au succès des entreprises qu'il encourageait, ce qui est le seul moyen de les faire réussir ; il allait hardiment de l'avant, comptant sur son activité, sur les ressources que la Providence lui enverrait sur ceux qu'il appelait « ses amis. » Que dirons-nous de son caractère? N'est-ce pas déjà un grand éloge pour lui que dans toutes les administrations qu'il a dirigées, il a eu des fonctionnaires qu'il couvrait de sa bienveillance et de sa protection, et pas une créature? que dans une situation qui pouvait exciter l'envie, il n'a laissé qu'une fortune médiocre, distribuant religieusement la dîme de son revenu, la dîme des dots qu'il donnait à ses enfants, faisant pour son propre compte des libéralités extraordinaires, confondant sans cesse et imprudemment son bien et celui des pauvres ? Sa plus grande qualité a été probablement cette force d'impulsion par laquelle il triomphait de toutes les inerties et devenait, pour les administrations et les socié-

tés Israélites, un moteur puissant, toujours en pleine activité et ayant tous ses feux allumés. Il n'a point attaché son nom à une œuvre spéciale, parce qu'il ignorait l'art de ménager ses efforts et de se réserver. Il s'attelait à toutes les charges, se jetait dans toutes les directions, se dépensait et se sacrifiait sans calculer ni réfléchir. Où il était, il apportait la vie, excitait les courages. Il a mis en train toutes les institutions Israélites de Paris, plusieurs de celles de Jérusalem, il leur a imprimé le mouvement et elles sont encore aujourd'hui animées de son souffle.

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XYII

Dernières années d'Albert Gohn, sa fin. — Naturalisé français en 1862. — Chevalier de la Légion d'honneur en 1867. — Albert Gohn pendant la guerre franco-allemande. — Lassitude. — Sa bibliothèque donnée.au Séminaire Israélite. — Cessation de son cours au Séminaire. — Sa mort, 15 mars 1877. — Funérailles. — Deuil universel. — Ses biographies. — La « Société d'encouragement au bien » lui décerne une médaille d'or.] — Fondation Albert Cohn.

Albert Cohn a été récompensé de ses sacrifices et de son dévouement par l'estime et l'admiration universelles. Son nom est un des plus populaires du judaïsme et il est connu dans le monde entier. Le gouvernement français a reconnu ses services en le nommant, par décret du 10 juillet 1867, chevalier de la Légion d'honneur. Il portait avec fierté ce signe de l'honneur français. Descendant d'une famille alsacienne, élevé à l'étranger dans l'amour de notre pays, il avait longtemps, et par un sentiment de délicatesse extrême, hésité à changer sa nationalité ; mais sa famille, ses fils si pro-

fondement attachés à la France, finirent par le décider. Il fut naturalisé par décret du 26 février 1862. Ce que ses sentiments français ont souffert pendant la guerre néfaste de 1870-1871 est indescriptible. C'est là qu'il semble avoir pris le germe du mal qui l'a emporté. On le vit bien pendant le siège de Paris, ce jour où les rabbins réunirent les Israélites dans la synagogue de la rue Notre-Dame-de-Nazareth.

C'était le 18 décembre 1870, premier soir de Hanoucca i. Le canon grondait au loin, le tambour battait dans les rues, le deuil était dans tous les cœurs et le souvenir des Macchabées remplissait tous les yeux de larmes. La réunion avait pour but de prier pour les morts israélites tombés sur le champ de bataille et de recueillir des aumônes pour les veuves, les orphelins et les blessés. Rien de plus pieux, rien de plus digne et de plus émouvant. M. le grand-rabbin Isidor et M. le grand-rabbin Zadoc Kahn parlèrent avec une convenance parfaite, en prêtres de Dieu, en ministres de paix, et il est incroj^able que leurs paroles, singulièrement dénaturées, aient produit à cette époque en Allemagne un si grand scan-

1. Univers isralite, XXVI, 209. Archives israélites, 1871, page 183.

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dale. Albert Colin était présent. En face de celte foule si douloureusement éprouvée et de ce deuil universel, succombant lui-même sous le poids des émotions, incapable de les maîtriser, il s'élança dans la chaire. Sa parole ne fut qu'un cri de reconnaissance envers la France qui avait la première émancipé les juifs chez elle, qui les avait protégés par son exemple à l'étranger. « C'est aujourd'hui, dit-il en terminant, le premier jour de la fête de la délivrance. Cette fête dure huit jours. Que Dieu, après ces huit jours, nous permette enfin de chanter l'hymne de la victoire. Alléluia ! )>

Les jours d'Albert Cohn étaient comptés, les douleurs et les humiliations de la guerre, les fatigues d'un labeur incessant, avaient fini par le miner. Depuis quelque temps il donnait des signes de lassitude ; il perdit le goût ou la force de travailler et abandonna sa belle bibliothèque, où étaient venus s'amasser, pendant tant d'années, de si nombreux trésors, où se trouvait entre autres un manuscrit diM Séfer ha-miçioot de Maïmonide qu'il avait rapporté d'un de ses voyages en Algérie ^. Il la donna au séminaire Israélite en mars 1870, et annonça cette dona-

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