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CHAPITRE IV

Si le conflit entre Apollonios et Callimaque est un des épisodes les plus célèbres de l’histoire littéraire alexandrine, nous le connaissons fort mal. Les Argonautiques n’en conservent nulle trace, puisque Callimaque y est imité plus encore qu’Aratos ou Lycophron. Un savant italien, Spiro’, s’efforce de ruiner tous les témoignages qui s’y rapportent et y voit une pure légende. En réalité, cette querelle n’est pas une invention des anciens : il semble qu’il en soit fait une vague mention dans les Vies d’Apollonios et elle est formellement attestée par Suidas; l’épilogue de l'Hymne à Apollon et un fragment de Callimaque récemment publié paraissent s’y rapporter. |

D’après les deux Vies d’Apollonios, l'exil du poète à Rhodes fut causé par l'échec des Argonautiques. La première nous apprend que le jeune auteur fut violemment combattu par « les autres poètes » d'Alexandrie, mais sans nommer Callimaque : l’allusion à la querelle n’est donc pas certaine. Suidas mentionne sans l'expliquer le séjour d’Apollonios à Rhodes et cite un pamphlet de Callimaque, l’Ibis, dirigé

contre « Apollonios, l’auteur des Argonautiques? ». Spiro

1. Ricerche alessandrine, II : Callimaco ed Apollonio (Rendic. d. R. Accad. dei Lincei, cl. di sc. mor., stor. e filol., sér. V, vol. II, 1893, pp. 337-347).

2. Article Apollonios : διατρίψας ἐν ‘P68w. Article Callimaque : ἔστι δὲ ποίημα ἐπιτετηδευμένον εἰς ἀσάφειαν καὶ λοιδορίαν εἴς τινα Ἴθιν γενόμενον ἐχθρὸν Καλλιμάχου: ἦν δὲ οὗτος ᾿Απολλώνιος ὁ γράψας τὰ ᾿Αργοναυτικά. $

croit que cette affirmation de Suidas est « un faux », et l’oppose à la première Vie d’Apollonios, qui ne cite pas Calli-

τς maque parmi les ennemis du poète épique ; mais cette omis-

sion ne prouve pas forcément que le maître d’Apollonios, chef d'école et ennemi du « poème cyclique! », ne fut pas avec eux. En tout cas, la méthode de Spiro nous paraît dan-

gereuse : au lieu de déclarer apocryphe un texte clair en lui

opposant un texte douteux interprété arbitrairement, mieux vaut préciser le sens du texte douteux à l’aide du texte clair. Le témoignage de Suidas nous semble donc décisif. Ovide, qui s’est inspiré de l’Zbis, l’attribue à Callimaque* comme plus tard Suidas. On a cependant contesté que le poète de Cyrène en fût l’auteur. Rostagni® a tenté de prouver que l’Ibis n’était pas de Callimaque, mais d’un écrivain alexandrin appartenant à la première moitié du 116 siècle avant J.-C. Malgré la virtuosité déployée par le savant italien, ses arguments nous semblent peu convaincants : il n’a pas démontré qu'Ovide ait fidèlement traduit son modèle, et par suite la mention d'événements postérieurs à la mort de Callimaque ne prouve pas que l’Zbis ne soit pas de lui‘. Il vaut donc mieux s’en: tenir à la tradition fondée sur les témoignages formels d'Ovide et de Suidas, et voir dans l’Zbis la preuve d’un conflit avec Apollonios auquel les biographes de ce poète font une vague allusion.

Si la querelle paraît certaine, il est difficile d’en reconstituer les péripéties, d’énumérer les œuvres des deux poètes qui s’y rattachent et à plus forte raison de les classer dans un ordre chronologique. Æpigrammes de Callimaque et d’Apollonios, passage des Thalysies sur les poètes imita-

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